STATUA. HONORE
OOMIKNIVS mCKMOM
(pubUcum) REiisiT.
ifiWÈn, roy«0« ém* le ^m de la France.)
famille au milieu de ses fils. Mais souvenons-nous que les pauvres ont un palais. Ne eherehez à Pompéii, ni les vestiges de rhospice pour les vieillards^ ni les ruines de Thôpital pour les malades : avant que Pompéii sortît de ses cendres, nous savions déjà qu*il ne pouvait y en avoir (1). L'hospice etFhôpital, voilà nos palais et nos basiliques! Le plus vaste des édifices de Pompéii est Pamphithéâtre où 20,000 hommes avaient leurs places marquées à perpétuité pour venir voir couler le sang des hommes (2). Le plus vaste édifice de nos cités, c'est Fhôpital où les places sont marquées aussi, non pour le divertissement, mais pour la douleur, non pour le meurtre, mais pour la guérison ; où le lit du malade remplace le siège à coussin du décurion (biseUium); où Ton fonde aussi des places à perpétuité, non pour la satisfaction d'une joie infâme , mais pour le soulagement d'un frère souffrant ; où préside enfin, au lieu de cet homicide Jupiter qui .voulait être honoré par le sang humain, l'image du Crucifié qui a donné son sang pour tous les hommes, qui par sa mort a triomphé de la mort, par son supplice écrasé celui qui « fut homicide dès le commencement. » Il y a aussi chez nous comme chez les anciens, des bienfaiteurs de la cité qui ont donné à là construction de ces saintes demeures l'argent que les Holconius et les Cerrinius employaient généreusement à édifier leurs magnifiques abattoirs de créatures humaines. Mais ceux-là n'ont pas demandé une place au Sénat ni une statue au Forum, ils n'ont pas exigé que leur nom fût inscrit sur le marbre; pour toute récompense ils ont sollicité quelques prières , et au lieu des hommages de la cité pour leur mémoire^ l'humble oraison du pauvre malade pour le salut de leur âme.
C'est qu'une pensée d'une autre nature domine toute la vie
(0 F. dans saint Jérôme (Ep. 26) rétoonement qu'inspira au\ païens la première fondation d'hôpitaux chrétiens.
(2) F. l'inscr^tioo ci-dessus, page 154, note 1.
DES JOUISSik!fGeS PRIVÉES. 157
chrétienne : de même qu'au-dessus de tous les édifices de la ville moderne, maisons des citoyens, maison de la cité, maison du pauvre, s*élëve toujours la maison de Dieu. Quand vous marchiez vers la ville antique, rien ne vous avertissait de son voisinage ; les amphithéâtres et les basiliques ne portaient pas leur dôme vers les cieux; à quelques pas seulement de la cité vous aperceviez le rempart et les tours, signe de cruauté, de défiance et de guerre. La ville chrétienne se fait voir de loin au voyageur, elle lui monlre, en signe d'hospitalité, la croix qui domine son église ; il ne sait pas encore qu'il y a une ville; mais il sait qu'il y a un lieu de prière, un lieu de charité, de miséricorde et de repos. Les temples étroits du paganisme ne s'ouvraient et ne s'élargissaient pas pour recevoir les hommes ; le peuple restait au dehors et le dieu se cachait : ils ne s'élançaient pas vers le ciel pour arriver à Dieu ; dans le paganisme toutes les pensées allaient vers la terre : ils n'avaient ni l'élévation, ni la vaste enceinte de la cathédrale chrétienne , ni la mystérieuse harmonie de son intérieur, ni la symbolique unité de ses lignes, ni cette variété infinie de ses ornements dominée par une admirable symétrie, comme si les pensées de l'homme avec leur diversité immense étaient rassemblées pour aller s'unir dans l'unité de Dieu. Le temple chrétien est un, comme il est grand. Le centre, le sanctuaire. Dieu en un mot, commande à tout, attire tout, réunit tout.
La vie païenne est la vie du plaisir, la vie chrétienne celle du devoir. L'une a pour symbole la couronne de roses, l'autre la couronne d'épines. Nous ne savons pas combiner si artistement nos voluptés et notre repos ; nous ne cherchons pas avec tant d'art et de persévérance cet état normal du sensualisme, cette vie toute commode, toute libre, toute dégagée, autant que voluptueuse et magnifique ; nous ne savons pas rendre si complète l'absence des peines et des soucis ; nous ne savons pas atteindre ce degré de bien-être et de sérénité égoïste que ne troublent ni la pensée d'un devoir, ni la pitié
Isa cmusAiKHf noiiàiRB.
pour une iiifbrtiiiie. Nous le voudrions peut-être, mais nous ne pourrons y parvenir. Pouitjuoi ? Parée' que d'abord Pesel»vage nous manque, et par là toute notre eonditioli sodale est ebangée ; mille soucis, mille devoirs retombent sur nous, et comme tout être bumain est notre égri, nous sommes bien forcés d'accepter, de façon ou d'autre, notre part dans sesmisères. Et de plus, un sentiment intime nous avertit que, quoi que nous puissions faire, mms n'avons pas ici de cité p$rmmèmtê. Ni la cité avec ses ambitieuses espérances, ni le théâtre, où habitent les joies de ce monde, ni la maison eUemdme avec les douces affections qui y résident, ne sont assex larges pour que notre Ame s'y emprisonne.
Dans cette impossibilité de tout réduire aux joies égoïstes et corporelles, est tout entière la grandeur, la supériorité des peuples modernes. Ce principe mis à part, nous ne sommes auprès des païens que de pauvres écoliers; nous n'entendrons jamais le bien-^vre comme ils Fentendaient. En vain nous le proposons-nous comme l'unique but digne de nos efforts; en vain nous imposons-nous pour fatteindre une activité chagrine qui , au lieu d'être Ilnstrument de notre félicité, en est le fléau : nous restons toujours, en fait de bien* être sensuel, inférieurs à ceux à qui leur âme n'indiquait pas d'autre devoir, à qui la société n'imposait pas d'autre loi. Malgré nous notre grandeur, si nous la conservons, sera toute morale ; notre beauté sera comme celle de l'épouse , une « beauté qui vient du dedans, » non celle qui frappe les yeux, mais celle qui se révèle au cœur. Dieu ne nous laissera pas descendre du trftne où son Christ nous a placés.
-^•IMMt-