DES DOCTRINES
OHAPITRG PRBHIBR.
Déeadence des reliions nationales*
§ I. — INPLUEIfCE DE LA PHILOSOPHIE GRECQUE.
J'aborde un sujet difficile et sur lequel on a déjà beaucoup écrit. L'état intellectuel et religieux du monde à Tépoque ou le ebristianisme parut , a dû fixer l'attention de tous. G*est une vaste matière pleine de disparates, de oomplioatîonat d'obscurités : je voudrais la restreindre plutôt que l'agrandir. Remonter jusqu'à la naissance du paganisme, reprendre ces inextricables questions de l'origine et du sens eaché des fables, ce serait ajouter aux difficultés des difficultés nouvelles , vouloir éclaircir les ténèbres par des ténèlures plus grandes. Seulement asseyons bien le point de départ; carao* térisons en quelques mots les branches diverses du paga** nisme dont la domination romaine avait amené le contact et hâtait le mélange.
Le polythéisme est venu de l'Orient. Le plus ancien mo* nument de l'histoire des religions comme de l'histoire des races , la Genèse place le berceau de l'idolâtrie auprès du berceau de l'espèce humaine. Une étrange erreur des intelligences les faisait dévier du Créateur à la créature. Trop
faibles pour élever leur pensée jusqu'à l'auteur , elles la tenaient abaissée devant ses œuvres. Au lieu d'adorer celui que la nature nous manifeste, elles adoraient les manifestations elles-mêmes : — le soleil, les objets éclatants et visibles ; — quelquefois les éléments du monde, les forces cachées qui le gouvernent ; — ses révolutions, le jour et la nuit, le néant et la vie, la génération et la mort. Par ces adorations réunies la nature fut déifiée ; TOrient fit du monde son dieu. En face de ce dieu, Thomme, imperceptible atome, insaisissable portion du grand tout, sorti de son sein par l'émanation, destiné à y rentrer par la prochaine destruction de son être, s'accoutumait à se perdre dans ces abîmes du panthéisme, où l'âme s'élançait non sans une sinistre volupté. La personnalité humaine, le moi humain ne fut rien devant ce dieu-monde, puissance à la fois inintelligente, inexorable, infinie, dont chaque homme , quoi que sa pensée pût faire, n'était que le frêle, le périssable, le méprisable démembrement. Tels furent ce naturalisme et ce panthéisme qui se retrouvent dans les religions de l'Egypte , de la Syrie , de la Phénicie.
Mais tandis que la faiblesse humaine déifiait ainsi la nature et se prosternait devant elle, l'orgueil humain déifiait l'homme lui-même. L'idolâtrie divinisait la forme et l'œuvre de l'homme; l'apothéose divinisait l'homme lui-même. Cette insurrection de l'orgueil fut surtout dominante dans la Grèce. S'il est vrai que Dieu, au milieu de la grande aberration des peuples, ait remis à chacun quelque débris de vérité pour réunir un jour ces fragments épars et en faire un seul faisceau , il semble que le sentiment de l'individualité humaine ait été particulièrement dévolu aux peuples helléniques. Peu importe que la science et la civilisation de la Grèce lui vinssent ou non de l'Egypte et de l'Orient. S'il en est ainsi, les dieux égyptiens ont à peine touché son rivage, que bientôt ils ont été transformés. Le sens allégorique s'est perdu, le mythe a effacé l'idée ; le symbole est resté à titre de vérité. La statue égyptienne n'est plus roide et composée ; ses bras s'ouvrent, elle