Dion, LX
prendre sur elles les dangers d'une dénonciation. Calpnrjlie, dès qu'elle put voir César en secret, se jette à ses genoux, s'écrie que Messaline a épousé Silius. Cléopàtre, interrogée par elle, confirme son récit. Elles font appeler N€ircisse ; l'aOranclii demande d'abord à son maître pardon pour le passé, pardon de lui avoir caché la honte d'une coupable épouse. «Ce qu'il veut aujourd'hui, ajoute- « il, ce n'est pas reprocher à Messaline tant d'adultères, ce i( n*est pas redemander à Silius cette maison^ ces esclaves, « toute la pompe de sa fortune nouvelle : qu'il en jouisse ; tt mais qu'il rende^à César une épouse, qu'il rompe cet in- « fàme mariage ! ... Sais-tu ton divorce? dit-il à Claude, a Le mariage de Silius s'est fait aux yeux du peuple, du a sénat^ des soldats ; si tune te hâtes, ce nouveau mari est a maître de Rome. » Claude appelle ses amis, s'informe, s'inquiète. « Qu'il aille au camp, lui dit-on, qu'il s'assure a des prétoriens, qu'il veille sur sa vie avant de songer à « sa vengeance. » Le malheureux n'avait que trop besoin d'être rassuré, il croyait déjà Silius empereur. Frappé de son danger, bien plus que de sa honte, il s'en allait au camp, demandant sans cesse : a Suis-je encore prince? <c Silius ne l'est-il pas * ? »
« C'était en automne. Messaline , plus folle et plus pro- <ligue que jamais, célébrait les vendanges dans ses jardins. Le raisin était sous le pressoir , le vin coulait des cuves à grands flots ; les bacchantes en délire, ceintes de peaux dp bêtes, dansaient alentour. Elle, les cheveux en désordre, le thyrse à la main , les cothurnes aux pieds , secouant sa tète comme une insensée ; auprès d'elle, Silius couronné de lierre, entendaient les chants licencieux qui résonnaient