‹ Les CésarsChapitre 247 sur 321 · Tac,ilim., XV · texte numérisé non relu

Tac,ilim., XV

2. Une ioBcripUon curiease (Orelli, 736) désigne un terraio sur lequel il éUil défendu de bâtir, semer ou planter, parce que tous les ans les magistrats venaient y faire des sacrifices au jour des vulcanales^ par suite duo vœu, longtemps négligé, qui avait pour but de préserver la ville des incendies. Ce vœu datait de l'époque où tr Rome, au temps de Néron, avait brûlé pendant neuf jours. »

ignoble, grossièrement rebâtie après Tincendie de Brenr nus^ allait faire place à une Rome néronienne, toute œa^ gnifique de symétrie et de grandeur; dans cet écroulement de quelques saintes masures pleuréea des vieillards , Néron avait entendu le dernier craquement d'une ville surannée et d'un palais indigne de lui. Ne croye2-vouâ pas qu'à la vue d'un spectacle si grandiose, à la pensée d'une œuvre si belle, son génie et ses prétentions d'architecte, de peintre et de poète, peuvent bien faire taire le peu qu'il y avait d'humanité au cœur de Néron? £t alors , qu'il ait songé, comme on dirait aujourd'hui, à faire de Rome une mo« numentale destruction^ pour lui préparer une résurrec* tion monumentale; qu'au bout de six joura, le feu n'ayant pas achevé son ouvrage, il l'ait fait rallumer par son ami Tigellin pour durer trois jours encore; qu'il ait fait battre à coups de balistes et de catapultes les vieilles murailles qui restaient debout, et dont il convoitait l'emplacement pour son palais ; qu'au milieu de ces pensées, du haut de la tour de Mécène, en habit de tragédien, il ait chanté ses vers sur l'embrasement de Troie ; que dans son enthousiasme^ il se soit écrié que la flamme était belle : en tout cela je ne vois rien de trop inhumain pour un César '.

Sur quatorze régions de Rome, trois sont rasées au niveau du sol^ sept n'offrent plus que des vestiges d'édifices. Aux yeux de ceux qui^ en politique ou en architecture, ont le suprême amour de la ligne droite, rien n'est plus heureux pour un État que d'être bouleversé, et pour une ville que de brûler ; l'un et l'autre vont renaître selon la règle et au compas. Mais hélas! comment renaissent les villes? En 1694, la ville de Dieppe fut bombardée par les

1. Tacite, AnmL, XV, 39 et suiv. Siiet., in Spr.. 16, 38. Xîphilin ex Dione, LXII.

Anglais au point d'être à peu près détruite, et on ne manqua pas de s'en réjouir parce qu'on allait, disait-on, refaire là une belle ville ; on eut même, comme au temps de Néron^ la dureté de refuser aux habitants la permission de profiter de leurs débris et de leurs caves pour reconstruire leurs maisons là où elles étaient ; et on fit une série de maisons les plus sottement uniformes qui fussent au monde, et^ comme l'uniformité était prescrite pour le dedans aussi bien que pour le dehors, toutes uniformément privées d'escalier. En 1666 , Londres fut brûlée , et, elle aussi , fut rebâtie administrativement, régulièrement, symétriquement, et l'on en a fait une cité qui, malgré sa richesse et sa splendeur, est la plus ennuyeuse pour les yeux qui se puisse trouver.

Il en fut ainsi de la Rome néronienne. Elle se relève sans doute aux frais des provinces qui, écrasées de pillage et d'impôts, pleurent ces coûteuses splendeurs ; elle se relève, comme par magie, toute belle et toute régulière, nous diton, avec des rues spacieuses, la hauteur des constructions mesurée, des portiques et des terrasses sur toutes les façades * . L'ignorante architecture des Tarquins ne choquera plus par un grossier contraste la classique architecture grecque des empereurs : plus de ces rues tortueuses et sombres du moyen âge de Rome, de ces étages surplombants, de ces insulm indécemment pittoresques. Les vieillards pourront bien murmurer que Rome, ainsi ouverte aux ardeurs du soleil, sera moins saine ; les peintres réclameront peut-être en faveur des eflFets de lumière, des contours hardis, des formes originales, que la vieille ville présentait. Mais l'architecture officielle, qui en notre siècle a démoli à Alger les balcons de l'architecture moresque et a

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