Suet., in Net ., 40. Tacite, Hist, I, 4. Eutrop. vii
jour par Fétroite et cordiale association de familles nouvelles. Le sénat n'était que par Taristocratie, et raristocratie était par elle-même. Aussi les plus grands démocrates de Rome, Marins et César, ne pensèrent pas à dissoudre le sénat; et j'ai lu de même dans un écrivain radical, que si la chambre des lords était supprimée , l'aristocratie y gagnerait en puissance plus qu'elle n'y perdrait.
Au contraire , ce qu'était autrefois notre chambre des pairs, un grand et vénérable conseil, non une des forces vives de la nation , le sénat le fut ou à peu près sous les empereurs. J'ai dit ' le secret de ce qui lui restait de puissance, comment il nommait aux magistratures, et se recrutait par elles. De cette façon il avait sous lui tout un ordre de fonctionnaires , un système entier de gouvernement^ qui, légalement au moins, dépendait de lui. De cette façon encore, il maintenait dans son sein une hérédité qui, alors comme sous la république , était de fait , jamais de djroit. Il y avait donc et des familles sénatoriales ', devant qui s'ouvrait la voie des honneurs officiels ; et des familles nouvelles qui se hasardaient à y prétendre, qui se risquaient à devenir illustres et qu'acceptait le sénat pour remplir les vides nombreux de l'aristocratie ancienne.
Ainsi les grands noms , de même qu'autrefois , étaient comme de droit au sénat ; les vertus, les talents, les renommées y arrivaient. Nulle part ne se trouvait une telle réunion de personnes illustres de toutes manières. Mais comme l'aristocratie dont le sénat avait été le centre était sans vie
1 . F. tome I^ p. 336 et suiv. Sur tout oe qui suit^ voyez encore tome I. p. 222 et 8uiv., tome II, p. 4 et suiv.; tome II, p. 102 et suiv., 167.
2. Ainsi Tacite : (c Julius Montanus, de famille sénatoriale (senatorii ordinis), mais qui n'avait pas encore bommencé la carrière des honneurs » (en d'autres termes, qui ne siégeait pus au sénat). AnnaLy XIII, 25^ et biea des passages pareils: Nondùm senatoriae œtatis, nondùm hononim «tat^m adeptus, etc.
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et sans unité, ce grand corps ne reposait sur rien ; il n*ë^ tait plus^ pour parler le style d'argourd'hui, la traduction légale d'un fait réel ; c'était une assemblée d'hommes plus ou moins notables, non une puissance. Malgré l'antiquité de son nom et ses siècles de souvenirs, il n'eut, sous l'em* pire, qu'une action médiocre dans les grandes crises; plus puissant aux affaires qu'aux révolutions, plus fait pour un utile service que pour une résistance hardie.
Et si, quant à la valeur morale, il y a eu une différence infinie entre le sénat de Rome et le nôtre ; si le sénat fut servile, adulateur, sanguinaire par lâcheté, tandis que, remarquable au contraire par son caractère moral, la chambre des pairs a su être courageuse pour ne pas verser le sang ; cette différence n'est que la mesure exacte de la différence qui existe entre cette époque et la nôtre. Nous méprisons le sénat romain, et notre vertu le condamne : le sénat romain était cependant honoré de son siècle ; il était le symbole de ce qu'il y avait encore de morale par le monde. Se rapprocher de lui était signe de vertu chez un , empereur; le menacer, indice du despotisme. Comme celle de Sénèque et de Burrhus, sa probité l&che et imparfaite , conseillère honnête des princes aux jours de leur vertu , gémissante et peureuse adulatrice en leurs mauvais jours, fut encore à cette triste époque le triste drapeau des bon* nètes gens.
Mais cinquante ans de servitude depuis Tibère, sa pauvre et impuissante tentative après la mort de Caligula , treize années consécutives de peur et de sanguinaire obéissance envers Néron, tout cela avait trop abaissé le sénat pour quede son sein une révolution pût venir. Parlons du peuple. Le peuple, ou, pour mieux dire , les prolétaires de Rome . étaient sous les Césars, comme sous la république, les vrais
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privilégiiez de Ve9>{M4re. La frumentation^ cette isrtitatîon adittiBahlfi pour asHurer contre le travail la dignité du citoyea, la ffumemation n'avait pas cessé de pourvoir à sa dobfiifttance; les empereurs y mettaient même du luxe. Le parcimonieuji Tibère donnait aux marchands deux sestoFoes par boisseau pour faire baisser le prix du blé ^ ; Néron le faisait descei)dre à trois sesterces, et, au moment même où la tempête venait de détruire trois cents navires chargés de grain, faisait jeter au Tibre tout le blé gâté des greniers publics ', -r- Des distributions d'argent [congiaria) se fiaisaient encore dans les grandes occasions. Néron donna une fois jq^<|u'à 400 aest. (101 fr.) par tête ^. — Les impôts pesaient à peine sur ce peuple : comme citoyen romain , il échappait à l'impôt direct ^; comme prolétaire, à l'impôt sur les su/^cessions ^, par lequel Auguste avait (dierché à remplacer Timpôt sur les biens. Les autres taxes, le vingtièmje des affranchissements ^, le droit sur les ventes publiques^, les droits de douanes [portoria) devaient peu rattei^drQ, Les droite sur la consommation établi» par Auguste, réduits par Tibère, portés à l'excès par Caligula^,