‹ Les CésarsChapitre 286 sur 321 · XIX · texte numérisé non relu

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avaient fini par clisparaltre devant la clameur du peuple *.

Les rigueurs impériales menaçaient rarement le prolétaire : « c'étaient les riches jardins d'un Sénèque, c'était le palais desLateranus qu^envahissaientau matin les cohortes prétoriennes pour y chercher un proscrit; les soldats de Néron n'allaient guère dans un grenier troubler le sommei 1 du pauvre*. » Les 300,000 souverains de la Rome républicaine avaient donc facilement accepté César comme successeur de l'aristocratie ancienne. César ne payait-il pas les charges de l'hérédité ? Ne donnait-il pas comme le sénat de l'argent et du blé ? N'avait- il pas des jeux et des triomphes ? N'élevait-il pas des thermes? N'amenait-il pas des aqueducs? Quel privilège manquait des libertés républicaines? Si Caligula, dans ses folies impériales^ avait quelquefois inquiété le peuple, Caligulalui avait donné de magnifiques festins, et plusieurs jours de suite lui avait jeté de Tor du haut de son palais ^. Claude l'avait laissé paisible ; Néron le comblait. Non-seulement il lui faisait la grâce de monter sur le théÀtre, de danser et de chanter pour lui : non seulement, à ses fêtes, il lui jetait des milliers de billets^ loterie grandiose où gagnait tout le monde, qui de riches étoffes, qui des tableaux, un cheval , un esclave; où lea moins heureux avaient pour consolation du blé, des oiseaux rares, des plats recherchés ; où les gros lots étaient des

1. Nullum macelli vectig^al majus Homs clamore plebift iiicusanlis apuU oinnes principes donec remissum portorium mercedis hujus. (Pline, ihid.)

2. Temporibus diris igitur juMUf^u'e Neronis Ijonginum et magnos Senecae praedivitis hortos Clausit, e egregias Lateranorum obsidet ledes Tota C(>horB. Hanis vcnit in cœnacula miles.

(Jiivénal, Snt. X, 15.)

3. Snet., in Caio, 17, 37 — 217 homme» périrenl dans cette foule, selon le ms. de Vienne.

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perles, des pierres précieuses, des lingots, que dis-je? un navire, une maison, une terre * ! Mais de plus Néron abolissait des impôts ^; Néron, au début de son règne, à son époque de sagesse et de parcimonie à la façon de Louis XII, Néron, dans un bel accès de miséricorde financière, pensa même & supprimer tout impôt mdirect : il fiallut toutes les prudentes admonitions du sénat pour lui faire maintenir Téquilibre entre le budget des recettes et celui des dépenses ^. Néron avait des prétentions comme financier; il critiquait la prodigalité de ses prédécesseurs^ qui n'avaient jamais su mesurer leur dépense au revenu^ eijt lui, disait-il, avait trouvé moyen de faire, au profit de ses sujets, une économie annuelle de 60 millions de sesterces-^.

Ces mouvements de générosité fiscale étaient passagers^ il est vrai. Les publicains étaient là pour y mettre bon ordre. Un moment arrêtée dans son cours, la marée montante des impôts continuait à s'élever. Néron ordonnait que les tarifs jusque-là tenus secrets fussent publics : au bout de quelques années, les tarifs retombaient sous le secret. Néron abrégeait la prescription en faveur des débiteurs, assurait un prompt jugement à ceux qui se plaigncdent des violences des publicains; mais les publicains, fermiers de l'impôt, avaient et les besoins de Césars à satisfaire et leur propre fortune à augmenter; les règlements sages tombaient dans l'oubli ; le fisc devait finir toujours par avoir raison ^

Mais qui souffrait de sa victoire, sinon les provinces? Le provincial qui payait l'impôt pour sa terre^ qui ne pouvait

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