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Tacite, AnnaL, XllI

SA GHUTE. 277

entrer en Italie sans subir les exactions de la douane ; ce stipendiaire , comme on le nommait, livré à la merci du procurateur de César, payait la dime au peuple de Rome , et entretenait sa royauté coûteuse. Pour bien comprendre les finances romaines, et ce budget dont nous avons vu le chifiEre sous la république, bien modique auprès du chiffi^e de nos budgets * , il faut, comme le fait un savant écrivain, le comparer à celui des États-Unis. L'empire était, sous un maître absolu, une véritable fédération : des villes, des peuples, des royaumes même, réunis dans son sein , avaient conservé leurs lois, leurs magistrats, leur gouvernement intérieur, leurs dépenses locales, leur budget. Le budget de l'empire, comme celui des États-Unis , devait donc porter un chiffre relativement peu élevé; mais aussi il devait faire face à peu de dépenses. Le budget de l'empire se dépensait à Rome presque tout entier, et il n'était guère autre chose que la liste civile du peuple de Rome.

Les trois cent mille pensionnaires du sénat, devenus autant d'amis de l'empereur, n'avaient donc pas sujet de se plaindre. Ils voyaient la vie précaire et menacée de l'aristocratie; ils en jouissaient davantage de leur liberté et de leur repos.

Aussi, même après l'incendie de Rome, qui porta un rude coup à la popularité de Néron, il garda toujours des amis. Tacite, dans un passage précieux, divise le peuple

1 Avant la victoire de Pompée sur Mithridate^ 200 millions de sesterces (38>8 1 0,000 fr.)^ depuis cette victoire. 550 millions desest. (104,801,000 fr.). Remarqués encore que, vers la fin de la république, le revenu de TÉtat fut diminué — par la libéralité de César qui, pendant son consulat, remit aux publicains qui affermaient les revenus de TAsie un tiers de leurs marchés, — par sa loi agraire, — par la suppression momentanée des droits de douane, •— enfln par les mesures populaires du tribun Qodius, qui, pour donner au peuple le blé gratuit, diminua d'un cinquième le revenu public. Y. Cic, pro Sextio, 25; ad Attic, 11, 1 et 16; Suet., m Cœs., 20.

de Rome en deux classes * : l'une vit de son bien ou de son travail , ou bien encore , dépend des sénateurs et des chevaliers , est cliente des grandes maisons ^, mange leur pain, pense avec elles ; celle-là n'a pas besoin de César, et par conséquent le déteste. L'autre partie du peuple ne travaille pas, a besoin d'un patron, et n'a de patron que César; elle le craint peu, par conséquent elle l'aime; « mauvaise valetaille de la cité, amateurs de cirques et de théâtres , hommes couverts de dettes qui se mettent à la kolde de la cour ^. »

Ces hommes-là ont leur franc parler avec l'empereur; ils ont jusqu'au droit de pleurer Octavie*. Néron s'éloigne-i-U? le pain va renchérir, les spectacles vont faire relâche , \t peuple gémit de l'absence de Néron ^. Croyez-vous que ces hommes regrettent les journées qu'on leur fait perdre sur les bancs du théâtre? qu'ils se plaignent des larges fru^ mentations au moyen desquelles ils restent les bras croisés sous les portiques? qu'ils n'aillent pas de grand cœur, lorsque Néron est enrhumé , faire des sacrifices pour sa voix céleste, dont ils peuvent bien se moquer tout bas? qu'ils gémissent d'être, avec toute la population de Rome , organisés, enrégimentés , disciplinés en claque théâtrale pour l'honneur de l'impérial histrion, applaudissant en mesure, criant vivat à point nommé au signal des chefs et sous le fouet des centurions ®? Croyez- vous qu'en tout cela ils voient la plus légère atteinte à leur dignité?

i. Tacite, Hist., ï, 4.

. 2. Para populi intégra et magnls domibus annexa, clientes libertîque damtiatoram et exulum. (Ibid.)

3. Pleba sordida, et circo ac theatris sueta, simul deterrimi servorum, aut qai adesis bonis per dedecus Neronis alebantur. (Tacite, ibiff. V, aussi i4«ïwi/., XÎV, 22;XV, 36.

4. Tacite, Annal. XIV, 60. Vulgi qucstns idcifcù minfts timenlis.

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