‹ Les CésarsChapitre 55 sur 321 · Caan, de Belh civ., in fine · texte numérisé non relu

Caan, de Belh civ., in fine

donne à. ses vaisseaux d'aborder» chacun où il pourra ; il débarque avec 3,000 hommes et iSO chevaux, n'ayant pas de vivres, nourrii?sant ses chevaux d'algues marines ; en attendant ses renforts, il enseigne à ses soldats la guerre africaine , montre à ses cavaliers à fuir et à se rallier comme les Numides, fait venir d'Italie les éléphants des jeux pour accoutumer ses hommes et ses chevaux à rencontrer en bataille de tels adversaires , et, pendant ce temps, il se maintient dans un espace de six milles contre l'immense armée pompéienne (708).

Passons vite sur cette guerre qui fut atroce et sans honneur, le parti pompéien n'espère que dans le roi barbare Juba ; Juba règne parmi ces Romains et fait quitter la pourpre à leur commandant Métellus : ce ne sont qu'intrigues, querelles pour le commandement, rêves de proscription, massacres de prisonniers. Ces légions de laboureurs africains^ levées à la hÀte et marchant à contre-cœur^ se laissent vaincre avec une facilité incroyable ; 30 cavaliers gaulois mettent en fuite 2,000 Numides. A Thapse, au jour de la bataille décisive. César est attaqué d'épilepsie, donne pour mot d'ordre félicité^ et se retire dans sa tente ; ses troupes se battent malgré lui, et sont victorieuses sans lui. Les vétérans de Pompée résistent seuls ; vaincus, ils se retranchent deux fois ; abandonnés de leurs chefs, ils demandent grâce et sont impitoyablement massacrés.

César lui-même semblé avoir oublié sa clémence ; il tue ou laisse tuer les chefs auxquels il a déjà pardonné ; il fait périr un L. César, son parent, coupable d'avoir maltraité ses esclaves et surtout d'avoir tué ses lions ; il en exile d'autres, mais en accordant à chacun de ses amis la gr&ce d'un exilé. Les Pompéiens qui n'ont pas su combattre savent se tuer : des Césariens abordent le vaisseau où fuyait Métel-

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lus : « Où est le général? demandent-ils. — Le général est en sûreté, » répond Métellus, qui se perce de son épée. L'Africain Juba avait son bûcher tout prêt dans Zama sa capitale ; il devait égorger là tqus les habitants^ y jeter ses femmes, ses en&nts et ses trésors, s'y brûler avec eux. Mais Zama lui ferma ses portes et le priva du suicide qu*il rêvait : lui et le Romain Pétreius se battirent pour recevoir la mort Tun de Tautre ; Juba tua Pétreius et se fit tuer par son esclave. Il y a dans ces morts quelque chose, et de la barbarie africaine, et de cette rage impie de suicide qui appartient à la corruption de l'empire.

Gaton avait depuis longtemps la douleur d'être inutile; sa vertu ne remédiait en rien à l'immoralité de son parti, ni la douceur de son àme à l'atrocité de la lutte. Dés le commencement de la guerre, il avait résolu de se tuer si César était vainqueur, de s'exiler si les Pompéiens triomphaient. On l'avait laissé à Utique ; ce héros de la république mourante ne faisait plus guère que garder les bagages. Dans cette ville, les indigènes étaient pour César ; les Romains, gens de finance, étaient bien pour la république, mais non jusqu'à afiPranchir et armer leurs esclaves, comme l'aurait voulu Caton. Àlors^ ne s'occnpant plus que de ses amis, il procura des vaisseaux à ceux d'entre eux qui voulurent passer en Espagne ; pour ceux qui restaient, il composa un discours destiné à fléchir César ; puis soupa, lut le Phédon^ et le lendemain matin, comme on peut le voir avec détail dans Plutarque^ il se tua : tant il craignait le pardon de César ! Ce suicide, tant loué des anciens et qui a séduit quelques moderneS; n'est pas même logique ; Caton ne pensait pas que, par ce dernier acte d'orgueil, il s'humiliait devant César, et confessait que celui qu'il n'avait pu vaincre par les armes pouvait l'écraser par son pardon. Caton se tuait

par dépit ; car sa cause n^était pas vaincue : Sextus, fils du grand Pompée, la mainienait en Espagne et retarda de quinse ans l'entier établissement de la monarchie. Il y eut donc dégoût plutôt que désespoir de sa cause, et son sui«cide fut ce que le suicide est totQOurs : un moyen soi-disant honorable de se soustraire à un devoir. La foi chré» timine a rendu un grand service au genre humain en le dispensant d'admirer de telles actions.

Je viens de le dire, l'Espagne, cliente de Pompée, belliqueuse, peuplée de vétérans, accueillait les fils de Pompée comme autrefois elle avait accueilli le fugitif Sertorius et l'avait défendu contre Pompée lui-même. Les fuyards de Thapse eurent pour eva la Péninsule presque entière, et pendant que César menait à Rome un quadruple triomphe, treize légions gravaient sur leurs boucliers le nom de Pompée.

Terminons tout de suite ce long récit de guerres. César appelé à grands cris par ses lieutenants, vient par terre en 27 jours de Rome à Cordoue. Arriver à la hâte, laisser les trois quarts de ses forces derrière lui , avec une poignée d'hommes surprendre l'ennemi, livrer bataille, — sa tactique était toujours la même. Le jeune Pompée évita longtemps le combat ; César Tatteignit près de Munda (709).

César, attristé par une récente attaque de son mal, dégoûté d'une guerre atroce où l'on ne faisait plus de quartier, où Tennemi assiégé égorgeait les bouches inutiles, prétendit en finir ce jour-là. Mais jamais sa fortune ne fut aussi chancelante que dans cette bataille, la dernière qu'il livra. L'ennemi, attaqué sur les hauteurs, avait treize légions contre huit. Les Césariens fléchirent. César, après avoir saisi ui) bouclier de fantassin, marcha seul presque à dix pas de l'ennemi ; il pensa même à se donner la mort.

Les débris de sa dixième légion le sauvèrent, soldats disgraciés qui, depuis qu'ils s'étaient révoltés en Italie, le suivaient par grâce et sans ordre. Il convenait qu'ailleurs il avait combattu pour la victoire, à Munda pour sa vie.

3,000 chevaliers et 30,000 soldais furent tués : on fit autour de Munda assiégée une ciroonvallation de cadavres, les tètes tournées vers la ville, les corps liés ensemble par des javelots. Le siège dura encore un mois, preque tous les assiégés périrent ; Cuéius Pompée fut tué dans une caverne ; son frère Sextus s'échappa dans les montagnes des Geltibères, et reparut depuis^ hardi corsaire, sur la Médir terranée.

Tout en soutenant cette guerre. César s'était amusé à une guerre de plume contre Cicéron, et avait répondu par une satire à son éloge de Caton, pamphlet républicain. Dans sa marche rapide de Rome à Cordoue, il avait aussi fait un poème intitulé le Voyage. César était homme de goùt^ bel esprit, lecteur assidu des poètes ; il recueillait les bons mots S en disait beaucoup. Je ne parle pas de ses mémoires, où il est soldat^, ni de ses harangues qui appartiennent à sa vie sérieuse^. Mais César était puriste, et les grammairiens le citent comme autorité. Dans un de ses ^fréquents voyages à travers les Alpes^ cet homme de plaisir et cet homme de guerre dédiait à Cicéron deux livres sur la grammaire et l'orthographe latines*. Vous figurez-* vous

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