César, III, 20, 21 ; Dion
S. F. SOT Antoine : Cic., ad AH., VIII; Plut., in Ant; Cic, Pkil., II.
<l»8 JULES césAR.
exemple, il revient à la h&te de Narbonne^ se cache dans un cabaret aux portes de Rome, y entre de nuit, seul, en guêtres et en casaque gauloise, dans une petite voiture^ va chez lui : a Qui frappe? — Courrier d'Antoine, i» On le mène à Fulvie, toujours déguisé; il lui remet une lettre, une lettre de lui-même, tout amoureuse , où il lui proteste qu'il a cessé d'aimer Cythéris. Fulvie pleure en la lisant ; le messager ému n'y tient pas, se jette au cou de Fulvie. Gela ne sent-il pas son xvn* siècle, les rubans et les grands cannons, «c Brutus galant et Caton dameret? x> Seulement, comme c'était pendant la seconde guerre de César en Espagne, Rome, à l'annonce de cette arrivée subite, crut & quelque grand désastre. On appela Antoine à la tribune pour fiiire part au peuple des graves nouvelles qui avaient motivé son retour ; il ne sut trop que dire, et l'Italie en demeura tout effrayée pendant huit jours.
Sous la vice-royauté d'Antoine, Dolabella était tribun. Antoine, ruiné par les dés^ vendait la justice, mettait la main sur les successions, prenait et donnait les patrimoines. Dolabella, joyeux compagnon comme lui, patricien ruiné, devenu plébéien et démagogue, remettait en honneur l'abolition des dettes et des loyers. Ce projet devait être du goût d'Antoine ; mais une intrigue de femme brouilla ces deux hommes si bien faits pour se comprendre.
Ce fut alors sous le tyran César comme aux beaux jours de la liberté. Il y eut deux camps, celui des créanciers et celui des débiteurs; batailles quotidiennes et meurtrières; tours de bois élevées sur le Forum par Dolabella, renversées par Antoine , comme on eût fait en rase campagne ; épuisement du trésor, révolte des légions qui se trouvaient mal payées, anarchie effroyable, dégoût de César, retour
vers le parti de Pompée ^ C'était le moment où César était enfermé à Alexandrie, où les Pompéiens, maîtres de TAfrique, menaçaient Tltalie * (707).
César, délivré, vint mettre le holà ; tont en pardonnant anx deux tapagenrs^ Antoine et Dolabella, en accordant quelques nouvelles oon<iessions aux débiteurs, une remise de terme aux locataires ^) il tint bon contre les tabulœ novwj protesta qu'obéré lui-même, il ne se libérerait pas de cette façon. En effet, se libérer par des cadeaux et des prêts for^ ces, vendre les biens des Pompéiens morts, vendre même les biens d'Antoine qui, adjudicataire de ceux de Pompée, trouvait fort mauvais que César en exigeât le paiement^ ; et puis se mettre en route à la hâte, ce fut l'affaire de dix mois environ.
Mais au moment de partir, ses vétérans protestent qu'ils ne marcheront pas; une promesse de mille deniers (776 fr.) par tête leur semble misérable. Us s'avancent vers Rome, pillant et tuant. César, malgré les prières de ses amis, vient les attendre à son tribunal en plein Champ de Mars : « Que vottlesB-vous? — Notre congé. — Vous l'avez ; et quand j'aurai vaincu avec d'autres soldats, tout ce qui vous a été promis vous sera payé. » Et sans un mot de plus, il se reti* rait. On le supplie d'ajouter quelques paroles ; il s'y prête à grand'peine et les apostrophe : « Omrites (citoyens)... Nous sommes soldats, lui répondent-ils, mène-nous en
i, LegioDum nec vis eadem^ nec voluntas... Italia abalienata, urbans rea perdit». (Cic.^ ad Attic., XI, 10.) Veraor in gemitu Italiœ, nrbis miserrimia qumlift. {^Fam^j XV, 13.)