Salluste, loc. cit
6. La population Investie du droit de cité romaine, avait été recensée en 683 à 450,000 citoyens. (Tite-Live, Epitome, XGVIII.) Après les guerres civiles, elle se trouva ne plus étreque de moitié, par conséquent 225,000. (Appien, de Belio civili, II, 102. Dion, XLIH, 25.) — Plut, m Casare, 45. Tite-Iive, Éptt,, GXV, ne portent même que le chiffre de 150,000 pour le recensement de l'an 708. Mais ce chiffre doit s'entendre de citoyens romains habitant Rome et participant aux distributions de blé. (f. Suétone, in Cœs,, 41.)
7. V. Salluste, et Gicéron, pro Marcello, Revocanda fldes... propaganda soboles, reprimendae libidines, vulnera belli curanda.
lequel il le voit marcher ; César se faisant censeur, moraliste, sage et sévère administrateur, après avoir été tribun, révolutionnaire, chef de parti, me semble un des faits les plus singuliers de cette vie extraordinaire. C'est le second o6té de la médaille : la politique conservatrice de César.
Il existe à cet égard un document précieux. Deux lettres nous sont restées , sous le nom de Salluste , adressées à César et probablement inspirées par lui, véritables pamphlets dans lesquels il faisait plaider d'avance en faveur de la politique qu'il allait suivre. La première est antérieure à la guerre civile ; elle est écrite dans le premier feu du novateur politique. César va être consul, réformer TÉtat, renverser l'oligarchie des nobles, étendre le droit de cité, augmenter le sénat, changer la loi d'élection et celle des jugements : il n'y a que cela à faire, et la république est sauvée. Quand Salluste écrit la seconde lettre^ César a fait tout cela ou à peu près, et la république n'est pas encore sauvée. L'historien de Catilina, un peu revenu de sa foi aux panacées politiques, de publiciste se fait moraliste. Il ne cache point à César que son parti n'est pas composé des plus honnêtes gens du monde, qu'autour de lui on pousse à la confiscation et à la tyrannie, qu'on bl&me sa clémence, «c que les vainqueurs réclament leur butin, et que pourtant les vaincus sont des citoyens '. Mais, dit-il, tu es le maître ; fais en sorte que le peuple qui t'obéit soit le meilleur possible; le malhonnête homme n'est pas un sujet docile ^. Ne rends pas, comme les barbares, meurtre pour meurtre, sang pour sang ^ ; continue à être clément, quoi qu'on en
1. Victores pracdam petunt, victi cives budI. (Sallust., Ibid.)
2. Fac nti quàm optumis imperites. Nam pessuinuB quiflque asporriinè rectorem patitur. {Ibid.)
3. Neque barbaro rihi, oaede csdem, sanguine sanguinem expiandom
{Ibid.)
due ; dte la liberté du brigandage ; ôte, pour y parvenir, la liberté des profusions et du luxe ; sans reprendre toutes les lois anciennes , règle les dépenses privées ^ ; assure à chacun son patrimoine, en le défendant et contre les rapines d*autrui et contre sa propre folie. Pour sauver la jeunesse de sa ruine pécuniaire et par suite de toutes les voies de désordre où elle s'engage {pravœ artes)^ supprime l'usure ; pour sauver le peuple et le soldat de la pauvreté et de la sédition, supprime les distributions qui le corrompent ; que chacun d (chose remarquablement hardie dans l'antiquité, et surtout à Rome) « ait son occupation , ses moyens de vivre, son travail ^. r> Salluste, l'homme de désordre dans sa vie privée et dans sa vie publique, après avoir expérimenté les phases et les mouvements divers de la politique, tout bien considéré, finit par un sermon.
Telle était bien aussi la pensée de César ; Cicéron nous l'apprend, César ne demandait pas mieux que de ramener les habitudes d'occupation et de travail. Il est curieux de voir ce débauché, devenu préfet des mœurs , renouveler les anciennes lois somptuaires ; faire visiter les marchés, poursuivre les mets défendus jusqu'aux pieds des Lares domestiques, envoyer ses licteurs dépouiller la table des riches gourmands ses amis ; interdire les perles, lui qui donna à Servilie une perle de six millions de sest. (1 ,164,400 fr.) ; borner à cent as la dépense des repas, lui qui le premier
1. Non ad vetera institata revocamus quae jam corruptis morlbus ludibrio flonty sed ai snamcuîque rem familiarem flnem sumptuum statueris... {Ibid.) Ooéffon donnait les mêmes conseils à César : a II faut relever ce que forcément les guerres civiles ont détruit, reconstituer les tribunaux, rétablir le erédit, réprimer la licence, favoriser la population ; mettre un terme par des k>ia sévèn» à toos les relâchements des derniers temps. » Pro Marcello. 8.
2. Provideas uti plèbes, largitionibus et frumento publico corrupta, habeat negotia sua, qutbus à malo publico distineatur, etc.. {Ihid.)
servît au même repas quatre vins dliféreuts * (cette question des lois somptuaires devait être plus sérieuse que nous ne pensons, puisqu'elle occupait ainsi César). César, qui héberge, auprès de Calpumie sa femme, Cléopàtre et ce fils qu'elle avait appelé Césarion, César casse un mariage contracté deux jours seulement après le divorce ; César veut encourager le mariage, et ne permet ni la pourpre ni les litières aux femmes qui n'ont pas d'enfants*. L'homme qui a si peu ménagé les deniers publics destitue les sénateurs coupables de concussion. L'homme qui accueillait tous les condamnés aggrave toutes les peines ^. L'homme populaire par excellence supprime ces corporations populaires dont Clodius et lui avaient fait si grand usage ; il exclut du droit de juger à côté des chevaliers et des sénateurs^ les représentants de la, plebs^ les tribuns du trésor *. César va plus loin ; il attaque cette maladie radicale que nous avons dès l'abord signalée , Tappauvrissement et la dépopulation de l'Italie. Il est vrai que lui-même y a contribué et que 80,000 citoyens ont été envoyés au-delà des mers pour relever entre autres Carthage et Corinthe, comme autrefois il avait relevé Capoue. César récompensait ainsi des services , il aimait à relever ces grands noms qu'une
1. LezJuliasumptuaria. Suet., inCœs,,2, Cic, ad Àttic.,XUl,l ; Fam.y VU, 26; IX, 15, 26. Dion, XLIII, 25. Pline, Hist. nat,, XIV. 15.