‹ Les CésarsChapitre 72 sur 321 · Suet, in Cœs · texte numérisé non relu

Suet, in Cœs

4. Dion, XLIV. Rappel de Maroellus. Cic, Fam., VI, 6, et le fameux pro Marcello.

pas toat : il loue Pompée, il relève ses statues, et par là, Gicéron le dit très-bien, il affermit les siennes. '

Croyez-vous, en effet, que cette modération fût une faute? Nous allons raconter le meurtre de César^ et nous verrons si, comme on Ta dit trop souvent, il fut victime de sa clémence. Qui, du reste, tyran ou homme de bien, fut jamais à l'abri d'un coup de poignard? 11 y a encore des hommes qui croient à la puissance du meurtre; il y a encore des phrases toutes faites à ce sujet : « Le salut du peuple est la loi suprême ; — ^il n'y a que les morts qui ne reviennent pas » : ou plus nettement comme Calphe : « Il est utile qu'un homme meure pour tout le peuple. » U semble encore que la politique soit un arcane, comme on voulait la faire il y a deux cents ans ' ; mais un sanglant arcane, une religion comme celle des druides, homicide et mystérieuse, à laquelle il faut au moins quelques gouttes de sang habilement ménagé. On ne dit plus : la raison d'État ; mais on dit, ce qui a le même sens ou plutôt n'en a pas davantage : la force des choses, la nécessité, ay^'yxr., le progrès social, la perfectibilité humaine! On veut être humanitaire plutôt qu'humain. Tout le reste s'appelle politique de sentiment, et n'a, par conséquent, aucune valeur.

Par amour des contrastes, noire siècle, tolérant et doux , s'éprend volontiers des natures sauvages et sanguinaires; il les grandit et les divinise. Louis XI et Richelieu marchaient à un grand but social! Danton fut un génie I Tibère et Néron même ne sont pas méprisables, ils servirent Thumanité à leur façon ! — De l'œuvre des génies . sanguinaires, pourtant qu'est-il resté? Après Sylla, j'ai dit

i. Et môme alors oo disait : « Il n*y a ni art ni science à exercer la tyrannie^ et la politique qui ne consiste qu'à répandre le sang est fort bornée et de nul raffiDement. » La Bruyère^ cli. X.)

comment son œuvre disparut vite. Après Cromwell, vous savez le pauvre règne de son fils et la fin ignominieuse de sa république. Louis XI lui-même ne laissa pas la monarchie bien puissante sous Charles YIII ; le patient Louis XII, le bon homme Henri IV firent bien plus pour elle. Richelieu, après tant de sang versé, laissa^l'aristocratie toi^yours vivante, les querelles de la Fronde, l'extrême danger et l'extrême faiblesse de la royauté : et qui prépara la grandeur de Louis XIY, sinon Mazarin, cet Italien doux et sournois, cet homme si attaquable d'ailleurs, mais qui ne fut ni vindicatif ni sanguinaire? Reste la Convention, ou plutôt le Comité de salut public qui fut le despote de la Convention comme de la France : le comité de salut public n'a pas sauvé la France, la France s'est sauvée elle-même, par son armée, sans lui et malgré lui ; le Comité de salut public n'a accompli aucune de ses vues , n'a terminé aucune des iUttes qu'il soutenait, n'a rendu impossibles, grâce à Dieu, ni la royauté, ni le pouvoir absolu, ni le gouvernement d'aucun des partis qu il combattait; s'il a rendu quelque chose impossible, c'est la république.

César fut un homme supérieur, parce qu'il suivit une marche*toute contraire, parce qu'il sut que rien ne se termine dans le sang, et qu'on ne tue pas les partis. En laissant vivre les républicains, il tuait la république ; et en effet, elle n'eut pas après lui un instant d'existence sérieuse. Cette noble pensée fut son escorte dans la guerre, son élément de force dans la cité ; elle devait être sa gloire dans l'avenir : exemple rare même chez les modernes, et qui, je crois, n'a pas eu son pareil dans l'antiquité !

Du reste, rien de grand ni d'utile n'échappait à la pensée de César. Le calcul des jours se faisait si mal, que ni les solstices et les équinoxes, ni les temps des récoltes et des

vendanges ne s'accordaient plus avec la numération des pontifes ; pour se trouver d'accord avec le soleil, il fallut faire une année de 445 jours : César, qui avait étudié l'astronomie en Egypte et composé un poème sur cette science, fit réformer le calendrier ^ Rome allait s'agrandir et s'embellir : un nouveau thé&tre s'élevait au pied du Capitole; un temple de Mars* plus grand que ne fut aucun temple, allait être construit sur la rive droite du Tibre ; le Tibre, à partir du Pont Milvius ( Ponte Molle) ^ aurait été détourné et serait allé passer au pied des Monts Yaticans (le Monte Mario et la hauteur sur laquelle est construit le palais du Vatican); le Champ de Mars aurait été transporté sur ce terrain conquis pour la ville de Rome ; Tancien Champ de Mars aurait été couvert de bâtiments^. Le dessèchement des marais Pontins, l'écoulement donné au lac Fucin, la coupure de l'isthme de Corinthe, ces projets tant de fois médités étaient repris. Une carte de tout l'empire, travail inunensepour l'antiquité, devait indiquer toutes les routes et les distances.

César n'oubliait pas non plus les droits de l'intelligence; Varron préparait, pour les ouvrir au peuple, des bibliothèques grecques et latines. Un travail d'un autre genre devait réunir et classer les lois civiles , dont la multitude amenait la confusion. César, fidèle à sa mission de rallier les peuples à l'unité, voulait que Rome touchât les deux bouts de son empire; un lit nouveau donné au Tibre, un port nouveau à Ostie, l'auraient rapprochée de la mer de Toscane et de l'Occident; des routes directes par-dessus

I. Snet, m Cm.,^. Dion, XLIII, p. 226. Macrob., Satum,, î, 13, 14. Solinus, S. GeiiBorinuB, etc. La première année (bissextile) du calendrier réformé commença le i«T janvier de Tan 45 av. J.-G. (708 de Home).

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