Suct., in Cœs.y
un gémissement de la foule avertit César de refuser: Antoine recommence, Antoine se prosterne, le peuple murmure encore; César n^ose accepter le diadème, le renvoie à Jupiter, et néanmoins fait exiler deux tribuns qui ont arraché les bandelettes mises à sa statue ^ .
Le peuple romain, qui prenait son parti de tout le reste, ne se résignera pas à l'idée de voir cette demi-aune de ruban autour du front de César. Les deux tribuns exilés ont un grand nombre de voix pour le consulat qu'ils ne demandent même pas. Un consul, que César a nommé contre les règles du droit, veut au thé&tre se faire faire place par son licteur; on lui crie : «Tu n'es pas consul ! » Et sous la statue de l'ancien Brutus, on trouve écrits ces mots : tt Si tu vivais aigourdliui ! » ,
Ce ne fut donc pas le caprice d'un fou ni la monomanie d'un scélérat qui tua César. Ceux qui loi donnèrent la*mort s'étaient résignés à sa dictature; mais ils se révoltèrent à la pensée de sa royauté, et d'une royauté insolente comme celles de l'Orient. Marcus Brutus, ami personnel de César comme il avait été l'ennemi personnel de Pompée, mais qui par devoir avait combattu César et soutenu Pompée, Brutus devait juger la république impossible; mais Brutus le stoïcien, le gendre et le neveu de Caton, pouvait bien n'accorder à César qu'une certaine mesure de tyrannie. Des compagnons d'armes de César, D. Brutus, Trébonius, Gasca , plus de soixante sénateurs ou chevaliers, en tout « plus de quatre-vingts conjurés, grands ou petits, bourgeois ou soldats, amis ou ennemis' )>^ ne se réunirent point pour aller renverser en étourdis le même pouvoir de qui
1. Cic, Philipp,, II, 34. Suet., m Cœs,, 79. Plutarque, Nicolas de Damas, 20, 21. L« récit de cet écrivain n'inArme pas la pensée qu*Antoiue agissait de complicité avec César.