Cic, Philipp., II
2. K. Nicolas de Damas, 30; Dion Cassius, XLV; Cic, ad Atiic, XVI; Saet., m Aug», 10. Sur la tentative d'assassinat contre Antoine, K. de plus Cic, Fam., XII, 23; Senec, de Clem., I, 9; Vell. Paterc, II, 60.
travers les Alpes, appelle Lépidus qui tenait la Gaule, rallie tout le parti césarien et militaire, passe le Rubicon, et vient sur Rome. Le sénat, eiOfrayé, demande pardon, accorde ce qu'il refusait. Mais deux légions lui arrivent; il se ravise, reprend ses concessions , fait fortifier Rome. Octave serre Rome de plus près; terreur nouvelle I Le sénat tremble et court au-devant de lui. — Cependant le bruit court que deux légions désertent Octave ; sur la foi de ce commérage^ le sénat se rassemble encore, s'entbousiasme, parle république et liberté ; Cicéron harangue. Mais la nuit vient, on réfléchit : le bruit est douteux ; le sénat se disperse, honteux de son courage , et Cicéron se fait vite emporter dans sa litière.
L'alliance fut alors scellée entre Octave , Antoine et Lépidus. Leurs soldats même y aidèrent, et ordonnèrent un mariage entre Octave et une belle-fille d'Antoine, fiancée à un autre. Ainsi les soldats disposaient des familles : c'était bien peu de chose, il est vrai, qu'une jeune fille et un mariage ; on se débarrassait si vite de l'un et de l'autre!
La première conférence des triumvirs eut lieu d^lns une lie du Réno, près de Bologne. Deux ponts furent construits pour y arriver. Antoine par la rive gauche , Octave par la rive droite, s'y rendirent chacun avec cinq légions, qulls laissèrent à quelque distance ; trois cents hommes gardèrent de part et d'autre la tête du pont. Lépidus visita Tlle avant de leur donner le signal d'y entrer. Antoine et Octave se fouillèrent réciproquement : jugez des agréables rapports qui existaient entre ces honorables amis.
Trois jours se passèrent à dresser une liste de proscrits. Chacun fournissait à cette liste un de ses amis et recevait un de ses ennemis en échange. Antoine céda la tète de son neveu, Lépidus, celle de son frère. Octave, après avoir ré-
sisté trois jours^ consentit à la mort de Cicéron. Il est vrai qu'en définitive le neveu et le frère furent sauvés ^ mais Cicéron ne le fut pas. ^- Voyez cette scène admirable dans Shakspeare.
En entrant à Rome, ils proclamèrent qu'ils n'imiteraient ni la cruauté de Sylla, ni l'imprudente clémence de César; que la richesse ne serait pas un crime ^ qu'ils ne tueraient même pas tous leurs ennemis, qu'ils proscriraient un petit nombre seulement des plus méchants, mais qu'enfin il fallait un peu de sang pour satisfaire le soldat. Le nombre des proscrits fut fixé d'abord à 17, mais dès le lendemain, il s'augmenta de 130, puis de ISO, puis d'un nombre infini. Suivait la défense ordinaire de sauver les proscrits, la récompense aux meurtriers, et la promesse qu'on n'inscrirait pas leurs noms , précaution contre les révolutions futures.
Cette proscription fut de toutes la plus abominable. Comme cela s*est toujours fait depuis le galant Sylla jusqu'à l'incorruptible Robespierre , toutes les haines , toutes les vengeances privées, vinrent à la curée ; mais ce que cette proscription eut de pire, c'est que les passions politiques qui lui servaient de prétexte étaient à leur période de refroidissement.
Quoi qu'en eussent dit les triumvirs, il s'agissait d'argent par-dessus tout : un homme fut tué pour une opale ; Verres pour des vases de bronze, reste de son butin en Sicile. Quiconque avait tué un homme, faisait inscrire le nom de cet homme sur la liste des proscrits, et le meurtre restait impuni. 11 fallait de Targent aux triumvirs, de l'argent aux soldats. Antoine qui, aux ides de mars, s'était fait livrer par la veuve de César 4,000 talents (26 à 27 millions de francs) laissés par le dictateur ; Antoine qui, selon Cicéron,
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avait payé^ des ides de mars au mois d'avril , 40 millions de sesterces de dettes; Antoine, qui, au jugement du sénat, avait gaspillé au préjudice du trésor public 700 millions de sest. (195,620,000 fr.)^; Antoine avait toujours besoin d'argent. Les proscriptions finies, les triumvirs déclarèrent qu'il leur fallait encore 800 millions. On peut le comprendre quand on voit un soldat demander sans façon qu'Octave lui abandonne la succession de sa propre mère.
On compte ^ que 300 sénateurs, 2,000 chevaliers périrent. Les détails de la mort de Cicéron sont partout. Elle fut noble, touchante, et relève sa vie. 11 défendit à ses esclaves de s'armer pour lui, tendit la tête hors de sa litière, et mourut sans phrase ^ Fulvie saisit cette tête comme sa propriété, la bafoua, cracha dessus, perça la langue d'une aiguille, et fit exposer sur les rostres, où sa voix avait tant de fois retenti, la tète du grand orateur. 11 est vrai que Fulvie, veuve de Clodius et de Curion et femme d'Antoine^ avait trois maris à venger de l'éloquence de Cicéron. Fulvie avait ses proscrits à elle ; on apporta un jour une tète à Antoine : « Je ne connais pas cela , dit-il ; portez à ma fenmie. x> C'était la tète d'un homme qui avait refusé de vendre sa maison à Fulvie. Du reste, Antoine et Lépidus se laissèrent quelquefois fléchir; Octave, qui avait consenti avec plus de regret aux proscriptions, une fois les proscriptions ordonnées, ne fléchit jamais.
Pour flétrir ces proscriptions renouvelées à toutes les époques de Thistoire et qui à toutes les époques ont trouvé des panégyristes, je ne puis mieux faire que de citer quel-
1. V. Cic, Philipp,, II, 14, 37; V. 4; XII, 5; Plut., m Anton. De 707 à 725, j'évalue le sesterce à 28 c. (K. M. de La Malle, t. I, p. 450.)