Materna tibi farioa. (Suet.^ in Âugusto
crédit auprès des masses , apporter ce grand bien , alors apprécié, la pais. Quand la Ligue toucha à sa fin, il s'établit entre les protestants et les catholiques, ou pour mieux dire, entre les royalistes et les ligueurs, un tiers-parti, celui des politiques, c'est-à-dire des gens qui mettaient de côté la grande question de la guerre civile , la question religieuse. Ainsi se résolvent les grandes questions politiques, on les met de côté. Ce parti-là, qui fit à Paris la satire Ménippée, fit à Rome les Géorgiques de Yirgile et les Satires d'Horace.
Je ne serai pas long dans le récit de ces dernières guerres civiles. Il n'y avait plus que des querelles d'homme à homme : mais à l'intérêt de l'histoire succède Tintérèt du drame ; l'histoire romaine n'est nuUe part aussi romanesque. Un des grands historiens de cette époque est Shakspeare; Horace et Yirgile peuvent servir à le compléter.
Antoine régnait à Rome. Chose étrange ! c'était l'Afrique , la Syrie et la Macédoine qui soutenaient le parti romain ; en Italie , il n'était représenté que par Cicéron et quelques vieux sénateurs. Antoine régnait, non comme consul ni comme chef de parti , mais comme exécuteur testamentaire de César. Il donnait des charges , nommait des sénateurs, faisait des rois (on acheta de lui une royauté pour un billet de 10,600,000 sest *.), il dominait comme une bacchante tout ce peuple qui voulait être dominé : tout cela en vertu du testament de César; toute puissance au monde devait désormais porter le nom de César. Le testament de César était infini , on découvrait de nouveaux codicilles chaque jour; on affichait chaque jour de nouveaux décrets au Capitole ; les diplômes posthumes du grand homme se vendaient à beaux deniers comptants
i.Cic, Philipp, 1!, 37.
dans le gynécée de Fulvie, et passaient de là dans le commerce*.
lie courage d'Octave était cette résolution froide, qui ne se jette pas dans le danger sans en calculer toutes les chances. L'enfant de vingt ans, qui , malgré les larmes de sa mère, prenait le redoutable nom de César, vendait tous ses biens, et jetait dès l'abord son va-tout dans cette périlleuse entreprise, n'eut qu'à réfléchir un moment et prit bien vite parti contre Antoine qu'il faillit même faire assassiner. Il avait acheté une armée en allant de ville en ville, l'argent à la main et la harangue à la bouche, recruter à 500 deniers (589 fr.) par tète les colons, vieux soldats de César (711) *; cette armée, il la mit au service du sénat, humble citoyen, patriote dévoué, refusant les faisceaux, appelant Cicéron son père^ prêt à pardonner, semblait-il, aux meurtriers de César. Le sénat l'applaudit, le fêta, le chargea de fleurs de rhétorique, mais compta bien le jouer. Cicéron, en l'embrassant et en se donnant l'air de le protéger, disait : C'est un enfant qu'il faut élever pour s'en défaire : ornandum puerum, tollendum. Je ne saurais traduire le calembour du grand orateur.
Mais ce fut cet enfant qui joua les vieilles têtes du sénat. A la première bataille devant Modène, Antoine est vaincu ; mais les deux consuls tués, si heureusement pour Octave, qu'on le soupçonna d'avoir dirigé le fer ennemi. Le sénat, débarrassé d'Antoine , croit n'avoir plus besoin d'Octave, ne tient compte ni de lui ni des promesses qui lui ont été faites. Octave alors se réconcilie avec Antoine, qui fuyait à