‹ Les CésarsChapitre 84 sur 321 · Ampère^ L'empire romain à Rome, ch. 2, t. I, p · texte numérisé non relu

Ampère^ L'empire romain à Rome, ch. 2, t. I, p

Plutarque a écrit avec un reste d'enthousiasme républicain la dernière campagne de ces derniers Romains^ Brutus et Cassius. Ces élèves des philosophes sous les pas desquels se réveillait un souffle de l'ancienne liberté grecque, à qui Athènes dressait des statues à c6té de celles des tyrannicides Harmodius et Aristogiton , étaient autre chose que des niais ou d*obscurs fanatiques. Notre siècle est trop porté à prendre parti contre les vaincus : la vieille Rome devait tomber, je le veux bien, mais elle ne tomba pas sans quelque dignité. Yoyez, dans Plutarque, ces derniers entretiens de Brutus et de Cassius, admirablement traduits par Shakspeare et pleins d'une certaine beauté grave et philosophique. Brutus, dans sa défaite, put se glorifier de n'avoir été trahi par personne. On vit même un Lucilius, afin de sauver son général, se laisser prendre, se faire passer pour Brutus, demander la mort comme une grâce ; quand il eut été reconnu, Antoine, touché de ce dévouement, embrassa Lucilius, et lui demanda la faveur d'être désormais son ami ^

Mais la fatale doctrine du suicide devait h&ter leur perte. Brutus , qui avait eu le courage de blâmer la mort de Caton, la veille du combat changea de pensée. Quand lui et Cassius se séparèrent^ en se disant avec un sourire grave , qu'ils étaient sûrs, sinon de vaincre, au moins de ne pas avoir â redouter le vainqueur, ils ne comprenaient pas combien ils affaiblissaient leur cause ; dix ans de combats les avaient lassés, et le suicide était un facile expédient pour se dispenser de lutter jusqu'au bout. Il y eut chez eux, comme chez Caton, une singulière précipitation de mourir. Brutus, pour en finir plus tôt, hâte un combat iné-

i. K. des monnaies de Cassius : C. Cassii imp, — Liberias,

gai contre un ennemi qu'il pourrait affamer ; Gassius, sur un malentendu commis par un esclave, croit sa cause perdue et se donne la mort. Brutus, une fois vaincu^ désespère tout de suite et se jette sur Fépée de son affranchi, en s'écriant : a Folle vertu, vaine parole ! je t'ai crue une réalité, tu n'es que l'esclave de la fortune M » Il semble que l'ombre de César, qui tourmentait les nuits de Brutus, a soit toujours errante autour d'eux et tourne leurs épées contre leurs propres cœurs ^! »

Le monde restait donc à partager entre Antoine et Octave. Lépidus était déjà à peu près mis de côté, et le titre de grand pontife lui tenait lieu de royaume. Il sembla après ce partage, que tout l'honneur et tout le profit fussent pour Antoine, qui avait déjà toute la gloire du combat de Philippes. La Grèce et l'Orient lui étaient échus, c'esi-à-dire des richesses immenses, une royauté facile, un avenir de conquêtes, uàe guerre populaire et désirée contre les Parthes. A Octave, au contraire , à ce pâle triomphateur qui , malade le jour du combat, s'était tenu dans sa litière, à cet ennemi froidement cruel, insulté par les prisonniers républicains qui saluaient Antoine avec respect; à Octave, l'Occident pauvre et demi-barbare, l'Italie épuisée, 170,000 vétérans à payer, qui chacun avaient la promesse d'un lot de terre et de 20,000 sest. ^.

Les difficultés le pressaient de toutes parts. L'Italie était

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