PRODUITS
Ambre gris. — L'ambre gris est le résidu de la digestion des Cachalots ; très employée autrefois, cette substance est aujourd'hui presque sans usage et on ne la connaïîtrait guère si Schwediawer ne nous en avait laissé une description très détaillée. « L’ambre gris, dit Schwediawer (195), estune substance solide, inflammable, d’un gris blanchâtre, parfois noirâtre qui, fondue ou brûlée, répand une odeur particulière, agréable à beaucoup de personnes, désagréable à d’autres. Tel qu'on le rencontre dans lecommerce, il varie de consistance suivant qu'il à été exposé à un air chaud ou froid. C'est une matière dure, cassante, susceptible de recevoir un poli mais sans acquérir jamais la finesse et la transparence du succin. En le grattant au couteau pour le réduire en poudre, une partie adhère comme de la cire à l'acier froid ; il adhère également aux dents si on cherche à le mâcher et produit la même impression sur les ongles. Complètement trituré, il a un goût terreux qui ne présente rien de particulier. Dans son état naturel il possède une odeur forte tout-à-fait caractéristique ; plus il est vieux, plus son oûeur semble devenir agréable; cette odeur s’exagère en le frottant entre les doigts, elle s’exagère aussi quand on le fond ou quand on le brûle. A une température modérée, il se résout en une huile épaisse, noirâtre, puis il fume, écume, et enfin disparait totalement sous la forme de vapeurs sans laisser aucun résidu charbonneux. Il se comporte de la même manière quand on le place sur un métal chauffé et il ne laisse d’autre trace qu’une tache noire; si le métal est chauffé au rouge, l’'ambre gris fond, s’enflamme instantanément, répand une fumée abondante et disparaît rapidement sans laisser la moindre trace; quand on l'approche de la flamme d’une bougie, il prend feu aussitôt et brüle avec une flamme claire et brillante jusqu’à ce qu'il soit consumé. Une aiguille chauflée au rouge pénètre facilement sa substance, laissant transsuder une huile noirâtre ; rien ne semble adhérer à l'aiguille, mais celle-ci présente les mêmes caractères que si on l’avait plongée dans de la cire.
« L'ambre gris est si léger qu'il flotte, non-seulement sur l’eau
de mer, mais aussi sur l’eau douce. Sa couleur est d’un gris blanchâtre, quelquefois jaunatre, parfois noirâtre; la première teinte est la meilleure. Tout ambre gris conservé pendant un certain temps, se couvre d’une poussière grisàtre dont il paraît saupoudré comme le chocolat. Sur la cassure, sa texture paraît granuleuse et, dans certains fragments, stratifiée par couches. La première sensation au toucher est rude, mais si on le frotte entre Îles doigts, il donne la sensation d’un savon dur ou plutôt celle de la roche que les minéralogistes nomment smectis (argile smectique, ou peut-être stéaschiste).
«€ On le trouve flottant à la surface de la mer ou ensablé sur le rivage, ou même quelquelois rejeté à une certaine distance des côtes, sur les rivages de l’Atlantique, sur les côtes du Brésil, sur celles de Madagascar, de l'Afrique, des Indes occidentales, de la Chine, du Japon, des îles Moluques. La plus grande partie de lambre gris qu’on importe en Angleterre, arrive des îles Bahama, de la Providence. » Un baleinier, dit P. Gervais, en a retiré parfois une masse de 130 livres du corps d'un Cachalot (70, 304).
On à eu très longtemps les idées les plus fausses sur l’origine de celte matière; « Albert le Grand et avant lui Marco Polo, dit Van Beneden, connaissaient parfaitement son origine que l’on avait attribuée tantôt à des Oiseaux, tantôt à des Phoques ou à des Crocodiles, et on avait même été jusqu'à supposer qu’il provenait d’une fontaine bitumineuse sous-marine, » (194, 26). L'Écluse avait aussi, sur ce sujet, des idées assez exactes : « Croyez-moi, dit-il, l’ambre n’est autre chose qu'un résidu d’aliment amassé pendant longtemps dans l'estomac (ou dans l'intestin) de la vraie Baleine. » (1) Il faudrait supprimer le dernier membre de phrase, car on sait depuis longtemps que les Mysticètes ne produisent pas d’ambre gris. Les Japonais, du reste, qui recueillaient aussi l’ambre gris, n’ignoraient pas son origine ; ils l’appelaient Kusura no sun, ce qui veut dire excrément de Cétacé.
La description donnée par Schwediawer s'applique exclusivement à l’ambre gris absolument pur, mais non à la matière telle qu'elle est rejetée. Celle-ci, en effet, se trouve ordinairement remplie de becs de Céphalopodes, ce qui prouve, comme le fait observer Schwediawer, que sa substance à dû passer d’abord par lPétat liquide ou au moins par un état pâteux très prononcé. La présencede ces becs suffirait à elle seule pour faire admettre que l’ambre gris est rejeté
(4) Guibourt et Planchon. — Histoire naturelle des drogues simples, T. 4. 1876, p.119:
par un animal teuthophage. Mais quel est cet animal ? Schwediawer indique le Cachalot et n’en désigne pas d'autre, il fait mème observer, ce qui correspond parfaitement aux différences de taille sexuelles, que les masses d’ambre gris rejetées par la femelle sont plus petites que celles données par le male, et il ajoute que le Cachalot se nourrit de Sepia octopodia ou « cuttle-fish », termes qui correspondent à une idée générale très juste, mais qui, dans le détail, se contredisent, puisque la Sépia est décapode, tandis que le Poulpe est octopode. Il est probable que les Céphalopodes dont se nourrit le Cachalot sont très variés comme espèces et que l'animal ne se contente pas d’avaler les Calmars et les Seiches qu'il rencontre, mais aussi les Poulpes, comme le fait observer Van Beneden (194,26) et très probablement l'espèce la plus musquée, l'Eledone moschata. I est probable aussi que tous les Cétacés teuthophages sont capables de rejeter de lambre gris bien que, jusqu'ici, rien ne vienne apporter une apparence de certitude à cette probabilité. Dans tousles cas, les Baleines et autres Cétacés à fanons ne rejettent certainement pas d'ambre gris, car ils se nourrissent de petits Crustacés pélagiques, comme la Baleine de Biscaye (58), la Baleine du Sud, étudiée par Roussel de Vauzème (1), la Balænoptera borealis (63) et la B. Sibbaldii (2) ; soit de petits Ptéropodes et de Méduses pélagiques, comme on le suppose pour la Baleine franche, soit de Crustacés et de Poissons, comme les Mégaptères et les autres Balénoptères.
Dans quelle partie du corps se trouve l'ambre gris ? Schwediawer est très explicite à ce sujet : c'est dans les six ou sept pieds qui forment la dernière portion de l'intestin; ilajoute même que la substance doit s’'emmagasiner dans la région qui correspond au cœcum, mais cette assertion, qui est donnée comme un fait positif par Guérin (200, 84), est tout à fait dénuée de fondement, car on sait quele Cachalot, comme tous les autres Cétodontes à l'exception du Plataniste, est dépourvu de gros intestin et de cœcum (14, 143). Autrefois quand les Baleiniers capturaient un Cachalot, ils lui ouvraient immédiatement la portion terminale de l'intestin afin de recueillir l’ambre gris ; ils avaient même observé, dit Schwediawer, que les individus malades en renferment plus fréquemment que les individus sains (3) et que, dans ce dernier cas, on observe dans les parois intesti-
(1) Roussel de Vauzème. — Description du Cetochilus australis, nouveau genre de Crustacé branchiopode. Ann. se. nat. t. 1, 1834, p. 334.
(2) Plusieurs éstomacs de cette espèce ont été rapportés au Muséum par M. Pouchet; tous élaient remplis par des Crustacés que je regarde comme des
Palémons de petite taille.
(3) C’est aussi l'opinion du capitaine Scammon.
nales des tumeurs et des ballonnements morbides. Quand la matière est rejetée avec les excréments, elle n’a ni la consistance, ni la couleur, ni l'odeur de lambre vieux ; néanmoins les pècheurs la recueillent aussitôt qu’elle vient flotter à la surface. Il est probable qu'elle se forme dans l'intestin par couches concentriques successives, car cette disposition, déjà signalée d'après Schwediawer, a été aussi reconnue par Guibourt.
L'alcool bouillant ne dissout pas entièrement l'ambre gris, mais il abandonne par refroidissement un corps blanc, cristallisé, fusible à 35°, qu'on désigne sous le nom d’ambréine. Cette substance est soluble dans les dissolvants ordinaires des matières grasses et sa composition, établie par Pelletier, se rapproche un peu de celle de la cholestérine : carbone 83,37, hydrogène 13,32, oxygène 3,31. A la distillation, l'ambre dégage de l'acide benzoïque auquel il doit son odeur. Traité par l'acide nitrique jusqu'à cessation de vapeur, puis par l’eau et le carbonate de plomb, il donne l'acide ambréique dont la composition également établie par Pelletier est la suivante : carbone 51,96, hydrogène 7,07, oxygène 8,59, azote 32,37 (200, 84-85).
L'ambre gris ne sert plus guère qu'à la parfumerie; il était autrefois employé dans la pharmacie et il faisait partie de lessentia ambræ d'Hoffmann, de la fénctura regia du codex parisien et du troschisci de ambre de Wurtemberg (195). D'après Guérin, la seule préparation officinale qui se pratiquait encore en 1874 était la teinture d’ambre : ambre 800, alcool à 80, 1000 (200, 85). Schwediawer raconte qu'il en prit une fois 90 grammes sans éprouver d'effet appréciable, mais il ajoute qu'un marin en prit une once et lui trouva des propriétés purgatives prononcées. Les pèlerins de la Mecque, ajoute-t-il, en font des fumigations et les Turcs l’emploient comme aphrodisiaque (196).
Huiles des Cétacés. — La couche épaisse de lard qui enveloppe le corps de tous les Cétacés renferme une matière grasse complexe, huileuse, qui laisse déposer à froid des cristaux de cétène (spermaceti) au milieu d’une huile jaunâtre qu'on appelle suivant les espèces, huile de Baleine, huile de Dauphin, huile de Globicéphale, etc. On pourrait done obtenir du spermaceti où blanc de Baleine, avec les huiles tirées du lard de tous les Cétacés, mais comme on est obligé de soumettre les téguments gras du corps à l’action de la chaleur pour obtenir les matières qu’ils contiennent,
on n'a jamais que des produits altérés et dans tous les cas de qualité inférieure (1).
Telles qu’on les obtient par l’action de la chaleur sur le lard, ces huiles sont d’un jaune clair et ont une odeur de poisson prononcée. On peut en tirer par refroidissement une certaine quantité de cétine, mais toutes sont loin d’en renfermer une quantité notable; les petits Delphinidés n’en ont qu’assez peu, le Globicéphale en a davantage et les Mysticètes en sont toujours riches.
Ces huiles varient en composition suivant les espèces. L'huile de Globicéphale, d’après Guibourt et Planchon, à une densité de 0,9718 à 20°; elle est très soluble dans lalcool surtout quand elle a perdu sa cétine et donne par la saponification les acides oléique, margarique et phocénique; ce dernier est volatil, il a pour formule CH1601, «Il se produit en outre deux huiles non acides et plus fusibles que l’éthal, ce qui semble indiquer dans l'huile du marsouin (à tète ronde) la présence de corps gras différents de l’oléine, de la margarine, de la phocénine et de la cétine, qui la composent principalement. » L'huile de Baleine contient, comme on sait, plus de cétine, mais elle renferme beaucoup moins des principes précédents (2). L'huile de Cachalot ne diffère pas sensiblement de celle de Baleine, quant à l'huile d'Hyperoodon, qu'on obtient actuellement en grande quantité dans le nord, elle donne le centième de son poids de spermaceti, elle renferme 39 °/, de matière non saponiliable et ressemble énormément à l'huile de Cachalot. Le capitaine Davy, à qui nous ermpruntons ces détails (201,730), fait observer que, par l'action de l'acide sulfurique, l'huile devient d’un bleu pàäle, passe au violet clair et revient ensuite au brun, tandis que l'huile de Cachalot prend une teinte brun foncé et devient ensuite plus sombre avec un ton léger de violet. Les Berardius donnent également de lhuile et il en est de même des autres Cétacés ; toutes ces huiles, d’après Guérin (200,89) sont très avides d'oxygène, s’épaississent à lair et prennent un poids spécifique élevé.
La quantité d'huile varie beaucoup suivant les espèces et surtout suivant les dimensions ; d’après le capitaine Scammon, les Mégaptères donnent 40 barils d'huile et 6 barils de graisse viscérale, les plus grandes Baleines franches 200 barils, les grandes Balénoptères
(1) Je tiens ces renseignements de M. le Professeur Pouchet qui m'a donné aussi de nombreux détails sur la manière dont on recueille le spermaceti dans le Cachalot.
(2) Guibourt et Planchon. — Loc. cit., p. 116.
90 (47) et les Globicéphales 2 barils. Ces huiles servent à la fabrication des savons mous, à l’apprètdes cuirs et à l'éclairage (200,88-89).
Le Marsouin était pêché autrefois sur les côtes de la Manche ; « Les pècheurs, dit Fischer (55,175) s'étaient réunis en Société (Societates Walmannorum) et des madragues à Marsouins appelées « vasces » (vascæ) étaient établies sur toute la côte de Normandie, depuis la Brele, dont l'embouchure est au Tréport, jusqu’à l'embouchure du Couesnon. Une foule de titres, du dixième au quatorzième siècles, sont relatifs aux droits de pêche du Marsouin. Les pêcheurs de la Seine apportaient ces Cétacés jusqu'à Londres. Le commerce de la chair et du lard était considérable ; la chair fraiche se vendait sur tous les marchés, salée ou séchée ; elle était exportée. L'huile servait à l'entretien des lampes d’églises. » Le même auteur rapporte que la Baleine de Biscaye, très commune au moyen-àâge et mème beaucoup plus tard, était chassée par les Basques et il ajoute que « dans presque toutes les vieilles maisons de Biarritz, existe uné pièce où l’on fondait l'huile de Baleine. En démolissant ces maisons, on trouve dans le sol des ossements de Cétacés el principalement des vertèbres qui servaient de sièges comme en Islande » (50,27).
Spermaceti.— «Quelle est la nature du spermaceti? disait Thomas Brown en 1686. On doit se tenir sur une sage réserve, depuis que le savant Hoffmann, dans son travail de trente ans, à dit positivement nescio quid sit, el l'on ne s’étonnera point de la variété des opinions émises à ce sujet, les uns le regardant comme une fleur de la mer et d’autres comme une substance bitumineuse flottant sur les eaux. » On est un peu mieux renseigné aujourd’hui, mais on n’est pas encore fixé sur le processus suivi dans la formation de cette matière adipeuse.
Pouchet et Beauregard (203 à 205), après Alderson (196), ont étudié la structure de l'organe qui, dans le Cachalot, donne le spermaceti; j'ai indiqué moi-même, d’après les deux premiers auteurs, la disposition des narines de cel étrange animal.
C’est dans le vaste bassin, en forme de char antique, formé par le développement latéral et postérieur des maxillaires, qu'est logée la masse charnue énorme qui renferme le spermaceti. Ce n'est pas dans les sinus du crâne, comme on le dit fréquemment, que se trouve logée cette substance; elle est toute entière comprise dans cette masse puissante qui forme la face supérieure de la tète et le
boutoir tronqué du Cachalot. Il n'y à pas non plus, à vrai dire, de réservoir à Spermaceti: au-dessus de la peau, on trouve du côté droit surtout, et sur la face dorsale de la tête, une épaisse couche d’un tissu blane et mou qui recouvre l'organe à spermaceti (204, 3/2); quand on étudie ce dernier, on trouve que la matière huileuse «est au milieu d’un tissu adipeux presque transparent, prodigieusement friable, où l'huile s’est peut-être épanchée en partie dans des sortes d’anfractuosités irrégulières creusées au milieu même de ce tissu. » Cet organe se développe autour des narines et particulièrement de la narine droite, mais il ne communique pas avec elles et les sacs nasaux en relation avec la narine du côté droit sont simplement englobés dans la masse, mais sans relation avec elle.
Quant Panimal vient d’être capturé, m'a dit M. Pouchet, et pendant qu'il est encore chaud, on fait un trou à la surface de la tête et l’on puise avec des seaux le spermaceti liquide; quand la provision parait s'épuiser, un homme pénètre dans la cavité et, donnant des coups de pied dans tous les sens, brise les aréoles et les trabécules qui retiennent la substance jusqu'à ce qu'une quantité de liquide suflisante se soit accumulée pour permettre de la puiser à nouveau.
Comme Hunter l'a fait observer depuis longtemps, le spermaceti ne diffère de l'huile des Cétacés que par la proportion beaucoup plus grande de cétine qu'il contient, et quand on le laisse refroidir, il laisse déposer cette substance en grande quantité.
Du reste, comme le spermaceti est recueilli à l’état liquide et dans un état de transparence parfait, il est inutile de le soumettre à la fusion comme le lard et c'est là, surtout, ce qui lui donne sa principale qualité. D'après Guibourt et Planchon (1) ; Fhuilequi tient en suspension les lames de cétine est séparée par filtration ; la cétine ainsi obtenue, ou blanc de baleine filtré, est soumise à la pression, lavée à la potasse et à l’eau, puis fondue dans l'eau bouillante. Après solidification. la cétine est blanche, cristalline, brillante, onctueuse au toucher mais solide: elle fond à 44; l'alcool peut en extraire une huile incolore et il abandonne la cétine pure fusible à 490.
La cétine est un éther cétylique beaucoup plusdifficilement saponifiable que la plupart des corps gras. Chevreul à isolé le premier son alcool, l’éthal ou alcool cétylique C16H340 (197, 171) mais il croyait que l'acide combiné avec l'alcool était un mé-
(1) Guibourt et Planchon. — Loc. cit. p. 117-118.
lange d'acide oléique et d'acide margarique ; en réalité, d’après Dumas et Péligot, ce ait de l'acide palmitique et d’après Heintz un mélange des acides stéarique, myristique, coccinique et cétique; ce dernier auteur, du reste, considère l'éthal comme un corps complexe formé par un mélange d'alcool cétylique et d’alcool stéarique (1).
Le blanc de Baleine brüle avec une belle flamme blanche et très éclairante, il est surtout employé dans l'éclairage, dans la préparation des cosmétiques et en pharmacie, il entre dans la préparation du cold-cream.
D’après Fischer (55, 99), le Golfe de Gascogne a été un parage très fréquenté par le Cachalot; on trouvait fréquemment l’ambre gris sur la côte et, au siècle dernier, Bayonne et St-Jean-de-Luz élaient des centres industriels pour la préparation du spermaceti. Les Basques le capturaient en même temps que la Baleine.
D'autres cétacés, du reste, renferment une quantité notable de spermaceti dans leur bosse frontale et l'on pourrait presque dire, d'une manière générale, que tous les Cétacés dont la bosse est très développée sont capables d’en fournir. Au siècle dernier, Chemnitz annonçait déjà que F'Ayperoodon donne du blanc de Baleine comme le Cachalot, et de nos jours une chasse importante est faite dans le nord à cet animal pour en tirer à la fois l'huile et le blanc. D'après le capitaine D. Gray; il n'y à qu'une petite quantité d'huile incolore dans la bosse de la femelle; « dans le mâle, au lieu d'huile, on trouve une masse solide de graisse, semblable au melon d'eau, mais deux fois plus grande. » (201, 730).
D'un autre côté, Van Beneden nous apprend qu'un mâle de Berardius capturé en 1866, donna 240 gallons d'huile fine et une quantité considérable de spermaceti logée dans la partie supérieure de la tête (194). I serait curieux de savoir si la bosse graisseuse du Globicéphale et du Plataniste renferme cette substance ; c'est l'opinion de P. Gervais, mais il serait bon de la vérifier.
Produits divers. — On employait autrefois en pharmacie la dent du Narval, mais aujourd'hui on se contente de lutiliser comme ivoire ; on fait le même usage des dents du Cachalot et lon emploie aussi les os maxillaires très durs de cet animal.
Nous avons vu plus haut que la chair du Marsouin était livrée à la consommation et vendue sur le marché. Il en était de même de
€) Wurtz. — Dictionnaire de Chimie pure et appliquée, T. 1, 2° partie, p. SD.
la chair de la Baleine de Biscaye, comme le prouve ce quatrain, tiré des archives de Laval par Fischer (55, 27) :
An 1590, — Poisson d'eau douce le caresme Ne nous fit pas moult grand apresme.
Ainsi était celui de mer, Balayne, alouse, tout est cher.
Anderson nous apprend que la chair et le lard du Plataniste sont mangés à l’occasion par les Indiens de la classe inférieure, et Scammon,qu'on prépare à la sauce certaines parties des viscères de la Baleine de Californie. De nos jours, les marins mangent assez fréquemment la chair du Dauphin et du Marsouin; elle n’est pas mauvaise, paraît-il, et sa consistance rappelle de loin celle du foie de veau.
Je signale en passant les fanons des Mysticètes qui font l’objet d’un commerce important, mais qui deviennent très rares et très coûteux par suite de la disparition des Baleines.
Les grands Cétacés sont activement poursuivis par les baleiniers el leurs représentants deviennent tous les jours moins nombreux. La Baleine de Biscaye, autrefois abondante sur nos côtes, a presque disparu complètement; dans le Nord, la Baleine francheest devenue également très rare et les pêcheries groënlandaises, si florissantes autrefois, n'existent pour ainsi dire plus. Depuis qu'on fait la chasse à l’'Hypéroodon, on a vu cet animal devenir de moins en moins répandu et on a observé le mème fait pour la Baleine de Californie. Ces géants de la mer sont donc sur le point de s’éteindre et, dans moins d’un siècle, les vraies Baleines du Nord seront probablement passées au rang des animaux disparus, comme la Rhytine de Steller.
LISTE DES PRINCIPALES QUESTIONS QUI ONT ÊTE L'OBJET DE RECHERCHES ORIGINALES DE LA PART DE L'AUTEUR
Apophyses accessoires du Marsouin, p. 15.
Structure des téguments du Dauphin, p. 30 et 31, fig. 1 et 2. Plis ventraux de la Balænoptera rostrata, p. 32. Laryox du Dauphin, p. 58-60.
Trachée du Dauphin, p. 62-63.
Glandes pulmonaires du Dauphin, p. 65.
Ventricules de Morgagni du Dauphin, p. 69-70. Glandes laryngiennes du Dauphin, p. 70.
Sacs spiraculaires et nasaux du Globicéphale et du Marsouin, p. 73-74.
Pharyns et arrière-narines dela Bolænoptera rostrata, p. S1-82. Cœur de la B. rostrata, p. 91-92, fig. 3.
Plexus thoracique du Dauphin et de la B. rostrata, p. 97-102, fig. 4 et 5.
Artères génitales et iliaques du Dauphin et du Marsouin, p. 104-105.
Veines et plexus veineux abdominaux du Marsouin male, p. 109-110, fig. 6.
Sinus veineux du Rat d’eau, du Dauphin, du Marsouin, et de la B. rostrata, p. 111-112, fig. 7.
Oreille osseuse de la B. rostrata, p. 138-140. Organes génitaux du Marsouin male, p. 152-155, fig. 8. Mamelles du màle (Marsouin, Globicéphale), p. 179-480, fig. 9. Les spécimens étudiés par Pauteur avaient les dimensions suivantes :
Marsouin 1040, Dauphin 1"80, Baleineau 4,