INTRODUCTION
Il semble que ce soit le sort inévitable de rhomme , de ne jpouvoir être libre nulle part : partout les princes marchent au despotisme , et les peuples à la servitude.
C'est un étrange spectacle que celui d'un gouvernement politique. On y voit , d'un côté , les hardis desseins de quelques ambitieux ^ leurs audacieuses entreprises j leurs indignes menées , et les ressorts secrets qu'ils font jouer pour établir leur injuste empire : de l'autre, on y voit les nations qui se reposaient à l'ombre des lois , mises aux fers ; les vains efforts que fait une multitude d'infortunés pour s'affranchir de l'oppression , et les maux sans nom* bre que l'esclavage traîne à sa suite. Spectacle à-lafois horrible et magnifique y où paraissent , tour-à-
tour, le calme ^ Tabonclance» les jeux , la pompe, les festins, l'adresse, la ruse, les artifices, les trahisons, les exactions, les vexations , la misère, Texil, les combats^ le carnage et la mort.
Quelquefois le despotisme s'établit tout*à-coup par la force des armes , et une nation entière est violemment asservie : mais ce n'est pas de cette marche de l'autorité légitime au pouvoir arbitraire , que j'ai à parler dans cet ouvrage; c'est des efforts lents et continus , qui , courbant peu à peu sous le joug la tête des peuples ^ leur font perdre à la longue et la force et l'envie de le secouer.
 bien considérer l'établissement du despotisme , il parait être la suite nécessaire du temps ,^ des penchans du cœur humain et de la défectuosité des constitutions politiques. Faisons voir comment, à leur faveur , le chef d'une nation libre usurpe le titre de maître , et met enfin ses volontés à la place des lois. Passons en revue cette multiplicité de machines auxquelles la sacrilège audace des princes a recours , pour saper la constitution : suivons leurs noirs projets, leurs basses intrigues « leurs sourdes menées; entrons dans les détails de leur funeste politique , dévoilons les principes de cet art trompeur, saisissons-en l'esprit général, et rassemblons dans un même tableau les atteintes portées en tous lieux à la liberté. Mais en développant ce vaste sujet, ayons moips égard à l'ordre des temps qu'à la connexion des matières.
Dès qu\ine fois un peuple a confié à quelques-uns
de ses meimbres le dangereui dépôt de l'autarité publique ^ Çt. qu'il leur.a rcjuçus le soin de, faire ol)server les lois.;, toiuiaurs ^eu chaîné par,elle^.il voit tôt Qu tord sa Jiberté^ ses biens, sa v^e , «à la merci dcp chefs, qu'il s'est choisi pour le défendre.. ^ ^
. Le prince yient-il à jeter les yeux sur le dépôt qui lui est confia? Il cherche à oublier de.quelles mains il Ta reçu. Plein de lui-même et de ses projets, chaque jour il supporte avec plus d'impatience l'idée de sa dépendance , et il ne néglige rien pour s'en affranchir.
Dans. un état nouvellement fondé ^ ou reformé, porter à découvert des coups à la liberté , et vouloir d'abord en ruiner l'édifice, serait une entreprise téméraire. Quand le gouvernement dispute à force ouverte la suprême puissance, et que les sujets s'aperçoivent qu'on ventres asservir, ils ont toujours le dessus. Dès ses premières tentatives, réunis contre lui , ils lui font perdre en un instant le fruit de tous ses efforts ^ ; et c'en est fait de son autorité , s'il ne témoigne la plus grande modération. Aussi n'est-
1 Les états sont tous fort bornés à lear naissance : ce n'est que par les conquêtes qu'ils étendent leurs limites.
2 C'est pour avoir youlu dominer trop impérieusement , que le sénat de Rome perdit son autorité : car alors le peuple sentit le besoin qu'il avait de protecteurs, et il eut des tribuns : puis les nouvelles violences du sénat mirent les tribuns à portée d'obtenir de nouvelles prérogatives.
Ce furent les audacieux attentats de Charles 1er qui ruinèrent son pouvoir. Dans ses étemelles altercations avec le parlement, l'air despotique qu'il affectait alarma ses sujets , et ils anéantirent son autorité.
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t^epoiâf pftr des entreprises marquées que les princes
^oomibéhcent ordinairement à enchaîner les peuples ; ils prennent leurs mesures de loin, ils ont recours à là lime sourde de la politique ; c'est par des efforts soutenus, par des changémens à peine sensibles, * par des innovations dont on peut difficilemient prévoir les conséquences, qu'ils marchent en silence à leur but
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D^ r amour de la domination.
Un bon prince est le plus noble des ouvragés du créateur, le plus propre à honorer la nature bupiayie, et àrepréi^énter la divine : mais pour lu bon pri^çe^ combien de monstres sur la terre ! -)
Presque tous sont ignorans, fastueux, superbe^, adonnés à l'oisiveté et aux plaisirs. La plupart $Of>t; fainéans , lâches , brutaux , arrogans , ijacapaj^^ d'aucune action louable , d'aucun sentiment d'honneur. Quelques-uns ont de l'activité , ^des contfais^ sances, des talens, du génie, de la bravoure;, de:lft générosité; mais la justice, cette preniiière vertu des rois, leur manque, absolument. Enfin, pariai ceux qui sont nés avec les dispositions lesrphia.bw-
reuses , et chez qui ces dispositions ont été le mieux cultivées, à peine en ^est-il un seul qui ne soit jaloux d'étendre son empire, et de commander en msutre; un seul qui, pour être despote, ne soit prêt à devenir tyran. ,
L'amour dé la domination est naturel au cœur humain , et dans quelque état qu'on le prenne , toujours il aspire à primer : tel est le principe des abus que les dépositaires de l'autorité font de leur puissance; telle est la source de Feadavage parmi les hommes. ^
Commençons par jeter un coup d'œil sur l'aptitude plus ou moins grande des peuples à conserver leur liberté; nous examinerons ensuite les moyens mis en jeu pour la détruire.
De V étendue de VEtat^
• Cest a la violence que les états doivent leur origine ;'presqu^'touJQurs quelque heureux brigand en est le fondateur, et presque partout les lois ne furei^t, dans leùt* principe, que des réglemèils de police , propres à maintenir à chacun la tranquille jouissance de ces rapines.
* QuelquHmpure que soit Torignine des états , dans quelqties-uns l'équité sortit du sein des injustices , ^t la liberté naquit de l'oppression. •
* ' Lorsque de sages lois forment le gouvernement, la petite étendue de l'état ne contribue pas peu à "y maintenir le règne de la justice et de la liberté ; et
toujours d'autant plus efficacement qu'elle estmoîns considérable.
Le gouvernement populaire parait naturel aux petits états , et la liberté la plus complète s'y trouve établie.
Dans un petit état ^ presque tout* le monde se connaît, chacun y a les mêmes intérêts; de^ l'habitude de vivre ensemble naît cette douce familiarité^ cette franchise, cette confiance., cette- sûreté de commerce, ces relations intimes qui forment les douceurs de la société , l'amour de la patrie. Avantages dont sont privés les grands états , où presque personne ne se connaît, et dont les membres se regardent toujours en étrangers.
Dans un petit état, les magistrats ont les yeux sur le peuple, et le peuple, a les yeux sur les magistrats.
Les sujets de plainte étant assez rare , sont beaucoup mieux approfondis , plus tôt réparés , plus facilement prévenus. L'ambition du gouvewiemaat n'y saurait prendre l'essor sans jeter l'alarme , sans trouver des obstacles invincibles. Au premier signal du danger, chacun se réunit contre l'ennemi commun, et l'arrête. Avantages dont sont privés les grands états : la multiplicité des affaires y empêche d'observer la marche de l'autorité, d'en. suivre les progrès; etdan&ce tourbillon d'objets qui se renouvellent continuellement , distrait de$ uns par les autres, on néglige de remarquer les atteintes portées aux lois où on oublie d'en poursuivre la réparation. Or, 1q
prince mal observé , y marche plus sûrement et plus rapidement au pouvoir absolu ^
Des différens âges des nations.
A la naissance des sociétés civiles, un gros bon sens, des moeurs dures et agrestes, la force, le cou* rage , l'audace , le mépris de la douleur , la fierté , l'amour de l'indépendance forment le caractère distinctif des nations* Tout le temps qu'elles gardent ce caractère , est l'âge de leur enfance.
A ces vertus sauvages succèdent les arts domestiques , les talens militaires et les connaissances politiques nécessaires au maniement des affaires , c'està-dire , propres à rendre l'état formidable au-dehors, et tranquille au-dedans. Voilà l'époque de la jeunesse des nations.
Enfin, arrivent le commerce, les arts de luxe, les beaux-arts, les lettres , les sciences spéculatives, les raffinemens du savoir, de l'urbanité, de la mollesse, fruits de la paix, de Paisance et du loisir; en un mot , toutes les connaissances propres à rendre les
1 Cette manière d'enyisager les grands et petits états , est un peu celle des publici«tes du xyiii* siècle. Sur ce point , leur politique a vieilli. Aujourd'hui nous Toyons les choses de plus haut; partout, que l'état soit grand ou petit, les droits de l'homme , cette source de tout bien, peuvent être et seront respectés. Quand à la surveillance à exercer sur les gouvememens, la France prouve qu'avec la presse, cet ancre de salut de la société moderne, l'étendue de l'empire ne fait absolument rien. Nos ministres savent cela mieux que nous.
( Nauvel éditeur. )
nations florissantes. C'est l'âge de leur virilité^ passé lequel eUes vont en dégénérant , et marchent vers leur chuté.
A mesure que les états s'éloignent de leur origine, les peuples perdent insensiblement l'amour de l'indépendance, le courage de repousser les ennemis du dehors , et l'ardeur de défendre leur liberté contre les ennemis du dedans. Alors aussi le goût de la mollesse les éloignedu tumulte des affaires et dubruit des armes ; tandis qu'ime foule de nouveaux besoins les jette peu à peu dans la dépendance d'un maître.
Ainsi le développement de la force des peuples , diffère en tout point du développement de la force de l'homme. C'est dans leur enfance qu'ils déploient toute leur vigueur , toute leur énergie , qu'ils sont le plus indëpendans, le plus maîtres d'eux-mêmes; avantages qu'ils perdent plus ou moins en avançant en âge , et dont il ne leur reste pas même le souvenir dans la viellesse. Telle est leur pente à la servitude, par le simple cours des événemens.
Dans le nombre , il en est toutefois quelques-uns qui ont l'art de se mettre à couvert de l'injure des années , de braver le pouvoir du temps , et de conserver pendant une longue suite de siècles la vigueur de la jeunesse ; nouveau phénomène qui distingue le corps politique du corps animal.
Des nations amies de la pauvreté.
Quand l'éducation n'a pas élevé l'âme, et que le
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' mépris de Tor n'est pas inspiré par le gouvernement, ]a pauvreté abat le cœur et le plie à la dépendance, qui mène toujours à la servitude. Comment des hommes avilis par leur misère , connaîtraient-ils Tamour de la liberté ? Comment auraient-ils l'audace de résister à l'oppression, et de renverser l'empire des hommes puissans devant lesquels ils se tiennent à genoux?
Lorsque l'amour de la pauvreté est inspiré par les institutions sociales, c'esf autre chose.
Tant que les richesses de l'état se trouvent bornées à son territoire, et que les terres sont partagées à peu près également entre ses habitans, chacun a les mêmes besoins et les mêmes moyens de les satisfaire ; or les citoyens, ayant entre eux les mêmes rapports , sont presque indépendansles uns des autres; position la plus heureuse pour jouir de toute la liberté, dont un gouvernement soit susceptible.
Mais lorsque par une suite des rapines et des brigandages, par l'avarice des uns et la prodigalité des autres , les fonds de terre sont passés- en peu de mains, ces rapports changent nécessairement; les richesses , cette voie sourde d'acquérir la puissance, en deviennent une infaillible de servitude; bientôt la classe des citoyens indépendans s'évanouit, et Tétat ne contient plus que des maitres et des sujets.
Les riches cherchant à jouir, et les pauvres à subsister , les arts s'introduisent pour leurs besoins mutuels , et les indigens ne sont plus que des insirumens du luxe des favoris de la fortune.
Amollis par des professions sédentaires et le luxe des villes, les artisans , les artistes et les marchands, avides de gain , deviennent de vils intrigans ^ dont Tunique étude est de flatter les passions des riches , de mentir, de tromper ^ ; et comme ils peuvent jouir partout des fruits de leur industrie , ils n'ont plus de patrie.
A mesure que la population s'accroît, les moyens de subsistance deviennent moins faciles, et bientôt l'état n'est plus composé que d'une vile populace ^ , que quelques hommes puissans tiennent sous le joug. Aussi n'est-ce que chez les nations qui eurent la sa* gesse de prévenir les funestes effets du luxe, en s'opposant à l'introduction des richesses et en bornant la fortune des citoyens, que l'état conserva si longtemps la vigueur de la jeunesse.
Chez ces nations, les moqurs étaient sévères, tes goûts épurés et les institutions sublimes.
La gloire , source féconde de ce que les hommes firent jamais de grand et de beau , y ëtait l'objet de toutes les récompenses , le prix du mérite en tout genre, le salaire de tous les services rendus à la patrie.
C'était aux jeux olympiques, devant ^ la Grèce
1 Aussi les romams regardaient-ils les arts de luxe et le cQjp[imei:cey. comme des professions d'esclayes.
2 C'est ce qu'on vit arriver à Sparte , par l'introduction du luxe^ Sous LycurguCi) on y comptait trente mille citoyens. Sous. Agis et Cléomenes, à peine y en avait-il sept cent. Plut., Fie de Ciéomenes,
3 JXout ce que la Grèce renfermait d'hommes illustres, les lettrés^
assemblée , que le mérite littéraire était couronné. Un seul parmi une foule immense de candidats recevait la couronne , et la gloire dont il était couvert rejaillissait toujours sur ses parens, ses amis^ sa patrie, son berceau.
Les grands hommes étaient entretenils atts dépens dé l'état y on leur dressait des statues , on leur été-vait des trophées , on leur décernait dep couronnés ^ ou des triomphes^ suivant qu'ils avaient bien mérité de la patrie.
Le souvenir des grandes actions était conservé par des mpnumens publics , et le héros ^ y occupait la place la plus distinguée.
A ce sublime ressort qu'employèrent avec tant de succès quelques peuples de l'antiquité, que subs* tituentles nations modernes? L'or! mais l'or est le salaire d'un flatteur , d'un baladin , d'un histrion , d'un mercenaire , d'un valet , d'un esclave. Ajoutezle à ces récompenses divines , au lieu d'en relever le prix , vous ne ferez que les avilir , et la vertu cessera d'en être avide.
Tant que les nations amies de la pauvreté conservèrent leurs institutions politiques , la liberté régna ^
les nobles, les ipagistrats, les ambassadeurs, les princes , les grands capitaines étaient juges du mérite, et décernaient le prix.
^ Pour prix de la liberté qu'il venait de rendre à Athènes , Trazibule reçoit une couronne de deux branches de laurier.
2 Pour prix de la victoire de Marathon, Miltiades obtient d*étre représenté dans l'endroit le plus apparent du tableau qui serait fait de la bataille.
3 Les Spartiates se maintinrent libres , tant qu'ils chérirent la pau-
dans r^tsit ; et elle y aurait régné aussi long-temps que le soleil éclairera le monde, si elle n'avait pas eu à redouter le bouleversement des empires par Tambition ée leurs chefs.
Des "uices de la constitution politique.
. C'est en profitant de ces vices, que les princes sont parvenus à se mettre au-dessus des lois.
Dans quelques gouvernemens , les vices de la constitution se développent par le seul agrandissement de l'état, et mènent nécessairement le peuple à la servitqdç par le seul cours des événemens; tel était celui de toutes les nations barbares qui se précipitèrent sur l'Europe vers la fin du troisième siècle , et qui s'y établirent après l'avoir ravagée. . Dans quelques autres gouvçrnemens , la servitude est directement établie par le droit de la guerre , au mépris du droit des gens ; tel était celui des Romains^ »et de presque toutes les monarchies fondées sur la féodalité.
Entre. tant d'exemples que fournit l'histoire, le plus remarquable est celui des Francs; traçons ici un léger crayon de leur établissement dans les Gaules , et jetons un coup d'œil sur les vices capitaux de leur constitution politique ; nous aurons la preuve complète de cette vérité.
Treté; iU forent iiMer?is> <lès qa'ilg Gonnurent les richesses et les yices ^n'ellea engendrent. De mémey Rome vit entrer dans ses murs la seryitude ayec For des peuples qu'elle ayait dépouillés.
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Les barbares qui s'établirent dans les Gaules^ étaient sortis des forets de la Germanie, comme tous ceux qui dévastèrent l'empire Romain. Pauvres, grossiers, sans commerce, sans arts, sans industrie, mais libres, ils ùe tenaient à leurs terres que par des cases de jonc 5 ils vivaient du produit de leurs champs , de leurs troupeaux , de leur chasse , ou bien ils suivaient volontairement des chefs pour faire du butin 1 .
, Les chefs, nommés ducs ou princes ^ c'est-à-dire conducteurs ou commandeurs j étaient de simples citoyens qui se distinguaient par leur habileté, leur courage, et surtout leur éloquence; car c'est principalement de l'art de persuader que venait l'ascendant qu'ils avaient sur leurs compatriotes.
Quelque nom qu'ils portassent, ils n'étaient jamais considérés que comme les'' premiers entre égaux, et leur autorité n'était attachée qu'à leur mérite personnel; subordonnés à la volonté générale, comme le plus mince citoyen , elle les déposait et les remplaçait à son gré ^ . j
Chaque chef avait une troupe choisie qui s'attachait particulièrement à lui, s'engagait à le'défen-
•] Quand Tun des cfaefs ou des princes annonçait à l'assemblée le projet de quelque expédition, en demandant qu'on le suivit » ceux qfi l'approuvaient se levaient, et offraient leurs secours. César; Debell; GaLl, lib, 7; Tacit, demorib. Germ.
2 Lors même que la couronne fut héréditaire , Tarmée , c'est-à-dire la nation , déposait les rois à son gré : elle les jugeait .et les punissail , !
elle ne choisissait pas même toujours le successeur au ti^ône dans, la j
famille régnante. ;'.... j
dre , et l'accompagnait partout ; c'étaient ses fidèles compagnons ^ ; de son côté , il leur donnait des armes et des chevaux , sur la part qui Ini revenait des rapines communes.
Quoique les Germains qui allaient au pillage sous un chef, ne s'attachassent à lui que pour leur propre intérêt, et qu'ils lui obéissent volontairement, sans jamais y être forcés, la considération qu'ils avaient pour sa personne , les disposait néanmoins à se soumettre encore plus volontiers à ses ordres. Et comme ils ne prévoyaient pas où pourrait les conduire un jour l'ascendant d'un capitaine, accoutumé à les commander, et la longue habitude de suivre ses ordres, ils ne prirent à son égard aucune précaution, n'imaginant pas que des hommes exercés aux armes et pleins de cœur, pussent jamais être maîtrisés, moins encore opprimés, par un individu qui ne primait que sous leur bon plaisir. Ainsi leur courage naturel faisait que chacun se reposait sur lui-même , ses parens et ses amis ,^ du soin de sa sûreté, de sa liberté , de ses vengeances.
Cette profonde sécurité ne tarda pas à favoriser les menées de l'ambition et de la politique.
L'influence qu'avait naturellement sur eux tout
homme depuis long-temps en possesion de conduire
Jeurs expéditions et d'arranger leurs différens, devait
1 Tacite les désigne par le mot cornes , compagnon , d'où est Tenu celai de comte : MarcufTe par celui à! Jnstrusdon ; nos premiers historiens , par celui de Levde : les auteurs qui suivirent , par celui de vatseau, de baron, de seigneur.
être considérable. Elle ne pouvait qu'augmenter encore , par le soin qu'il prenait de capter leur bienveillance , par les égards qu'il leur témoignait, par les cadeaux qu'il leur faisait , par les insinuations qu'il leur suggérait y par les promesses de dévouement et les sermens de fidélité qu'il leur extorquait , quand ils étaient chauds de vin ; promesses fatales , sermens téméraires, qu'il ne manquait pas de leur rappeler à la première occasion. Voilà le principe de l'empire des princes et des rois ; car dans l'origine les rois et les princes furent tous de simples chefs de brigands.
Le respect pour le père réfléchissait nécessairement sur les enfans, il paraissait naturel d'en attendre les mêmes services. Le désir qu'avait un chef de transmettre sa prééminence à ses fils, et le soin qu'il prenait de les charger de bonne heure de quelque coup de main , accoutumait leurs camarades à les voir à leur tête. Quand ils montraient de l'habileté et du courage , il était donc simple qu'ils succédassent au commandement , et que la place de capitaine se perpétua dans la famille. Voilà l'origine de la noblesse héréditaire; car la noblesse héréditaire ne fut d'abord que la succession aux dignités dans les mêmes familles.
Les Francs portèrent dans les Gaules leurs mœurs et leurs usages.
Des hommes asservis conquièrent pour un maître, des hommes libres conquièrent pour eux; ainsi tous ceux qui sui*vécurent à la victoire, eurent part à la
conquête ^ et partagèrent suivant leurs'grades les lèpres enlévëes aux vaincus. . Celtes que chacun reçut en propre se nommèrent allodiales!^..
. Après k conquête^ ayant à maintenir leurs nou- -velles possessions , non-seulement contne les ainciens habitans du pays qu'ils avaient dépouille s,9)aiscontre les ennemis du dehors , ils s'occupèrent dà soin de les défendre; ce fut le principal objet de leur policé; ils apportèrent donc à leur gouvernement les modifications qu'exigeait leur situation nouvelle. Tout homme libre en recevant une terre , s'ei^agèa à marcher en armes contre Pennemi commun , sous un chef de son choix ^ et le génëraLde l'expédition resta chef de la colonie , sous le nom de roL
La grandeur de Tëtat amena la multiplicité des affaires; et .la multiplicité des affaires, enîpéchant d'assembler la nation pour délibérer sur chacune-, nécessita la stabilité de l'administration* Le prince se prévalut de la. stabilité <le 1 -administration , pour augmenter sa puissance , se fortifier contre la nation elle-même ; et rendre la couronne héréditaire. Ce fut là , sans doute , l'objet de s,es premiers soins , et peut-être celui: des premières délibérations de l'armée.
Dans son principe, le gouvernement des Francs était purement démocratique, comme celui des
1 Terme de .jurisprudence féodale. On nommait ainsi les t^res en franc-alleu , celles que les seigneuis ne pouvf^ient mettre dans leup prétendue dépendance»
( Nouvfil édit4ur. )
- 34 — Germains. . L'autorité soavéraine résidait dabsl»
tioti assemblëe^y et s'étendait -isur cluiqae braoche d'administration. Après ia conquête le pouvoir d'élire le roi y de faire les lois, d'accorder des subsides, de frapper monnaie^ de décider de là paix et de la guerre^ de redresser les griefs piiblics, de prononcer définitivement sur les objets en litige , de réviser les procès, tout cela fut encore de son ressort
Chef illustre de la nation , Car elle se trouvait tout entière dans l'armée , le roi futi^hargë de la puissance executive , du soin de veiller à l'observation des lois, à l'administration de la justice ^ au salut de l'état; et pour subvenir aux frais du gouvernement y autant que pour défrayer sa maison , au lieu d'un revenu fixe j on lui assigna un vaste domaine. Ayant ainsi une multitude de terres à donner, il put récompenser les services, s'attacher ses anciens compagnons, s'en faire de nouveaux*
La plus grande partie des terres du domaine dont ils faisaient hommage au roi , leur fiït donc accordée pour un temps déterminé, à condition qu'ils
1 Qu'on ouyre les annales de ces peuples , on y Terra que la puissance suprême résidait dans le corps de la nation ; que toutes les lois de Tétat étaient faites par le peuple assemblé , et qu'il en remettait l'exé* cution à des agens de son choix..
Tacite assure même que le consentement de tous les membres de l'état était nécessaire, pour rendre valides les délibérations , sur les objets importans.
2 Ces assemblées sa nommèrent d'abord Ghamps-de-Mars , puis Champ-de-Maî, dénominationa tirées du temps et du lieu où elles se tenaient. En Espagne , on les nommait Cortès; en Angleterre, ff^iiUna g-amot; en Allemiigne, Diète,
défendraient gratuitement l'état, et qu'ils rendraient la justice; car chez les Germains l'administration de la justice était constamment réunie au service militaire. Ces terres accordées aux vasseaux du prince , furent appelées en difFérens temps, tantôt fiefs ^ tantôt bénéfices.
En sa qualité de chef de la nation , le roi eût donc sous lui des officiers particuliers qu'il décora du titre de ducs , de comtes , dé barons. Les ducs eurent le commandement de la milice des provinces conjointement à Tadministration de la justice; les comtes eurent de pareils emplois dans les villes, etlesharons dans leurs terres. €e sont ces officiers du prince qui devinrent les grands de l'état. Les barons imitèrent l'exemple du roi, et partagèrent aux inémes conditions partie de leurs terres à leurs soldats. Ces terres partagées se nommèrent arrières-fiefs ; et ces officiers subalternes , également chargés des fonctions judiciaires et militaires , se nommèrent arrières-vassaux j gravions^ vicaires^ cenieniérSy échevinsy etc. Ce sont ces officiers subalternes qu'on nomma dans la suite des Xémçs écujrers geniilshommésj et qui, conjointement aux grands du royaume, formèrent dans l'état un ordre distinct sous la dénomination de nobles.
C'était une maxime fondamentale du gouvernement féodal , que ceux qui étaient sous la puissance militaire d'un chef, étaient aussi sous la puissance juridique ; le prince avait donc juridiction immédiate sur les vassaux, les vassaux sur les arrières-
vassaux ; les arrières -vassaux sur les habitans libres ou serfs de leur terres. Mais lorsque le prince , les vassaux ou les arrières-vassaux exerçaient les fonctions de juges, ils ne jugeaient jamais seuls; ils avaient chacun une cour composée d'adjoints notables ^ j et ils tenaient des assises , selon la coutume des Germains. Ainsi la cour du baron connaissait desdifférens entre les habitans de la même baronnie; celle du comte y des différens entre les habitans d'une même ville; celle du duc, des différens entre les habitans des baronnies d'une même province , tandis que celle du roi connaissait des différens entre tous les barons du royaume. Le roi était donc le dépositaire du pouvoir judiciaire suprême, et il le faisait exercer par les officiers de la couronne , tels que le grand justicier, le connétable, le sénéchal, le chambellan , le trésorier et le chancelier , conjointement à plusieurs barons du domaine; mais dans la crainte que les dépenses, la perte de temps et les fatigues qu'entraîneraient des voyages de longcours, n'empêchassent les parties de recourir au tribunal du prince, il établit des juges ambulans qui faisaient leur tournée dans le royaume à des temps marqués , pour juger toutes les causes qui ressortaient de leur tribunal.
Tel fut le gouvernement des Francs après la conquête des Gaules. Comme il pose sur les mêmes principes que celui des différentes monarchies que les
1 Voyez la formule des jugemens donnée par Du Gange.
Germains fondèrent en Europe; on le désigne communément sons la dénomination de gouvernement féodal.
Le gouvernement féodal bien calculé pour de petites peuplades ^ ne pouvait convenir à une grande nation. Je ne dirai rien ici de ^atrocité^de son droit des gens , qui était destructif de toute liberté ; mais j'observerai qu'il manquait par le point le plus important; — la sage distribution des pouvoirs; et qu'il renfermait plusieurs causes d'anarchie, qui ne tardèrent pas à se développer et à mener au despotisme. Ainsi tous les inconvéniens qui en résultèrent, pro^ vinrent de ce que les Francs qui s'établirent dans les Gaules se réunirent en un seul corps politique.
Relevons ici ses vices capitaux. La puissance législative, toujours sage lorsqu'elle s'exerce librement dans le calme, est semblable à un fleuve majestueux, qui roule paisiblement ses eaux dans les valons qu'il féconde. Mais la puissance exécutrice, confiée à un seul^ est semblable ^ un torrent terrible , qui se cache sous terre en partant de sa source , et se remontre bientôt après pour sortir de son lit , rouler ses flots avec fracas , et renverser tout ce qui s'oppose à son cours impétueux. C'est d'elle seule que vinrent les maux effroyables que ce gouvernement a fait si long-temps à l'humanité.
Chef illustre de la nation , le prince (ai-]e dit) fut constitué en dignité et en puissance , pour veiller à l'observation des lois, au maintien de la justice, au salut de l'état. Tant que la couronne fut élective ,
elle était presque toujours décernée à celui qui mé? ritait le mieux de la porter ; mais dès qu'elle devint héréditaire , le prince ne fit plus rien pour s'eïi rendre digne; et bientôt corrompu par les plaisirs et la mollesse, il se reposa des soins du gouyernemepit sur ses favoris. Dès4or$ la raison ne fut plus écoutée dans le conseil y l'amour du bien public n'eut plus de part aux délibérations; dès lors aussi le peuple ne vit plus dans son chef un serviteur fidèle , et trop souvent il y trouva un ennemi dangereux.
Dans un état bien constitué , la puissance publique doit être divisée en un grand nombre de magistratures , qui soient toutes dépendantes du peuple et toutes indépendantes l'une de l'autre; qni se contrebalancent, se tempèrent et se repriment mutueU lement. Mais cette distribution des pouvoirs; — chefd'œuvre de la sagesse , était au-dessus des conceptions d'une peuplade, à peine sortie de la barbarie. Or, pour avoir mal fixé les limites du pouvoir qui fut confié au monarque , la constitution s'altéra insensiblement; et pour avoir néglige les mesures propres à le contenir dans ses bornes , les ministres en abusèrent continuellement afin de rendre le prince indépendant du souverain , et de le mettre au-dessus des lois.
Le droit de nommer à tous les emplois, et de disposer de toutes les charges de l'e'tat, déféré au prince comme prérogative du trône, était une suite de celui qu'avait tout chef d'cxpe'ditions militaires de choisir ses compagnons d'armes; ainsi que le droit
de distribuer ks- tevrésD de la !coSDu-ohae était uq4| scôte lie cehiide^ distribuer) ettitûdeaux la patt.dnf bmiiiqVRlM était ëcbué.*' » ii : )îî. 'j . ! ;.
Tatft ^qti6:^l0s Frànci» >0(^ànireoi leomûiidé : et ne fupé^m <|tiê:'guerfie]4 i^-nei droits Idtoieiit sans :^<îonr, Téxiiëii^, il^éàdt:tii)f^[Ô8^ibte'qià^i^^ servit^
pouf ihétlre 'SÔtlàUe j^ckig^desiboipin^ qui cbéria^; saieM^ytndé^^idmâe^èt qoti avaiient les. armes kAa* iiiaul.^âiâ'Uûé^£M&t{U^i0ÀiFfdiiqs eorent des éia*! blissemens fixes 9 que l'armée ful.di^ersée sur uwk "^ÀW^iSm^^y tfSt»i«yii^tion^neB}A ce iqui se
paâlteiit^e«fi6 jmt^pli^i^'se réunir eoptreisea bpprts^. S6ùi« ^ lëâ^tètSre^ dièsititléeè à^pay ër des serVipes areadus> à l'état iM^^T'ettriAW) employées qu^àipayerles sernced rendasj âu ptltïéèy' qui; 1 66' préi/^Lut' ' du pr^viiégiei de ifii^ accorder ^'^pcmr ^sq £iire ^«2 m>mbr^ p^odigieu^: de <iréâtures^ dn^entefr ^ puis^asuçeyiet s<e« meftm^ ettmesmtB de détruim la liberté paldiqufi* , : il
'^Jb%toixiniége 'que^'i^^ nnwsaïux:; i^t les ; officiera; du. pviQceikÉl.£ésaâèiit< deleum iternssi^i^naii; de-reiî^*^. geoieiijtqpieieà tompagiimaBs d^unnohef.preuaiebtdf^ le* sipirrc^xlaiis^ se^yspéditions; Aisieâîdea [étïgfB^^mfiXn» oontxxciiés^àlsdl^lef le vèWeàiàmain , deYiareirtiâe& institatioufi[ ^pblitiGpiie» qui' dosHèirebt uheicmle *A^ s0ppots^aax ni<marqpuè5 , idécidàrent du* sort -delà empii^es.v^t'fixèveiitles.'dêsfeiuées de l'Europe >. peu-* dant une longue suite de siècles.
* /liBL maieime fondamentale du gouvernement féoda(l , que tou^ ceux qui étaiettt soù^ la pùisisânce mi-^. litaire d'un chef , étaient aussi sous sa puissiancejur
dimaii*e^ venait! de J'usage où étaient ]es^Fiafi£iJ> d6 pt^endré: pour arbitre de. lenr&^altevcatiODSy fe ehef. aux ordres duquel ils étaient. habitués â^àbëkfMmi: d'une simple . condescendance résulta uAÇ:;niax;i^e politique^ qui confondit tous, iegj pouvoirs) cémi^ entre les^m'ains jdes. officiers dui|>ridce^ Jb i^do^^t^blA^ pouvoir de>juger9.et le^pbuvoir miUtaâise^pli^îfîe^fnplT; table encore^, et qui couvrit la'Fraii(;e>^O!x0|itM>l)9r d'extorsions^ . depré^aricitions , . d'ftttfîQtat^Iflt . é\Mn safôinats juridiques* ; . .. i a- y.noi/^A^.d
Le firoit déférâau prtnde, ccxmm^^ipTàtQgfÀymàar trdn^y de convoquer les àssemblécis nMÎQfls^^ Vi^ib que cehii qu'avaient ie^iobefs de içoo^fiQ<ï»ir^lI|i|^éQ*: Ce^ droiît ne pourrait ^aixiais de9€9iiir;(iangç^(|B«^ j^jgito; pe^t€v peuplade^ qui^oe^ubô\$t^it quf ;dM pri^hiir ^ ses chanips y dèjses / hsthtimi ^à^.mcfhf^^ .%mi<^\^^ rapines ; parce «jojekûrs propres, fei^^? ghlîg^î^ilfe fréquemment lès cbef^idé \à,c0ttVQtpïer^jM9à^f:i€kW) jïù grand peuple quLa.de&ma^ns.J^sBj^dfidiiblista^éë bt dant le' ^lonat^qmiwi}ariivïaêélààïtùArm^:lte^ môtifi^-de copvoiqueir la natôonc^ooi i%éaucpup fduft rares j ;et l-enibarras . de^ rasséqjajtro wi!;lxpidîqtr^ f)5^s du* royaume fait: qu'elle n!e!»t'fSfalSBGCkiim)uée que'poar dest^bjéts^dé la dacmérëiâmponfMtJcie^^i Encore le princeiniét-il tQut.-eniu^iga pour: ae]disft pêDderdç la convoquer 7 Aiémej(fafti5;tes circQUSlàqûes
II». : 1 • > t >
, ^ Sou» Iqs roia de k première rsice^ et 6p\»çé^ifr^}ik,9^f^n4^i ce»
assen^blçes, assez rareoijent tenues, se boriia.ient à désigner dans Ja^ftimille royale celui qui devait monter sui le trône, à faire des lois nour velles, et à statuer sur la leyée des subsides,'' » ' --- ..- .. ^ .1/.. i
lés plu& urgentes^ Ainsi , peu après la conquête^ tour tes les aâaires se trouvèrent portées. du sénat de là nation dans le cabinet du prince; «ce ^ui le rendit d'emblée l'arbitre de l'état , en^ attendant qu'il en deyiat le maître.- Pour réussir ^ Uu'eut besoin; «que d'un peu d'adresseet de quelqusçs.talens^. :Pendàdt. J* cours id'ua règtft ;prospère^le peuple se néglige^ çt s'êndoi!t.dana lai sécurité; tandis .qu^ le prince^ ayant saîàis cesse lesi yeUx ouverts sur ses intécêts ^ ^envahit tcmt, etipîanvîent A âe rendre absolu. Il est vrai que les asdeiid>léés aivaieiit h: droit d'ordonner le redres^ fientent des^griefeip^iblies; mais ..elles, né »se tenaient qu^undiS^Si l'année >P^i^d^<)^ quaraût^ j^^urs. Oi', pour remédier aux abus , l'aiction .r^rimante dtlMr gislàtejur. n'étajct qiie momentai^ée ;,ftu lieuijuer cfelle du ^uyern«ïn$nt| pQW BauUjiplieriles attentats, éts^
-.continuels L.. u '• • .-.:.:. . î>:-. ..: • . ' ' . .
iCkaniBé l'autorité suprême résidait dans la nation QSseiàUée, cetlie s^utocité ne reçiitL.auoune. atteinte , taillf que^étai eàt peu d'étendaê; parce que. la nation, peu .nombreuse^ /s'asàeGàblait toujours ipoiu" rexeroer par elle-^menije.. Mkiâ aussitôt que la nation fuCidiSr persée sur une vaste étendue de^pays^ ne px)uvanl: plus sfassembler enlcçrp&yellelfutTéduiteà'. le faire parises'représentao&^età confier la souveraine puisstimce^à^ses cl!mrgés. de pouvoirs : dès-k)r3 la liberté Ji'eut pla&de;garans^ plus de boule Vavts ; car a un petit nombre près d'âmes élevées qui là chérissent •pour dle-méme, les hommes n'y tiennent que par 4es% avantages: qu'elle procuce:; or, toutes les fois
qu^ils ea trouvent de; plus ;granâs à la détraii^ qa^à la défendre le désir d'augmenter leur bieh^tre parti<- <sùli6v l'emporte nëcessairéiile&t sarcla crainte 'de participer au màlheUr commun^ dèBlor^» 'Ckacfuti re^ Tionçant-à lapatriè^ iyeeker<;liepkisqil'^'Sf€ai tm^ l'arbitre où à la Vendre à im maitrei kimi ,- peu^^prèis k co)ic{uéte 9 le^ gouverïKîment des Sriines déviât pe<^ pré^entfltif , et tii^^'Ot la aation-perdit tousses clroitB de souveraàiieté^ fdrcëe , comme-^lle le fut parJPi^» tendue de Pét&t , d'en ren^ttre YexévcimÀ fdes ^aoù' mes uniquement occupés de leur» intééécb perscmi nels) et toujours tentés d'emp>la;fer lés pouvîoiliaaioda ilâ étaient rervétus, pour sàtis&iré leur èupiliEé('liif|r avaliee, leur aiubition; '; ... > ', . : t •!loc[
Dâii&:un p^it état, presque tpujbûrs bornée «ag territoire d'uhe vittè-pu de quelques^ 'bameausç^^ nation , tout entière dans une peupladbi:pàlliar£ et agreste^ ayant des mémps intérêts,' ksiocnéàies jna^strats,. les mêmes muràillesjy étant asihké&'àxi .méine esprit^ et faisant de la lîte^tévéonj'biBil suprême, a toujojuu*s ses cb^ seus les jrecnDpdfcr éclaire de près leur conduite; et elle lewar ôtejtiscpi'^ l'idée de rien entreprendre contre le* devoir: Alaif dans lin vaste état, la nation, divisée eu pkisieulf^ provinces, dont chaque cantou, ehaque ville ^^x:ha}que bourg a des magisla^ats , des rapports 'et. des intérêts particuliers , ne forme pas un tout biqniuni.: loin de sUntéresser également aux af&ires publiques^ les membres du souverain n'y . prennent le pbi^ souvent aucune partf étrangers les uns^auic. autres',
ibjpie 3Qfit jUés ni parkbi^nvçUlancey ni par l'ostime^ ni par ramîti^r&i.par des. ^avantages réciproques^ ni par des droits communs, ni par la haine de la. tjrannie, ni par l'amour de la liberté; comment donc connaîtraient*ils les devoirs du civisme , Tamour de la patrie! Dès lors il n'y a plu3 d'union dans le corps politique, l'homme se mpntre partout, et partout le citoyen djii^parait. .Aiasi l'état ayant trop d'étendue, les déLégués de la iiatiop n^ sont plus soiisles yeux; ))eu)àpeu ils s'acpoutumQat à agir sans là Consulter, déjà ils la comptent pour rien j bientôt ils trahissent sans scrupules ^s inténéi^» et ils finissent par trafiquer impunément de 30$ droits»
Dans un état. où les hommes n étaient devepus l'objet de la conridération publique, qu'à raison de leurs lumiènes, de leur bravoure, de leurfe v^rCùs:^ l'honneur d'être choisis pour représentant duv peuple tomba nécessairement sur les chefs ^ : dè$ cet instant, la nation fut dépouillée . de l'autorité suprême, qui devint bientôt l'apanage des grands et des nobles. t
Ainsi , par la simple extension de l'état , la forme primitive du gouvernement passa de la démocratie à l'aristocratie, sans que rien eut été changé à la constitution. J'aurai dû dire passa au despotisme ,
1 Sous le règne d'Édouard-le-Gonfesseur, les francs tenanciers ou vassaux choisirent pour représentans de la nation les a|dermenSy les ducs y les shérifs et les autres officiers civils et militaires de l'état. Alfred déposa les aldermens sous prétexte de les remplacer par, gens plus capables. Si les annales saxonnes attribuent ce droit an prince , ce n'était que parce qu'il l'avait usurpé.
car les grands et les nobles étant tous des créatures de la cour 9 le prince se trouva seul maître de la souveraineté.
Quoique chaque délégué eut la liberté de proposer dans l'assemblée nationale ce qu'il jugeait à propos , c'était au prince qui la présidait de fixer les objets sur lesquels elle devait statuer ; car le droit de présidence^ devenu prérogative de la couponne i, était une suite naturelle de celui qu'avait le chei de l'armée de proposer les^ expéditions à faire* D'ailleurs ce droit n^pouvait être dévolu qu'à lui^eul : car dès que la nation vint à former un grand peuple ^ le gouvernement eut unç foule de nouvelles relations et au-dedans et au-dehors, que lui seul connaissait. Le prince 9 devenu de la sorte l'âme de toutes les délibérations 9 parvint bientôt à enchaîner le souverain, qui ne put plui> voir que lorsque son premier serviteur lui ouvrait les yeux , ni parler que lorsqu'il l'interrogeait.
Une fois maître d'enchaîner l'activité du souverain, le prince l'empêcha de connaître des desseins cachés du cabinet , de l'abus que le gouvernement faisait de son autorité, des atteintes qu'il portait aux lois; et il ne lui laissa plus que la liberté d'écouter ses demandes ,. de satisfaire à, ses besoins , et de con-
1 Nos moilarques dédaignent maintenant de présider lès assemblées de la nation ; ils ne croient représenter dignement qu'à la tête de leur conseil ; que serait-ce, si le souverain ne leur avait pss même laissé le droit d'assister à ces assemblées, en qualité de simples membres de Tétât , comme cela devrait être dans un gouvernement bien ordonné.
courir à ses projets ambitieux. Dès cet instant, Tétat se trouva dans la dépendance de son chef. Ainsi cette prérogative j peu ou point dangereuse chez un petit peuple qui avait toujours les yeux ouverts sur ses intérêts, et toujours les armes à la main, devint bientôt fatale à la liberté publique. C'est d'elle dont se servirent si souvent les rois des deux premières races , pour détourner l' attention publique de dessus les attentats du gouvernement, en la portant au-dehors ; car alors ils ne manquaient jamais de pousser quelque province à la révolte, ou d'engager la nation dans quelque guerre étrangère. Or, à chaque expédition qu'ils faisaient, ayant de nouvelles armées à former , pour conquérir beaucoup , il fallait qu'ils répandissent beaucoup ; et comme toutes leurs richesses consistaient dans le domaine de la couronne, il fallait qu'ils ravissent sans cesse les terres et les dépouilles des vaincus , et qu'ils donnassent sans cesse ces terres et ces dépouilles ; de là les troubles, les dissensions, les profusions, les vexations , les rapines et les brigandages qui remplissent les annales de ces règnes malheureux^ faibles, durs et barbares.
La révolution, que le seul agrandissement de l'état avait opérée dans la forme du :gouvemement , ne se borna pas là.
Avant la conquête, la dignité de chef de l'armée , toujours revêtue du pouvoir judiciaire, était une véritable magistrature populaire. Mais , après la conquête, elle devint une simple commission royale :
rautorité des magistrats du peuple fut donc anéantie , en passant tout entière dans les mains dti prince. Lorsque le prince ou ses officiers rendaient la justice , c'était toujours d'après le jugement d'un tribunal composé de notables. Dans le gouvernement primitif, ces notables étaient de simples citoyens y immédiatement tirés du corps du peuple ^ et tous intéressés à s'opposer aux jugemens arbitraires d'un seul. Mais après, la conquête , ces adjoints furent des tenanciers ^ conséquemment des créatures du chef, toujours prêtes à lui sacrifier les accusés. Aussi la justice, mal administrée par les barons, ne servit-elle qu'à en faire des oppresseurs.
Cette révolution en opéra bientôt une prodigieuse dans les mœurs de la nation. Avant la conquête , la fortune et la naissance ne déterminaient pas le choix du peuple; mais elles devenaient une récompense attachée aux dignités qu'il conférait; les talens et les vertus étaient donc des fruits naturels à la démocratie. Mais après la conquête, tous les grands emplois se trouvèrent conférés par le roi, et ils ne le furent qu'à ses favoris. Pour les obtenir^ il ne fut plus question de se distinguer par un mérite supérieur , mais de plaire, et bientôt les courtisans ne songèrent qu'à étudier les goûts du prince , à profiter de ses faiblesses , à se prêter à ses caprices , à flatter ses passions , à i;amper à ses pieds. Dès lors l'amour de la gloire , le courage, la franchise , la générosité , l'élévation des sentimens , firent place à la souplesse j k l'adulation , à l'hypocrisie.
* Il y a plus : pour obtenir ces emplois, presqpe* toujours il fallut écarter des concurreiïs; les fftToris se les disputèrent donc entre eiis., et bientôt ils ne furent plus occupés qu'à se supplanter l'un l'autre. Dès4ors la francbise y la vérité, la droiture firent place à la dissimulation, à la fourberie, à la perfidie , aux trahisons.
Lear cœur, toujours ouvert à l'ambition , se ferma à tout sentiment généreux , pour s'ouvrir à mille passions honteuses; la voix de l'honneur ne se fit phts entendre , les l^ens du sang et de l'amitié furent détruits.
La nation , n'exerçant plus le droit de faire les lois et de nommer aux emplois, perdit bientôt toute considération; les valets de- la cour, à la fois insolens et rampans , dédaignèrent le peuple , et s'énorgueiUirent de ramper sous un maître.
Ainsi se placèrent dans leur âme , à côté des vices qui déshonorent l'humanité , tous ceux qui l'humilient, le dédain, la hauteur et l'orgueil.
Le caractère national n'en fut pas moins dégradé. Dès que le peuple eut perdu le pouvoir suprême, il n'entra plus pour rien daias l'administration de l'état, il ne jprit plus part aux àf&ires; dès lors, in*différent au bien public , il ne ^'occupa que de ses intérêts particuliers, et bientôt, faute d'alimens, l'amour de la patrie s'éteignit dans tous les cœurs.
Après avoir perdu l'exercice de ses droits , le peuple en perdit peu à peu la connaissance : alors il
cessa de les défendre contre les atteintes dn gouvernement , dont il devint enfin la proie.
Couverts à la fois d'honneurs et d'inÊimie, les courtisans voulurent être respectés j ils se rendirent redoutables : comme le prince^ couvert à la fois de dignités et de crimes , se rendit terrible pour se ren-. dre sacré. Dès ce moment , tous les rapports furent renversés : condamné au mépris par ses propres agens, le peuple les environna de respects; et le sou-» verain, dépouillé de sa puissance par ses mandataires, tomba aux pieds de ses propres serviteurs,et adora en tremblant l'ouvrage de ses mains.
Après avoir tout envahi , le despote travailla à tenir à ses.pieds la nation abattue. Non content de s'être rendu sacré aux peuples opprimés, il leur fit un crime du simple désir de secouer le joug : dès lors, machinant. avec sécurité contre la patrie, il put impunément consommer sa perte : le souverain lui-même se vit traiter en criminel, toutes lés fois qu'il entreprit de ramener au devoir son coupable délégué.
C'est ainsi que , dans le gouvernement féodal , on voyait sans cesse , par le simple cours des choses, les inconvéniens naître des inconvéniens , les. abus des abus , les désordres des désordres ; la liberté conduire à Li licence , la licence à l'anarchie , l'anarchie au despotisme, le despotisme à la tyrannie, la tyrannie à l'insurrection , l'insurrection à l'affranchissement , < l'affranchissement à un gouvernement libre et régiilier.
Ne terminons point cet article ^ sans dire un mot de l'atrocité du droit de la guerre chez les Francs..
Chez les peuples modernes 9 souvent le conquérant sacrifie tout à son ambitioti , à ses. fureurs y à ses vengeances ; et rarement les peuples .prieon^nt41s part à la querelle entre le prince légitime et l'usurpateur : pea inquiets lequel des deux triomphera^ aussitôt que l'un est défait, ils $^ donnent à l'autre , et si la fortune les ramènent sous le joug de leur ancien maître, ils ne songent pas seulement à se justifier devant lui. Mais chez les Francs^y les vaincus ^ étaient réduits en servitude , et tous leurs biens devenaient là proie du vainqueur. • »
L'esclavage, produit à main armée,- est un état violent, durant lequel le gouvernement reçoit de fortes secousses des peuples qui cherchent à recouvrer leur liberté; alorà TéWt est semblable *à* un corps robuste qui secoue souvent isefs tnaînes , et qui les brisé qùelquefôîs. ' Anssî y poui* retenir les peuples dans les fers , les ^riiices ônt-ils jugé 'pltls sur de les cdnduire peu à peu à Pesdavage, en iek
éndorniant', en les côrre^mpant et en leur • Csiisadt
' 1 En Ibant'lâ déplorable hîbtoiiredes petiples soumis au gouventômtht féodal» ov^Todtmreo {ilaisir quel^ despotes jouissaient rarement eux-méïnes dç la liberté qu'ils enteraient aux autres. Esclaves à leur tour des ministres et des valets qu*ils chargeaient de leurs ordres , plusieurs ont été renfermés dans leurs palais , plusieurs aussi ont été dè^ posés et reclus dans des couvens, quelques-uns ont été massacrés, et presque tous ont passé leurs jours -dans les transes. Or, le spectacle des alarmes dans lesquelles ils ont vécu et des tourmens qu'ils ont souffert, console un peu des nytux effroyables qu'ils ont fait k l'humanité.
perdre jusqu'à ramour , jasqo'mi souvenir, juâqu'à ridée de la liberté. Alors l'état est un corps itiîdade qu'uti poison lent pértètre- et consume ^ un corps languissant qui est courbé sous le poids àe sa chaîne , et qui n'a plus la force de se relever.
Ce sont les moyens artificieux employés par la politique pour amener les peuples à cet afifreux état, que je me propose particulièrement de développer dans cet ouVi*age.
Du pouÂH^ir du temps.
Le premier coup que les princes portent à la liberté , n'est pas de violer avec audace les lois , . mais de les faire oublier. Pour enchaîner les peuples , on commence par les endormir.
Tandis que les hommes ont la tête échauffée des idées de liberté, que l'image sanglante de la tyrannie e^ encore présente à tous les esprits , ils détestent le despotisme , et veillent d'un œil inquiet sur toutes le^ démarche^ du gouvernement. Alor« le prince craintif se garde bien de £ûre aucune entreprise : il parait au contraire le père de ses sujets , et son règne celui de la justice. Dans les premiers temps , l'administration est même si douce , qu'il sèmMe qu'elle ait en vue -d'augmenter la liberté, loin de chercher à la détruire.
N'ayant rien à débattre , ni sur leurs droits qu'on ne conteste point , ni sur leur liberté qu'on n'attaque point, les citoyens deviennent moins soigneux
à éclairer la conduite de leur chef} peu à peu ils cessent de se tenir $ur leurs gardes ^ et ils se dé* chargent enfin de tous soucis pour vivre tranquilles à l'ombre des lois.
Ainsi , à mesure qu'on s'éloigne de l'époque orageuse où la constitution prit naissance, on perd insensiblement de vue la liberté. Pour endormir les esprits, il n'y a donc qu'à laisser aller les choses d'elles^mém^s. On ne s'en fie pourtant pas toujours làdessus au seul pouvoir du temps.
Des fêtes.
L'entrée au despotisme est quelquefois douce et riante. Ce ne sont que jeux, fêtes, danses et chansons. Mais dans ces jeux, le peuple ne voit point les maux qu'on lui prépare , il se livre aux plaisirs , et fait retentir les airs de ses chants d'allégresse.
insensés , tandis qu'ib s'abandonnent à la joie, le sage entrevoit déjà les malheurs qui menacent de loin la patrie, et souslesquds elle succombera un jour : il découvre dans ces fêtes les premiers pas de la puissance au despotisme^; il aperçoit les chaînes couvertes de fleurs, prêtes à être étendues sur les bras de ses concitoyens.
<c Ainsi les matelots se livrent à une joie indiscrète, lorsqu'ils aperçoivent du rivage l'haleine
^ Pour endormir les nobles , en temps de paix , Fempercur Manuel Comène inventa les tournois. Panciral, Hb, 2, cap. 20.
des vents enfler doucement les voiles, et rider la surface des eaux ; tandis que l'oeil attentif du pilote voit à Textrémité de Thorison s'élever le grain qui va bientôt bouleverser les mers. »
Des entreprises publiques.
Au pouvoir du temps et des fêtes ou joint .la distraction des af&ires.;. on entpepren4 quelque monument national; on £a.it Construire des édifices publics y des grands chemins , des marchés , des temples. Les peuples, qui ne jugent que sur l'apparence, croient le prince tout occupé du bien de l'état , tandis qu'il ne l'est que de ses projets; ils se rdâchent toujours davantage , et ils cessent enfin d'avoir l'œil sur leur ennemi.
Dès que les esprits commencent à n'être plus tendus, les vices du gouvernement commencent à se développer^ et le prince toujours éveillé sur ses intérêts , ne songe qu'à étendre sa puissance j mais il a soin d'abord de ne rien faire qui puisse détruire cette profonde sécurité.
Gagner V affection du peuple.
Ce n'est pas assez de commencer par endormir les esprits , les princes travaillent encore à se les concilier ; et ce que font les uns pour distraire Pattention du peuple , les autres le font pour gagner son affection.
Le peuple Romain qni distribuait les faisceaux «t donnait le commandement des armées , ce maître absolu de la terre était passionné des spectacles, la magnificence des fêtes fut le moyen dont se servirent,, pour se l'attacher, ceux qui lui ravirent sa puissance et sa liberté.
Pour captiver le peuple, les princes ont quelquefois recours aux largesses.
César parvenu à Tempire, combla de dons ses officiers, ses soldats, et le peuple. Alors on entendit de tous côtés la stupide multitude s'écrier vive V empereur ; tel ramassant un sesterce s'épuisait en éloges sur la libéralité de son nouveau maître.
Lorsque Charles II monta sur le trône d'Espagne, Je premier soin de ses ministres fut de ramener l'abondance dans l'état; à cet appât, ils joignirent <:elui des spectacles ; jamais on ne vit tant de combats de taureaux, tant de comédies, tant de jeux, tant de fêtes au goût de la nation \
Louis XIY allant plus loin , s'ëtudia à gagner les cœurs par ses manières, ses prodigalités, sa magnificence. Il avait soin que personne ne sortit mécontent de sa présence ; il s'assurait par des emplois de ceux qui lui étaient supects , et s'attachait par des bienfaits la foule avide des courtisans. Âla cour, il
^ Désormaux , Abrégé chronologique de l'histoire d* Espagne.
Tout don fait au peuple par le prince doit être suspect ^ si ce n'est dans quelque calamité soudaine. Le seul moyen honnête de soulager les peuples qu'ait un prince, qui ne vise pas au despotisme , c'est de diminuer les impôts.
donnait des festins , dès feux d'artifice y des bals masqués f des tournois , des spectacles. Dans les campagnes, il répétait ces fêtes ^ il visitait dans sa pompe les villes conquises , invitait à sa table les femmes de qualité, faisait des gratifications aux militaires , jetait de Tor à la populace, et il était élevé jusqu'aux nues
Louis I«' roi d'Espagne, signala les commencemens de son règne en comblant de grâces et de bien&its tous ceux qui l'approchaient.
Mais ce n'est pas aux dons seuls qu'ont recours les princes pour gagner l'affection des peuples.
En montant sur le trône , Ferdinand débuta par des actes apparens de bonté ; il donna ordre qu'on ouvrit les prisons à tous ceux qui y étaient détenus pour crimes non capitaux , il publia une amnistie en faveur des déserteurs « et des contrebandiers , il assigna deux jours de la semaine pour recevoir les suppliques de ses sujets , et leur donner audience.
Avant de paraître en public, quelquefi>is J^abëth commandait à ses gardes de frapper sur la populace; puis , comme si eUe eut été réellement fôchée qu'ils eussent suivi ses ordres , elle relevait aigrement leur brutalité, et s'écriait : quç ses sujets étaient ses enfans y qu^on se garda, bien de leurfcare oaunge.Sé^ duits par ces faux airs de bienveillance , ces malheureux se précipitaient à ses pieds , en bénissant leur reine.
^ Désormaux , hist, et Espagne,
C'est souvent par une condescendapce affectée, que tes princes s'attachent à gagner les cœurs.
Le peuple de Yenisç admire la bonté de ses maîtres j lorsqu'il voit chaque annnée le doge à la tête du sénat, rendu à Sainte-Marie Formose pour y ac^ quitter un vœu, ne pa& dédaigner un chapeau de paiUe et dewn bouteilles de vin^ que les artisans de la paroisse ont coutume de lui offrir ; lorsqu'il voit le doge accepter quelques melons que les jardiniers viennent lui présenter le premier août , et leur permettre de l'embrasser; lorsqu'il voit tous les sénateurs assister le jour du mardi gras au massacre d'un taureau ou à quelqu'autre fête populaire ; lorsqu'il voit le grand conseil, le jour de la fête-dieu, passer eib proces$ian dans la place Saint-Marc, chaque nç^hX^ ayant à sa droite un mendiant.
Qui le croirait? L^princes marchent quelquefois au despotisme par tme route qui semblerait devoir les en éloigner.
Afin d'augmenter leur autorité, quelques-uns, par un raffinement de politique , veulent paraître justes y bons, modérés; pour tromper les autres, ils se revêtent eux-mêmes du manteau de la bonne foi.
Ximèneç ^ s'élant rendu l'idole des Castillans par la pnreté apparente de ses mœurs , ses aumônes , sa munificence , soa hypocrisie , parvint à bannir dç leurs cœurs toute défiance; et ils le laissèrent trameiç à son aise contre la liberté publique , solder de ses
^ Régent de Castille , sous Charles-Quint. Banarcs, hist, de Ximènes.
— se —
épargnes des troupes mercenaires^ et augmenter l'autorité royale.
Le peuple de Terre^fei^me, enchante des manières populaires des podestats, vante la douceur du gouvernement de la seigneurie. En voyant les inquisiteurs d'état écouter favorablement ses plaintes, et tenir les grands jours pour la recherche des nobles du pays qu'il n'aime point, il s'imagine qu'elle n'a pour but que le soin de sa défense ,. et il bénit Péquité de ses maîtres,
D^autres fois ceux qui commandent flattentrambition du peuple , pour mieux masquer la leur; ils ne lui parlent que de ses droits , ils affectent un zèle extrême pour ses inte'réts, et s'érigent en tyrans, en feignant de le défendre. Voilà comment tes pripaes de l'Europe eu usèrent avec le peuple pour éëtûê0v les nobles , et fonder un gouvernement absolu sur les ruines du gouvernement fëodal.
Mais, que ne mettent-ils point en œuvre pour captiver leurs sujets? Queliqaes-uns s'attachent à rendre le peuple heureux; puis saisissant avec adresse le moment où il vient à vanter son bonheur, ih affectent du dégoût pour Pempiré, ils feignent d'être las du fardeau delà couronne; de vouloir abdiquer, puis ils se font presser de continuer à tenir les rênes de Tdtat; ruse funeste, ces fourbes ayant alors la confiance aveugle de la nation , et les moyens d'en abuser.
-^ 5t -- De V appareil de la puissance.
Dans un sage gouTemement , tes fonctionnaires publics doivent porter les attributs de leurs dignités; les honneurs qu*op leur rend sont censés rendus au peuple , dont ils sont les mandataires; la pompe dans laquelle ils paraissent lorsqu'ils sont en fonctions n'est point pour eux, ils né sont que des piliers auxquels sont suspendues les enseignes nationales»
Maïs bientôt le vulgaire perd de vue ces utiles vérités; peu d'hommes savent même distinguer de ces enseignes la personne qui les porte, ignorance dont les princes profitent habilement pour se mettre ^ la place de la nation , ne jamais se montrer que dans l'éclat de la majesté royale; et prétendre néanmoins que , revêtus ou dépouillés des ornemens de la royauté , ils n'en sont pas moins des objets sacrés de vénération , lors même que le destin les a précipités du trône,
Qiioi qu'il en soit, aux yeux du peuple, la pompe des princes fait partie de leur puissance ^ ; aussi la plupart se sont-ils étudié à en imposer par un appai:eil menaçant ^.
1 Richelieu était bien persuadé de cette vérité , lorsqu'il reprochait à Louis Xill d'avoir si fort négligé ce point là. Vtyfez son testament politique»
2 C'est la magnificence du premier Cosme de Médids qui lui donna tant d'ascei^dant sur ses compatriotes ; ce fut elle qui , malgré la forme démocratique du gouvernement de Florence , malgré l'attachement des
Quiand ils se montrent en public ^ c'est toujours avec les attributs de Tautorité suprême. Quelquefois ils font porter devant eux le glaive de la justice, le sceptre et les Ëiisceaux. Souvent ils se font accompagner en pompe par les grands officiers de la cou.« ronne, par le nombreux cortège de leurs courti* sofiLSj et presque toujours par labande formidable de leurs satellites '.
Ils ont soin aussi d'entretenir le faste de leurs mai*^ sons y dans la crainte qu'en cessant de faire les maîtres, les grands qui les approchant ne cessent de Élire les sujets ; ils en imposent toujours par un ton impérieux ; et afin de mieux apprendre aux peuples à les respecter, ils introduisent dans leur cour un cérémonial imposant ; quelques-uns vont même jusqu'à ordonner qu'on ne les serve et qu'on ne leur parle qu'à genoux \
Dans les pays de l'Orient , les princes employent plus d'art encore pQur se faire révérer et pbéir aveuglément. Renfermés dans leurs palais au milieu de leurs esclaves^ ils se font rarement voir en public ; mais toujours dans la pompe la plus imposante, toujours
citoyens à leurs privilèges , malgré la popularité de ceux qui remplissaient les premières magistratures , le rendit l'âme de la république , et aveugla le peuple au point de lui laisser usurper l'autorité suprême.
1 Autrefois les princes étaient accoutumés à se promener presque sans gardes au milieu de leurs sujets, comme un père de famille au milieu de ses enfans ; mais, dès qu'ils l'ont pu, ils se sont empressés de se donner une garde imposante : et aujourd'hui , il y a peu de monarques qui n'ait plusieurs régimens de satellites.
2 Philippe n, roi d'Espagne, en fit une ordonnance expresse.
accompagnés d'une garde nombreuse rîchealiçal; vêtue y toujours environnés de leurs ministres cout verts d'or et de peries, qui baissent les yeux et att tendent les ordres de leur maître dans un profond silence.
Ce soin que les princes ont pour eilx-mémes , ils Font pour leurs officiers; jaloux de fidre paiaitre dans les magistrats , non l'homme de la loi ; mais l'homme constitué en dignités.
Parmi les édits que Jacques I®' rendit en i6i3 , les membres de son conseil d'ÉçQsse eurent ordre de ne point aller à pied dans les rues, mais en Toiture et en grand-rhabit V
Philippe II, roi d'Espagne, ordonna par un décret particulier à tous les membres des conseils supérieurs et des chancelleries de ses états, de ne jamais paraître en public qu'avec de longues ' robes et la barbe.
Les princes ne sont pas moins attentifs à se mé^ nager entr'eux les mêmes respects. Yoyagent-ils ? ils se reçoivent avec pompe , ils se traitent avec magnificence ^ ils se prodiguent tous les honneurs; et pour que le peuple soit d'autant plus frappé de la gran^ deur des maîtres , toujours de hautes marques de distinction sont accordées à leur suite ^ ' Bien ne sert mieux les princes que le soin qu'ils ont de fixer l'admiration du vulgaire sur leur per^
1 Spotwopd.
2 Désormaux, Abrégé chronologique de l'histoire d'Espagne, ^ Plutarque, Fie de Philopcmen.
sonne, par l'appareil de la puissance. £n voyant s&t agens entourés de brillans satellites , le peuple n'ose porter sur eux dea regards assurés f- les sages euxmêmes ont peine à se défendre d'une certaine véné* ration pour la morgue environnée de tant de lustre, si tant est que ce qu'il y a de moins méritant au monde puisse être illustré.
Anlir les peuples:
Une fois qu'on a distrait et séduit les esprits , on s'efforce de les avilir.
L'activité, la frugalité, le désintéressement, la vigilance, l'amour de la gloire et de la patrie , voilà les vertus au moyen desquelles les peuples conservent leur liberté ; aussi les princes qui aspirent au despotisme , travaillent-ils à leur en faire perdre le goût.
Pour assujettir les Spartiates, Philopetnen les contraignit d'abandonner là manière mâle dont ils élevaient leurs enfanâ ^ ; il les» livra à là mollesse , et bientôt il parvint à éteindre en eux cette grandeur d'âme , cette élévation de cœur qu'il redoutait si fort.
Après avoir réuni la principauté de Galles à ses états, Edouard I«', convaincu que rien ne contribuait davantage à nourrir l'amour de la liberté de ses nouveaux sujets , que le récit poétique de leurs exploits, qu'ils avaient coutume de chanter dans
^ Sir J. Vynnc , pag. \ 5.
— fti —
leurs fêtes martiales ^ Gï une exacte perquisition.de tons les poètes Gallois , et les condamna à mort ^
'De nos jours^ les Anglais n'ontnl^ pas, danst la même vue, obligé les Écossais de ^cpltter leur habille ment national 9 et de renoncer à leurs fêtes xi^" ▼iques^? 'r * *./ ; : ri
Mais il est irdrè que les princes «mployenKifai violence pour avilir leurs sujets : c'est à l'adriessé qu'ils ont communément rdcoursJIls font construire des théâtres, des cirques, des salles; de récréation , des casins, des redoutes : ils encbu)ra^gent^.les tsilens propres à amuser le peuplé et à fixer soù incbnstance*; ils protèfent ceiux i^'( les Gdltivent ^ j il& pensionnent des acteurs^ des mi^siciëas^ des baladins, des histricmi;: et l^ientôtie ditoysen'ént^né vérs'les plaisirs , ne pense phisà: autre ofaése.
Cjnrus, ayant appris que les Lidiens s^étaient rëvoltés,n^ voulant. pas^ saccager leurs villes, moins encore y mettre de forteis garnisons, s'avisa; d'y établir des jeux publiés, dés tavernes, des lieux de débauche ^ : dès-iors ils ne fat pjius^dans le cas <Ie tirer l'ëpée contre ces peuples.
Ceux qui gouvernaient à Athènes faisaient une dépense prodigieuse; pour ^entretien des théâtres*
. » 1 I > ?'l>< Mil
^ Quelques princes ont même poussé la forent jdsejtilî persécntet ceux qui entreprenaient de faite rentrer lé peuple en Ini-niémè. Ohai^ les I^** ne fit-xl pas condamner pat la dîdiiibtë'létoiléevPhrîmiê ii uti supplice cruel, pout ayoîr écrit contre la passion du diéâtre! -^
^ Hérod.,liv.i. : »
Al Rome y les empereurs donnaient souvent des spectacles au peuple ^; bientôt le goût decea plaisirs dégénéra en passion , corrompit le? mo^rs des Gitdyens /et Icurr: fit perd^ . jusqu^à ridée- 4e! hi liberté^'-' ' '; . *■ ■ ? - .) :-.'.• .:■...(. •
Dans la vue d'amollir le courage des Angl^ift^ les pifiiiees de la maisoda.<le StuartenoK^fUragèreiit le^goût des^laisirs. - i • j : i ^
Jacques?'' leur fit construire de .vastes tb^tres; et bientôt les ma»:arade8 y les farces et les.bals<l0Viiireiit leur princîpaleaiSËaire»' i • ;:
Dwant le règne- de Cbarles :P% la fui*ear des silectacles était si gràunle ^ que cinq théâtres toujours^ oavertSy de suffisaient pas pour le peuple de Londres ^.
Partout les princes ont. soin d'ini^irer-à leurs sujetà. le goût des spectadeSr^ Ona^imagiqepas com|>ien cet
1 ÂûgiiMe întrôdtiisit à Kome la pant6mifaie, et DÀ' Aafahkîixs forent si charmai de ce aDUfcau genre de âiwermeljsvmA. i que Je g^ptf e* éejiikt gés^tàr pam^de ia jCApitale ,4Aiuiç^.|xroy^)çe8 , , eî «'jf «soutint jiuqu'afi, démembrement de l'empire. ■ ..
La pai^sion des'Komaîns' paùï la' pantoiïnme' fut portée juftqti^âu délire. Partagés entre Pilade et Batille, mittûqilts fomecDC, iliibrmèqent de:PfQ|is9iMites^Ij»ale8. Geâ cal^e^ d^é^érèrent .en factions : elle^ toulurenl; se distinguer, et elles prirent des couleurs , comme avaient fait les bleus et les Verts pour ceux qui ' Conduisaient les cnars dansi les courses du cirque,
En proie aux factieux, Rome fut agitée de |rouJ|^les si vioJbena^ que pouf. rétablir 4^ l^^i»'^^. ewapçj^m» prwut souyent^Jp |)arti de^ ren- Yoyer'le*^'bi^ioii^'.^^*<'^.'il' efurçift, toujours souid^les rappeler, lorsqu'il^ .T(Oi;dm«ent luire, ps^^^ jç^lqueprc^ contre la liber;^ publi^ue^ Suidas et Zoaime,, ' . : -^ ,' -, . ; ; ....
2 Phrinnés histria mastix, pag. 15.
artifice leur réussit ? Une fois que le 'peuple a pris ie goût de ces amusémens ^ il lui ti^ihènt lieu de tout, il &e peut plus Sf'en passer , et jamais il' n'est si à craindre que lorsqu'il en est privé.
La guei^e civile de i64i tie commença en Angleterre y que lorsque les théâtres furent fermés. '
Que dis-je? on a vu des peuples opprimés demander au prinee ^ des spectacles, comme le seul remède à leurs maux.
Ainsi les jeux, les fêtes , les plaisirs ^, sont les appâts de la servitude, et deviennent bientôt le prix de la liberté , les instrùmens de la tyrannie.
Suite du même sujet.
Si j joint à ce goût pour la frivolité et la dissipation qu'inspire le théâtre, lespièces qu'on joue ' sont issues de sentimens rélâchés , de maximes raiiipantes , d'adlcoitès flatteries pour les personnes constituées en dignité : si on y fait Fâbge dès vices où des foliei^ de princes régnant 9 cpjji^mQ idaos ties . pastorales
1 Lès Rékhâiâfl , ap^ès la «lèâfrtidtion de la réptdbHqûb. Les hâbïtans de Trêves, apt^le^Bae de leur ville, etc.
^ Je xte cottiiiâis i(|tie lesXarrecs , à l'exception des Athéniens , chez qùî le ûnê^trt et les jeo^ publics ne tendaient pas à ce bat. Aoss! appelaientils les poètes dramad<}ues , les conservateurs des villes.
* Les Anglais avaient trouvé Fart de tourner cet ai^ce contre sa fin> en mettant au théâtre des pièces remplies dé grandes idées de liberté, de vifs sentimens pour la patrie. Mais cliez eux la corruption du siècle s'est enfii répandue dans tdt^ les rangs. A part un petit nombre de citoyens qui ont encore des mtetirs et la tête saine , le goût des ainu-
all^oriques qu'on représentait à la cour de Charles I" et de IjOuisXIV : alors le théâtre devieni: une funeste école de servitude. Au lieu de nous montrer des hommes et des sages , les défenseurs de Tétat, les hien£siiteurs de la patrie^ on ne. nous montre que des amans, des fous, de$.£at$, d0s coquettes, des fripons, d^es dupes, des maîtres, insolens, et de bas valets. Au lieu de. dévoiler les noirs complots des mauvais princes , leurs trames perfides , lemrs crimes atroces^ on ne. dëyoile que des intrigues d'amqur^,<}|es t^racasseriesde ménage, des aventures de boudoirfjAuiieu d'en faire une. école de vertu, on en fait une école de mauvaises moeurs. Que si de temps en temps, on donnç quelques bonnes pièces, la farce qui les suit en détruit ordinairement l'impression, Les sagesi réflexiofis qu'elles ont fait naître , sont effacéfBs par les turluginades d'un bojuffonou les tou^s d'une soubrette : les nobles sentime^is qu'elles ont excités s'efxhalent en risées, et l'auflitoire est congédié en ifblâtrajQt ^
semens s'est emparé de tons les cœtArs ; et da&À raviUssement'où ib sont tombés, ils n'ont plus qu'une froide admiration pour l'héroïsme; la vertu n^ les to^bepl^ Dépravés «^-mémes o^ vil^ çpQiplaiyans du public, leurs auteurs dramatiques se sont plies au goâ^ dominant /et ,^ leur honte étemelle ils ne travaillent qu'à Iç -corrompre toujours plus.
1 Dira-t-on que c'est attribuer trop d'influence aux reppi^sentfitionff théâtrales? Mais qu'on y réfléchisse un peu, ces maisons de récréation publique sont \fi .çeul endroit, en Angleterre où il ne soit pas permis à un auteur hardi d'exposer librement ses idées ^ le seul endroit où une grande âme ne puisse pas faire éclater ses sentimens : le prince ayant eu grand soin de réserver à ses ministres 1 ^i^n/eii. des pièces qui dovïi vent être représentées devant le public.
Encourager les lettres ^ les beaux-arts et les
talens agréables.
Pendant les crises orageuses d'une révolution, on ne pense qu'à l'établissement de la liberté; mais dans le calme qui les suit, l'ardeur patriotique s'éteint , la paix donne d'autres idées , d'autres senti* mens; et au milieu de mille objets de dissipation , on oublie jusqu'à ses devoirs.
Déjà la nation n'est plus unie; les douces liaisons qu'avait formées l'amour de la patrie sont détruites; les membres de l'état sont bien encore citoyens, mais ils ont cessé d'être patriotes.
C'est en encourageant les lettres , les beaux-arts et les talens agréables qu'Auguste plia les Romains au joug; et que ses successeurs y plièrent les nations barbares qu'ils avaient subjuguées ^
Jamais peuple ne fut plus indépendant que les Germains. Sans établissement fixe , continuellement engagés dans quelque expédition pour faire du butin ,
1 n parait étrange (dit un historien célèbre) que les progrès des arts et des lettres , qui , chez les Grecs et les Romains augmentaient le nombre, des esclayesy soient devenus dans ces derniers temps une source générale de liberté, et il a recours à une foule d'argumens forcés pour rendre saison de ce phénomène , qu'une simple distinction éclaircit. Tonte étude qui ne se rapporte pas aux droits de l'homme , en (îxaut r«sprit siir des objets étrangers, doit nécessairement faire perdre de Tue 1% liberté : taudis qu'eu ouvrant le sanctuaire des sciences et des lettres à une nation barbare, elle porte tôt ou tard ses idées- de c^ côté-là.
Les Romains ne connaissaient encore que la politique et le métier de
passionnés de la liberté /et toujours sous les armes, ils donnèrent d'abord peu d'autorité à leurs princes; encore cette autorité était-elle peu respectée. Mais lorsque ces princes eurent assuré leurs conquêtes , pour étendre et affermir leur puissance , ils travaillèrent à inspirer à leurs sujets le goût des occupa* tions tranquilles, il les engagèrent à cultiver les arts de la paix en leur faisant connaître les doux fruits de l'industrie ; il les encouragèrent à se livrer à Tétude des lettres , à la mollesse et aux douc^irs d'une vie contemplative.
Dès que la couronne de la Grande-Bretagne fut affermie sur la tête d'Alfred , ce prince s'appliqua à inspirer à ses sujets le goût des lettres et des arts ; pour les engager à les cultiver, il les cultiva luimême , et ne cessa de répandre ses grâces sur tous ceux qui s'y distinguaient \
Jusqu'au règne de Ferdinand ^, l'Espagne , livrée presque sans relâche aux feux des dissentions civiles, était encore barbare ; on n'y connaissait que le mé? tier des armes. Pour étendre sa puissance, ce prince commença à faire naître dans ses états le goût des
la guerre : pour les en détourner, Auguste les engagea à cultiver la poésie et les beaux-arts.
Sous le gouvernement féodal , les peuples , plongés dans une crasse ignorance , perdirent enfin dans les fers jusqu'à l'idée de la liberté : mais l<M«qu'ils vinrent à cultiver les arts et les sciences , une fois livrés k l'esprit de réflexion , ils tournèrent leurs vues sur eux-mêmes , et ik sentirent leurs droits.
1 Assert, pag. \ 3. Flor. Nigom., pag. 588.
2 Époux d'Isabelle.
lettres, en répandant ses bienfaits sur ceux qui aj appliquaient.
Philippe n et Philippe III , également avid^ de puissance , favorisèFént de tout leur pouvoir les let'* très et les arts.
Non content d'epcourager les lettres , Philij^ie IV courut lui-même la carrière de bel esprit. £t, dèsqœ Philippe V fut parvenu à s'assurer la paisi|)le pos* session du trône , son premiei' soin fut ^le protéger les lettres , de fonder des académies,^ et de rétama penser .les talens.
Lorsque la puissance royale .étit pris le dessus^ François I«' commença à accueillir \m lettres^ il af^ tira les savans étrangers dans ses états ^ et encou^ ragea les beaux-arts. . . » '
Ses successeurs, Louis XIV surtout, ont tous suivi cet exemple;
Au reste, aucun princç ne earesSe les gens de lettres qu'autant qu'ils flattent son orgueil, servent à ses plaisirs, relèvent sa magnificence , prêchent 1|é soumission à ses ordres; Et combien de vils syoo^ pfaantes mettent tout leur esprit à servir d^indtmi^ ment au despotisme, à préconiser là < servitude, 'à saiictiflter roppressibn! Prostitution infâme qu;i étouffe la liberté sous les fleurs mêmes de Fimagi^ nation , du goût et du génie.
- . Corrompre le peuple*
Nul gouvernement ne se maintient par sa pro«
pre /constitution ; mais par les vertus civiques qui Tempéchent de de'générer. Ce ressort détruit, c'en est Êiitde la patrie; au lieu dé concourir au bien général ^.chacun ne cherche plus que ses avantages personnels, les lois tombent dans le mépris, et les Wagiatrâts eux^-mémes sont les premiers à les violer, ^ussi , après avoir avili les peuples songe-t-on à les corrompre-
• i L'orsqu*il n'y à point de censeurs publics dans Vétaity le prince cherche à introduire des nouveautés propres à relâcher les mœurs; tout ce qui peut en arrêter la dépravation, il Tabolit; il altère tout ce qui peut former une bonne police , et il travaille à pervertirles citoyens avec le même zèle- qu'un sage législateur travaillerait à les régénérer.
C'est toujours! par deâ routes semées de fleurs que les princes commencent à mener le peuple à la ser» i(itud^. D'abord ils lui prodiguent les fêtes: mais comme ,cl3s fêtes ne peuvent pas toujours durer qUand on ne disposé pas des dépouilles du monde eeiier, ils cherchent à lui ouvrir une source constante, de corruption ; ils ti^vaillent à encourager les art^i!À'^ire flieurir le commerce j et à établir l'inér gabté des» fortunes , qui. traîne ^toujours le luïç à sa. stjite;:-'^ .;.■••' : 'i .
Ceux qui ont sous les yeux le gouvernement féodal dégénéré en despotisme ou en oligarchie , trouveront cette assertion bien étrange. Les princes encouragent l'industrie et le commerce , diront-ils , pour tirer des plus fortes contributions de leurs
sujets 9 non pour les avilir; mais ep n'est pas. des peuples asservis^ c'est des peuples à assservir dont je parle. Laissons donc a part les efforts^ que fifenft| il y a quelques siècles , les Vénitiens , les Génois j^ les Florentins 9 les Hollandais^ les Français , les Espagnols 9 les Portugais^ les Anglais, pour encotr-» rager l'industrie , les arts , le commerce , et suivons^ à cet égard, les tentatives de l'administration chez des peuples libres. i
Les anciens Bretons , les Gaulois et les Germains étaient presque indépendans. Lorsque ^ divisés en petites tribus y ils ne possédaient que leurs armes et leurs troupeaux , il ne fut pas possible à leurs chefs de les mettre sous le joug ; pour les asservir,' les Romains introduisirent parmi eux l'industrie , les arts , le commerce j de la sorte , ils leur firent ache-* ter les douceurs de l'abondance aux dépens de leur liberté.
Agricola ayant subjugué les Bretons, introduisit parmi eux l'urbanité et les arts de la paix; il leui: apprit à se procurer les commodités de la vie , il s'efforça de leur rendre leur condition agréable; et ces peuples se plièrent si fort à la domination de leurs maîtres, qu'une fois soumis, ils cessèrent de leur donner de l'inquiétude, et perdirent jusqu'à l'idée de leur première indépendance i.
Impatient d'établir son empire sur les Anglais , Alfred se servit du même artifice.
1 Ta4;'itCji P.ic d'ytgricolt^.
J'ai dit que pour ouvrir à leurs sujets uiie source constante de corruption , les princes travaillent à faire fleurir le commerce dans leurs états. Cette proposition n'aurait rien eu d'étrange , si je l'avais restreinte au luxe } mais le moyen de la révoquer en doute , le luxe étant toujours une suite nécessaiire du commerce.
Otj il est constant que les princes ne négligent rien pour favoriser le luxe , ils l'étaient à-l'en vi , et îb sont les premiers à jeter dans les cœurs ces semences de corruption •.
S'ils ne le prêchent pas tous d'exemple , encora
1 Gomme le luxe charme «i fort le commun des hommes, qu^il les entraîne dans mille excès dispendieux, toujours siiiTis de la ruine det familles et quelquefois de celle de Tétat ; après avoir encouragé le luxe,
souvent lés princes se sont vus obligés de le restreindre. Mais par un contraste assez singulier , dans le temps même qu'ils le réprimaient par leurs édits, ils le prêchaient par leur exemple. Tandis que Ix>uis XrV défendait aux lieutenans-généraux de ses armées et autres officiers qui tenaient table, d'y faire servir autre chose que du potage, du rôti avec des entrées de grosses viandes et quelques entremets , sauf assiettes volantes et hors^d'cravre, il étalait sur la sienne les productions des quatre parties du monde. Tandis qu'il réglait la quantité d'or et d'argent qui pouvait être employée en vaisselle, meubles, équipages, habits, etc., il prodiguait en magnifiques extravagances les revenus de l'état..
Ils ont beau faire des ordonnances , le luxe n'y perd rien i leurs lois vont même contre leur fin , en donnant plus de prix à ce qu'elle^ défendent; et c'est peut-être souvent pour cela qu'ils les font.
Le goût des plaisirs qui régnait k la. cour de Jacques I^^, Charles H, Xx>uis XIV , gagna tous les rangs. Chaque jour enfantait quelque fj^te , chaque nuit quelque mascarade , où assistaient les personnes de marque : aussi le désœuvrement, la paresse , la dissipation et le luxe prirent-ils la place des mœurs simples, de l'industrie et de rinstruction.
refusenMls de le réprimer. Sous Auguste , le sénat proposa plusieurs fois la réforme des moeurs et du hixe , réforme à laquelle l'empereur était obligé de travailler ^ en vertu de sa charge de censeur ; mais il éluda toujours avec ait ces demandes importunesi. Quelques princes vont même jusqu'à yforcer leurs sujets. Pour assujétir le peuple de Cumes , Aristor mène, cherchant à énerver le courage de la jeunesse, voulut que les garçons laissassent croître leurs cheveux , qu'ils les ornassent de fleurs , et 'portassent comme les filles de longues robes de couleurs différentes } il voulut , lorsqu'ils allaient chez leurs maîtres de danse ou de musique, que des femmes leurs portassent des parasols et des éventails ; que dans le bain , elles leur donnassent des miroirs , des peignes, des parfums, et cette éducation devait
durer jusqu'à Fâge de seize ans ^..
Le commerce et le luxe ont toujours des effets trop funestes aux nations qui ont des moeurs , pour ne pas en développer les principaux.
Du commerce.
Il exige que les différens peuples communiquent entre eux. Or le désir d'être bien venus les uns des autres les rend sociables , il adoucit leurs manières, et les guérit de l'opinion trop avantageuse qii'ils ont
^1 Dion Cftssius, liv. 54.
? Denis d'Ilalicarn, liy. 7.
d'eux-mêmes, des préjugés ridicules dé l^mour-' propre. ,
£ii procurant à chacun les productions des divers climats, il les assujettit à de nouveaux besoins, il, leur donne de nouvelles jouissances , il les améllit par le goût des superfluités y et les corrompt par les plaisirs du luxe.
Si le commerce adoucit les mœurs agrestes , il déprave les mœurs simples et pures , s'il fait disparaître quelques ridicules nationaux, il donne mille ridicules étrangers; s'il efface bien des préjugés funestes, il détruit bien des préjugés utiles.
Dans ce flux et reflux d'allans et de venans qu'il nécessite , chacun porte quelque chose de son pays ; bientôt les manières, les usages, la police, le culte se mêlent et se confondent ; peu à peu on se reconcilie avec tous les gouvernemens , et on oublie celui sous lequel on a reçu le jour. Le marchand, habitué à vivre avec des étrangers, regarde du même œil ses compatriotes, et finit par ne plus les connaître. Un Européen qui a voyagé n'est plus ni Anglais, ni Hollandais, ni Allemand, ni Français, ni Espagnol, mais un peu de tout cela.
Le commerce ne confond pas seulement les usages et les manières; mais les mœurs de tous lès paysj l'ivrognerie , le luxe , le faste , la passion du jeu , la débauche viennent de mode, et chaque peuple joint à ses vices plus d'un vice étranger.
Un vrai marchand est citoyen du monde. Avide de richesses, il parcourt la terre pour en amasser,
il s^atf ache aux pays qui lui olfrent le plus de ressources , et sa patrie est toujours celui* où il fait le imîeux ses 'affaii?es.
. jSaos cesse occupé de ses gains y il n'a la tête meu- Hée qye d'objets de commerce ^ de spéculations lucratives , de calculs y de moyens d'amasser de l'or et d':en dépouiller autrui. Étranger à tout le reste, son cœur se ferme aux affections les plus nobles , et l'ao^our de la liberté s'y éteint avec celui de la patrie.
Même cheSs les.hommes les plus honnêtes , l'esprit mercantile avilit l'âme et détruit l'amour de l'indépendance. A force de tout soumettre au calcul^ le marichand parvient par degrés à évaluer chaque chose : pour lui tout est vénal , et l'or n'est pas moins le prix des bons offices ^ des actions héroïques, des talens , des vertus , que le salaire du travail , des productions de la terre et des ouvrages de l'art.
En calculant sans cesse ses intérêts avec rigueur, il contracte un caractère d'équité stricte ou plutôt d'avarice, ennemi de toute générosité de sentimens, de toute noblesse de procédés , de toute élévation d'âme; qualités sublimes qui tirent leur source du sacrifice que l'homme fait de ses intérêts personnels au bonheur de ses semblables, à la dignité de Son être.
L'esprit mercantile faisant regarder les richesses x:omme le souverain biea, la soif de l'or entre dans tous les çoôurs ; et lorsque les moyens honnêtes d'en acquérir viennent à manquer, il n'est point de bas-
sesses et de turpidùdes d<mt on ne soit prêt à se couvrir.
Ces effets sautent aux yeux les moins clairvoyans^ en voici qui ne sont sensibles qu'aux yeux exwcés.
Des spéculations en tout genre amènent nécessairement la formation des compagnies privilégiées pour certaines branches de commerce exclusif: com^ pagnies toujours formées au préjudice du commerce particulier, des manufactures , des arts 'et de là main«^ d'œuvre y par cela seul qu'elles détruisent toute con-* currence. Ainsi, les ricliesses qui auraient coulé par mille canaux divers pour féconder l'état , se concentrent dans les mains de quelques associations qui dévorent la substance du peuple et s'engraissent de sa sueur.
Avec les compagnies privilégiées naissent les monopoles de toute espèce, les accaparemens des ou-* vrages de l'art, des productions de la nature, et surtout des denrées de première nécessité : accaparemens qui rendent précaire la subsistance dû peuple, et le mettent à la merci des ministres, chefs ordinaires de tous les accapareurs.-
Sur le système des monopoles se modèle graduellement l'administration des finances. Les revenus de l'état sont affermés à des traitans, qui se mettent ensuite à la tête des compagnies privilégiées , et qui détournent à leur profit les sources de l'abondance publique. Bientôt la nation devient la proie des mal<^ totiers, des financiers, des publîcains, des concassionnaires : vampires insatiables qui ne vivent que
de rapines y d^eKfeorsions, de brigandages, et qui rainent la nation pour se charger de ses dépouiUes«
Les compagnies de négocians , de financiers , de traitansy de publicains et d'accapareurs , donnent toujours naissance à une foule de courtiers , d'agens de change et d'agioteurs : cheyaliers d'industrie uniquement occupés à propager de faux bruits pour faire hausser ou baisser les fonds> enlacer leurs dupes dans des filets dorés ^ et dépouiller les capitalistes en ruinant le crédit public.
Bientôt la vue des fortunes immenses de tant d'aventuriers inspire le goût des spéculations, la fureur dé l'agiotage s'empare de tous les rangs , et la nation n'est pins composée que d'intrigans cupides , d'entrepreneurs de banques , de tontines ou de caisses d'escompte, de faiseurs de projets, d'escrocs et de fripons, toujours occupés à rechercher les moyens de dépouiller les sots , et de bâtir leur fortune particulière sur les ruines de la fortune publique.
De tant d'intrigans qui s'attachent à la roue de fortune , la plupart sont précipités : la soif de l'or leur fait aventurer ce qu'ils ont pour acquérir ce qu'ils n'ont pas ; et la misère en fait bientôt de vils coquins, toujours prêts à se vendre et à servir la cause d'un maître.
Lorsque les richesses sont accumulées daiîs les mains des faiseurs de spéculations, la foule immense des marchands n'a plus que son industrie pour subsister ou assouvir sa cupidité j et comme le luxe leur ^ donné une foule de nouveaux besoins ^^ et que la
multiplicité de* ceui ^icoureul; api^ès la .fortune leur ôte les moyens de les satisfaire ^ presque tous se voient réduits aux expédient ou à la fraude; dès lors plus de bonne foi dans le coiûm^rqe : pour s'enrichir ou se soustraire à l'indigenCe > chacun s'étudie à trosnper les autres : les marchands de luxe dé-; pouillent les citoyens dérangés , les fils prodigues y les dissipateurs : toutes le^ marchandises sont sophistiquées y jusqu'aux comestibles ; l'usure s'établit , la cupidité n'a plus de frein , et les friponAeries n'ont; l^us de bornes.
Aux vertus douces et bienfaisantes qui caractérisent les nations simples, pauvres et hospitalières , suc-, cèdent, tous les vices de l'affreux égoïsme y froideur, dureté, cruauté, barbarie; la soif de Toir dessèche tous les cœurs, ils se ferment à la pitié , la voix dt l'amitié est méconnue , les liens du sang sont rom-* pus , on ne soupire qu'après la fortune , et on vend jusqu'à l'humanité ^
A l'égard des rapports politiques de la horde des spéculateurs , il est de fait qu'en tout pays les comn pagnies de négocians , de financiers , de traitans , de publicaius, d'accapareurs, d'agens de change, d'agioteursy de faiseurs de projets, d'exacteurs, de vampires et de sangsues publiques , toutes Uées avec le gouvernement, en deviennent les plus zélés suppôts. . Chez les nations commerçantes, les capitalistes
1 Cesi en Hollande, surtout, qu'il faut iroir ce* funestes effets de l'esprit mercantile. ,
et le& rentiers faisant presque tous cause commune avec les traitans, les financiers et les agioteurs; les grandes villes ne renferment qtie deux classes de citoyens, dont l'une végète dans la misère , et dont l'autre regorge de superfluités : celle-ci possède tous les moyens d'oppression ; celle-là manque xie tous les moyens de défense. Ainsi , dans les républiques, l'extrême inégalité des fortunes met le peuple entier sous le joug d'une poignée d'individus. C'est ce qu'on vit à Venise, à Gênes, à Florence, lorsque le commerce y eut fait couler lès richesses de l'Asie. Et c'est ce qu'on voit dans les Provinces-Unies, où les citoyens opulens, seuls maîtres de la république, opt des richesses de princes, tandis que la n^ultitude manque de pain.
Dans les monarchies, les riches et les pauvres ne sont les uns et les autres que des suppôts du prince.
C'est de la classe des indigens qu'il tire ces légions de satellites stipendiés qui forment les armées de terre et de mer; ces nuées d'alguazils^ de sbires, de barigels, d'espions et de mouchards soudoyés pour opprimer le peuple et le mettre à la chaîne.
C'est de la dasse des opulens que sont tirés les ordres privilégiés, les titulaires, les dignitaires, les magistrats, et même les grands officiers de la couronne ^ ; lorsque la noblesse , les terres titrées j les
^ GbUi se yoit en Angleterre , où 1^ plupart des lords ont pour tige, quelque ms^chand parvenu. Gela se yoit surtout en Prance* où pre§qne tous les nobles de fraîche date descendent de quelque:maltotier, de
grandS) , emplois , les. dignités et les. magistratures sont vénales : alors la fortune bien plus que la nais>» sance rapproche du trône, ouvre les portes du sénat, élève à toutes les places d'autorité, qui mettent les classes inférieures dans la dépendance des or* dres privilégiés, tandis qu'ils sont eux-mêmes dan& la dépendance de la cour.
C'est ainsi que le commerce métamorphose les citoyens opuiens et indigens, en instrumens d'oppression ou de servitude.
Si le commerce corrompt presque tous ses agens*, il a une influence bien plus étendue sur la société entière, par le luxe qu'il traîne toujours à sa suite \
Du luxe.
Le premier effet du luxe est d'étouffer l'amour de la gloire ; car dès qu'on peut attirer les regard^ par de superbes équipages, des habits somptueux, une foule de valets , on ne cherche plus à se distinguer par des mœurs pures , de nobles sentimens, de grandes actions, des vertus héroïques.
quelque financier, de quelque concussionnaire d'e p]X>Tince gorgé du sang des peuples^ ou de quelque valet parvenu par des spéculations désastreuses pour l'état; témoin ceux, qu'enrichi le système de Mw.. ^ n y a de grandes et dures vérités dans ce passage. Il fera , nous le croyons, monter le rouge au visage de ces hommes qui osent dire qu'un Commerçant ne doit pas avoir d'opinion. Mais dieu merci, les progrés que nous faisons au pas de course dans notre éducation politique désabuse toutes les classes de citoyens; et bientôt , nou^ en somihe^ convaincus, on n'aura plus à reprocher au commerçant de n'avoir pas d'opinion politique. ( Nouvel éJit9Ur. )
Le luxe amène toujours le relâchement, la dissipation, le goût des plaisirs : pour rendre leur com* merce plus agréable , les deux sexes se réunissent et se corrompent l'un l'autre; la galanterie s'établit, elle produit la frivolité qui donne un prix à tant de riens, rabaisse tout ce qui est important; et bientôt on oublie ses devoirs.
En faisant le charme de la société , les^ arts que le luxe nourrit, et les plaisirs qu'il promet nous entraînent vers la mollesse ; ils rendent nos moeurs plus douces , ils énervent cette fierté qui s'irrite des liens de la contrainte.
En étendant des guirlandes de fleurs sur les fers qu'on nous prépare, ils étouffent dans nos âmes le sentiment de la liberté, et nous font aimer l'esclavage.
Ainsi, en amollissant et en corrompant les peuples, le luxe les soumet sans i*ésistance aux volontés d'un maître impérieux, et les force de payer du sacrifice de leur liberté le repos et les plaisirs dont il les laisse jouir^.
Le luxe n'énerve pas simplement les esprits, mais rien n'est plus propre à les diviser : lorsqu'il s'intro-^
1 A voir les iiiiietteft effets du luxe, on serait tenté de .désireir.la perte des arts qui le nourrisent; arts dangereux dont l'invention a déjà, tant coûté à rhiunanité , et qui ne font plus qu'augpnenter nos misères , en augmentant nos besoins.
Mais quoi dira quelqu'un , quels charmes a donc la liberté qu'ii &îlle tout llui sacxifier? Insensés, n'est-ce pas à son triomphe que tient le règne de la justice , la paix et le bonhmir de l'état ?
Eh! qu'a donc le luxe de si aimable, demanderai-je à mon tour.
duit dans l'état, plus d'union entre les membres chacun cherche à attirer les regards, à effacer son voisin , à s'élever au-dessus des autres. Détournant les yeux de dessus le bien général, on ne les tient fixes que sur ses intérêts particuliers, et l'amour de la patrie est anéanti dans tous les cœurs.
A mesure que Iç luxe s'étend, il met le superflu au rang du nécessaire. D'abord on se livre à la dissi-
qu'il doive remporter sur toute autre jouissance, sur la liberté et la félicita publiques ?
Le plaisir d*acquérir de la considération par des vertus , d*étre honoré de tout le monde et de jouir de sa propre estime, ne vaut-il pas bien celui de se faire remarquer par un faste recherché? On croit insipide la vie des peuples pauvres : mais ce^ jeux publics , qui chez Je» Grecs rappelaient sans cesse les cœurs à la patrie, étaient-ils moins enchanteurs que les plaisirs qui suivent l'opulence , et qui flattent si fort nos petites âmes? Quoi de plus ra>issant que ces fêtes, où le plus brave des jettnes Samnites avait droit de choisir pour compagne la fille qu'il voulait, et où la beauté, les grâces, l'esprit, devenaient le prix de la vertu ? Quoi de plus ravissant que les distinctions que ces peuples accordaient aux grands hommes. Où était FAlhénien qui n'eût tout sacrifié à l'honneur d'avoir une statue dans le Céramique ?
Et puis compte-t-on pour rien cette précieuse union des citoyens dans tout gouvernement où la loi a établi l'égalité, cette aimable franchise avec laquelle les citoyens traitent entre eux, cette loyauté qui règne dans leur commerce. Mais faut-il tout cela pour nous faire goûter le prix de la liberté? Qu'on examine le sort des états qui l'ont perdue; qu'on se rappelle les horreurs qui accompagnent le despotisme; qu'on jette les yeux sur le règne des Tibère, des Néron ,< des Caligula, des Claude, des Caracalla; sur celui des Louis IX, des Charles 1er, des Jacques II, des Louis XIV : lorsque l'empire est en proie à une foule de satellites , lorsque les noms des proscrits retentissent de toutes parts , lorsque le sang des citoyens coule à grands flots» nous sommes révoltés contre le pouvoir arbitraire , et nous sentons avec effroi le malheur des peuples qui y sont asservis*
pation, on en contracte l'habitude, les plaisirs deviennent besoins, ces nouveaux besoins, il faut leq satisfaire; et comme 'tous ne le peii\^nt égalem^siit , ilssont agités de sentimens divers i d'un doté sie trouvent Tefi vie, la jalousie,, la haine; de Lautce! côté, l'orgueil et le mépris i -— nouvdles. semences; de discordes ; . .: • .
Une fois corrompu par le luxe,. sans cesser on est dévoré de nouveaux désirs. Les moyens de' lés satisfaire manquent-ils? on s'intrigue pour) se: procurer ces vaines jouissances. .- . • .( ,
Le mal va- toujours en. augmentant ; car à force de vouloir se distinguer, on ne se distingue plus; mais comme on a pris un rang, et que l'envie de se faire regarder subsiste toujours, tontes leS: cordes sont tendues pour sortir de cette égalité insupportable. Dè&^lors il n'y a plus de rapport entre les be^ soins et Jes moyens, et l'on cherche à se vendre. Que d^esclaves volontaires 1
Enfin une foule de citoyens , indigens par leurs nouveaux besoins, souffrent de se voir les' derniers, s'agitent vainement pour s'affranchir de cette pau-
^ Combien dç priBces ont fomen^ ces divisions par leurs ordon-. nances! Dans un édit de 1244, Pnilippe-le-Bel défendit aux bourgeois de porter ni vert , ni gris , ni h^rmîne, ni or , ni pierres précieuses, dont il laissa l'urage aux nobles. Jùjx bourgeois riches de 2,000 liv. , il défendit ^e se vêtir d'étoffes. au-dessus de 12 sols Taune; et aux: moins riches y d'étoffes au-dessus de 8 sols : tandis qu'aux prélats et aux barons il permit de se vêtir d'étoffes de 25 sols.
Presque tous les princes ont fait de semblables ordonnances.
vreté humiliante, et sont réduits à faire des vanix pour la ruine- de TÉtat.
Telle est la; puissante influence du luxe, que souvent il sufflt seul pour détruire la liberté, même chez les peuples^qui en sont le plus jaloux. Tant que Rome ne nourrissait que de pauvres citoyens, la bobne foi, l'honneur, le courage, Tamour de la pa^ tfîe et de la liberté habitaient dans ses murs ; mais dès qu'elle se fut enrichie de l'or des vaincus, les mœurs antiques firent place à une foule de vices; et bientôt on vit ces hommes, autrefois si fiers , si impatiens du joug, devenus les lâches adorateurs de leurs maîtres, s'avilir cliaque jour par de nouvelles bassesses ^ .
Malgré hv sagesse de ses lois, à peine eût-elle ou»vert ses portes aux trésors de l'ennemi, qu'elle cessa de se reconnaître dans ses lâches rejetons. Bientôt les mœurs et les devoirs se trouvèrent en opposition ; la pauvreté jusqu'alors honorée, fut couverte de mépris, les richesses devinrent l'objet de tous les vœux, le luxe s'établit avec rapidité, on se porta à la volupté avec fureur ; et quand les délices eurent appauvri ces voluptueux, on vit une foule de citoyens prodigues chassés de leurs héritages et honteux de leur indigence, faire servir la cabale à leur ambition pour troubler la paix de l'État, et à leur tête quelques hommes puissans ameuter tour-à-tour le peuple , déchirer tour-à-tour la patrie par des fac-
^ Tarite , Fie d^Agricola, ,
— estions, verser tour*à-tour.le sang des citoyens , usurper le souverain pouvoir, et forcer les lois à se taire. Ainsi périt la liberté à Athènes, à Lacédémone, à Sparte; ainsi périra-t-elle chez les Anglais; ainsi périrâ-t-elle parmi nous.
Flatter Vas^arice du peuple.
Dès que les richesses sont le prix de tout ce qui attire la considération , elles tiennent lieu de naissance , de mérite , de talens , de vertus : chacun les recherche comme le bien suprême; dès lors lacupidite souffle dans tous les cœurs son venin mortel et pour avoir de l'or, on ne craint plus de se couvrir d'infamie. Aussi ceux qui gouvernent ont-ils soin de flatter l'avarice du peuple par le jeu , les tontines, les loteries ^ ; artifice constant des cabinets de France , d'Angleterre , de Hollande et surtout de Venise.
Par ce moyen, d'ailleurs , on amuse le peuple, on l'empêche de réfléchir sur sa situation , et d'apercevoir les pièges qu'on lui tend.
De la débauche.
Un autre moyen de soumettre le peuple , c^est de le faire vivre dans l'oisiveté , et de ne point contrôler ses goûts. Alors , sans sollicitude pour la liberté ^
^ En considérant le mince profit que le goirvemement anglais fait sur les loteries , on ne peut guères lui prêter d'autres vues.
il ne prend plus de part aux affaires, publiques, il ne songe qu'à ses besoins et à ses plaisirs. Une fois affectionné à l'argent, faut*il pour s'en procurer renoncer à ses droits? il préseùte sa tête au joug, et attend tranquillement son salaire. Si d'ailleurs les. princes prennent soin de le fêter, il va même jusqu'à bénir ses tyrans.
Pour faire des Perses de bons esclaves , Cyrus les entretenait dans l'abondance, l'oisiveté , la mollesse; et ces lâches l'appelaient leur père.
Les empereurs Romains usaient de cette politique; ils donnaient au peuple des festins, des spectacles ; et alors on entendait la multitude s'épuiser en éloges sur la bonté de ses maîtres \
Le gouvernement de Venise a grand soin de maintenir le; peuple dans l'abondance, de lui donner de fréquens spectacles, et de le faire vivre dans la débauche en protégeant publiquement les courtisanes. Loin de contrôler les goûts des citadins, il ouvre la porte aux divertissemens, aux jeux*, aux plaisirs, et il les détourne par-là de l'envie de s'occuper des affaires d'état. Il n'y a pas juqu'aux religieux aux quels il ne permette une vie débordée, et dont il ne favorise les déréglemens ' , de manière que tous les
1 Tacit, Hist., liç.4,
2 II est de fait qu'à Venise on ouvre pendant tout le carnaval plusieurs ridotti y on chacun peut aller se ruiner à- des jeux de hasard; et ce qui paraîtra peut-être fort étrange , c'est qu'à chaque table un noble en toge tient la banque.
3 En favorisant les déréglemens des religieux, le sénat a aussi en
libertins vantent la douceur du goùvernemônt de la seigneurie. '- . • . ,
Enfin y c'est une observation o(Histante y qu'en tout pays les débauchés , les femm^ entretenues ^ les valets , les chevaliers d'industrie ^ les faiseurs de projets , les joueurs , les escrocs , les espions , les chenappans sont pour le prince : ils attendent un sort de la cour, des dilapidateurs publics, des concussionnairesV des dissipateurs , et ils sont toujours prêts à devenir les suppôts du despotisme.
Ainsi cette vie licencieuse, que le peuple appelle sa liberté, est l'uiie des- principales' sources de sa servitude. ,
Fausse idée de la liberté.
Tandis que les jeux, les fêtes, les spectacles , les amuseînens de toute espèce /fixent les esprits, on oublie la patrie , peu à peu on perd de vue la liberté ; déjà on n'en n'a plus d'idée, et on s'en forme enfin de fauses notions.
Pour les citoyens toujours occupés. de leur travail, de leur trafic, de leur ambition , de leurs plaisirs , elle n'est bientôt plus que le moyen d'acquérir sans empêchement , de posséder en sûreté , et de se divertir sans obstacles.
vue de les décrier dans l'esprit du peuple ; car tout aveugle et corrompu qu'il est, il ne laisse pas de voir leiu* ignorance et d'être révolté de leurs débauches.
Jusqu'ici le cabinet n'a encore travaille qu'à endormir les peuples, à les plonger dans la sécurité , à les avilir et à les corrompre; c'estrà-dire à les façonner au joug qu'ils porteront un jour. Mais déjà il s'occupe à leur forger des chaînes.
Se faire des créatures.
Dans tout gouvernement où le prince dispose des bénéfices, des charges , des dignités, il s'en Mt bien toujours des. amis; cependant il ne les accorde d'abord qu'au mérite; mais une. fois parvenu à avilir et à corrompre ses sujets , il travaille à s'en faire des créatures.
Maîtres des petits, les grands le sont en quelque sorte de l'état , et c'est avec eux qu'il commence à partager l'autorité; il séduit celui-ci par l'appât d'un emploi; celui-là par l'éclat d'un ruban; et bientôt les têtes viennent d'elles-mêmes se présenter au joug.
Indépendamment de la multitude de foiictionnaires qui occupent les différentes places de Pétat,. il tient par l'espoir ces nobles fainéans , ces petits ambitieux , qui courent sans cesse après la faveur et leé dignités.
Ceux qu'il ne peut gagner par des effets, il les gagne par des promesses, des égards, des cajoleries. Flattés de ces marques de distinction, ils font tout pour les conserver.
A ces créatures du prince ajoutez la foule des
intrigants / que les hommes en place enchaînent |Mr leur crédit..
Ainsi sans rien fai^e pour le devoir, ceux qui sont à la tête de quelque département ne songent qu'à flagorner le prince dans la vue de partager son autorité ; ils se chargent de fers pour en faire porter à d'autres; tous recherchent la faveur avec empressement, et visent à s'élever; les gens même de la plus basse condition ne s'efforcent d'en sortir que pour dominer à leur tour.
Lorsque le prince est riche en domaines ou qu'il a le maniement des deniers publics , il se sert de ces richesses pour augmenter le nombre de ses créatu* res ^ L'amour de l'or, qui est entré dans tous les cœurs avec le goût du luxe , lui soumet tous les rangs; et le riche commeie pauvre, préférant ce métal à la liberté , est toujours prêt à mettre son honneuir à prix 2.
Oae les choses ont changé! L^amour de l'égalité uix ssait les enfans de la patrie ^ en confondant l'iii^ ter et particulier dans l'intérêt général ; maintenant
Depuis Charles-Quint jusqu'à Philippe V, il sortait annuellement du trésor public 9Qfi00fi0O de IiTres pour le paiement des pensiôâs accordées aux grands d'Espagne.
En France , le trésor public payait depuis Louis XIY plus de C[uara'nte millions de livres aux pensionnaires du prince.
2 Tandis que la paumeeté était honorée à Rome, on donnait les ma-' gistratures à ceux qui en étaient les plus dignes , à ceux qui savaient le mieux gouverner Tétat ou battre Tennemi ; mais quand les richesses eurent corrompu les coeurs, on nomma aux charges ceux qui savaient le mieux ^éter le peuple.
l'amour du façte , de l'or, de^ dignités brise ces liens et isole chaque individu.
:A voir la discorde, l'ayari^Qe et la vénalité des citoyens f oa croirait la liberté aux abois ; mais de tant d'hommes disposés à se vendre, le prince n'a que ceux qu'il peut acheter, les autres restent à regret fidèles à la patrie.
Eteindre V amour de la gloire .
Lorsque le désir de s'illustrer enflamme les citoyens, et que leur âme n'a soif que de gloire, intrépides défenseurs de la liberté , aucun péril ne les étonne, aucun obstacle ne les décourage, aucune Gohsidération ne les arrête; et il^ craignent moins ks supplices que la honte de sacrifier la patrie aux volontés d'un tyran.
Aussi les princes ne négligent-ils rien po«ir changer Fobjet de. l'estime publique; à la gloire que le public seul dispense, ils substituent les dignités qu'eux seuls distribuent; et au Ueu d'en p^yer les services rendus à l'état, ils n'en payent que les services renflus à. jieur personne.
- 'Dès lors leurs créatures sont seules couvertes de marques d'honneur; et ces nouvelles distinctions sont bientôt accordées sans égards au mérite^ De là résultent deux effets contraires; les petites âmes les recherchent , les grandes âmes les dédaignent. Décriées par l'usage q u'on en fait et l'indignité des personnes qu'on en décore, l'honneur de les mériter
n'a plus d'attraits : or une fois avilies , il ne reste rien dans Fétat pour exciter aux belles actions ; car quel homme assez sage pourrait se contenter d'être estimable sans être estime? Ainsi , faute d'alimens y l'amour de la gloire s'éteint dans tous les cœurs ^.
Encourager la sers^itude.
Quand le prince est la source des emplois, des honneurs , des dignités j la faveur est. l'objet de tous les vœux. Pour être quelque chose ^ chacun s'efforce de Icd plaire ; de toutes parts on sacrifie l'avantage d'être libre à un joug brillant, et l'amour de la patrie à de honteuses.distinctions; on parle av^ec emphase de son mince mérite y on ;lui prête toutes les vertus; on exalte le bonheur de vivre sous ses lois.
Ceux qui l'approchent affichent la bassesse. Ils s'empressent de ramper à ses pieds ^ , méprisent tous ceux qui dédaignent d'imiter leur exemple; et,
^ Ce passage semble écrit pour notice époque , et chacun ne man
quera pas d'en faire l'application à l'état de prostitution dans lequel
est tombé la croi* de la Légion-d'Honribut. -
(^Nou9el éditeur.)
2. (]»est la coutume des deux chambres du parlement d'Angleterre , lorsqu'elles adressent au monarque quelque remerciment, de ne jamais proportionner leurs expressions aux dioses. Quelque petit que soit le mérite du prince , elles lui donnent toujours des louanges outrées. Qu'il fasse bien ou mal, elles le louent de tout, le remercient die tout, et jamais avec-pk». de zèle^ que lorsqu'il- ne mérite ni louanges ni rémercimens. Pour les arbitres de l'état, quel rôle que celui de vils adulateurs. Dira-V>on que ce 6ont4à des mote en l'air
fiers de leurs fers^ briguent Thonneur honteux d!en être le jouet.
Ils vont plus loin : manquant de vertus^ ib n'en peuvent souffrir dans ies autres , et ils mettent toute leur adresse à les ridiculiser. Sans cesse ils insultent aux actions éclatantes ; sans cesse ils calomnient les gens de bien ; sans cesse ils font tomber sur les partisans de la liberté les plus humiliantes épithètes.
D'abord , un méprise leurs vils discours ; mais à ' force de ies répéter , et de ne point rougir , ils éton>» nent leurs adversaires ; puis la hardiesse avec lacpelle ils affrontent le ridicule en impose; et > comme la plupart des hommes sont incapables de n'estimer les choses que ce qu'elles valent , leur mépris s'arrête et leur admiration commence.
De son côté le prince n'ëlève aux honneurs qu'au*^ tant qu'on montre de bassesse ^ Jamais sûr de sa Êiveur tant qu'on n'est pas prêt à trahir la patrie y
Mais quand on prostitue des louanges, que reste-t-il à dire aux bons princes, aux pères de la patrie? Où est l'attrsût de la vertu, lorsque la flatterie donne à d'autres les éloges qui n'appartiennent qu'aux gens de bien? £t avec cet indigne abus, quel prince craindra d'être noté d'infamie , ou sera tenté de remplir dignement le trône ?
Ce n'est pas, dit-on, dans ces discours d'étiquette qu'il faujt chercher l'amour de la liberté : tant pif, la batterie et la vénalité se tiennent par la main; l'une va r^^ement sans l'autre, et Te^clavage est à leur suite.
^ Quoique l'infÂmt^ docteur Manwerings, l'apôtre du despotisme , eut été déclaré , par le parlement , indignie de posséder auçmx emploi dans l'église anglicane , il fut néanmoins nommé , par Charles P'*, à la riche cure de Stemford River en Essex.
il vous accable de sa disgrâce , si vous vous souvenez un instant du devoir ; de sorte qu'il n'y a que les vils flatteurs et les scélérats, qui vendent leur honneur pour vendre leur protection , qui puissent se soutenir dans des places si épineuses. Dès lors tous les vices régnent à la cour , et y marcbeiit tète levée.
Ne pouvant pas vivre comme on voudrait, îon vit selon les temps, les hommes, les affaires; les plus sages même n'ont plus qu'une froide admiration pour la vertu , et les*meilleurs patriotes ne sont plus que des gens indifférens au bien public. .
Enfin , rien n^excitant plus aux belles actions , la paresse, l'avarice, l'ambition, le dépit portent tout le monde à négliger ses devoirs; chacun fait un trafic honteux de ses avantages; et sans songer à s'acquitter dignement de ses emplois , on ne songe qu'à ce qu'on peut faire pour en tirer le meilleur parti. Dès lors, les sujets dévoués au prince n'ont plus d'autre soin que celui de se distinguer par une infâme prostitution à toutes ses volontés.
Ecarter des emploisUes Iiommes de mérite et
les hommes de bien .
Dans un gouvernement libre nouvellement établi , ce sont toujours ceux qui ont rendu les plus .
^ Gomme le pouvoir des rois d'Angleterre est actuellement limité, e*est nn moyen de se faire rechercher qvte de fronder leur administration ; mais une fois auprès d^eux , il faut hien changer dé gstmme.
grands services à Tétat qu'on met au timon des affaires ; ce sont toujours ceux qui ont montré le plus de vertu qu'on place à la tête des; tribunaux. Si l'on commet au prince le soin de nommer ensuite aux emplois , c'est sous condition qu'il n'y nommera que des sujets dignes de les occuper. Mais pour machiner à son aise j loin d'appeler à lui te mérite et la vertu, il écarte à petit bruit du maniement; des affaires les hommes intègres et les sages , ceux qui jouissent de la considération publique , pour n'y admettre que des hommes de facile compositioa ou dies hommes dévoués ^ .
Hypocrisie des princes.
Peu de princes sont assez téméraires pour attaquer ouvertement la liberté. Lors même que leurs funestes entreprises paraissent à découvert, ils en cachent avec soin le but, ils voilent leurs machinations sous de beaux dehors , et affichent la plu^ grande popularité \ . . î . ,
^ Telle était la pratique de Jacques I«'. Lorsqu'il y avait sur les bancs des hautes cours de justice quelque patriote qui Tenait à se distinguer /il se hfttait de l'expulser. Bacon lui ayant insinué dans une lettre particulière , de le nommer à la place dé chancelier dont Cook était revêtu, et dont sa popularité le rendait indigne, il n'eut rien de plus pressé que de suivre ce perfide conseil. Gabal , pag. 29.
^ L'hypocrisie est la tache indélébile des princes , de ceux-mémes <}ue la grandeur de leur puissance semblerait d^Toir gurantir d'un vice aussi bas.
Lorsque l'armée de Charles-Quint eut commis tant de cruautés à Rome y et traité si indignement Clément VII , ce prince prit le deuil ^ ordonna des processions et des prières dans toutes Tes églises pour la
Quelques-uns se servent de perfides agens pour fouler, vexer, dépouiller et opprimer les citoyens, bien résolus de s'appliquer ensuite le fruit des vexations de ces indignes ministres, de les charger seuls du poids de l'exécration publique , de les punir, et de se faire de la sorte la réputation de princes justes. C'eàt ainsi qu'en usent les sultans avec leurs pachas.
D'autres princes plus adroits se servent de ministres populaires , pour Étire avec applaudissement le mal qu'ils n'auraient fait eux-mêmes qu'en s' exposant à la haine du peuple , et en se rendant l'objet de l'exécration publique. Ainsi, pour une seule et même chose, ils savent se faire bénir, tandis que d'autres se seraient chargés de malédictions.
Quelquefois même ils accroissent leur pouvoir , en feignant d'y renon cer.
Pour s'attirer la confiance, ils font révoquer quelques lois qui gênent trop la liberté du peuple ; or, une fois qu'ils ont fait ce sacrifice à leur ambition , ils obtiennent tout ce qu'ils veulent; et l'abandon du peuple à leur égard n'a plus de bornes.
Des sourdes menées.
Tandis que les peuples se livrent au sommeil, le prince qui se voit environne d'hommes peu soigneux d'éclairer sa conduite , entreprend de porter quelques coups à la liberté.
délivrance du saint père qu'il retenait p/isonnier, mais il ne punit aucun des coupables. Lamothe le Vayer, vol. 2,^ pag. 178.
Poui: sonder le terrain j il hasarde quelque proposition pix>pre à favoriser ses vues secrètes : si elle passe, c'est un fondement sur lequel il se hâte de bâtir; si elle effarouche y il a recours à la ruse, et cherche à colorer ses desseins ^ Pour le bien de Vétat^ ce beau prétexte , dont ceux qui gouvernent couvrent leurs projets ambitieux y est sans cesse dans sa bouche; comme si le bonheur public lui tenait fort à cœur! Il demande qu'on se fie à sa bienveillance ; puis , sanshontedeseparjurerlâchement,ilprend les Dieux à témoins de la pureté de ses intentions , de son respect pour les lois qu'il se dispose à violer ; et les peuples ont la sottise de s'abandonner à ses sermens.
D'autres fois , il fait proposer par ses créatures , au nom des citoyens, les projets qu'il a en vue ; et la nation , séduite par l'apparence , donne encore dans le panneau. Ainsi, Pitt fit proposer, par de prétendus patriotes, le projet d'une milice constante; et ce projet passa. Ainsi, la cour fit depuis proposer, par d'autres prétendus patriotes , le projet d'une milice sur le pied des troupes réglées ; et malheur aux Anglais , si ce projet vient de même à passer.
^ C'est un des grands principes de Machiayel , que pour commander à leur aise, les princes doiyent posséder à fond l'art de tromper les hommes. « E necessario, dit-il dans son prince , saper ben colorir ed « esser gran simulatore e dissimulatore ; e sono tanto simplici gli uo- « mini e tanto ubedienti aile nécessita presenti, che colui chi inganna « trovera sempre chi si larcera inganare *. »
* Il est nécessaire de feindre , de ditsimaler et de savoir bien couvrir son jeu :
l'homme est si simple et si port^ à se soumettre & ce qni existe , que celui qui veut
tromper trouvera toujours des dupes.
{Nouvel éditeur.)
Fret à former quelque entreprise ouverte , pour distraire les esprits , le prince revouvelle les fêtes , les banquets; les spectacles; il se concilie'ta confiance publique en remplissant quelque engagement, ou bien il livre les sujets aux fureurs du jeu ^
Afin de disposer le peuple à recevoir Mazarin , le jour qu'il devait rentrer dans Paris, Louis XIV fit publier une ordonnance portant injonction au prévôt des marchands et aux échevins d'ouvrir incessamment leurs bureaux pour le paiement de l'arrérage des rentes sur l'Hôtel-de-Ville^.
Lorsque ce même prince voulait porter quelque coup fatal à la liberté, il prodiguait les deniers publics en fêtes, en banquets, en tournois ^
Que si le prince tente quelque entreprise périlleuse, il a soin de ruser et de se ménager des moyens de justification.
Charles II ayant formé le dessein de se rendre absolu , employa les artifices du duc de Landersdale pour engager le parlement d'Ecosse à passer un acte qui autorisât le conseil écossais à lever une nombreuse milice, et à l'employer dans l'État, sans qu'il fut besoin de recourir immédiatement au roi^. Ainsi
1 Gomme les démarches du gouyemement ne sont guères éclairées que par ceux qui environnent la conr, ces scènes de séduction se passent presque toujours dans la capitale.
2 Histoire du cardinal Mazarin , vol. 4.
3 n en donna un magnifique le jour qu'il révoqua l'édit de Nantes. Volt. , ^ècle de Louis XIV.
4 Rapin , Zf^t <f ^1^.
faisant sortir en apparence de ses mains cette soldatesque, pour la mettre dans celles de son conseil, Charles était le maître de la faire marcher, quand il lui pUir^ity contre l'Angleterre, sans paraître l'y avoir appelée ; et si la fortune venait à se déclarer contre lui , le blâme de cet attentat serait retombé sur le conseil.
Les sourdes menées, voilà le grand ressort de la politique des cabinets, ressort d'autant plus sûr, que ses funestes effets ne se faisant pas sentir à l'instant même, et l'indignation publique ne devançant jamais l'événement , les fripons au timon des affaires ont le temps de prévenir l'explosion de la f u« reur du peuple.
. Jusqu'ici les coups portés à la liberté n'ont point alarmé la nation. Comme ces changemens se sont faits par degrés , et que les mœurs nouvelles se sont établies sans violence, loin d'en avoir rien auguré de sinistre, le peuple a cru sentir accroître son bien-être. IVlais bientôt tout va changer de face : déjà ce ne sont plus des fêtes et des jeux; de tristes scènes ont succédé ; les citoyens éclaires voient le danger qui les menace., et l'avenir ne leur offre plus qu'une déso^ lante perspective.
Innos^er.
Il n'est point de constitutions politiques où les droits du citoyen soient assez bien établis pour ne rien laissser d'arbitraire au gouvernement ; point de
constitution où le législateur ait porté la prévoyance jusqu'à couper la racine aux innovations. Or, c'est toujours '.par innover que les princes jettent les fondemens de leur inique empire.
Les. premières innovations en ont à peine l'apparence : ce n'est point en sapant, c'est en minant le temple de la liberté , qu'on travaille à le renverser. On commence par porter de sourdes atteintes aux droits des citoyens, rarement de manière à faire une sensation bien forte, et toujours on a soin de ne pas annoncer ces atteintes par des démarches d'ëclat.
S'il faut les consigner dans les actes de l'autorité publique; pour qu'elle se fasse moins sentir, on a soin de cacher ce qu'elles ont d'odieux , en altérant les Êiits, et en donnant de beaux noms aux actions les plus criminèliesi
Souvent on débute par proposer quelques légères réformes qui n'indiquent rien que de convenable. On les énonce par des propositions générales, assez plausibles au premier coup d'œil, et cachant des conséquences qu'on, n'aperçoit pas d'abord ; mais dont on ne tarde pas à se prévaloir, et dont on tire des 'avantages prévus. Ou bien on ajoute à la fin quelque article qui détruit ce que les premiers offrent d'avantageux, et qui ne laisse subsister que ce qu'ils contiennent de funeste.
Quelquefois, pour attenter à la liberté, le prince attend le moment d'une crise alarmante qu'il a préparée : alors, sous prétexte de pourvoir au salut de l'état, il propose des expédiens désastreux qu'il cou-
vre du voil^ d^ la nécessité , de Targeoce des eirconstancQ^) du malh^r des temp^; il vante la pureté de ses intentions y il fait sonner les grands mots d'amour du bien public, il affîche les soitis de son amour paternel. Si on hésite d adhérer à sa. proposition , il s'écrie : Quoi! vous ne vouiez pas, tire^^ vous donc s^uls de faHme? Personne n'a la force de faire résistance y et chacun se laisse aller, quoi* qu'il ne doute point que ces expédier cachent, sous de beaux dehors, dçs desseins sinistres. Le piège se décou vre-t-il ? c'est lorsqu'il n'est plus temps de l'éviter : alors le peuple, semblable au lion qui tombe dans des filets cachés sous la feuiliée, $e débat pour les rompre, et ne fait que s'enlacer toujours
plus- . .
D'autres fois, sous quelque prétexte spécieux, le
prince commence par créer, de sa propre autorité, quelque dignité, quelque charge, qi^elque eiQploi ; ensuite il érige des cours de judicatui^e, do)p^t il rond peu à peu les jugemens arbitraires.
£n. Angleterre, Henri YIII ayant usurpé le pouvoir de créer des pairs sans le consentement du par* lement^, érigea bientôt aprè^, de son autorité privée, le^ conseil d'York, sous prétexte de soulager. Si^ SU" jets qui n'avaient pas le moyen de se foire raudre justice dans les cours de Westminster. Ia juridiction de ce tribunal s'étendait ^ sur plusieurs x^omtés, D'a-
1 Le lord Beauchamp fat le premier pair qui » en Tertu d'une lettrepatente du roi» ait pris place au parleifent. Hume , hifL ntjingietêrre.
bord il suivit en matières criminelles les formes en usage dans les autres tribunaux ; mais bientôt il ne lui fut plus permis de suivre que les intentions qu'il recevait du cabinet*
Sous prétexte que les brigands qui infestaient l'état, étaient trop nombreux pour être réprimés par les juges ordinaires , Edouard 1*"^ établit un tri^ bunal particulier, sous le nom de Commission du Trial-Bâton j qu'il autorisa peu après à rechercher et à punir tous les délits: redoutable inquisition qui 9 seule , aurait suffi pour anéantir la liberté. Les membres de ce tribunal faisaient leur tournée dans les provinces^ sévissaient sur le moindre soupçon, condamnaient sur la plus légère preuve, remplissaient les prisons de prétendus malfaiteurs, et leur permettaient ensuite de se racheter en payant de grosses sommes qui entraient dans les coffres du
C'est un gr^nd pas de fait vers la puissance arbitraire, que l'érection de ces tribunaux : ;en créant des com missions. piarticulières, le prince. anéantit l'autorité des magisti?a|s, et attire à lui tout le pou-* voir judiciaire , dont il $e fait peu à peu une araote offensive et défensive, qui le ren4 redoutable à tous ceux qui osent réclamer contre ses malversations ou résister à ses attentats.
Ce n'est point^ par. de$ jugement d'éclat contre des citoyens distingués. que débutent ordinaitement
^ VL\xme f hist, J^ AngUurre,
ces tribunaux y mais par des sentences très-douces contre des citoyens obscurs. Ou , s'ils en viennent dVbord à des mesures violentes , c^est uniquement à l'égard de quelque grand malfaiteur^ dont lé châtiment, quoique arbitraire, est toujours agréable au peuple, plus habitue à consulter son ressentiment que jaloux du maintien des lois, et toujours prêt à affermir rinjuste puissance sous laqueHe il doit lui*même gémir un jour.
Quand le prince n'érige pas de nouvelles co«rs de justice, il change les formes prescrites dans celles qui sont établies ; il altère les fonctions des juges qu'il soustrait à l'autorité du législateur, il rend peu à peu les tribunaux arbitraires, et il évoque toutes les causes.
Henri IV d'Angleterre ordonna, par édit, que les jugemens rendus dans les cours royales ne seraient point soumis à l'examen du parlement, à moins qu'on n'accusât les juges d'ignorance ou de prévarication ; clause qui annulait tout appel.
En montant sur le trône, Jacques I" rendit indépendant des lois le conseil d'Tork , devant lequel il faisait traîner les malheureuses victimes qui refusaient de s'y soumettre.
Cest ainsi qu'après avoir rendu arbitraire le pouvoir de la chambre étoilée , Charles I®*" y traduisit les citoyens courageux quHl voulait opprimer : tribunal de sang ; où la scélératesse tenait la balance de justice , où le bon droit allait s'ensevelir, et où la
tyrannie égorgeait chaque jour quelque innocente victime ^
Multiplier les créatures dû goui^emement.
Pour étendre leur puissance , les princes multiplient les emplois et les titulaires.
Sous les princes de U maison d'Autriche qui montèrent sur le, trône d'Espagne, le nombre des emplois civilsétait prodigieux; il y avait des milliers de titulaires sans fonctions : à peine voyait-on un citoyen tant soit peu ëtofFé qui ne fut pourvu dç quelque charge 2.
Mais pourquoi des exemples particuliers? C'est pour augmenter le nombre de leurs créatures que, dans tes différcRtes monarchies de l'Europe, les rois ont imaginé les dignités de prince, d'archiduc, de duc , de duc à brevet, de pair, de comte, de vicomte, de marquis, de baron , de baronnet , de chevalier, d'écuyer, etc, , etc., et qu'ils en multiplient à leur gré lés titulaires.
C'est pour augmenter le nombre de leurs créatures qu^ils ont créé les places de gouverneurs de province, de commandans de ville, de château ,. de citadelle, de lieutenans-de-coi , de maréchaux, de. lieutenans - généraux , de maréchaux-de-camp, de brigadiers, de sénéchaux, de baillis-d'épée , etc.
^ Rui» faed., vol. 19 , pag. 444.
^ Désormaux , jthrégé chronologique de i'hisioire tT Espagne.
— ic^ — :
. c'est pour augmenter le nombre de leurs créatures , qu'érigeant en charges de grands officiers de la couronne les emplois domestiques de leurs maisons, ils ont créé des places de grand-aumonier, de premier aumônier, d'aumônier ordinaire , de maître de l'oratoire, de chapelain, de grand-maître, de grand - chambellan , de chambellan , de premier gentilhomme de la chambre, de gentilshommes d'honneur, de grand-maître de la garde-robe, de maître de la garde-robe, de grand-écuyer , de premier écuyer , d'écuyer cavalcadour , d'écuyer ordinaire, d'écuyer de main, de grand-pannetier , d^ grand- veneur, de grand-fauconnier, de grand-louvetier, de grand-maréchal-des-logis , de grand-prévôt, de premier maître d'hôtel , de maître d'hôtel ordinaire, de grand-maître des cérémonies, de maîtres des cérémonies, de secrétaires de la chambre et du ôabinet, de lecteurs de la chambre et du cabinet , de secrétaire des commandemens, d'écrivains du cabinet, etc.
Cest pour augmenter le nombre de leurs créatures, qu'ils ont donné des maisons particulières à leurs femmes , à leurs fils , à leurs filles , à leurs ondes , à leurs tantes , réunissant à toutes les charges festueuses qui composent la leur, un conseil d'administration modelé sur le département des finances de l'état.
C'est pour augmenter le nombre de leurs créatures que, dans toutes leurs maisons, ils ont doublé le nombre des titulaires par des survivances^
C'est pour augmenter le nambre de leurs créatures j qttlls ont institHé' une multitude d^ordres de chevalerie, avec grande.s et petites i^roix, dont chaqâe place asservit le titulaire et whie multitude d'aspirans. '
C'est pour augmenter le nombre de leurs créatures, qu'ils ont créé dans les eourô de judicatui^e des places d3 présidens à mortier, de présidens bo^ noraires, d'avocats généraux, dé procureurs généraux y de substituts, etc. :^
Cest'pour augmenter le noitfbt^i dé- leurs créatures, qu'ib ont doublé lés places Aààsr les éttftsmajors des armées de tefrre et de mer,^itt^cha[quê . régiment a deUK cdlcMél^, diaque compagnie deux capitaines; chaquéf divi^idn Un amiral, tm'vice-acmpal,ùa>coi>trei-amiral, etc. • ^
e^e^ pour {augmenter*' te: nombre de leurs créatures, qile tes rois- dé Pi-ancè ont érigé eh cbtiséiU- 1ers royaux les notaires, les secrétaires à l)revét,les^ mesureurs de sel, les inspecteurs de police, jusqu'aux languyeurs de cochons; ' \ -' ^
Enfin , c'est pour augmenter le nombre de leurs créatures, que ce^ mdnarq^fêS' util l*éf]fda ne^es tous les descendans de «es titiilàlt^s , ^giies Od in-^ dignes, et qu'ils enr ont loitâé- des baisses privllégiées•^ •• . » >
U n^estipas temps^ encore de «'emparer de fâ puïs^ sance suprême. Si le prince y attentait audacieuse*
^ Ce» pbroeur sqat abolit* d^uU'U Hlf olufioa. ' '
ment , il fixait ouvrir les yeux à la nation , et il ne pourrait guères conserver une autorité mal établie. Il attend donc que les citoyens soient accojutumés à obéir en hommes libres, avant de leur commander comme à des esclaves; il attend que leur humeur d'indépendance aille se perdre dans la servitude. Cependant il DOLioe sourdement leur liberté , et ils sont asservis san^ qu'on puisse assigner aucune époque à leur asservissenient.
Tarquin , qui ne s'était f^it élire ni par le sénat ni par le peuple , qui avait pi^is la couronne com.me un droit héréditaire y extenpî^a la plupart des 9én£^teurs. Il ne consulta plus ceux qui restaient , çt ne les appela plus à ses jugemens. Après avoir anéanti le sénat , il usurpa la puissance du peuple, il fit des lois sans lui , il en fit même contre lui. Déjà il réunissait tous le^. pouvoirs en sa personne; mais le peuple se squviut un moment qu'il était législateur, et Tar-^ quin ne fut plus.
Diviser la nation. •
. Âpres avoir fait oublier la patrie, on cherche ii Tanéantir dans tous les cœurs.
Des hommes unis par la liberté et poun la liberté ne peuvent être asservis : pour les enchainer^.il faut les diviser d'intérêts; et le temps ne manque jamais d'en fournir l'occasion.
Dans une société naissante , tous les membres de l'état, enfans d'une même famille, jouissent des
mêmes droits , et ne sont distinguas que par le mérite personnel. Mais le prince travaillé bientôt à établir différens ordres de citoyens , qu'il élève les uns au-dessus des autres.
Quand il trouve ces ordres établis dans l'état, il travaille à les diviser en différentes classes , qu'il distingue par des privilèges, A l'une , il attache les places du gouvernement; à l'autre, les charges de la magistrature ; à celle-ci , les emplois militaires ; à celle-là j les bénéfices ecclésiastiques ; laissant aux plus basses classes le trafic , les arts et les métiers.
Partout les grands dédaignent les petits , et les petits détestent les grands ; ou, pour mieux dire, toujours ceux qui tiennent à une classe de citoyens dédaignent ou détestent ceux qui tiennent à une autre classe. Ce sont ces basses passions que les princes mettent en jeu, pour fomenter la discorde entre les membres de Tétat.
Servius TuUius divisa le peuple romain en six classes % qui formaient cent quatre-vingt-treize centuries ; il composa les premières centuries d'un nombre de citoyens, toujours d'autant plus petit, qu'ils étaient plus riches. Il fit entrer dans les suivantes un certain nombre de citoyens, toujours d'autant plus considérable qu'ils étaient moins aisés , et il jeta dans la dernière tous les indigens ; or, chaque centurie n'ayant qu'une voie, le droit de suffrage , c'est-à-dire le pouvoir suprême , se trouva
1 Tit. Liy., lib. 1.
de la- sorte placé dans les mains des principaux citoyens.'
Jusqu'à la retraite sur le Mont-Sacré, il n'y eut à Rome que les nobles qui pussent aspirer aux magistratures ; et, jusqu'à la destruction de la république, il n'y eut que les citoyens aisés qui pussent porter les arme^ et servir dans la cavalerie.
Ainsi,: la classe. la plus nombreuse du peuple y était comptée pour rieri ; et les affligeantes distinctions qui séparaient les autres classes étaient un éternel foyer de discorde , dont le sénat et les empereurs profitèrent tour-à-tour pour se rendre absolus.
Dès l'origine de la monarchie française , les emplois houorables et lucratifs furent le patrimoine desnobles, r
Vers le milieu de la troisième race, la porte aux moins Considérables fut ouverte aux plébéiens. opulens. Sous plusieurs rois, les emplois militaires furent bornés aux gentilshommes. Jasqu'à Charles YIl , les nobles furent exempts de tout impôt; et jusqu'à i'époque de la révolution , ils furent déchaxg^ de la taille , de même que les magistrats , les conseillers honoraires , les secrétaires du roi , les militaires qui avaient un certain nombre d'années de service, etc. Eafin , dans tous les temps , la masse du peuple devint , par ces distinctions injurieusçs du gouverpement , l'objet du mépris des ordres privilégiés , et jamais le prince ne fit rien pour la faire sortir de son anéantissement.
Pour faire naître la jalousie parmi ses sujets ^ Philippe II prescrivit , par un édit de i586/iles titres qu'ils devaient se donner réciproquement, le cérémonial à observer avec les grands , les ministres, les prélats ; et il ordonna que l'on poursuivit quiconque refuserait de s'y sounïettre.
Le gouvernçinent de Yenise distingue du peuple le& citadine ^ par des exemptions et des privilèges particuliers; il les eitiploie exclusivement aux résidences et aux. secrétariats de tous les conseils, de toutes les ambassades; il leur permet de prendre l'habit de nobles, de contracter des alliances avec les gentilshommes; enfin, il agrège de temps en temps au corps de la noblesse quelques-unes de leurs familles , à la place de celles qui s'éteignent* De la sorte il parvient à, engager les citadins à faire corps avec lui contre le peuple. Et comme si cela ne suffisait pas, il pousse la politique jusqu'à exciter des animbsités entçe la plèbe des différens quartiefs de la ville, en y entretenant toujours deux partis contraires qui en viennent aux prises certains jours de l'aquée.
A Végard des sujets de Terre-Ferme, il traite le peuple^ avec bopté., l^s nobles avec rigueur. La seigneurie, qui reggf*de lefs.P^douans comme les aociensr maîtres de Yen^se , s'attacha à entretenir la division
^ Le corps |)es citadins comprend les secrétaires de la république , les médecins , les avocats , les notaires , les marchands en soie ou en draps , et les verriers de Maron , c'est-à-dire les notables de la cité.
^ Ces partis sont désignés sous les noois de Nicolotti et de CasieihnL
parmi eux. Après avoir tiré de Padotie les plus pirissantes familles ^ elle a donné tant de privilèges aux étudiant de l'université , que les citoyens en sont extrêmement jaloux.
Non contens de diviser la nation en différentes classes séparées d'intérêts, les princes travaillent encore à semer la jalousie dans chacune, au moyen des pensions , des dignités et des grâces particulières qu'ils accordent à certains individus.
Le sénat de Rome avait coutume de s'incorporer les plus puissantes familles plébéiennes pour faire masse contre le peuple.
Louis XI sema constamment la division parmi sa noblesse , et il employa à ce sujet tous les raffinemens de la politique.
Les Vénitiens ne cessent de fomenter des dissentions parmi les nobles de Terre-Ferme. Pierre Erizza, lieutenant général de la république à Udine , voyant que ceux du Frioul vivaient en bonne intelligence entre eux , travailla à les brouiller irréconciliablement. Pour y parvenir, il se fit donner pouvoir d'accorder le titre de comte ou de marquis à qui bon lui semblerait ; et bientôt la jalousie alluma la discorde entre les familles qui prétendaient à ces titres,' et les familles qui les avaient obtenus ^
Pour diviser les membres de l'état, le prince va quelquefois jusqu'à exciter des factions.
Lorsque, par les menées de la cour, le royaume
** Amelot de la Houssayc, gouverneur de Venise.
d*Angleterre fut partagé en deux ^ factions , et qu'à force de fomenter la discorde , ces factions, devenues irréconciliables, purent se contre-balancer, Charles II fit dissoudre le parlement et leva le masque. Alors on vit avec étonnement un roi tant de fois humilié par le sënat de la nation , et tant de fois forcé de se soumettre ; un roi sans armée , sans flotte, sans argent, sans secours étranger, devenir tout-à-coup le maître absolu de l'état, faire éprouver à ses en- . nemis les terribles effets de sa vengeance y immoler à son ressentiment les patriotes qui s'étaient le plus distingués , et mener le peuple en tyran.
Enfin , pour semer la discorde parmi les sujets , les princes OBt presque tous protégé l'établissement de différentes sectes dans l'état ; quelques-uns même ont favorisé Certains sectaires , quelques autres les ont persécuté.
Artifices si funestes à la liberté, que par leur moyen plusieurs monarques sont parvenus à gouverner les nations avec un sceptre de fer.
Opposer Vun à Vautre les dwers ordres de
Vétat.
Maîtres des petits , les grands le sont en quelque sorte de l'état, et c'est avec eux que le prince commence à partager la puissance. Comme il ne peut les tromper, il les entraîne dans son parti ; pour eux
^ Les Wigh« çt les Tories.
— no —
tous les égards , tous les honneurs y toutes les dignités.
Les princes élèvent d'abord les nobles pour écraser le peuple , puis ils relèvent le peuple pour écraser les nobles. C'est ce que firent tous les monarques de l'Europe, jaloux d'établir un gouvernement arbitraire sur les ruines du gouvernement féodal.
Rappelons ici les institutions politiques en vigueur dans les différentes monarchies que fondèrent les Germains, les Francs , les Goths, les Vandales; et nous aurons la preuve complète de cette vérité.
Placés auprès du trône , les nobles en étaient le soutien : bientôt ils furent l'instrumeist dont se servit le prince pour écraser le peuple.
En vertu du droit de conquête des hsLvbareé , les prisonniers de guerre étaient presque toujours réduits en servitude ; sort constamment réservé aux peuples réputés en révolte \ Comme les barons et les grands officiers de la couronne étaient tous des agens du prince , rien n'était plus ordinaire au commencement de la monarchie que de voir les habitans des villes et des campagnes se soulever contre les vexa,tions des seigneurs , si ce n'est de voir les seigneurs révoltés contre le prince ^. Eh quoi de plus
1 Théodericy se défiant de la soumission des peuples d'Auvergne, dit aux Francs de son apanage : « Suivez-moi , je vous' mènerai dans un pays où vous aurez de ror,.de l'argent , des captifs^ des v^temens, et vous en transporterez tous les hommes dans votre pays. »
2 Au commencement de la première raçe^ on voyait en Frsuice un
simple ? Ils chénssaient la liberté et ils avaient les airm^ à la main.
En conduisant les peuples à Tesclavage, le gouvernement fut trompé dans ses projets : il voulait devenir absolu , mais il vit briser l'un après l'autre dans ses mains tous ses ressorts. Jetons ici un coup d'œil sur l'humiliation où les rois furent retenus si long-temps par leurs courlisans ; revers provoqué par leur folle ambition , mais prépare par les vices de la constitution , dont le développement ne pouvait qu'amener ^anarchie^
En France , l'administration des ducs^ des comtes et des barpns était modelée sur celle du prince^ mais , quoiqu'elle n'en fut qu'un diminutif 9 le cours des événemens augmenta bien plus l'empire des vassaux du roi sur leurs tenanciers, que celui du roi sur ses vassaux.
Les grands vassaux de la couronne résidaient presque tous dans leurs terres : ainsi éloignés de la cour 9 les relations qu'ils avatient avec leur seigneur allaient toujours en s'affaiblissant j tandis que celles qu'ils entretenaient avec leurs tenanciers .«se £orti*. fiaient chaque jour. Ils les formaient au maniement des armes j ils exerçaient envers eux les deyoins de rhospitalitéy ils les admettaient à leur table , ils les
nombre prodigieux d'homme» lihre^i soit parmi le^ Fraites» soit pfirmi les Romains; on y voyait des corps de bourgeoisie , des corporations d'artisans et de marchands , des cours de judicature, des collèges; mais yers la fin delà seconde race, presque tous les habitàns des villes et des campagnes étaient asservis. ,
— il2 —
associaient à leurs exercice^; à leurs amuse mens, k leurs plaisirs. De là quelle intimité ! Les tenanciers, n'ayant point d'autre moyen d'avancer leur fortune que de se dévouer à leur patron , faisaient de sa faveur le terme de leurs désirs, étaient perpétuellement à sa suite , briguaient son appui , soumettaient à ses décisions tous leurs différens , le consultaient dans toutes leurs entreprises, et le rendaient l'arbitre de leurs destinées.
D'abord , les terres et les charges de la couronne furent amovibles ; les ducs , les comtes , les barons , etc. , ne les tenaient que sous le bon plaisir du prince; mais comme elles donnaient de l'autorité, et qu'elles enrichissaient ceux qui les possédaient, ils firent tout pour les garder.
Sous des rois ignorans , faibles ou lâches , les titulaires se prévalurent des circonstances , et obligèrent le prince de rendre leurs terres et leurs charges à vie ; puis héréditaires , puis inaliénables.
Tandis qu'elles étaient amovibles, comme le pouvoir des titulaires émanait du prince , ils lui restèrent attachés; mais à mesure qu'elles devinrent héréditaires , ils cessèrent peu à peu de se regarder comme sujets; bientôt ils parvinrent à se soustraire à toute dépendance , et l'état fut enfin divisé en autant de petites souverainetés qu'il contenait de fiefs.
Dès lors, maîtres souverains au milieu de leurs domaines , les grands vassaux eurent presque toute l'autorité ; ils s'en trouva même d'assez puissans , tels que les ducs de Guyenne et de Normandie, les comtes
de Flandres et de Toulouse , pour former des entreprises contre la couronne.
Divers sujets de jalousie ayant semé la discorde entre les barons y ils se retranchèrent dans leurs châteaux; et se harassèrent continuellement par de petites guerres.
Les villes situées dans les domaines du roi et dans les terres des grands vassaux j étaient souvent mises à l'autorité arbitraire des officiers de la couronne ; et dans toutes , le défaut d'industrie , d'arts , de commerce, laissait les habitans dans la misère où les plongeaient les extorsions des agens publics. La justice n'étant point administrée , et la violence régnant partout, les citoyens ne pouvant plus se reposer sur la protection du gouvernement , se mirent sous celle des barons voisins , dont ils achetaient le patronage » ou bien ils s'engageaient à son service Comme soldats; ce qui augmentait trè&-fort leur puissance.
Guerres au-dehors contre leurs voisins , pendant lesquelles les frontières furent plus ou moins avancées ou reculées, suivant l'habileté des rois; guerres au-dedans , au sujet du partage continuel du royaume entre les frères du prince, ou au sujet des dissentions et des révoltes des barons : voilà ce que présente l'histoire de la première race.
Celle de la seconde offre à peu près le même tableau.
Pendant toutes ces guerres , la plupart des habitans des villes et de la campagne furent massacrés y et ce qui restait d'hommes libres fut asservi en
vertu d'un affreux droit de conquête; de sorte qu'il ne restait dans l'état que des maîtres et des esclayes. Les barons exerçaient un empire tyrannique sur leurs vassaux et leurs ser& ; ils en violaient les femmes, ils en confisquaient les biens, ils les vexaient de mille manières , et ils finirent par se faire des droits de ces vexations atroces.
Au commencement de la troisième race , l'autorité royale fut réduite presqu'à rien ; toute terre un peu considérable était érigée en baronnie. Les ducs , les comtes, les barons et les autres grands- vassaux de la couronne s'étaient appropriés leurs charges; à peine en faisaient-ils hommage au prince.
Mais, par un concours fortuit de circonstances, la monarchie reprit le dessus à son tour : peu à peu les rois parvinrent à ruiner les barons, et, après s'être servi des grands pour abaisser le peuple, ils se servirent du peuple pour écraser les grands.
Les croisades, entreprises pour retirer la Terre- Sainte des mains des infidèles , leur en fournirent l'occasion; occasion qui n'avait été ni prévue ni attendue de ces saintes folies.
Pour figurer d'une manière digne d'eux, la plupart des barons, n'ayant point d'autre ressource, aliénèrent leurs fiefs; les princes profitèrent de l'occasion pour réunir à peu de frais ces terres à la couronne.
Plusieurs grands vassaux ayant péri dans les croisades, sans laisser d'héritiers, leurs fiefs retournèrent à la couronne. L'absence de plusieurs puis-
sans barons, accoutumés A contrôler le prince « permit à l'autorité royale de s'étendre.
Le retour de la tranquillité dans Tétat, pendant la guerre contre les infidèles^ permit au prince de faire aussi quelque entreprise.
La compétence de la cour des barons, qui avait été restreinte aux petits délits , et le renvoi de tous les autres à la cour du roi , qui avait été ordonné , avec l'appel de tout différent en cas de déni de jus^ tice, engagèrent les arrières-vassaux et le peuple à tourner leurs regards vers le prince , entre les mains duquel ils firent repasser presque toute l'au^torité.
Enfin., les principaux vassaux s'étant épuisés pour fournir aux frais des croisades , des tournois et des cours plénièresy le priiice leur fournit les moyens d'en avoir, en accordant aux habitaiis des villes et des bourgs qui étaient sous leur dominatibn , de se racheter pour certaines sommes. Ceux de la campagne recouvrèrent de même leur liberté. Dès lors la* dépendance cessa; 1^ droits qui tombaient sur les hommes se levèrent sur les biens, et la puissance diès barons se* trouva extrêmement affaiblie.
Lôûîs VII fut un des premiers à ménager au p^ple içs moyens de . s'affranchir. Louis-le-Gros comunençil à donnel^ 4les Chartres de liberté aux villes de ses dothiainès , il abolit toute marque de s^i:vit^d^,;il créa des cprporatioipis quil mit sous l'autorité de magistrats municipaux chargés de
A cette époque , commença la chute du gouvernement féodal.
Une fois que le peuple fut affranchi, qu'il fut admis aux états-généraux , qu'il eut l'air de prendre part aux affaires nationales , et que par son industrie il se fut ouvert les sources de l'opulence , il acquit beaucoup de pouvoir, il forma dans l'état un corps puissant , et ce fut à sa puissance que le prince eut recours pour abaisser celle des barons , dès que les circonstances le lui permirent.
Après bien des efforts, Charles Vil étant parvenu à chasser les Anglais et les Bourguignons, qui avaient mis le royaume à deux doigts de sa perte, ce prince ne se prévalut pas moins de sa réputation que de l'impression de terreur que l'ennemi avait laissé sur les esprits : or, sous prétexte de pourvoir à la défense de l'état, il s'en rendit le maître.
Ruinés par une longue guerre, les prélats et les nobles lui laissèrent changer tout ce qu'il voulut dans le gouvernement; il abolit les cours plénières, qui rassemblant chaque année les seigneurs pour se concerter sur les affaires publiques, les rendaient plus puissans et plus entreprenans dans leurs terres. Il défendit les tournois, qui retraçaient le souvenir des guerres civiles ; il changea tout le système de la jurisprudence, des finances et de la guerre j il s'attribua toute l'autorité, et enleva à la noblesse ses principaux privilèges.
Dès lors tous les princes qui sont montes sur le trône ont augmenté plus ou moins la puissance
de la couronne, en écrasant à la fois et la noblesse et le peuple.
L'asservissement de la nation et Thumiliation de Pautorité royale en Angleterre et en Espagne, offrent à peu près le même tableau qu'en France. Celui de la réintégration du peuple dans une partie de ses droits, et de l'augmentation de la puissance royale, tient à peu près aussi aux mêmes causes; les événemens seuls qui les ont mises en jeu sont dissemblables.
En parcourant l'histoire de ces temps d'oppression et d'anarchie, on gémit des malheurs auxquels l'ambition criminelle des chefs exposa toujours les nations; on déplore l'aveuglement des peuples condamnés à souffrir si long-4emps le joug de la tyrannie, sans trouver les moyens de le rompre; on murmure contre le ciel, et on serait tenté d'accuser sa justice, si l'on n'était un peu consolé en voyant ces afireux tyrans partager eux-mêmes les maux qu'ils font souffrir.
Sous le règne de Henri P% le pouvoir suprême était entre les mains des barons : maîtres de toutes les charges de la couronne, de tous les grands emplois militaires, de toutes les places du gouvernement, ils en disposaient à leur gré et en leur faveur.
En 1209, ^^^ arrachèrent du roi Jean la grande chartre des droits.
Sous Henri HI, ils nommèrent vingt-quatre commissaires qui refondirent le gouvernement à leur avantage ; ils statuèrent que chaque année les possesseurs de francs-fiefs éliraient^ à la pluralité des
suffrages, un grand shérif ^y que le parlement s'assemblerait trois fois l'an, que chaque comté y enverrait quatre chevaliers, qui s'informeraient des griefs publics dans leur voisinage, et en poursuivraient le redressement 2. Mais loin de s'occuper du bien public , ils ne songèrent qu'à leurs intérêts; et pour s^assurer l'impunité de toutes leurs violences, ils statuèrent que les juges de la couronne ne feraient leur tournée dans le royaume qu'une fois tous les sept ans.
Enfin, se regardant comme les arbitres de l'état, ,ils imposèrent au peuple serment de fidélité 3-
Après les troubles causés par la faction de Leicester, Henri III, pour abaisser les grands barons, appela en parlement les comtes titulaires ; et comme il réglait à son gré le nombre des députés, il se trouva maître de toutes les délibérations.
Puis, pour restreindre encore plus la puissance des barons, il leur opposa le peuple.
Pour l'engager à contribuer plus volontiers aux besoins de l'état, et faciliter la levée des impôts, il ordonna que chaque comté enverrait deux chevaliers, et chaque bourg deux députés, munis chacun de pleins pouvoirs pour adhérer aux moyens qu'il proposerait. De la sorte il se concilia l'amour de la nation , et s'assura de la majorité des voix.
1 On sait que c'est un officier municipal ; ses différentes fonctions sont également relatives à la justice et à la police. ( Nouvel éditeur. J
2 Hume, Hist. d' Angleterre j année 1268.
3 Wikes,pag. 52.
Ces députés s'assemblaient dans une salle séparée de celle des barons et des chevaliers, qui dédaignaient de siéger avec des gens qu'ils croyaient audessous d'eux. Voilà l'origine de la chambre des communes.
Henri YII ne fut pas plutôt parvenu à la couronne ^ qu'il forma le projet d'abaisser la noblesse. Elle venait de montrer son pouvoir dans une longue guerre civile, pendant laquelle elle avait déposé plusieurs princes. N'osant l'attaquera force ouverte, il eut recours à la politique. Il permit aux barons de démembrer et de vendre leurs fiefs, pour les empêcher d'avoir à leur service un nombre considérable de protégés; il encouragea Pagriculture , le commerce et la navigation ; il augmenta les prérogatives des communes; il rendit rigoureuse l'administration de la justice, et il affermit si puissamment l'autorité royale, qu'il devint un des monarques les plus absolus de l'Europe.
La puissance des rois d'Aragon était très-Iimitëe , et le serment de fidélité que les nobles lui prêtaient à son avènement au trône lui rappelait sa dépendance. « Nous qui tous ensemble sommes plus puissans que vous , lui disait le Justiza au nom des Aragonais, promettons soumission à votre gouverne « ment, si vous respectez nos droits ; mais non, si vous les violez.
Non content d'avoir mis de fortes barrières à lautorité royale, et de se reposer sur les Gortès du soin de défendre la liberté' publique, ilsavaieot éta-
bliuD tribunal suprême d'état, sous la dénomination de Justiza, assez semblable à celui des éphores à Sparte. Interprète des lois et défenseur du peuple, ses fonctions étaient extrêmement étendues : tous les magistrats, le roi même était obligé de le consulter dans les cas douteux, et de s'en rapporter à ses décisions. C'était à lui qu'on en appelait des jugemens royaux et seigneuriaux : il pouvait intervenir d'office dans tous les diflEérens, interposer son autorité, et sévir contre les <}élinquans. Censeur né des rois, il avait le droit de réviser tous les actes publics émanés d'eux, pour s'assurer s'ils étaient conformes aux lois, et devoir être mis à exécution : il avait le droit d'exclure de Padministration des affaires tel fonctionnaire public qu'il jugeait suspect ou inepte, et il n'était comptable de ses jugemens qu'aux Cortès.
Après tant de sages mesures prises contre l'abus de l'autorité des rois , on a peine à concevoir comment elle a franchi ses barrières pour devenir absolue. Voici par quels moyens.
Jusqu'à l'avènement de Ferdinand à la couronne , plusieurs monarques avaient entrepris sans succès d'étendre leur pouvoir.
Dès que Ferdinand se vit maître du trône de toutes les Ëspagnes, par son mariage avec Isabelle de Castille, il songea à poursuivre les projets de ses prédécesseurs; ses tâlens, son adresse et sa constance conduisirent au succès ses desseins ambitieux.
II débuta par retiirer des mains des barons ^ en vertu des sentences qu'il avait obtenues des cours de justice, la plupart des titres qu'ils tenaient de ses prédécesseurs. Il ne donna point le principal maniement des affaires aux nobles^ qui étaient en possession des premiers emplois de l'état et de l'armée. Il transigea souvent sans leur concours sur les affaires de la plus grande importance. Il éleva aux plus hautes ^charges des hommes nouveau^ qui lui étaient dévoués. Il augmenta l'étiquette de sa cour pour tenir les nobles à distance. Il réunit à la couronne la maîtrise de Saint-Iago, Calatrave et Alcantara; d'abord en se les faisant déférer par les chevaliers, puis en se les faisant attribuer par les papes Innocent VIII et Alexandt'e VI : ce qui augmenta considérablement ses revenus et son autorité; car ces ordres s'étaient prodigieusement enrichis des dons que le fanatisme leur avait fait pendant les croisades , et (a charge de grand-maître était le plus haut point d'élévation où pût parvenir un grand , par le privilège qu'elle lui donnait de disposer de toutes les chevaleries '^ .
Tant que les provinces d'Espagne furent exposées aux incursions des Maures , comme il n'y avait de sûreté que dans les places fortes , tous ceux qui voulurent échapper au joug s'y retirèrent. Et pendant les longues guerres que leur firent les rois, comme il était impossible de les combattre long-temps avec
1 Marianna , liv. 25.
les forces que les barons étaient tenus de fournir, il fallut mettre sur pied des troupes stables et surtout de la cavalerie légère. Ce fut aux babitans des villes à fournir les subsides nécessaires à Fentretien des troupes levées pour la sûreté commune. Pour les engager à les accorder, on leur donna de grands privilèges et on y fit fleurir le commerce»
Âpres avoir ainsi agmenté la puissance royale, il prit de nouvelles mesures pour l'augmenter encore. Les excursions continuelles des Maures et les guerres civiles entre les barons, avaient rempli Pétat de désordres : le brigandage était si fréquent qu'il n'y avait pas de commerce d'une ville à une autre, et les tribunaux si faibles qu'on ne pouvait en attendre aucune justice. Pour remédier à cette anarchie, les villes d'Aragon formèrent entre elles une association , sous le nom de Sainte-Fraternité. Celles de Castille suivirent l'exemple. Leur objet était de lever chacune un corps de troupes pour protéger les voyageurs et poursuivre les brigands; elles établirent des tribunaux qui jugèrent les criminels, sans égard au conflit de juridiction. Les nobles s'élevèrent contre ce bel établissement, et refusèrent tout secours à la couronne qu'elle ne l'eût aboli. Ferdinand protégea l'association de toutes ses forces , et s'en servit pour abattre la juridiction des barons.
Ainsi le commandement des grandes armées que nécessitaient ses expéditions , la gloire qu'il acquit par la conquête du royaume de Grenade, qui mettait fin à Podieuse domination des Maures; l'adresse
de ses ministres et la constance avec laquelle il poursuivit ses desseins , augmentèrent considérablement l'autorité royale, mais elle resta limitée jusqu'à Charles-Quint, tant les Espagnols avaient d'amour pour la liberté , et les nobles pour l'indépendance.
C'est ainsi qu'après s'être étayé de tous les citoyens puissans pour établir sa. domination, le prince relève les petits pour abaisser les grands , il protège le peuple dont il a peu à craindre et beaucoup à espérer; puis, pour contenir les classes privilégiées dont il a peu à espérer et beaucoup à craindre, il leur oppose le peuple ; enfin , il reste si bien maître de tous les ordres de l'état, que, lorsque l'un d'eux veut secouer le joug, il l'accable du poids de tous les autres.
Fatiguer le peuple de sa liberté.
Pour y parvenir, le prince travaille à exciter des désordres dans l'état.
lyabord il apposte ses créatures dans les assemblées populaires, pour opposer les clameurs d'une faction bruyante au vœu du peuple; ou bien des émissaires de la cour se mêlent aux sociétés des amis de la patrie, pour emporter hors des bornes de la sagesse le zèle ardent et inexpérimenté.
C'est un art connu des cabinets d'introduire dans les assemblées populaires d'audacieux intrigans qui déclament des discours insensés; et commettent des actions répréhensibles pour les imputer- aUx bons
de vains efforts y pour rappeler le gouvernement à la démocratie.
Remplir les premières places de Vétat
d'hommes corrompus.
Quand le peuple dispose des emplois ^ ceux qui les briguent font bien quelques bassesses pour les obtenir; toutefois ils ne sont guères accordés qu'au mérita; Mais lorsque le prince en dispose, on ne les obtient que par des voies indignes : la flatterie, la prostitution , l'infamie sont des arts nécessaires pour y parvenir ^
Les princes ne peavent seuls renverser la liberté; il leur faut des conseillers, des suppôts, des instrumens de tyrannie : or, ils ne confient Pexécution de leurs projets qu'à des hommes adroits, qu'à des fourbes sans probité, sans mœurs, :sans honneur.
Pour mieux assurer la réussite de leurs desseins, quelquefQis iU n'ado^ettent-quepeu de tétès dans lecabiniet.:
Impatient d'assouvir sa rapacité, Henri VII appela au ministère Empson etDudley, deux adroits scélérats , également versés dans la chicane , et bien qualifiés pour intervertir les formes de la justice, faire succomber l'innocent,, et dépouiller le peuple sans défense;
1 Cest surtout dç nos joûi's qu'on est à même de vérifier cela. L'intrigue et rimprobité ^ent \es' deux premières conditions pour arriver aux affaires. (Nouvel éditeur.)
Louis XI lie confia les premières places de l'état qu'a des hommes de néant; il ne chargea de l'exécution de ses desseins ambitieux que des hommes prêts aux derniers forfaits.
Pressé de devenir absolu , Charles II remit la conduite des affaires à son conseil privé \ où il n'admit qu'un petit nombre d'hommes entreprenans, perdus de réputations et faisant gloire de letîrs vices.
A voir les crimes dont se couvrent les ministres des princes ambitieux , que penser des princes euxmêmes.
Soustraire du glaiçe de la loi les coupables
agens du pouvoir.
La faveur suffit bien pour faire des ministres zélés ; mais ils n'osent tout entreprendre qu'autant qu'ils sont sûrs de l'impunité. Aussi les princes ont-ils soin de les couvrir de leur protection , ils les sous-» traient au glaive de la justice, ils les absolvent des crimes qu'ils ont commis, des crimes mêmes qu'ils commettront encore.
En appelant le cardinal Wolsey au ministère, Henri VIII lui accorda un pardon général, conçu en ces termes :
^ G« conseil n'était désigné dans le public que sous le nom de cahute *. --'' •
* Il était eoinposé de ÇlifTor^ ,. À9bley , Buckin^bDin , Arlloglon bt Landéfdale. C'est, comme on le voit , de la réunion des lettres ijiitii)lfc ç)e ces'citiq noms , qa''en fit le mot
{Nom'el éditeur.)
— isole Le roi de son propre moït^&menù et par faveur 4c spéciale j pardonne à Wolsey les trahisons^ meura très et attentats quelcoriques quHl a commis et (ju^U « pourra commettre V »
Jacques P*^ en accorda un pareil au comte de Sommerset, et Charles II au comte de Damby.
Que ne mit pas en œuvre Charles P^ pour soustraire Strafford au bras de 4a justice ! D^abord il refusa de signer l'arrêt de sa condamnation^ ensuite il fit intervenir les prières, les larmes, les supplications , puis il demanda que la sentence fut commuée en détention perpétuelle, puis il demanda un sursis, et il' ne céda enfin à la dure nécessité qu'en frémissant.
Remplir les tribunaux de juges corrompus.
lEx Louis XV, n'a-t-il pas arraché à la justice le duc d'Aiguillon? accusé d'avoir attente aux jours du patriote Lachaldtaye.
La Kberté des peuples n'est établie que sur les lois; mais comme les lois ne parlent que par la bouche des juges, pour les rendre vaines , il faut établir des magistrats corrompus , ou corrompre ceux
1 Voici le texte anglais : «That the ki»g out of his mère motion and specail favour, do pardon ail and ail manner of treason , misprison of treafton , murders , and outrages what soever by tlie said Wolsey comitted or to be hereaft er comitted. »
Macaulay's , Hist, ofEng,
qui sont établis. C'est ce que font presque toujours les princes pour devenir absolus.
Louis XI s'appliqua à remplir tous les départemens de l'administration d'hommes nouveaux et d'hommes de basse condition, tous également dé^ voués à ses ordres.
Henri VII et Henri VIH ne nommèrent aux places de confiance que des avocats ou des prêtres qu'ils avaient à leur dévotion, et toujours prêts à sacrifier la nation à la couronne.
Sous /Jacques P'^j.laxhamdre étoilée, le conseil d'York, et la cour de haute commission ^, tribunaux devant lesquels était évoquée toute cause importante, n'étaient composés que de créatures du roi.
Charles I" corrompit les chefs de tous les tribu*naux. U.fit plus : sous prétexte de faire rendre la justice, ce prince chargea, en i633, l'archevêque de Cantorbéry et les autres membres de son conseil privé de régler les cours de justice. Ils devaient connaître de toutes les contestations qui s'élevaient sur la juridiction des tribunaux civils et ecclésiastiques ; ils étaient autorisés à citer devant eux et juges et parties, à connaître des affaires, et à faire leur rapport au roi pour qu'il en ordonna suivant son bon plaisir ^
Après la dissolution du parlement de 1634^ Charles V renvoya tous les gouverneurs de places,
i Tbe high connnissiqu court.
2 Whitlock, pag. 12; et Rym. fœd., vol. 49, pag. 280, etc.
les lords lieuteoans des comtés, les magistrats et les juges de paix^ pour mettre en leur place les Tories les plus dévoués.
Charles II suivit l'exemple de son père, et cet exemple fut suivi par son fils. Jacques II alla même plus loin : le comité du parlement, chargé de rechercher ce qui s'était passé au sujet des prisonniers d'état, après avoir examiné les comptes de Graham et Burton, les deux vils solliciteurs de la <:ouronne, trouva que depuis 1679 jusqu'en 1688, ils avaient reçude l'échiquier 1,100,000 liv- st., qu'ils avouèrent avoir payés aux avocats, témoins, jurés et autres personnes appelées au procès des infortunés qu'ils avaient poursuivis de par le roi, pour de prétendus crimes de haute trahison ^ On sait d'ailleurs que ce prince avait coutume de chambrer les juges, dans les cas d'importance. • .• \
Désarmer les sujets.
V Pour se rendre absolus, c'est peu de la ruse sans la force \
1 Rapin , Hist, dtAng.
2 «La puis^ikiice, dit raatenr du testament politique dcr Richelieu, étant Tune des choses les plus essentielles à la grandeur des rois, jceux qui ont la principale conduite de l'état sont particulièrement obligés de ne rien omettre qui puisse contribuer' à rendre leur faïaitre si autorisé, qu'il soit par ce moyen considéré de tout le monde ; ^t il éètcm^ tain, ajoute-t-il, qu'entre tous les principes, la crainte cpi est fondée en la révérence à cette force qu'elle intéresse davantage chacun à son devoir. Ainsi, pour se rendre redoutable', il' faut qu'il ait 'un ^nhid nombre de gens de guerre, et de l'argent âans ses doflPne^. »
' Daos un pays libre, c'est avec leurs propres sujets, servant comme citoyens ou volontaires, que les princes attaquent Fennenri, font dés couquétesy èt^dëfendent l'état. Mais à la tête d'hommes attachés: à la patrie^ ilsi n'osent rien éntrepï^^Bndre Gontre:elle; il leur faut donc des mercenaires. Aussi se sont-ils tous empressés , dès qu'ils l'ont pu, de phendre des troupes- à leur solde; pour Cela ils ont mis en jeu bien des ^artifices.
■ Charles VIL, se prévalant de ia néputation qu'il avait acquise en chassant les Ânglaik,- et de l'impression, de J^rreur qu'ils avaie^^ kis»ïé dans les esprits , exécuta icé hardi des^eihaSous pnétekl:e de mettre lé rayaiimç en état de dé£ense*çontre quelque attaque' imprévue, quelque invasion soudâfine, il' tetintà son serviceun. corpis'de ig^obo cayriic*^ et êè^ 16,000 fantassins ;ii nom ma^s' officiers pduiriei»' Côlcnman*der, et illes répartit daiïs^^diffénentes ptôvîricés *. Ainsi, au lieu des hommes Hbw^ «qui savaient isoiïs les vassaux de la couronne, soldats plus attachés à leurs càpil3aki«îs- qtfttiè pHttCev et âcèolitunïes à n obéir Ou a eux, 11 eut des troupes qui reconnurent u^.:maitre> et attendirent die., lui «^.leuarbonbeui';»
- Sous 'préteste dWoir des for'ce^ 4»'0ppôsëi* aux incufsiôiisf ^dès MaureS d'ÀfriÙjiie, Ximènès,rëfi;ent de'CastMle^l ièng£|geà .fe^ Çiç r<?yaum^ 4>e^^
rôler un certain nombre de leurs bourgeois. Il prbiWit I cétix qtît pf ëhdr»âieilt' paft^tî mtnp^^^ tout
1 Histoire de France-f par yéli et Vijyyarç^^j tom, 12^,'pag- 33^2 ,/etc.
impôt, il les fit exercer au maniement désarmes, il leur donna des officiers, et il les prit à sa soldée - Sous prétexte que la couronne tirait peu de secours de la milice des barons/ que les armées <ie ces auxiliaires étaient peu disciplinées, et se tournaient même quelquefois contre la main qui croulait eu faire usage; Henri Y ? remplaça, par des -contributions pécuniaires, le service militaire auquel ils étaient tenus, et il eut une nouvelle milice à sa solde. Après rinvasion du duc de Momoutb , Jadques n demanda au parlement des subsides pour entretenir upe armée de troupes réglées^ afin, disait^il, de faire face à un prox^hain danger '; Mais : l'Angleterre n'a eu d'armée réglée, proprement dite ^:que depuis Tavènement de la miiison de. Brunswick au trône. A la SQllicitation de Georges I«',elle prit à« sa solde un cQrps; considérable, de ttoupes .pour!maiiitemr la tranquillité dans: le royaume! , et remplir les, coudir^ tions du traité (le; HaPQyt'e*^ : 1 .i ! il
'. 1 Alarméa dea ^treprises que faisait Xiin^es ji^fii* iéf^ii4i<9 la piû»i sance royale, les nobles commepcèfeDt.à miipmurer hattte.oieot: mais, avant d'en venir aux extrémités , ils envoyèrent "des députés au cardinal {lotip 4av(ftir'«n Vérta de queOe datante 11 agjîssait ; Xltiènès lénr ^oduisit le testament ^e ]^^r4in«B^;'0iiift',.}f9 gjwticpp(juitt:v.«it le l^alcon , d^où ils poiu^aient découvrir un gros de troi^^ eX }Xfk train, formidable d*artillerie. — • Yoîlà , leur ditril, en montrant du doigt , le pouvoir avec lequel j'eatends gouvÀrfeï''la*CàstiUe. Panières, Mist,' li^Vi^t . .' i • • . ' ' . ■ . / » ' • '•.•••♦ ^ • .''•<■•.■
j 2^ La .première coi^nvUsipp ^9ctvfj, pu-in8p^o^i|rtde8..tyo»ap^ d^ut rhistoire d'Angleterre fasse mention, fut expédiée 'sons ce prince ^ en 4425.
3 Voyez ks discours ternis au' parlement \ en 1 6S5.
En tous lieux, les princes ont poursuivi le même dessein , eLik ont si bien machiné , qu'à rexception des Suisses et des Etat-Unis de rÂmérique, il ne se trouve aujourd'hui nulle part dés soldats citoyens. Partout des mercenaires armés par la tyrannie contre la liberté * !
Comme ces armées furent levées sous prétexte de défendre l'état , d'abor^ on enrôla des hommes qui avaient une patrie. De pareils soldats n'étaient guères maniables : pour en avoir de plus dévoués, les princes sentirent la nécessité de composer leurs troupes d'hommes qui, ne tenant à rien, fussent tout aussi:préts*à marcher contre leurs concitoyens que contre lîenncmi.. Le temps leur eh ft)urnit l'occasion;
A mesure que l'industHe s'anime, et que le commerce fleurit, l'inégalité s'étend, une partie des citoyens engloutit toutes les richesses de Pétât; le reste , avili par la misère, n'a plus qu'une existence précaire, ou ne possède qnNirfe industrie qui né l'attache à aucun. pays.
C'est de la claisse innombrable de ces infortunés, sans lumières, sans mœurs; sans-hérilàgc^, et hon«^ teux de leur.pauvc€té;)<^que les princes' tîraièùtf leur armées .- .-.r. ^ " •!'•- -.. *- , •
Mais, comme si des: mercenaires n^ationaux n'étaient pas encore des instrumeris assez aveugles de tyrannie, pour opprimer leurs sujets, ils eurent
1. Ob n'à^oint oublié que «etoUVrage est écrit Idug-tcmps aTnnt la , révolution fraïu^aise.
recours à des étrangers. Aux- troupes de son père , Louis XI ajouta un corps de 6,000 Suisses» Louis XII prit en outre à son service, un corps d'Allemands ^ connus dans les guerres d'Italie sous le nom. de bande noire. Ses successeurs suivirent cet exemple. Et aujourd'hui il y a en France, au service dii Toi, des Écossais, des Irlandais, des Corses, des Suisses^ des Italiens 9 des Allemands.
En Espagne, l'armée est en partie coiuposée d'Italiens, de Suisses et d'Espagnols.
En Prusse, une grande partie des troupes est composée de Français et de Polonais.
En Angleterre, il n'y a point de troupes étrange* res ; maislenionarque y tient des régimens écossais; et, vu la bonne intelligence qui règne entre les deux nations , c'est à eux qu'il coafia Hodieux ministère d'opprimer ses anciens sujetSw . .
C'est peu d'avoir à leur service une soldatesque étrangère , quelques princes u'en veulent point d'autre. Dans toutes ses Ç]&péditibàs, s<pit offensives^ soit défensives, même dans les cas^les plus .urgens , le gouvernement de Yenise- a évité de mettre les armes^ la main à&s^ citadins ••
La plupart des princes qnt même pousse la poli* tique jusqu'à désarmer leurs sujets, crainte' qu'ils ne vinssent à sentir leur .force, et à en £aire* usage lorsqu'ils sont opprimés; - v
* Lon de la ligue de Cambrai , la république voyant l'état désespéré de ses affaires » aima mieux prendre À son serriee des^âatsétAngers, à un secpin par jour, que d'armer le peuple.
Soi^s prétexte de pourvoir à la sûreté publique , la régeBte d'Espagne défendit, en 1669, aux habitans de Madrid y dont elle était détestée, de porter des armes à feu, pu même d'en. garder dans leurs maisons , et la peine prononcée contre tout réfractaire était capitale \
Dans l'état de Venise, le port d'armes est défendu sous les peines les plus rigoureuses.
En France, on désarme le' paysan sous prétexte d'empéjQberJe l)raconnage. Dans les provinces, il n'y a. même que les militaires , les gentilshommes, et les officiers delà couronne qui aient le port d'armes.
Ainsi, âpres avoir armé d^s mercenaire^ contre l'état, sous le prétexte d'assurer le repos public , le pHnce désarme ses sujets pour pouvoir plus- aisément les jeter dans les fers.
.Voilà comment la puissance executive, couverte dfun voile :trQ.û>peur, pîfrvient; à se rendre redoutable. Semblable à ces .fleuves qui cachent quelques momens leurs eaux sous ter]!e,.pour reparaître soudain, grossis par les sources qui s'y jettent, et entraîner avec fureur tout ce qui s'oppose à leur cours impétueux.
Fowvoir à la SQlde des troupes.
Ce n'est pas le tout de mettre sur. p^ed une nombreuse soldatesque, il faut l'entretenir ? aussi, en travaillant à avoir des troiipes mercenaires , le&
t. Désormaux, Abrégé chronologique de l'histoire d'Espagne,
princes travaiUèrent-ils à avoir de. quoi les soudoyer , et ils n'eurent besoin que des mêmes pré~ textes.
Indépendamment des revenus du domaine ^ Charles YII. appropria des fonds à la solde de Tartinée ; il obtint de rendre perpétuelles certaines taxes qui n^étaient que momentanées; il alla même jusqu'à s'arroger le droit de lever des subsides sans le conseiit|ement de la nation.
Pour soudoyer ses troupes^ Charles^Quint se fit souvent accorder des subsides extraèrdipaires par les Gortès. Ses successeurs s'appliquèrent tous à dégager le domaine de la couronne; et Philippe V, oop coQitent de se former un très-gros revenu annuel , s'arrogea le droit de disposer des revenus de l'état.
. Ainsi'y pour tenir les peuples eh respect, legouvearnément. leur enlève aveola liberté le pins beau de leurs droits y et les force de payer eàx^mêmes les
mains <^i les enchaînent. > .• <
attentats contre les lois , etjugemens contre
la liberté.
Cependant lé prinx^e enipiète touj^wim. Comme il a eu soin d'assurer son autorité, il agit avec moins de retettiie ; et comme il arrive rai*eraèrit qiie l'injure faite à ûh particulier intéresse toute ûrié liation, it attaque les droits du souverain dans là personne de quelques-uns de ses membres.
Les opprimés se récrient-ils? Trop faibles pour lutter contre le gouTernement^ ou même hors d'état de fournir auK frais d'un procès ^^ ils sont forcés de souffrir Toutmge. Puis, au lieu de venir au secours de celui qui souffre pour la cause commune/ le public l'abandonne^ etl'infortuné est immolé comme une victime dévouée à son malheureux sort.
Mais si les princes ont à faire à des hommes en état de lutter, ils essaient d'abord de gagner leur partie adverse. S'ils ne peuvent y parvenir, ils ne négligent rien pour le fatiguer à force de frais, de formalités, de délais, de subterfuges; ils travaillent à rendre vaines toutes ses démarches à force de chicane, et sMl est possible à prévenir un jugement.
Quand ils ne peuvent la débouter, ils cherchent à s'en défaire de quelque manière que ce soitl . . . Si ces mesures échouent, que de ressources en* edrc! L'intérêt, la crainte, Tespérance, la vanité, Içs préjugés, les fausses couleurs, la ruse, la séduction, la calomnié, tout est en faveui? de l'homme constitué en puissance.
1 De lâches suppôts du oiinistère se sont élevés contre lu société du guides. droits. Quelle cflmiiielle aildaoe,! au milieu d'une nation libre ! ÏÏSf ont pous«é l'int|gndear jusqu'à lui reprocher le ratng peti' étevé de «es. membres. Quelle que soit leur condition, leur entreprise >e«f digne (i'éloges; elle ^t gcsade^ généreîise^ héroïque. IxHs<de les improurer, que le reste de la nfition n'imite-t-il leur exemple ! Que n'ëlablit«t-elle UA fond pour plaider contré le ministère , lorsqu'il outrage les citoyens indigens. Pour se conseryer libre , la nation entière doit épouser «ontre lui la cause de chaque opprimé. Quand ses membres s'isolent , l'état p'a plus de lien, plus de nerf, et l'esclaYage est à la porte.
Les sujets veulent-ils défendre leurs droiis contre le gouvernement y ils n'ont d'autre ressource que celle de porter leur plainte devant des tribunaux presque toujours compoé^ d^ créatures du prince \ Ils ont beau avoir les lois pour eux; la justice, trop faible contre le crédit , Tintrigue , la puissance , lui sert de peu de chose ^ Presque toujours retenu par le respect ou par la crainte, celui qui porté la paix)le pour eux n'ose faire valoir leur droit a^ec zèle; tandis ^ue son adveraire, eu sûreté sou» la bannière royale , enhardi par la faveur , le tord', l'exténue et le dénature^ Il oppose -des sophismes à la > raison, l'a-
1 C'était la méthode de Charles I^** et de Jacques. Q, de filire outrage à leurs sujets , puis de les faire juger par des hommes corrompus. H^hidock.
Aujourd'hui encore, là corruption souille quelquefois les tribunaux anglais, préaidés t^omme ils le sont par des créatures -delà côiir, .assez disposées à, préoccuper ou à séduire les luréf . .Les jarf^s leux-iiiékxies. se laissent souvent corrompre. £t dans les cas qui Tintéressent, le gouvernement peut toujours les choisir à son gré. C'est ce qui parût bien évidemment dakis l'affaire de WlUces contre les secrétaires d'état. Lé jour qu'elle devait être portée devant le tribunal , on .envoya aux juréa de fausses lettres de sommation , portant que la cause était remise. Cependant on se pourvut d'un autre jury, qui prononça en faveur de la couronne. Htstory of ^ Utt^ Aîinority. >....,' m i» .
2 Pendant les règnes désastreux de JdcquçsI<^^y^Çharles^Ier, de- Charles n-etxle Jacques H» on sait comment les |a^ se prostituaietit aux volontés du gouveniemfint ^ et avec quelle andace Db opprimaient les infortunés que;ces tyrans persécutaient. San»fao&te , sans scrupules, sans remords, ils suivaient aveuglément tous le» ordres de la eoùr, et pour la même action condanuuût celui qu^ila avaient absous hier. Les conseillers du roi qui occupèrent contre Titus Oates, poursuivi par Jacques n, avaient occupé pour lui dans le procès- des ciàq jésiiites,, particulièrement les procureurs et soUicitétaM généraux
dresse à la justice, le mensonge à la v^ité ; il<^ange en thèse de jurisprudence des questions qui n'exî^ gen t que du bon sens ; il s'efforce d'étourdir les juges et prétend justifier la tyrannie à l'aide .de quelques soties cavillations *. '
Eblouis ou corrompus , les juges à leur tour se poitent à là vindicte; et presque toujours ropprimé est éconduit du tribunal sans avoir obtenu justice^ sans avoir même pu se faire entendre ^. Voilà com^ ment les hommes puissans^nés pour dominer, écrasent ceux qui osent leur faire tête; et souvent, avec des calomnies pour toute arme \ ils font triompher des clameurs ridicules au mépris des droits les mieux établis, et consomment iniquement, sous les formes de la justice , la perte de leurs adversaires ^
'^ En 4 6^S , on informa contre Vassal , négociant de Londres , pour avoir refusé de payer les droits leyés sur certaines marchandises. Vassal établit sa défense sur les statuts de la grande chartre , et sur ce que cet imp6t était levé sans l'attaché du parlement Mais les barons de l'échiquier refusèrent d'entendre l'avocat de Vassal, et déclarèrent que le roi était en possession , et qu'ils Vy maintiendraient iÊkcsnl^ Hist, £An^l. , vol. â , pag. 19.
Dans les causes portées devant les tribunaux contre la couronne , sous les princes de là maison de'Stuart , le glaive de la vengaance était toujours levé: sur. la Jséte des hommes hardis à défendre les droits dà peuple; tandis q^e ceux qip étaient pour le&prér(^atives.du roi, sûrs de l'impunité, avançaient avec audace les plus odieuses faussetés. •
^ C'est ainsi que les ministres qui poursuivirent les publicateurs du n^ 45 àxiNor^ Briton^ entreprirent de justifier leurs démarches illégales.
^ La maxime que le roi ne saurait mal faire , n'a-t-elle pas été alléguée pour justifier, les. outrages .de ranlorité , et le titne de père de la patrie, pour prouver que le prince aimait spn, peuple , dans le temps même qu'il le tyrannisait. . ParU hist,, vol. S , pag. 34 , etc. .
EociQt^e sile mal se bornait là : mais de bet attendtat en résultent miUe autres. Lorsque de nouveaux opprimés réclament contre la violence, on leur rér pond en se moquant : « De quoi vous plaignez-vous? « Voyez le passée nous n'innovons point ^> » Ainsi les vexations passent en usage; et;, comme si l'oppr^sion devenait légitime pour rester impunie, ils invoquent la possession de leurs brigandages à titre dc' droits sacrés, ils citent la violation des lois à.l'appui de leur audace k les violer encore ; dès-lors les Jugemens se marcbandent, et les lois tombent datis le mépris: car les; créatures du prince cessent de les craindre, lorsqu'il les protégé contre elles; et les. citoyens cessent de les respecter, dès qu'elles ne peuvent plus les défendre.
Jli^eugle sécurité du public.
Le peuple ne prévoit, jamais les maux qu'on lui prépare. On a beau rendre ses droits illusoires , miner les fondemens de sa liberté il n'aperçoit son malheur que lorsqu'il le sent, lorsqu'il entend retentir à ses oreilles les noms des proscrits, lorsqu'il voit ruisseler le sang, des citoyens, et qu'accablé sous le joug, il attend plein d'effroi l'arrêt du sort qu'on lui réserve.
Pour rester libre , il faut être sans cesse en garde
1 Ainsi ^ le prociirettr et Tavôfeat du roi, pour justifier lés einprisonnemens illégaux qu'ordounait Charles î^^^ alléguaient ceux qu'Elisabeth avait ordonné. Pari, hist, toL S, pag. 47.
contre ceux qui gouvernent : rien de plus aisé que de perdre celui qui est sans défiance ; et la trop grande sécurité des peuples est toujours l'avant-coureur de leur servitude.
Mais comme une attention continuelle sur les affaires publiques est au-dessus de la portée de la multitude, trop occupée d'ailleurs de ses propres affaires, il importe qu'il y ait dans l'état des hommes qui tiennent sans cesse leurs yeux ouverts' sur le cabinet, qui suivent les menées du gouvernement, qui dévoilent ses projets ambitieux, qui sonnent l'alarme aux approches de la tempête, qui réveillent la nation de sa léthargie, qui lui découvrent l'abîme qu'on creuse sous ses pas, et qui s'empressent de noter celui sur qui doit tomber l'indignation publique. Aussi, le plus grand malheur qui puisse arriver à un état libre, ou le prince est puissant et entreprenant, c'est qu'il n'y ait ni discussions publiques , ni effervescence, ni partis. Tout est perdu, quand le peuple devient de sang froid, et que, sans s'inquiéter de la conservation de ses droits, il ne prend plus de part aux affaires : au Heu qu'on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la sédition.
Épuiser le zèle du peuple sur de faux objets.
Dans un état jaloux de sa liberté, il importe sur*-, tout qu'ily ait des sages qui réclament continuellp-. ment les lois, lorsque le prince les viole, qui réy^iV: lent le peuple de sa léthargie, qui l'éclairei^t dans
les temps difficiles , et le ramènent à ses droits. Mais il faut bien prendre garde de ne pas l'alarmer sans sujet : dupes de ses TainesalarmeSy il deviendrait enfin tranquille au milieu des dangers.
. Il faut bien prendre garde aussi de ne pas l'alarmer à la légère. Si les griefs n'ont point ces degrés d'évidence qui les met au-dessus du doute , on doit peu se flatter de les voir redresser : car il n'y a que l'évidence qui entraîne la multitude, et il n'y a que les efforts de la multitude qui déconcertent les projets du despotisme.
Il iaxxl surtout bien prendre garde de ne pas l'animer à la poursuite d'un objet douteux. Quand il se met à défendre ses droits , il importe qu'il ait toujours l'avantage : — les ëchecs du gouvernement ne font que retarder isa victoire; ceux du peuple le découragent , l'avilissent et l'enchaînent.^
Hes écrits peu fondés , ou des dénonciations
hasardées.
Dans un état bien ordonné , la liberté de la presse doit être illimitée pour les écrivains qui surveillent les fonctionnaires publics Et comme les complots contre la patrie sont toujours tramés dans les ténèbres; comme les princes n'appellent point de témoins dans leurs conciliabules pour machiner sous leurs yeux; comme ils ne transigent point par-devant notaire avec leurs agens; comme ils remettent trèsrarement des instriictions écrites aux scélérats qu'ils
— us -^
cbargent de Texécution de leurs attentats; comme ces écrits, presque toujours tracés en caractères hiéroglyphiques , ne sont jamais signés d'eux, il doit être permis de les dénoncer sur les plus légères apparences. .
Dans les états où la constitution est assez vicieuse pour laisser un libre cours aux sourdes machinations du prince, les écrivainjs qui surveillent ses agens ne sauraient trop être sur leurs gardes.
Lorsqu'ils prennent à partie le gouvernement, il est à propos qu'ils se retranchent dans des chefs d'accusation dont ils puissent fournir la preuve. Une seule démarche inconsidérée de leur part suffirait pour ruiner la meilleure çauseXe prince, qui d'abord tremblait de voir ses machinations dévoilées, tant qu'ils se renfermaient dans les bornes de la prudence , triomphe au moment qu'ils en sortent ; il se récrie à son tour, il les attaque, il les traduit devant les tribunaux \ et, laissant là les griefs publics pour ses injures particulières , souvent il parvient à faire perdre de vue l'objet principal.
Ainsi les défenseurs du peuple , qui par une sage conduite fussent venus à leurs fins, perdent entièrement le fruit de leurs efforts par le moindre trait hasardé.
Vérité dont les Anglais ont encore la preuve sous les yeux. Tandis que l'auteur du North Briton se
^ C'est ce qui arrive dans tout pays où Tautorité du prince est illimitée.
lO
bornait à censurer le& démarches illégales da gouvernement y à dévoiler ses sourdes menées ^ à poursuivre ses desseins secrets^ les ministres frémissaient sous le fouet de la censure : mais lorsqu'il vint à se lâcher en invectives contre la princesse douairière, il cessa de porter des coups sûrs aux ennemis de la liberté y et il leur fournit des armes pour l'écraser lui-même à leur tour.
Des écrits satiriques .
Le ton dont on plaide la cause publique n'est pas indifférent au triomphe de la liberté.
Quand on réclame contre l'oppression ; il importe que ce soit toujours d'un ton grave^ animé, pathétiquCy jamais plaisant. Les traits de la satire portent bien sur le tyran y non sur la tyrannie ; et , loin de foire revenir l'oppresseur, ils blessent mortellement son ainour-propre , ils ne font que l'aigrir et l'achar* ner toujours plus.
Les écrits satiriques ne servent guère d'ailleurs qu'à serrer les nœuds de la servitude. Quand les gens sages ne les croiraient pas toujours exagérés, ces écrits n'iraient pas moins contre leur fiii. En amusant la malignité du peuple, ils le font rire de ses souffrances ^, ils diminuent son ressentimeDt contre les auteurs de ses maux , et ils le portent à souffrir patiemment le )oug.
1 Cest ce dont nous avons donné mille fuis la preuve. Lorsque nou(ï
Des écrits indécens.
Sortir des bornes de la décence nuit de même beaucoup à la cause publique s les grossières in:reQtives indisposent les hommes sans passion ^ révoltent les honnêtes gens, et aliènent ces froids patriotes qui ne tiennent.que par up fil k ta cause de la liberté.
A}outoi:is que GQs êc^rivaÎQs cyniques avancenl^ les 4ilïiâr^ du prince; tput méqhaiit qu'ilsattaquent ne balance; (>9B à le^ accuser de yénaUjé; et à les voi^ iéiîtirl^iîtyrai^niç;^ f|iHr.Q€ Iç^ empirait efl effet payés poUr faire ce qu'Usw fpnt? t^nçlîs V^ .^^^^: plume^ .^nâles ^es>a!ttaquepit h Jtewr tour, et ne réussissent que tropà letiiP f^ire perdre: t5>ute i confiance, soit 4« : lefc dtoigw^nt , *ff ifc m feis?int nre k, public à leiirp
* Des mauvais -écrits^, , , ,
Sïl îthporte de ne ^aîder la cause du peuple que d'un ton grave, il tt'lmporte p«& moins que ce soit Juri ton dé ttaîire. To«sf ces auteurs rîd|euks/ qui
gémi^sÎQftts 'SQOfi i'oppirffiipo 4« Rich«lka et de Mazsirii^ AOfïs^ publiâmes des yplumes d'épigpammes et de raudeyilles contre ces indignes administrateurs , et nous nous en tînmes là. / • . .
Naguère encore nous nous consolions de tout par des chansons. Grâce à la philosophie, notre caractère est un peu changé , et nous n'y perdrons rien.
se donnent pour les champions de la liberté, ne font que nuire à ses intérêts : leurs languissans écrits ne réveillent point, ne persuadent point , n'enflammeat point le lecteur; leursott^ dialeql^iqae le dégoûte, et le dégoût enchaîne tout içffprt gêné-
DiB là multiplicité des écrits ,
pans un état jaloux de sa -liberté , il importe qu'il y ait des sages qui réclament Saris cesse les lois lorsque le prince lès viole , qui fassent sortir le^peiiple de son apathie , qui Féelairënt dans lés temps difficiles, et le ramïènént à ses droits. Mais comme l'esprit humain se iaâse" enfin de tout, tes- meilleurs écrits cessent de produire le bien' qu'onet^ âfttend lorsqu'ils se multiplient au pdirit d'accabiér le lecteur, et de le conduire à la satiété. Que iserî^-ce lorsque ces écrits sont médiocres , futiles, sans sel , sans vigueur, sans vie?
C'est ce qui est arrivé aux Anglais dans leurs dernières dissensions V Accablés de tant de pamphlets et las de tant d'efforts, ils tombèrent, dans une telle apathie, que rien ne pouvait plus fixer leur «attention.
C'est aussi ce qui nous est malheureusement arrivé pendant tout le cours de la révolution. .
^ Dans Xtn dissensions au sujet de Wilkcs.
Modération inconsidérée dépeuple.
Ce n'est point par des secousses violente^ , ai-je dit quelque part^ que les princes commencent à renverser V^difice de la liberté ; ils en minent; à la sourdine les fondemens, ils innovent peu à peu ^ et jamais d'une manière à £aire une trop forte sensation.
Mais le peuple n'a ni l'œil assez exercé , ni l'esprit assez pénétrant pour remarquer ces progrès , et en prévoir les suites. Les remarque-t-il enfin ? il n'a pas non plus toujours assez de résolution pour lés arrêter. C'est contre les premières innovations toutefois qu'il faut s'élever avec force, si l'on veut prévenir la servitude. Quand on a laissé vieillir les abus, il est très-difficile de les réformer ; souvent même il n'est plus temps \ .
Pour se conserver libre , il faut que le peuple soit toujours prêt à épouser contre le prince la causedes opprimés. Quand les. citoyens séparent leurs intérêts et s'isolent, on les subjugue en détail, et c'en est fait de la liberté. Mais , loin d'être prompt à prendre fait pour les droits des autres , il faut que chacun ait vu les siens compromis bien des fois ,
1 C'est ici le cas de remarquer la différence que le temps apporte cïaas l'esprit dés peuples ; pease-t-on aujourd'hui qu'ils xie s'aperçoivent pas que les rois, ces fléaux de l'humanité, dont il faut enfin purger la terre, cherchent à endormir leurs victimes pour mieux les étouffer? Oh ! si; ils s'en aperçoivent : aussi, vienne le jour de la ven-
avant qu'il se détermine à les défendre. Or, on ne saurait croire combien le gouvernement tire avantage de ce manque d'audace à s'opposer à ses injustes entreprises , et combien il importe à la cause de la liberté de n'être point si patient. Si la première foi» que Charles I *"* porta ses mains impures à la bourse de ses sujets, ou qu'il les plottgeai dans le sang inno* ccfut, le peuple eût pris les armes , marché droit au tyran, et fait périr à ses yeux,, sur un échafaud , les mitlistrôs de ses cruautés , il n^eût pas gémi tant d'années sous la plus affreuse oppression* Ce n'est pas que je veuille qu'à chaque instant on ait recours à des voies violentes; mais, sous prétexte de ne pas exposer le repos public , ces tranquilles ci toyens ne voient pas^ qu'ils ne gagnent rien par leur lâcheté, que d^être' opprimés plus audacieusetnent, qu'ils donnent toujours plus de prise à la tyrannie, et que lorsqu'ils veulent enfin en arrêter les progrès^ il est souvent trop tard.
C'est l'ambition sacrilège du gouvernement qui le porte à attenter à la liberté publique ; mais c'est la lâcheté des peuples qui laisse forger leurs fers. Quelque ambitieux que soient les princes , ils seraient beaucoup moins entreprenans, s'ils avaient toujours à s'ouvrir un chemin au pouvoir absolu par la force et la violence. Quand on parcourt avec attention les annales du despotisme, quelquefois on voit avec
geance, rois^ et les peuples qui aiment les moyens radicaux sattronl
bien eu finir aTec tous.
{Nouvel éditeur,)
étonnement une poignée d'hommes feire trembler une nation entière f . Cette modération déplacée des peuples, ce fatal penchant à s'isoler 29 voilà la raison de cet étrange phénomène ; car où est Torgane du peuple j lorsque chacun garde le silence?
Dissimuler les griefs nationaua:.
Les opprimés font-ils entendre leurs réclamations? le prince met tout en oeuvre pour étouffer la voix publique. U envoie de tout coté des émissaires séduire la partie la plus vile de la nation , il s'en &it présenter de flatteuses adresses y qu'il oppose aux justes griefs du peuple; puis, joignant l'insulte à l'outrage, il vante la douceur de son gouvernement, et fait passer un peuple mécontent pour une poignée de mal intentionnés.
1 Les juges de la chambre étoiléeet de la cour de haute commission, le conseil d'York, la chambre ardente, l'inquisition , etc.
2 Ce fatal peiichant n'est malheureusement que trop général. I^aissons à part la foule de tous ces malheureux qui, ne tenant à l'état que par leurs besoins et leur misère, ne peuvent presque jao^ais être regar* dés comme de vrais patriotes. Mais , parmi les citoyens aisés , combien de ces hommes commodes qui , sans entrailles pour les malheureuses victimes de la tyrannie , et toujours prêts à aller au-devant du joug, se trouvent bien sous quelque gouvernement qu'ils vivent Ceux qui ne sont pas insensibles aux malheurs de l'état sont retenus par d'autres considérations. Tremblans de compromettre leur bien-être pour la cause publique , la plupart se bornent à soupirer après des temps plus heureux; Les sages eux-mêmes se contentent de gémir en secret. Que s'il se trouve quelque homme de cœur, quelque vrai patriote, voyant qu'il est impossible de pousser la multitude à agir, il réclame en frémissant les lois foulées aux pieds, et il ne fait que se coropromeUre.
Pour mieux dissimuler les griefs nationaux, le prince reçoit avec distinction les adresses qui approuvent sa conduite ; il accorde des marques de faveur à ceux qui les présentent, tandis qu'il témoigne son déplaisir à ceux qui lui présentent des remoi^trances vigoureuses, si même il ne leur refuse audience ^
Non content de les décourager , il impose silence aux papiers publics qui ne sont pas de son parti ^; au lieu que les autres, flagornant l'administration et vomissant chaque jour des invectives contre les vrais patriotes, circulent librement dans le public; si ces mesures échouent , le prince se détermine enfin à gagner les chefs des mécontens, et il les engage à éteindre eux-mêmes le zèle de leurs adhérens.
Cruels artifices dont l'histoire d'Angleterre offre mille exemples, et qui ne sont que trop communs dans tous les gouvernemens.
Des artifices mis en usage pour apaiser les
clameurs publiques.
Pour se conserver libre, une nation n'a que sa vigilance, son courage, son audace; pour l'asservir, le prince a tant de moyens , qu'il n'est guère embarrassé que du choix; mais celui qu'il met le plus sou-
'l et 2 C'est ce que fit Charles II après la dissolution du parlement tenu à Oxford : c'est ce qui se pratique encore aujourd'hui ; et il ne se trouve que trop d'indignes sujets disposés à se prêter à cet artifice.
vent en œuvre, c'est la fourberie : le peuple est fait pour être la dupe de toutes les rubriques du cabinety et les ministres profitent de cette disposition.
Quand les opprimés veulent prendre quelque parti pour empêcher les progrès de la tyrannie, toujours se présente quelque nouvelle barrière à franchir. Ils ont beau former des projets , le prince les arrête soudain. Ils ont be^u solliciter le redressement de leurs griefs, leurs remontrances sont vaines; il se hérisse de scrupules, il s'arme de refus; ou bien il n'oppose à leurs plaintes que la dérision ; il répond qu'/7 est toujours prêt à écouter les griefs de ses sujets ^ quHlria rien déplus à cœur que le bon» heur de ses peuples , et il les renvoie avec ces beaux discours.
Persistent-ils dans leurs demandes ? il persiste dans sa conduite. Toujours formés aux maximes d'une politique artificieuse , ceux qui gouvernent apprennent l'art de ne point s'étonner des obstacles , de mettre à profit la faiblesse de leurs adversaires , et de plier doucement au joug la docile multitude* S'il est question de faire consentir à leurs volontés , comme c'est leur usage de tout promettre avec dessein de ne rien tenir , quand le peuple les presse, ils leurrent de belles promesses sa crédule simplicité; et sans honte de manquer à leur parole, ils répètent ce bas artifice.
Dans les troubles de la Fronde, la liberté publique ayant été violée par nombre d'exils et d'emprisonnemens , le parlement de Paris , après bien des ef-
— an —
forts f obtint eufin du goayernement une loi qui aa-^ surait la liberté des sujets ^. Mais cette loi fut bientôt éludëe dans la personne du comte de Chavigni ; et lorsque le parlement fit des remontrances à ce sujet, la régente répondit que cet emprisonnement ne de* vait effrayer personne } qu'elle engageait sa parole sacrée que chacun serait en sûreté. Elle y manqua néanmoins bientôt après , à l'égard des princes de Condé et de Conti. Le parlement fit de nouvelles remontrances, et elle l'assura de nouveau qu'à l'a-* venir la loi serait religieusement observée \ £xem-> pie trop ordinaire de la manière indigne dont les rois se jouent des peuples.
Las devoir leurs espérances tant de fois trompées^ les mécontens demandent-ils justice à grand cris? Dans ces momens critiques , on cherche à tirer l'affaire en longueur ^ ; on leur envoie des .députés qui les bercent de belles promesses , on arrête la troupe effrénée , on l'amuse par de vaines délibérations , on l'endort , et on gagne le moment de lui faire face et de l'accabler.
Que s'il faut en venir à capituler , on lui fait des oEfres de nature à n'être pas acceptées; puis des
1 £n 4 648 , par arrêt du 22 octobre.
2 JSisi. du cardinal Mazarin, yol. 3, liy. 5 , chap. il.
^ Parmi les conseils que Charles-Quint laissa à son fils, il lui recommandait de ealer de Toiles dans le fort de la tempête , de ne point s'opposer à la violence du destin irrité , d'esquiver avec adresse les coups qu'il ne pourrait soutenir de front, de se jeter à quartier, et d'attendre le moment de quelque révolution favorable. Ministre d'état de Silhan, tom. \ , liv. 3 , chap. 6,
— 15« — propositions moins déi^isonnabies, mais conçues en termes vagues , qui ne stipulent rien de précis , et qui laissent toujours le gouvernement maître des conditions du traité; ou bien on ajoute à des concessions clairçs quelque clause ambiguë qui les rend nulles , si même on ne fait pas de faux engagemens.
Alarmé par la retraite du peuple^ romain sur le MoDt-Sacré, le sénat, réduit à traiter, ne songea plus qu'à stipuler, d'une manière vague, les droits des tribuns qu'on venait d'élire, afin de ne rien accorder aux plébéiens, ou plutôt de se ménager un prétexte pour revenir contre ses concessions dans des temps plus favorables.
Dans le soulèvement de Naples , en 1647 , comme le peuple demandait avec instance la charte de ses privilèges , le^vice-roî , qui ne songeait qu'à conjurer l'orage , en fit forger une fausse qu'il présenta pour la vraie.
En 1 647, Charles I «■, cherchant à endormir le parlement , et à faire croire qu'il était prêt à souscrire à tout ce qui pouvait le reconcilier avec la nation , au moment même où il travaillait à l'écraser , envoya dire aux deux chambres, « qu'il désirait qu'elles <)c prissent sans délai en considération les réglemens « particuliers à faire , tant pour le^maintien de l'au- « torité légitime du roi, et la fixation de son revenu^^, « que pour la conservation de leurs propres privi- «^ léges , la paisible jouissance de leurs biens , la li- « berté de leurs personnes et la défense de la vraie « religion professée dans l'église anglicane; régle^^
<c mens qui couperaient bientôt la racine à tout sujel <c de plainte , en montrant par tout ce que le roi ac- <c cordait à ses peuples j combien il était éloigné des ce projets odieux que la crainte et la jalousie m^d ce fondées de quelques personnes lui avaient prêtés, « et combien il était jaloux de surpasser en clémence (c et en bonté les princes les plus généreux. »
Lorsque les Arragonnais , las de se voir accablés d'impôts en pleine paix , et de souffrir mille abus qu'on avait promis de réformer , menacèrent d'une insurrection générale ^ pour les apaiser , la régente établit un conseil , qu'elle disait devoir être uniquement occupé à rechercher les moyens de soulager le peuple. Vaine institution , qui ne servit qu'à les endormir, et même à empirer leur sort ; car ce nouveau conseil, composé d'hommes corrompus , ferma toujours les yeux sur les brigandages et les dilapidations de la couronne.
Qui le croirait? Souvent on n'oppose au désespoir des méconténs que de vains sons\ Des hom-
^ Qui ne connaît le pouvoir de l'éloquence dans les émeutes? Que n*a-t-elle point yalu à (JrassuS) à Cicéron, à César! Ses effets sont sûrs en tous temps. De belles paroles captivent le vulgaire : ce sont les pommes d'Hippoméne qu'il est toujours prêt à ramasser. Le peuple n'a jamais de projet arrêté. Sans cesse il est conduit par les impressions du moment , sans cesse il est poussé par le vent qui souffle , sans cesse il est entraîné par le torrent *.
* Cest encore ici le cas de faire remarquer la différence qne le temps ap;iorle daut req>rit des peuples. Aujourd'hui , une seule et même idée fixe leur atlen'.ion plus oik moins fortemeut , il esl vrai , et le projet arrêté de ce.ux dont réJucatiou politique est la plus &v.incee , est de se de1>arras8er des rois , ers grands coupables do lèse-humaniti'*.
( Nouvel éditeur, )
mes versés dans l'art de séduire les esprits les haranguent; puis la tourbe stupide se laisse aller à ces beaux discours, et devient le jouet de quelques rhéteurs ; que dis-je ! souvent même un conte suffit pour déconcerter ses projets. Opprimés par le sénat, les Romains venaient d'abandonner leurs foyers pour aller chercher un asile loin de leur cruelle ^trie; Manlius Agrippa va trouver les mécontens sur le Mont-Sacré^ il leur débite une fable ^ et les ramène dans leurs murs.
Quelquefois les plus petits ressorts font mouvoir les plus* grandes machines. Le peuple ne a'âttache qu'à l'écorce des choses, et souffre patiemment le joug, pourvu qa'il ne soit pas appareot'. Aussi, dans les temps de mécontentement général, uuijeu de mot suffit - il pour l'engager au sacrifice de sa liberté \
César demandait à rétablir la royauté; les Romains s'effarouchent : mais ils lui accordent , sous le nom d'empereur, le pouvoir supi^éme iqu'i^s' lui avaient refusé • sous celui de rôi.
A la tête du gouvernement, Gronnvell fait pro^ poser au parlement, par ses ^créatures , de rétablir
1 Tit. Liv. , décad. 1 , liv. 4.
2 Aussi les princes ont-ils grand soin de ne pas choquer cesTpréjugés. Augnste rejette le titre de dietatenr f derenu odieux dans Sylla ,
Marius, César; et il cache un^ puissance sans bornes sous un nom commun et des dignités ordinaires.
Tibère refusa constamment le titre de maître que le sénat lui avait tîéféré. Il Tétait bien en effet ; mais il n'en voulut pas le nom , pour 4]u'on s'imaginât qu'il croyait ne pas l'être.
la monarchie. Au mot de royauté, l'alarme se répand : on rejette là proposition avec indignation ; mais on lui accorde, sous le nom de protecteur, le pouvoir qu'on lui refusait sous celui de roi.
Cest peu encore de ces artifices. Eh! que ne font point les princes habitués à leurrer le peuple! Pour lui enlever ses chefs et. lui opposer ses propres défenseurs, ils soudoient une multitude de plumes mercenaires qui s'attachent à les noircir et à les calomnier, de manière à leur faire perdre llestime publique en leur prêtant des vues ambitieuses , et qui pis est,. en semant le soupçon et la défia nce^ en les accusant de conniveren secret avec le gouveniement pour s'emparer de la puissance suprême. Usenga^ gent la vile tourbe de leurs créatures à aller de place en place répandre mille faux bruits propres à confiramer ces calomnies \
Quand Manlius incitait les Boinàins à s'affranchir de la lyraimiedu' sénaft, lesr sénateurs le firentsaisîr; ia^is> oHigés de le relâcher pour empêcher Tiiisurrection , ils s'attadièrent à le rendre suspect au peiïple, en Itii suscitant des délateurs, parmi la pôpul^e, qm l'accusèrent d'affecter la royauté y «jt lui firent ainsi, de ses partisans, des juges et des
ennemis
Quelquefois même ils tâchent d'engager les défenseurs du peuple à se décrier eux-tnêjties.
\ Telle. ^tfiit la politique du lord Bute contre Pitt ; Histoire de. la der-
mère minorité, ...
2 Tit. Liv. , décad. 1 , liv. 6.
Pendant la minorité de Louis XIV ^ comme le parlement de Paris se récriait fort contre la manière odieuse dont on foulait les peuples , dans la vue de l'engager à ne défendre dorénavant que ses intérêts et de le perdre de la sorte dans l'opinion publique, le gouvernement attaqua les privilèges de la compagnie, en s'appliquant pour quelque, temps les honoraires de ses membres ^
Barnevelt s'opposait en Romain à Maurice de Nassau , qui voulait se faire roi des Provinces^Unies ; Maurice le fait accuser d'être le chef des Arméniens, secte en horreur aux Bataves; et bientôt ses ingrats compatriotes. le trainent en prison, et de là sur un échafaud.
Un , autre artifice . très-adroit qu'emploient les princes pour perdre de réputation les défenseurs du peuple , c'est de leur opposer des scélérats notés par leur prostitution à la cour, qui s'étudient à renchérir sur toutes les demandes des chefs populaires en faveur de la liberté ^ ce qui les fait paraître moins patriotes que les suppôts mêmes du despotisme. Dans la vue d'affranchir les plébéiens de l'oppression des nobles, le tribun G. Cracchus propose une loi qui leur est favorable : le sénat se garde bien 4o s'y opposer; mais il engage L. Drusu^ à renchérir sur les demai^des de son collègue, - et à publier en même-temps que Caïus n'est que Porgane du sénal. Dupe de cet artifice, le peuple ne sait sCuqiïiel des
^ Histoire du can/inal Mazarin , \o\, Z,
deux s'attacher, et se trouve les mains lié^ par ce faux défenseur \
Continuation du même sujet.
Les princes ont cent' moyens pour attaquer la liberté , le peuple en a fort peu pour la défendre , et Ton ne saurait croire combien est étroit le chemîn où il peut marcher à pas sûrs. Tandis qu'ils commettent impunément tant d'attentats, la moindre faute le perd. Ne montre-t-il pas assez de résolution? on lui insulte sans pitié. En montre-t-il beaucoup? on l'irrite, on le provoque, on le force à sortir des bornes de la sagesse. En sort-il? on l'attaque jusque dans ses propres retranchemens , on a recours aux tribunaux, on y traîne ceux qui ont montré le plus d'audace, on crie à Tbutrage, on les poursuit, on en demande vengeance. Dès-lors, trop faible contre le crédit, l'intrigue, le pouvoir, la bonté de leur cause ne leur sert de rien; on les condamne impitoyablement , et le prince écrase ses ennemis sous le poids des lois faites pour les protéger.
Combien sont inépuisables les ressources du gouvernement pour asservir les peuples ! Qui le croirait? Après avoir avili et enchaîné les tribunaux , le prince parait respecter lui-même ces vains fantômes de la liberté. A-t-il besoin de leur appui ? il leur rend iin moment de force; mais il ne voit pas phis tôt jour à
1 Tit. Liv., dccad. 1.
s'en passer, qu'il les repousse avec dédain , semblable au voyageur qui foule aux pieds les masures sous lesquelles il s'est retiré pendant Porage.
Continuation du même sujet.
Il n'est point d'artifices que la soif du pouvoir n'emploie à la ruine de la liberté, jusqu'à tourner contre les peuples leurs plus généreux sentimens.
Quelquefois, pour amener les sujets à se laisser accabler d'impôts, les princes affichent des besoins qu'ils n'ont pas. C'est ce que fit le duc Théodore : bien qu'il eût trouvé d'immenses richesses dans le trésor de son père , il fit fondre sa vaisselle, pour faire croire qu'il était réduit à cet expédient.
Lorsque les princes sentent qu'ils sont prêts à succomber, quelquefois ils mettent bas les armes, ils témoignent de la douleur sur les dissensions publiques, ils affectent du désintéressement, et demandent à résigner '. Alors , dupe de leur hypocrisie, le peuple se laisse toucher , et se pique même de générosités Puis il se font prier de garder les rênes de l'état : d'abord ils hésitent, ils montrent de la répugnance , prennent du temps pour y penser , ensuite ils se font presser de telle sorte qu'ils acceptent sous bonnes conditions : enfin ils chargent le peuple de nouvelles chaînes , et rivent ses fers.
^ C'est ce qui se yh dernièrement dans les troubles de Genève , an sujet de la persécution de J.-J. Rousseau.
. Lorsque les peuples réclament Ipuas droits à grands cris, si le prince a été obligé de faire quelque concession pour écarter Poragê , il' n'entrevoit pas plutôt une tournure favorable à ses affaires , qu'il change de ton; il se plaint. qu'on a surpris sa foi, il refuse de remplir ses engagemens ; et quoique les sujets aient la justice pour eux, il s'pfforcç.de remettre l'affaire en question. A mesure que son parti s'aîffaiblit ou se renforce, c'est alternativement Ott/ OU/20/2; puis, sans honte et sans remords, il joue ce personnage jusqu'à ce qu'il ait-assuré ses projets. Dans les troubles de la Fronde , le gouvernement fut obligé, par le mauvais état des finances et l'aliénation totale du domaine , d'avoir recours à de nouveaux moyens de fouler les peuplejs. Mais comme ils refusaient de payer, cpmme les provinces étaient prêtes à se soulever , comme les alliés étaient sur le point de rompre,, comme les enïiemis menaçaient les 'frontières , et comme l'armée manquait de tout , la régence pria le parlement, de Paris, qui s^<^.tait élevé contre les dernières vexations ,1 d'âvojr égard aux temps, et d'aviser à là manière 4© subvenir aux besoins de letat. Dan^ ces conjonctures, le p^rlenient stipula quelque cKose. en faveur de la liberté publique ; màii à la nouvelle de kj victoire de Lens \
1 Remportée en i 647 , $ar l'archiduc Léopold , par \e grand Gondé. Deux fois déjà il avait livré bataille ayec le désavantage du nombre'; mais il dit aux soldats : « Amis, souvenez-vous de Rocroi, de Fribourg •t: de Nocdlingen ; i.'et.le soniseiiir de .la.gfldîré ( enflamimaBt Ikurs ccéurs , les rendit indomptables. . .1.1 ^ ;' ^»{^'oitpei éJitéun) >
la Dégenœ changea' btefa tôt delâDgage»; elle violasses ^gagetneiiks^tetneisobgea. plus qu'à iaire serittr Xçs effets dé^sol^ reBBéntknent; aux membres qui avaient para ^ plus' Êé^éâ pour- le bien tde^ peuplés \ Touce"fois / eraititê de ;tumnlte sifba^irehait à^e saisir «urlé-chaûfp cl^ïléum'pr^rsottiiesy^ dlfe- dîffiéfa If^éGÙition de son dessein ju&^n-àu^ joibr^idu T^r/^^ii;?!^
chanté pour cette victoire y 'j<>uîfva« quel ^plusieurs ooinpagnies de 'gardes^ se troiivai;éntipré4?es » obéir au premier signal; > .^ ^1 : -^ - •• - .'.în;;
Soulevés contre roppréseicn^tte'Gharles I^Vi'^ Écossais lui ayant^^û'vpyé «n6' supplique h Yt^tic\ poiir obtenir le i^edi'eâseinent^de iéur^ignèfs , iteçut* rebt leètte' réponse i'k Qu^lerôi, «ôtfjotirs disp^o^d faire droit -à sQifipiu^lev dlesirâit-èounaitre^s^eé d^^ mandes.»: Sa iinéme 'tëmpa^âl' fbnda'les gentib^^ hommes du'Ybrkàbirov^^ s^^éfenç^î^de -Ifs iâoule>^((r contre* iles Ëdos6âlsr>>!Bdis'^ibie<^ay4i 'd'assembler ^jé^ paird d'Angleteirre^fi&oiùn eii'ôbtenibqtielquei subsidéi ïnûn'y ohh^'ÙEiiybafAtAer^ il^t^hclrgea sesicommis^ sàii^s ) d€^ ne V fctatutrrt i^ivi: tâttim^d ^ poiiil^ k^pitld'; it <fi|: trainer p»; loÉiguenfltes^pi^limid»il*é^), déttiMâs^qu^ lès anxiéês foss6iiit(ËoéiMtté«sf' ^qiiifetiAr^des corré^-( pdndabces^ sècrètes^qv^ci (le > parti ^ ^entf^wiï. pa^ ^ l'èn^trei»r«etie(l^6htr<^/«t fi«|eoifcdKii^ qiïéiter^ûll <§ié rà ) Téduit > k 4à^daUièrei fiâ«ti^éAïi«é;' Al péinë^ j^'^ p^i^ lemenod'Anglëterf^ tvàÀl ^atiemMéi/ iqwi Chatlës
1 Les conseillers de Broussel , du Blaiic-Méiiil , Chartou , Laine et Loisel furent arrêtés. Histoire du cardiAifiJUj/^in, l r > ^.i-.j.i
l'invita à se déclarer contre les Écossais ; il protesta qu'il était résolu de gagner l'affection de ses sujets anglais y et promit de redresser leurs griefs. Mais voyant échouer toutes ses mesures, il se retourna vers les Ecossais , travailla à corrompre leur armée ^ tâcha de l'attirer à Londres pour s'emparer de k tour et se saisir du parlement ^
Alarmé des préparatifs du prince d'Orange , Jac^ ques II chercha à se réconcilier avec l'église angU*cane. Dans une de ses proclamations ^ il invita ses sujets à mettre de côté tout sujet de crainte, de jalousie et de haine. Pour regagner leur affection , il rendit à la cité de Londres la chartre de ses privilèges , il en rétaMit Tévéque j et fit élire lord-maîre un homme agréable à la nation. Â mesure que ses craintes augmentaient , il fit avec regret quelques nouveaux pas : il cassa la cour de haute commission , il ordonna à l'évêque de Winchester de rétablir sur l'ancien pied le collège de la Madelaine, et aux k^rds lieutenans des différens comtés ^ de rendre aux cor* pôrations leur^ anciennes Chartres. Les places de ju^-derpaix^ de m^ire^ide^grefiBer, etc. , qu'occu* paient des catholiqiie^ romain& y. furent données. à de^ prolestans. Ainsi) réduit par la .nécessité àrdétruire lui-même sojaupropre ouiçri^e, il parut relever le temple de. la liberté^ mais Cêjbte réforme ne dura que jusqu'siu uicmTeol où il fut en état de lé reaversef sans opposition. "-* A peine la nouvelle de la disper-
^ Rushworth, vol. 3, paf. 4391 . >'>
sion de la flotte du pritice d'Orange fut^elle arrivée , qu'il révoqua plusieurs concessions qu'il venait de faire à ses sujets : Tévéque de Winchester fut rappelé y et la restauration du collège mise de côté sous de ridicules prétextes. Lorsque les troupes hollandaises eurent pris terre y comptant sur la supériorité de ses forces, et apprenant que la cité de Londres préparait une adresse pour le priera d'entrer en accommodement avec: le .prince, il déclara qu'il regarderait comme ennemi quiconque oserait lui donner .un semblable «conseiLi Ces troupes ayant été renforcées par une multitude d'Anglais , et quelques pairs ayant présenté une pétition pour le prier d'assembler am parlemeilt libre , il leur engagea sa parole royale qu'il s'empresserait de. satisfaire à leur prière aussitôt queks Hollandais auraient quitté le royauBoe; puis il se li^tade publier une prodan^àtîon pour ordonner Félection des meaîbi<es du par^ lemen^. Mais se repentant bientôt de s'être si fort avancé, il fit brûler les sommations qui allaient être adressées auK électeurs. Enfin ,^ force de prendre la fuite , il jetia , eii s'embarquant, le grand sceau dans la Tamise, afin que rien ne put être fait légalement en son absence ; il quitta le royaume y et s'en alla implorer l'appui des puissances étrangères contre son propre pays ^.
Les princes s'apprétent-ils à réduire leurs sujets par la force ? 11^ se plaignent d^être obligés d'avoir
t4iid)'a.qnHl3tjp'oAt teoyueucpiejlèbbi^n.d^^ péu-^
paur i^sb^MïbterJeursl £s»rcés :.;:.: . J ;
- i ! lSitolie»triWe9ifirt jeij» su|)émicîté ? Ils parlent en tnaltr^i^^^'.ilsj 9iQJ^iià^BS'isi.bonchB qœ .Les< mois d'obéis/statitei^ d^ dbvoîr;Mdfi âOjiijBaifisioa* k leurs ordres ^ ife>'ep^êfît'qii'jonls'iaJbapdQDBe à disciléti^^ il^ veul&Qtjqu;'o]l>n& tte])De(iie|i qhe'deJeur bon^kisir. Sif rdnjiiëfuftey;ilsfliqiit()inaifc£uer.des troupes >'pour. ap«- ^liyer :le^r&r^p^éteiitiojld tjlraiiiiiquésl; :^t souventits timplJaplu^ tànkellé. ^en^edhce de* la Tési^aticeiqfi'oii
-iwl^Jfk ftGof^iP Cfaavleb l%i^hnt'^épmw[é^ beauôoop d/c^pp^itiiQn' des la!part!da.pmleineiit: y sérk aviec -rif §U!^U^QQQlarèiksiI)6mbc€iicpàtri6tes> ^ thème temps itr;imftliaf ^fteripQOcflàinptibn;io(ufil cdnclut; ewétmnant à\f0^i9i/Hw^£aisma*afiee dxttnSôhg^ et en
par une .députation , quç depuis tong-tcmps le roî voyait . avec une i^^ '^mme^ \MiéPéèhkuK6y'^i}^e ; ;4i¥yé 4effàît là -fil. dé «e^lfiiagttuts àtt)r(d»/i^£ lô^'^it'Â diiraitit^oàvéMo^î^il^'prévvBiir'Ies
leur persuader qu'il ne se refuserait à aucun sacrifice propre à ramener la paix, il proposa de nommer des commissaires poiirUraiter avec ceux cîik'lUeûr^4^kWi?«)ÀWiM7^4bïM;ri->^ -'lor.i'Ki •• •
li^. Npfi v^<>iÂld9ia>sitÀH> idl»)$<f^«ttiq citJBa iMere ehëCjKrôliââ:^}, dit Machiavel dans son Prince ; et cet avis barbare, ceux qui commandent ne le suivent souvent que trop à la lettre.
* L« plus sûr moyen d'asservir les peupips libre* , •C*«Jt»«!|i>1V« ^uiliVi^) {J^fVétfWccfit.)
lui eonseiUàaâ del'jattendre ^dela ^dèmenceÂu Toi\ et non delà fQrce\de$ lois.
\a régenee., ajast si squveDt manqué à la foi pu*bUquè>iet£rassé.&a pafôle auisujet des emprisonne* nleos-f •ré&olu.t lenfin:. de 3e vYeiigQix ides^ Frondeurs: Mai^9'poarne:pàs ae^iiuTer^eiKveloppée elle-même dabsl'or^age. qa'eUe/aoiasBaii; fiur. leurs têtes , eUe SQi'tit-de Pisoris j^: fiiti bloquer :.lk ville par vingt-cinq mili&ihomhie&t) «lui Aôtipa.les odTres, et refusa tbutp espèce d'accommodemens.
iDabsla^dernière; révolte de Naples, le vice^roi se prév^lant de la^ trapisaction qu'il venait' de Êiire avee 4^n2iieilQ.Âmàlfi> l'efatgagea. dvec adresse à ravitailter lesjcbiâteaux:; ensuit^ V loin de, faire venir d'Espagne , selon sa promesse^ la ratification du traité^ il demanda du secours ; puis , de concert avec les troupes- de Jean.d'Autri.Gh^^ jll, attaqua les Napolitains^ battit leur ville en ruines , et mit tout à feu et à
. . .Lo^sg^je .I^liil|ppte)iy leut consommé les trésors des IjQflâs^ épVfisé jl^ Q^^tHl? ^% aliéné partie de ses, états, pp\^*t^s9pfgi[]ir^;l^, /guerre». désastrei^i^ qu'il avait. air lupaéç ;^cpmroe, les Catalanes s'opppsaient à ses vexa^ tlpnft,. il en cjxigea une somme; îj^iiççnsc;^^ sous. prétexte ; qu'ils éjt^ienit .inutiles à la patrie; Indigo^s^ dfs cette violation de leurs droits , quelques-uns de leurs députés eurent le courage de faire de fortes remontrances. Oncles artôta sur-le-champ ; à cette nOu-
^ L* due d*Arcbs. Giâimone, Hist. dé J^aples; et M^ifnàffe's èfa^daé'îk
velle , Barcdonne coiirt aux armes , soulève le reste de la province , et fait main hscsse sur quelques Castillans. Pour en tirer vengeance , Philippe fait marcher des troupes contre la Catalogne , avec ordre de mettre le feu aux. maisons , de couper les arbres , de massacrer les hommes au-dessus de quinze ans, de marquer les femmes aux deux joues avec un fer chaud ; et ces ordres barbares furent exiécutés dans quelques villes ^ avec un rafiSnement de cruauté qui fait frémira
Ainsi , tandis que le peuple n'a que ses réclama* tionsy ses clameurs, ses suppliques ,. ses soupirs , les princes lui opposent une infinité d'artifices : le jnoyen qu'il n'en soit pas la dupe constante y l'éternelle victime!
Empêcher le redressement des griefs publics.
Dans le système du cabinet , les attentats faits contre les peuples , quand ils restent impunis , acquièrent le droit d'en faire de nouveaux : aussi , lorsque les griefs publics sont portés devant lé grand conseil de la nation, pour l'empêcher d'en connaître le prince s'efforce-t-il de le distraire en mettant devant lui quelque objet important ^; ou bien il en-
^ Pardcnlièremeiit à Tortose.
2 Désormeaux , Abrégé chrpnoiogifuê de f histoire S Espagne, ^ C'était rtm des artifices ordinaires des princes de la maison de Stnarty de presser l'acte des subsides, lorsque le parlement entrait en matière sur les grieft de la nation; et il n'y a rien qu'ils ne missent en
gage le président de lever la s^nce ' , lorsqu'on est prêt à en venir à quelque vigoureuse résolution. Si cela ne réussit pias, il essaie de diviser les membres du souverain ^ en excitant ^^ jalousies eâtr'eux, en corrompant les uns par des promesses, en intimi^ dant les autres par des menaces.
Cela ne suffît-il pas encore? Il tire de l'assemblée les plus zélés patriotes, en Içs nommant à des emplois qtii donnent Texclusion ^
Enfin ^ lorsqu^il ne lui reste aucune au tr« .ressource i il en prévient les déterminations, en le dis-
solvant^ : ... »
œuvre pour gagner ce point , jusqu'à tourner contre le corps législatif la noblesse de $é5 sentimeus. ■ '
1 Dans les étemelles disputes de Charles 1*' ayec son parlement , lorsqu'un orateur patriote avait ému la chambre basse, crainte qu'on n'en vint à quelque résolution vigoureuse, ce prince avait engagé, l'orateur d'interrompre tout débat en levant la séance; artifice qui fut souvent mis en usage , surtout lorsque les communes voulurent connaître de l'infraction à \si pétition des droits. {Crews Proced. of Gommons,)
2 C'était la méthode favorite de Charles l '^ , de travailler à exciter des jalousies entre les deux chambres du parlement. Dans ses harangues, toujours il flattait les pairs, il les faisait souvenir de leurpréémînejjice , il leur représentait combien ils étaient près du trône , et il les invitait à le soutenir contre le peuple.
3 Lorsque Henri VIII, Elisabeth, Charles I*^^, Charles II et Jacques U trouvaient beaucoup de résistance dans la chambre des communes , ils envoyaient à la Tour les membres qui se distinguaient le plus par leur zèle patriotique.
En \ 625 , Charles J"', trouvant une extrême résistance dans la chambre des communes, nomma shérif de comtés sir Edward Cook , sir Robert Philips, sir Thomas Weniworth, sir Francis Seymour, chefs du parti populaire, afin de les rendre inhabiles k siéger; puis il se détermina à convoquer le parlement.
4 En 1 605 , les ministres de Jacques 1*^ pressaient le parlement de
coqtfreikwuy^^ilipwrsoii prép^ œitlistre, çt qui ne ft>0^ quiQ ! tr&P' > seoSir; ila aébe^sijté îadju^nsable^ m est tdwLÉô as*^p^^« i^atio nale), dQ â^ftéecrver eipresséùienl: $»« poliae. ^téiHeiire , 1^: i»Qiimiatioii: fde ses officiers, et le droit des'asâeo^ar/id'eUe^méine à d^^ jégpqjues^ fiies ;t eïivne^ leisaapt; ^iii jNçioçjB que le di:Qit;4îy parMtçe e»rs»jtt« ; ,:;:;: liîîîo.'! :. . : , .
Lorsqu'il ne peut dj5»>}}dr0jl'&2ii^inÛéôJiâtj.oaalle^ ^t quft te ;g(WjY(e»wm«»t , ift^cufté id^pBiôlversatîon , ertiii^qéjde «€*d^0 fjÇfHlïpt^^i ilî^^t^Q.àl: justifier ses ministres 9 à jeter un voile sur leur gestioppi : ebi.r minelle, et à les soustraire à l'examen de leurs juges \ S6bpçonne-t-il la fidélité de quelques-uns de
subvenir aux besoins dû roi. Mais comme la chambre des communes sentait la nécessité défaire précéder au Bill des subsides lé redressement des griefs nationaux, ari milieu des débats, ils firent répandre r'alarmë'que té roi avait été assassiné à Qking. Les membres, dupes, de cet artifice^, ne cessèrent d'envoyer aii conseil ^message sur message, pour s'avoir lé vrai de l'affaire. Bientôt la nouvelle devint douteusç. Peu après, îàcquéâ fît dire qu'ail serait à Londres dans lai journée *.
Mais avant que lés esprits fussent 'remis dé leur surprise, et. que leur joie fut i*efroidie,' les ministres poussèrent avec tant dé cba}eur.le bill des subsides , qu'il passa malgré tout ce .que les membres clairvoyàns purent faire pour dessiller lés y'eùx Sç l'aveugle muHitudë. A. peine eut-irreçu l'a sanction royale, que le parlement fut prorogé. Siraws annaîs; Parîiam. hist.
* Oa voit qae de tout temps les niscs des tyrans se ressemLlnat ; les roueries royales (le 'notre ëpoqué Tàltestent ; témoins , pouf ' lifc* parler que ne ce qoi'nofcrs concéitee, la faufss iiq^vcne d'une vidtoure reniportee parles 'Polonais snr le. Mâànt dm Novâ, ctlk fumeux coup de pi^to.let , si niaisement prépa^ré .par un gouvernement qtù , chaque maf tin, improvise son etistence pour la joprnëe. {Nouuel éditeur,)
* Charles II j craïgnant que ïe parlement ne prît à partie le comte de d'Amby, que. le soin de sa justification aurait pu porter à révéler, les
— iTi —
sesagens, crai&te qu'ils ne viennent à révélei^les terribles secrets qu'il leur a Confiés, il seliâte de' les prévenir,, en tés. accusant :eut-«néhDe6 de .màlveisa* tion-^. Vientron à faire de fuiiestes ^édoûvei'tes^âl jette ;toutlel)lâduie sur sès.mauivai^ conseiflepS:9^il demande qu'on épargne son iionnâur; ponr. disposer les juges favorablement , il feint de réformer le plan
de son adrainistratvw ^ ij c^^che à se justifier en
promettant justice, il demande que l'on se fie à sa pargle V, ftt, san&jbopte.^^.se.p^ijurerîlâchttem^nt, U ', prtod 1q ciel: à . .téHipin,4ç: 1^ pureté dç ^^. ior tentions» ■■ " *i ^ f »..,»- s 4^-.% <•? ♦ ;',»,'. /. » .
' ! il
,,.£i l'on .r^fH§e,^^:;S^ payflç de .pr^nï^sge? :^^i*e^ , il.ofjfr§ un é(pt\yf!imh^ h sftji^çtioi); ;deiB(9ndéç ^ U f][iit; quelque; conceçsipn. spéçiçuqe»
intelligeaces secrètes dû' t-Wi âvfec • ïa î cotrr de France -, * lài fit iexpédier un pardon général pour tout ce qui s'était passé. Rapin , yol. 44, -pagi 'l'Os.- • Ji'' '• ' '•• -■'■•;•• ' ''■■'." r- • . • . ,/ • '
. -^ Charbes lei, craignant que le cointé de B^stol 'ne révélâti^les. secrets ■ée là criminelle .aobmiiistratioD de' Buckingham, prit les devans, et aocosa*! lqi*«mème.,le . cùmte de hàutci -trahison : deyanjt ' la chambre des pairs;; iiiiahwôrjtih^ vol. 4 , pag.'268 , etci '..-'..■''. ' ' ■ ^ Iprsqae les! oomauioes pouf sniidrent le. comte de d'Amhy • par àiU tf^àtiéunden^y- Ghairles IIvcofaerciiàBEt â^ooiriurer l'orage, fit* croire âni ffavleiaeiit ^'il Jetait ^^Âniné à changer son plan d^admkust^ratioÀ: •Pour amuser< * ie^ pxblixa: ^: > il ' forma s m^* nouveau ' conseil , ' àaXLs Içqtiel^ il «ippela quei^es^uns'.desj patriotes ^/avaient le plus frondé sa con^ dluttQ ^ tels kp» ;le8 jcoibiies d'Ëssex- iet; de Ghallbn^» M^is ^il' ^ut soin* de s'assurer JdeJa maiovité ,< - doi^t xiaxk: pem ( nombre s«ul .fut dans - sa con*fidënèfci'. •'. .;•'!;' J '• j f;;r .»'....!' rlji.' .i.-' ,....;•:: -. . ■'. ^' • ' '
3 C'était la coutume de Jacques V^^ et de sies trois successeurs, d'assiiser le parleàient qu7il serait aussi jaloux de iieiirs privilèges que de ceux dé la.'coiirdnne, dans le temps mente qu'il Ibs violait avec U plus d'ai^daice. ■■■',' •' ■. •
Après tai^t de vains efforts pour se dispenser de redresser les griefs publics, est-*il enfin obligé de souscrire? Il cède à la dure nécessité; mais > il n'a pas plus tôt aperçu les conséquences de ses concessions , qu'il chercbe là rei/enir sur ses pas^ et ilpoursuit ses actes arbitraires .
De rignorance.
C'est par Topinioii que les princes régnent en maîtres absolus. Eux-mêmes sont bien convaincus de ce principe : ils ont beau être entreprenans , audacieux , téméraires , ils n'osent pas violer les lois de propos délibéré. Quelque crime qu'ils commettent toujours ils tâchent de les couvrir d'un voile, ei toujours ils ont soin de ne pas révplter les esprits.
^ En 1628 y les communes ayant résolu de ne point accorder de subsides à Charles 1'-^ , qu'il n'eût consenti an redressement des griefs publics, au lieu de donner sa sanction à la pétitio» qui devait lui être présentée à ce sujet par les deux chambres , il £t tout pour les porter i s'en départir. D'abord il cajola celle des pairs , afin qu'elle engageât celle des communes à se contenter d'ane confirmaticm de la grande •chartre oa de quelque autre concession ; ensuite i pour éluder l'effet de la pétition, il écrivit aux commuiies qu'il ne pouvait se désister de sa prérogative d'envoyer à la Tour pour &àt de matières d'état; qu'il promettait de ne porter dorénavant aucune atteinte aux -droits des citoyens , de ne point punir de la priscm le refus de prêter de l'ai'geol: , de rendre publiques les raisons des emprisonnemens , aussitôt- qu'on le pourrait sans inconvénient ; puis il ne cessa de les faire solliciter de se confier à sa parole royale.
Quand là pétition eut passé dans les deux chambres, les communes , au moment où elles se flattaient de recueillir enfin le fruit de leur patriotisme, reçurent pour réponse : « Que le roi voulait que justice fiât
L'opinion estfondéesurl'ignorance, et l'ignorance iavorise extrêmement le despotisme ^.
C'est elle qui, tenant le bandeau sur les yeux des peuples 9 les empêche de connaître, leurs droits, d'en sentir le prix et de les défendre.
C'est elle qui , leur voilant les projets ambitieux des princes 9 les empêche de prévenir les usurpation^ de l'injuste puissance, d'arrêter ses progrès et de la renverser.
C'est elle qui, leur cachant les noirs complots , les sourdes menées , les profonds artifices des prin-
rendue suiTant 1^ lois du royaume; que ses sujets n'auraient à se plaindre d'aucune violence ^ et qu'il défendrait lui-même leurs droits avec autant de £èle que les prérogatives de sa couronne. » Enfin , voyant que son projet de faire venir en Angleterre un corps de cavalerie allemande était éventé , et qu'on lui attribuait publiquement les plus noirs desseins, il acquiesça à la requête des communes. Mais n'ayant pas pesé d'abord tous les articles de la pétition qu'il avait sanctionnée , il se rendit en hâte au parlement, et protesta qu'il n'avait point entendu renoncer au produit du tonnage et du pesage , et il or* donna que sa protestation fut insérée dans le journal des Communes. Ensuite il fit saisir les marchandises de plusieurs négocians qui avaient refusé de payer cet impôt illégal.
^ Jamais âge de plus crasse ignorance que celui du règne des barons, «t jamais âge de plus dure servitude. Mais lorsque les lumières commencèrent à percer, les peuples , mécontens du gouvernement, arbitraire de leurs maîtres , voulurent avoir des lois , et ils en eurent.
Ce fut au sentiment profond de leurs droits que les Catalans durent l'impatience avec laquelle ils supportèrent la criminelle administration de Jean II, et la hardiesse avec laquelle ils .le déclarèrent indigne du trône. C'est aux progrès de la raison qu'on doit la chute de la dominalion tyrannique de l'évèque de Rome , le renversement de l'empire des prêtres ; et c'est aux progrès de la philosophie que nous devons le ret o^r de la liberté parmi nous.
ces contre la liberté, leur. fait donnefr dans toutes les embûches j et se' prendre perpétuellement aux mêmes pièges. • • ;
îG'est elle qui, lés rendant dupes de tant de préceptes mensongers, leur lie les !mâins y plie leurs têtes au jougj iet leilr foit recevoir en silence les ordres arbitraires des deëpbtes. ! ' î
C'est elle, en. un mot, qui les porte à* rendre avec soumission aux tyrans tous les devoirsqu'ilsexigent,€t les fait révérer du crédule vulgaire comme des dieux. - P<mr soumettre léa hommes-, ou travaille d'abord à les aveugler. Convaincus de l'injustice de leurs prétentions, et sentant qu'ils ont tout à craindre d'un peuple éclairé sur ses droits,' les princes s'attachent à lui ôter tout moyen de s'instruire. Persuader d'ailleurs combien il est commode de régner sur un peuple abruti, ils s'efforcent de le rendre tel. Que d'obstacles n'opposent-ils pas aux progrès des lumières? Les uns bannissent les lettres de leurs états; les autres défendent à leurs sujets de voyager ; d'autres empêchent le peuple çTê réfléchir ,
^ La tigueur avec laquelle les csars ont baimiJea sciences de leur, emfnre, et défendu à leurs sujets de yoyag;ec cbez l'étranger, sans, nue» permissionexpresse, a extrêmement contribué À entsetenûr cette crasse ignorabace où iU «ont encore aujourd'hui, et cette •honteuse, servitude qui les déshonore. Au zèl« que montre Catherin^;à protéger les let-^ très , on pourrait croire qu'elle cherche. à se^elâdier <de son autorité^ et à renoncer au despotisme, si sa manière de .gouverner ne. prouvait* trop que ce n'est pas là son iijKtehtion. Elle vient d'ouvrir des écoles , de fonder des académies^^ d'ériger des cours de justice; : m^s c'est pnesprit d'imitation ; elle veut établir che^ elU ce qu'elle toit établi
en l^amùsant coatinueliement par des parades, des spectacles 9 des fêtés, ou len le livrant aux fqreurs du jéu^ : tous s'élèvent contre les sages qui iCOtisacrent leur voix et leur plume à défendre la cayse de laliberté. Quand ils ne peuvent empêcher qu'on nfe parle oUiju on n'écrive, ils opposent l'erreur aux lumières. Quelqu'un vient-^îl à se récrier contre leurs âtteriïat^? D'abord ils lâchent de gagner les crieurs, et d'éteindre leur zèle par des dons , surtout p$r des pi^omesses. . Si la vertu des mécontens est incorruutible, ils leur^ opposent des pktmes mercenaires, de vils écrivains, qui, toujours prêts à justifier l'oppression, insultent aux amis de la patrie, mettent toute leur adresse à dénigrer les défenseurs de la liberté , qu'ils traitent de perturbateurs du repos public ^. Si cela ne $uffit pas ^ on a recours aux expédiens leis plus affreux, aux cachots , au fer, au poison.
ailleurs. Gomme les autres princes , e^e aura donc des écoles où ron enseignera tout , excepté les droits du citoyen et les droits de Thomme.
^ Crainte que le peuple ne vienne à connaître ses droits et à sentir sa force , c'est la maxime desTénitiens.de l'occuper continuellement de fêtes 9 de spectacles, et de jeu. Chaque mois de Tannée, on célèbre à.Vemse quelque solennité publique; chaque mois de Tannée , on y tire une loterie publique; et à certaines époques, lès spectacles sont si multipliés , que Ton est embarrassé du choix.
2 Ce passage est applicable à un grand nombre d*écriyains , mais nous l'appliquerons pardculièrement au Journal des Débats; on ne saurait trop marquer au front le rédacteur en chef de cette feuille, ainsi ^pie la lâche et yile bande d'écrivains qu'il traîne à sa suite, tous payés pour imprimer le mensonge, défendre Timprobité, insulter la patrie et ses défenseurs , et se faire les méprisables et dégoûtans suppôts de tout ce qu'il y a au monde de plus méprisable et déplus dégoûtant
(Nowel éditeur,)
Fermer la bouche aux mécontens , c'est bien empêcher que le peuple ne se réveille de sa léthargie j et c'est à quoi s'attachent ceux qui veulent l'opprimer. Mais le point principal est d'ôter les moyens que l'incendie ne devienne général , en s'oppôsant à la correspondance des parties de l'état. Aussi les princes ont-ils grand soin de gêner la liberté de la presse.
Trop timides pout l'attaquer d'abord ouvertement , ils attendent que les citoyens en fournissent un prétexte plausible; et dès qu'il s'ofire, ils ne manquent jamais de le saisir.
Un livre contient-il quelques réflexions lumineuses sur les droits des peuples , quelques peif sées libres sur les bornes de la puissance des rois, quelque trait saillant contre la tyrannie , quelque image frappante des douceurs de la liberté qu'ils cherchent à faire oublier? A l'instant ils le proscrivent comme renfermant des maximes contre la religion et les bonnes mœurs \
II s'élèvent contre tout écrit capable de maintenir l'esprit de liberté, ils baptisent du nom de libelle tout ouvrage où l'on entreprend de dévoiler les té-
^ Je ne sache rien de plus ridicule que de voir les princes se servir de ce prétexte pour tyranniser les peuples. Vraiment ils ont bon air de se donner pour les défenseurs des bonnes mœurs ; leur conduire ^t si édifiante , ils sont si scrupuleux de ne point dépouiller leurs sujets , de n'en point débaucher les femmes, de ne point corrompre les mamstrats , de ne point ordonner de crimes ! leurs sentimens sont si droits, leurs actions si irréprochables , leur vie «i pure , ils ont Tàme si noble, le cœur si élevé, ils sont si passionnés de la vertu !!!
n^breux .flaysiter.es du .ççuvernçn^eot; et .spu? préti^xtei^^ réprimer la jlicence, lia. étouffent la liberté eii'3éyîss^,iit contre les. auteurs '. . ... > .
IJs, font plus : pour maint€;nirles^ peuples d^^s l'ignoranôe, et ne laisser aucune porte ouverte ai^x vérités utiles 9 ils élablissent des inspecteurs de la presse , des réviseurs , des censeurs de tous geixrès; vils argus qui veillent sans cesse pour le despotî^e contre la lû>erté.
• ''iT*' *
' Telle fut la maxime des Décemvirs. Voyez les lois des Dçuse Tables. ' ' •' '
' Animé du méime esprit qu'eux ^ Sylla augmenta les peines [portées contre les écriyaîns satiriques ; Tibère , NéroU , Caligula , Domitien, etc., les rendirent encore plus rigoureuses.
En 1622, Jacques 1er ordonna «qu^aucun prédicateur ne s'avisât, dans ses discours, de fixer des bornes à Tautorité, aux prérogatives et à la juridiction des souverains, ni de se mêler des affaires d'état ou des différens entre les princes et les sujets , à moins que ce ne fût pour prêcher l'obéissance.» En même temps, il fit restreindre parla chambre étoilée la liberté de la presse , et il persécuta, avec barbarie , ceux qui osèrent s'élever contre l'oppression. On sait l'horrible supplice qu'il fit infliger à Alexandre Leighton , pour avoir écrit contre l'abus du pouvoir *.
Après les troubles de la Fronde , Louis XTV établit des commissaires , sous le nom de chambre des vacations , pour supprimer les écrits qui couraient contre le prenuer ministre.
Dans aucun état, à l'Angleterre près , on ne souffre pas qu'un livre soit imprimé, sans l'approbation d'un censeur **.
* Ce lb(^ologien écossais du xni* siècle , est auteur de deux ouvrages, la Défense de Sion , et le Miroir de la Guerre sainte, G^est pour ce <teraier , dans lequel il s'ét/Ht permis d'attaquer ^autorité royale i quHl fut traduit devant la chambre étoiUe , et condamné par elle à une détention perpétuelle , A être fouetté , à avoir le nés fendu et les oreilles coupées. Partisans de la monarchie «c'esl là sans doute ce que vous appelez des
gentillesses royales , des délassemens de monarques 7
(ifoupel éditeur.)
** Dieu merci , nous n'en sommes plus là ; nous avons brisé cette chaîne « et nous rn
avons .jeté les débris , comme par défi, à la tête des rois. ^Nouvel éditeur.)
la
Patiatt-UdanfrFétrEiiigei><îuelqu'écrït contre la tyràhtiie? iU en'fbnt suppriniëi* Véditioh pat^ leùî's niinistres, et ils ne laissent 'Ci^oser- eta Véûte dans
iélurs états^aùctùi livre quin*ait îétë examiné pkrîéurs
. 1 , JFrédériç II fît supprimer, «» 1 773 , rédlUon d'ua ourvrag^comTe rinvasion de la Pologne. . .
' A peu près dans le même temps, la cliancéU'erîe de France porta lé dernier coup à la liberté de la presse, eu défendant là vente de toiit ouvrage étranger, avant qu'il eût été révisé par les censeurs. Le sénat de Venise et le pontife romain ont fait la même défense^ ,
Un des plus beaux privilèges des Anglais, celui qui contribue le plus à retarder cbez eux les progrès du despotisme , c'est la liberté de la presse. Cbéz eux, il est permis de recbércber publiquement la conduite du ministère, de dévoiler ses desseins, de sonner l'alarme, de noter les fripons sur qui doit tomber l'indignation publique j et tout le monde lit les papiers-nouvelles.
Ce beau privilège maintiendra long-temps la liberté chez, le^ Ajaglais; que ne sentent-ils toute l'importance de le conserver pr.écieusementl Si jamais le parlement venait à s'oublier au point d'y porter atteinte, il leur resterait un moyen de faire écbouer cet attentat. Dans ce cas , point de remontrances , ridicules démarches aui n'aboutissent à rieil , quand tout un peuple n'élève pas en même .temps la voix. Mais ïa nation doit elle-même se faire justice , sur-le-champ , en payant le bill de ses députés du plus profond mépris. Tout ce qu'il y a d'hommes sages et fermes, de bons patriotes devraient donc prendre à-la-£ois la plume contre le parlement , et toutes les presses du royaume devraient être employées à cette bonne œuvre.
Étonné de ia multitude des réfractaires , le sénat craindrait de.connaître du prétendu délit , et verrait en silence violer ses décrets. Bien plus , à l'aide d'une démardie de cette nature , il sentirait sa faute , rappellerait l'acte , et la liberté restei'ait triomphante. Mais dût cette démarche devenir périlleuse, je dis qu'il ne faudrait pas balancer à la faire. Quand ceux qui doivent maintenir les lois sont les premiers à les violer, que re»te-t-il à faire à de bons citoyens , que de mépriser ces faux conducteurs, d'embrasser les piliers du temple de la liberté, et de s'ensevelir sons ses mines?
L'imprimerie est défendue en Turquie , de crainte
que par son secours-, iebon sens ne triomphe de Ja violence 1.
Dans ks pays despotiques^ la presse ne sert guère qu'à river les fers : elle n'est peri&ise qu'ayx agens et aux créatures du despote , et seulement pour flatter son pouvoir.
Lorsqu'un peuple en est là, Texpérience ne le corrige point ; ni le triste souvenir du passé , ni le eru^l sentiment du présent, ni la crainte de l'avenir ne peuvent le guérir de ses sots préjugés. On a beau lui prouver qu'on le trompe, il n'en est pas plus sage : toujours crédule et toujours abusé, il ne sort d'une erreur que pour tomber dans une autre ; et telle est sa stupidité qu'il se prend sans cesse au ttiême piège , pourvu qu'on en change le nom.
Ainsi , par une suite de l'imperfection de l'humaine nature , et des lumières bornées de l'esprit humain, les peuples sont la dupe éternelle des frip^ pons qu'ils ont mis à leur tête, et Péternelle proie' des brigands qui les gouvernent.
Fausse idée de la tyrannie.
A mesure que les lumières disparaissent, la puissance marche plus a grands pas vers le despoT tisme.
1 Omar, pour favoriser l'empire de Tignorance, détruisit toutes les bibUoih'èqiws pour eil chauffer ses bains.
Si n'avoir pas une idée vraie de la liberté est une des causes de la servitude , n'avoir pas une idée vraie de la tyrannie en est une autre.
Les fastes de l'histoire ne devraient célébrer dans les princes que la modération , la sagesse , la fermeté à faire observer les lois , le zèle à faire fleurir l'état , la sollicitude pour le bien des peuples ; et elles ne ce-, lèbrent le plus souvent que leurs attentats décorés de noms fastueux.
' Elles ne devraient accorder d'éloges qu'aux princes qui se sont appliqués à gouverner paisiblement leurs états 9 et elles les prodiguent à ceux qui n'ont su que désoler. la terre.
Intimidés par la crainte, séduits par l'espérance ou corrompus par l'avarice , ceux qui écrivent l'histoire ne nous font point horreur de la tyrannie ^ ; toujours ils exaltent les entreprises des princes , lorsqu'elles sont grandes et hardies , quelques funestes d'ailleurs qu'elles soient à la liberté ; toujours ils élèvent aux nues des actions criminelles dignes
1 Ce fut par les ordres de Jacques I^^^, que Bacon entreprît l'ouvrage où il peint en beau le gouvernement d'Henri Vil.
Louis XIV alla juscp'à pensionner un grand nombre de gens de lettres étrangers et nationaux, afin qu'ils chantassent partout ses louange3y et célébrassent ses exploits. Avant lui, Mazarin, regardant le règne de ce prince comme sa propre administration, engageait tous les écrivains qui avaient quelque réputation à travailler, chacun selon ses talens , à l'éloge du monarque.
Voltaire n'a-t-il pas été soudoyé par Louis XTV, par Frédéric H, par Catherine II ?
Mab pourquoi des exemples particuliers? Les^ princes n'ont-ils pas
dui dernier supplice^ tplij purs ils propagent avec soin les basses maximes de la servitude.
Est-il question dc; go.uvernemens ? Us déclament contre le républicaiji , et préconisent le monarchique. S'ils parlent de démocratie , c'est pour représenter le peuple, toujours prêt à se livrer aux discours séditieux de quelques orateurs intéressés à h tromper; c'est pour comparer l'état à. un vaisseau sans ancre , continuellement battu par des vents contrairps sur uiie mer orageuse ; tandis qu'ils nous peignent les sujets d'un monarque puissant, comme une nombreuse famille qui se repose en paix sous les ailes d'un bon père^ heureuse par sa vigilance, plus heureuse encore par les soins de sa tendresse. .
Quelques provinces secouent-elles le joug d'un tyran? Ils traitent toujours les peuples d'esclaves révoltés, qu'il faut remettre à la chaîne ; ils repré^ sentent les généreux efforts contre la tyrannie, comme des rébellions criminelles ; et les amis de la liberté, comme des perturbateurs du. repos public; ils tordent les intentions des meilleurs patriotes , ternissent leur réputation , dénigrent leur vie et flétrissent leur mémoire , au lieu de rendre hommage à leurs vertus.
Si un méchant prince est déféré au souverain par quelque honnête ministre ; c'est à leurs yeux
tous des historiographes à gages ? Nous connaissons la platitude de Boileau , de Racine , de Vély , de Marmontel , et nous aurions encore sous les yeux les yils écrits de Moreau y si la révolution ne les ayait fait tomber de nos mains.
un maître infortuné trahi par d'infidèles > Serviteurs \
Puis, quand ils en viennent au prineig dont ils écrivent la vie , ils nous parlent avec emphase de ses minces qualités, ils exaltent la gilandeur de «es ^uès, ses soins paternels pour la gloire de l'état, ils mettent ses conquêtes au rang des ëvéitem^ens les plus heureux du siècle , ils les considèrent cùmme la plus belle époque de so/n règne; " ' ■ ' ^ '
Font-ils l'histoire de quelque grand- scélérat? & la force de la vérité leur arrache quelque aveu huihiliant , ils parlent si mollement de ses d^feuts , ils pallient sifort ses vices, ils exténuent si adroitement ses forfaits, qu'au portrait qu'ils en' tracent, on nq reconnaît plus le tyran qui fit frémir la nature. Sous ces règnes funestes, ce n'est point aux folies ^ 0UX scélératesses de ceux qui gouvernent", qu'ils at-* tribuent les malheurs des peuples, imàis à Pinfiuence fatale du destin 2.
Et comme si ce n'était pas assez des faux tableaux que présente l'histoire , partout Une foule d'écrivains
^ Les auteurs espagnols qui ont écrit l'histoirè des guerfes civiles de la Castille sous Charles-Quint , ont tous terni la mémoire du gêné» reux.Padilla; et presque tous ceux qui ont parlé du châtiment de Charles I'^"'' ont représenté comme d'infâmes parricides les braves citoyens qui le condamnèrent à mort.
2 C'est ainsi y ditVjàbrég^ chronologique de T histoire if Espagne, an suiet des violences d'Olivarès qui poussèrent les Portugais à secouer le joog, que le maître des empires prive de leurs lumières et de leur sagesse ce» ministres profonds , ces génies pénétrans , lorsqu'il veut hTiêër ou donnet des sceptres.
ne.âonsulteotquQ leurs bas3e» pas4on$^ v: h^m^tes^ sent cbi; ââgoxrner le ()^p(>Qti3| Ijes: auteurs dans le»^s dé(iiçab^s y'- tes poètes <tens leurs vers , le3 vbér teUr&^bibs leurs discaurs, chacun lui prodigue à L'eiiyi'SOfn «nceos^^ et lin donnent les jooms les plttst âalàlfiars^;- ils rappellent ;le père de ses peuples^ il& bîeafaitenir .dè»rfaunis^nité/UdhieaieBt de seta siècle v et nous avons la sottise de les croira^ ! .
S^te^u même mfet
^Qiaaiïd'tfhTÎmàîMear affamé obtient quelque ^i^-i siôn i'+oWI%a bien ; 'fcï^rôùle des malheùréui dppri^ éWsyVéïcésv dê^cîùîlîësV gétoit en siîénce ; ettahdîS àu^ 'îës ^duirîr^ tîfe céi infortunés se- perdent éibiiir le cHàùiuë, *ies élôgésdè- l'indigne adulateur Volértt eti
tous climats siir te» aîites de la renoïnméë. ' ' ' 'ô
'^D'ënàiùrèir les noms des cKosès; " "^ "*
' 'Peu ■'d'hommes ^ômt des idées saines des choses;' la plupart ne s^attachent même qu'aux mots. Lés Roihâins n'accbrdèreht-ils pas à César , sous le titre d-èmpereur, le pouvofr qu'ils lui avafent "refusé sous* cehiîdéroi^. ' ' ' ^ * *
'/^ O YM^s y boqnes geaSs , qui croyez encore ^«'cm 'roi- ^est lé père de
son peuple, ne sentez-vous pas le rouge monter à votre front? Ah ! si
jamais la lumière vous apparaît , c[ue vous serez humiliés d'avoir pris
tant d'infamies pour des vertus ! ^ . {Noupel éditeur.) ,
^ La preuve qu'ils ne crurent jamais a^oir fait ceep'iJis venaieul
Abuses par les mots, les hommes 'n'ont! pashor'^' reur des choses les pluâ infâmes /-déeoréè' debeàffix Moins; etils ont hoi-i^eùi* des chpsesi l^s pluslouablesv décriées par dés noms odfeuxr Aussi lartiftde ordi-J nairp des.cabinets est-^il d'égarer I^s'peupiesreni pervôr|:îs^ii«it le sens des mots; et sb«i|V|3nt des;ho9»IAeb 4e léttnes avilis ont l'infamie ^de séidiargerdei ce coupable emploi. ■.,»
En fait de politique , quelques vains sons mènent le stupide vulgaire , j allais dire le' monde entier. Jamais aux choses leurs vrais noms. Les princes , leur^ nji^oistres^ieurs agensy Jiears £Iattmiry$«;.l{^9rs valets y appellent art Je régner celui: d'.épuiser. les peuples I de faine de sottes entreprises ^ d'aificbei;.i^i]^ fasJte^^andaleux 1^ et de répandre p^r^iiut la terrejjur^ po/Â^^s^^9 'l'art bpnteux de ;trQiçper le^ ihonimes^ gouvernement y la domination lâche, çt.tj^rai^ifiquej prérogatives de la couronne ^ les droits usurpés sur la souveraineté des peuples; puissance rcyale ^ le pouvoir absolu; magnificence ^ d'odieuses prodigalités ; soumission', la servitude ; laxa^ié jlà, prostitutioçi au?; ordi^es arbitraires; rébellipnj la ^délité aux lois; révolte^ la. rétsistance à Foppres§iou ; discouf;s\ -.séditieux , la ^ r^éclam^tion des droits de ^\io\xixxi^\ faction , le corps des citoyens réunis pour défendre leurs droits ; crimes de lèse-majesté, les mesures prises pour s'opposer à la tyrannie ^ charges
de faire;' c'est que lorsque César essaya ile se faire poser le diadème sur la tétfe ,' ils cessèrent leur» acclamations.
db^^tf/â^,lé&> dilapidations lie la cour et du 'cabinet ; conuibuikms fhibliques , les exactions ; guerre etcoU' fuête^ le brigandage à la tête d'une ai*mée ^ y irrt de négocier, Fbypô^rlsie, l'âstUce, le hianque de foi^, la perfidie *«t leis tr ahisohs ;^ c^dfe/^j ^V/o/y les outragesy les meurtres et les empoisonneniens; officiers duprihçe^ %e% %Bi^\\\\^^^ "ùbJkr^ateurs ^ ses espions; fidèles sujets^ \^SK^\xf^\}^'A\y despotisme; mesure de sûreté^ l^^ veiii^efrches inquisitoriales; jE7wmftV)/2 des séditieux j le massacre des anih de la liberté. Voilà comment ils parviennent à détruire rhorrëùr qu'inspire l-image nue des forfaits et de la tyrannie.
Deilu superstition. * Cf.
Ç)n^he saûïtsiit' réfléchir sur' laf marche de la puissance au despotisme, saris réfléchir en même temps sur la force de Fojlinîon. Que ne peut-elle pas sur
;.1tJL» grandeur dû crime est laséul€>'4tflférence qu'il y aitf entre ùw conquérant m un brigand : tôvi^efoi»*nouf respectons ceux qui volfnt à la tête d'une armée , et nous méprisons ceux qui volent k la tête d'une simple bande; telle est même la fausseté de nos idées, que nous n'ijtons 'aucune autre règle pour distinguer un criminel d'un b^ros. De là le mépris que nous avons pour les petits délinquant ,,?triuinii« ration que nous avon^ pour les grands scélérats ; mais c'est dn crime que doit être tirée leur distinction. Camille, Scévola, André Doria» à'immolànt i^oMt leur patrie , sont des béros ; mais Alexandre et César n'étaient que d'atMÂcst mal&iteurs au-dessus de la ctninté d^ supplice. ^ C'est ainsi qu'en style mys:ûque ou.nommerf//^io/»f l'assentiment donné à des impostures ^^o/, le renoncement à toute raison; dévotion, la superstition; zèle religieux, leïdJiaiXÎsme; humilité' chrétienne, VabnégOr
lion de soi-méine. ' • ' '
les esprits ? Ces* eUe.qui wtiiefois fditeit fmsdra
l'infr^jude Rçm^ili , à 1% Yue des pou^ts*âàGrés>vire9 fusaut de manger. • . i • .. v u\j
^ C'est elje qui , remplissant l'ÉgjptM» de W.«rftitite des diefix^, lui faisgitv regarder çfi tiieod^'aiîiti'^ole
qu/il vexiait de forro^M - / . :. . .
C'es^t ^Ue q\ki aujouifd'Jtiui j-end* ks^^ disciple» de Mahomet^ saAs sç^in p^r b présent , 9âi?s'ia^quiétudei pour laiifenir, sans cr^iBte dans )«s;Baiigeits, elles (ait, yivï^e ^zn^,. uijp i^ntjève' af>aj±ii© ^ aii ^cân- dé la
C'est elletqwi; r^ji^isil^ <$;e^i^ ee^e. le^Stotcîèa^iiF lui-même , environne son cœur de glace , rempeGhe de palpiter de j,Qie;at) ,fnUi«u deâ pl^Vsirs , de s'attendrir à l'ouïe des cris perçans de la douleur , de tressailli;' (de. craii^tç^ (^ans. les périls;: gpi concentre twtés 3es.pas3i9ns.dap s l'orguril, le.fait vivre s^^ attachement) et mourir sans. faiblesse^M
C'est elle qui, berçant de fausses espérances les dévots 9 les fait s'exposer, à mille- maoK certains pbur jouir dW' bien douteux; sacrifier mille âvantàgi^s réels à la poursuite d'uii bien imaginaire , et se réndre tpi^jpurs misérables, dans resppir d'être heureux un. jour. . '
C'est elle enfin, qui, tenant sous nos y^ux le bfindeau de la superstition, nous plie au joug des prêtres 9 et c'est de son pauvoir aussi dont les princes se servent pôtir nous asservir.
Portez vos regards sur lés anciens peuples , vous y verrez toujours le prince se donner pour le favori
des dieux. Zoroastre promulgua ses lois 50us le nom dlOroniaze; Trismégiste publia les siennes sous celui de Mercure; Minos emprunta -te. nom de Jiupitar; I^curgue , cd«i d^Apolton j « N^ma ^ Qpliû : • d'Égét rie, etc. .:: ?;, !..
-r..^ute poHce a qudque djvinilé à sa tête j et combien de fois un ridicule respect pour les dieux n'art-tt pas replongé le peuple dans l'esclavage ^ ? Pour ren-r tner dansrla! citadelle :d- Athènes, dont il. avait été chassé, Pisistrate babillé unéî femme en.JWinerve^ monte sur un char avec eettedéease de sa façon ^^tj traverse la ville; tandis qù'enc le tenaatpar la m^in ^ elle, criait au peuple : Voici/Pisisîrdle que je voùs^ amène ^ ei fueje vous:Qrdoxmè\ de. recèwir; d ces mots, les Athénfenl3S€i.sotlmetteat «de nouveau w^ tyran; - ■-• '•>': •• ••!',•
Les princes, il est vrai, ne jouent plus le rôle d'inspirés , mais ils empruntent fous la voii'éès ministres de la religion pour plier au Jôïig leurs sujets^. Des prêtres crédules , fourbes^ timides^ ambitieux ^
font envisager les puissances cfom me les représen-
^ La religion doit tendre à rendre l'homme citoyen. Lorsqu'elle tend à ce but , elle est tin des plus fermes appuis de la liberté ; mais lorsqu'elle s'en écarte , elle traine à sa suite la plus duré scrvitudte.
2 Chez les Gaulois, la superstition donnait aux Druides rautôritéi* plus étendue. Outre le ministère des autels, ils avaient la direction des familles , ils présidaient à l'éducation de la jeunesse , ils cotmaissaient des affaires civiles et criminelles , ils jugeaient tout différent entre diverses tribus , et retenaient le peuple sous leur empire.
C'est de la religion que les Mahométans tirent le respect superstitieux qu'ils ont pour le sultan. C'est de la religion que les Moscovites tirent celui qu'ils ont pour le Czar.
tans de la divinité snn la terre , devant qui le reste d^s hommes doit se prosterner en silence; puis y oon? fondant l'obéissance aux lois av^ la basse servitude , ils prêchent sans cesse V au nèm des dieux ^ l'aveugle soumission.
- Toutes les religions prêtent la main aju despotisnie ; je n'en connais a^icune toutefois qui le favorise autant que la chrétienne ^ > : , \
Loiô' d'être liée au système politique d:aucun gouvéi'rlëmenty ellc^^n'a rien d'asclusit^ Tien de local, rten-d^pmpre k teA pays plutôt: qu'à tel autre; elle embrasse égalem^ônt tous les hommes. dans sa charité 5 elle* ièyek' barrière qui sépare \ps nations , et t^éunit tous le& clurétiens'^n un peuple de firères. Tel est le^ 'Véritable -esprit de l'évangile ^. j
La liberté tient à l'amour de la patrie; mais le
1 .1 :Çel]b^ d€^ Bédouins enseignait que rime de , celui qui mourait pour Le service de son prince , passait dans un corps plus beau , plus fort , -plus Kêureux <jùé lé premier; et ce dogme faisait un nombre prodigieux deVietinies «dévouées au gouyemement.' . ' A l'aide d|i dogm« du destin^ 1^ mahométisme favorise extrêmement la tyrannie ; car lorsque tout est préordonné par le maître du monde , i:ésisjter aux princes est crime et folie.
, , 2 Si la religion influait sur le prince comme sur les sujets , cet esprit de cl^aritéy que prêche le çl^i^stianisme , adoucirait sans doute Veji.^vçicede la p^issai^ce; mais si Ton considère que les leçons de l'évangile ne peuvei^i point germçr dans des cœurs livrés à la dissipation • et aux pl^irs ; si l'on considère que ses préceptes ne peuvent point tenir ccuitre de pernicieuses maximes sans cessç rebattues , contre de mauvais exemples sans cesse sous les yeux , contre de fortes tentations toujours nouvelles , on sentira que le frein de la religion n'est point fait pour ceux qui vivent à la cour..
■ On a cependant vu des princes religieux /dira quelqu'un j oui, des
— 1«9 — règne des chrétiens n'est pas de ce monde ; léïir pa-* trie est dans te del-; et pour eux cette tenre n'est qu'un lieu de pèlerinage. Or, comment des hommes qui ne soupirent qu'après les choses d'en haut , prendraient-ils à coeur les choses d'ici-bas ?
Les élablissemens humains sont tous fondés sur les passions humaines , et ils ïie se soutiennent que par elles : l'amour de la liberté est attaché à celui du bien-être , à celui des biens temporels; mais le christianisme ne nous inspire que de l'éloignement pour ces biens, et ne s'occupe qu'à combattre ces passions. — Tout occupé d'une autre patrie, on ne l'est guère de celle-ci.
Pour se conserver libres , il faut avoir sans cesse les yeux ouverts sur le gouvernement ; il faut épier ses démarches , s'opposer à ses attentats , réprimer ses écarts. Comment des hommes à qui la religion défend d'être soupçonneux, pourraient-ils être défians? Gomment pourraient-ils arrêter les sourdes menées des traîtres qui se glissent au milieu d'eux ? Gomment pourraient-ils les découvrir? Gomment pourraient-ils même s'en douter? Sans défiance, sans crainte, sans artifice, sans eolère, sans désir
princes déyots, hypocrites, fanatiques ou superstitieux; encore n*étaient-ce que des hommes dont les jeunes ans s'étaient écoulés sous la conduite des prêtres; des hommes qui , par tempérament , n'ayaient point de passions ; des hommes cp'un cœiir usé par les plaisirs , ou ramené par r-àge à la timidité de Penfance, rendait crédules; dcs^ hommes enfin, qui, séparant la morale du dogme, à l'exemple des pharisiens y ne prenaient , dans la religion, que ce qui ne gênait point leurs inclinations vicieuses.
— 190 ~ de vengeance^ un vrai chrétien est à Id disbrétion du premier veau. L'esprit du christijanisme est un esprit (Je paix , de douceur, de charité , ses disciples en sont tous animés, même pour leurs ennemj& Quand on les frappe sur une joue y ils doivent présenter r autre. Quand, on leur ôte la robe , ils doiveni encore donner le manteau. Quand on les con-traint de marcher une lieue , ils doivent efi marcher deux. Quand on les persécute, ils doivent bénir Içurs persécuteurs. Qu'auraient - ils à opposer à leurs tyrans? Il ne leur est pas permis de défendre leur propre vie. Toujours résignés, ils souffrent en silence, tendent les mains au ciel, s'humilient sous la main qui les frappe, et prient pour leurs bourreaux. La patience, les prières, les bénédictions sont leurs armes; et quoi qu'on leur fasse, jamais ils ne.s'abaiv sent à la vengeance : comment donc s'artneraient-i]^ contre ceux qui troublent la paix de l'état ? comment repousseraient-ils par la force leurs oppresseurs? comment combattraient-ils les ennemis delà liberté? comment paieraient*ils de leur sang ce qu'ils doivent à la patrie !
A tant de dispositions contraires à celles d'un bon bon citoyen , qu'on ajoute l'ordre positif dt obéir aux puissances supérieures ^ bonnes ou mauvaises ^ comme étant établies de Dieu^, Aussi les princes ont4ls toujours fait intervenir l'évadgile pour éta-
^ Qaek prodiges la foi n'a-t-«lle pas opérée dans les siècles d'i^ao* ranee? Qui voadra croire ({a'im moine hypocrite , noiirri dans U fainéantise , l'orgueil et le crime , avec des airs d'humilité ^ des adages
btir^leuremphre:^ et donner à:Ieur autorité un carac tèce)sacréi".
Doublé ligue entre les princes et les prêtres.
Mais oomine si ce n'était pas assez que les peuples apprissent des dieux à baiser la. verge de l'autor rité pour les rendre esclaves par principes ^ presque partout les prêtres et les princes ont formé. une double ligue entre eux. Ceux-ci empruntent la bouche de rhomme divin pour plier nos têtes au joug du despotisme; ^eux-^là empruntent le bras de l'homme puissant pour plier pos tètes au joug de là superstition.
Rien n'est si imporlai^t aijx rois que d'être religieux, dit Aristote dans sa politique ; car les peuples reçoivent comme juste tout ce qui vient d'un prince rempli de piété. ; et les mécobtens n'osent rien en-
inty^tiqnes et des agnes de croix pour %oat mérite^ vn chapelet > des clefs, une tiare, de i*eaii bénite pour toute arme, soit parvenu., au moyen de quelques contes ridicules, à se faire passer pour un saint iâ&iUibU, et' le tièait^ d'un Dieu sur la terre ; à se rendre TarËitre des<»npi^refs e^l^'^spen$atear dtt cburoniies de la moitié du monde; i spuleycr,et armer Jesiiatious les unes contre les autres>^Oi^|' prêchât la paix au nom du ciel , et en les excitant à la guerre ; à contrôler tous les ^binets, à exercer un empiré despotique sur les despotes mêmes; à SiTOUK l:eS'nli»natY}Uëb absolus à plier leurs têtes superbes sous son joug; à glacer id'efTroi de$ armée?,» jet à faire trçmUerksjpQapleeplus.qïtd ne ferait le maître du tonnerre, s'il ignorait ce que peut la superstition sur le stupide yulgaire , qui voit dans un fourbe endormeur le ministre de la divinité , armé des carreaux des cieux et de l'enfer ?
tireprendre contre celui qu'Us croient «ous: la pro^ tection des dieux. Aussi la plupart des princes cfaerchent-ils à paraître dévots. La statue de la Fortune e'tait toujours dans la chambre des empereurs romains, afin de persuader au peuple que cette déesse, veillait continuellement à leur sûreté.
Pour gagner le peuple , Bfeiiri II d'Angleterre affecta une dévotion extrême aux cendres de j^equet, •qu'il àyait persécuté ; et bientôt liai victoire venant à couronnfer ses armes sur les Écossais , ût regarder ce prince comme un favori du ciel , et mettre Tau- , dace de lui résister au rang des sacrilèges ^
Sous les rois de la maison de Stuart , lés prêtres étaient' chargés de prêcher le despotisme , et de sanctifier le système de la tyrannie.
En ifiôa , Jacques P"* ordonna à tous les prédicateurs 9 de quelque rang. qu'ils fussent, de prêcher l'obéissance passive, et il défendit à tous ses sujets de s'aviser de limiter dans leurs discours lé pouvoir, les prérogatives et la juridiction des princes , même de se mêler des affaires de l'état , des différens entre le gouvernement et le peuple.
Pour rendre son autorité absolue en Ecosse, Charles P*^ rétablit les évêques ; et bientôt ces prêtres publièrent , par son ordre , que lé pouvoir et les prérogatives du roi étaient absolues et "Jimitées , comme celles des rois d'Israël; ils firent défense à toute personne d'élever aucune école sans la per-
1 Hoyedeuy pag. 539,
mission de l'évéque diocésain , ou de se présenter pour être admis dans le& ordres avant d'avoir souscrit k ces canons.
Cette doctrine fit loi dans le royaume entier, et le refus de s'y soumettre fut puni par des amendes^ dts confiscations et la prison. Un- seul mot suspect devenait un crime aux yeux des juges , presque tou* jours tirés de la cour de haute commission : vrais inquisiteurs qui n^étaient assujétis à aucune forme juridique ; cal* un bruit vague y un soupçon était une preuve suffisante. Us faisaient prêter serment aux témoins de répondre aux questions qu'çMj^ leur ferait, et ceux qui refusaient étaient jetés dans un cachot.
Les princes eux-mêmes n'ont pas honte de prêcher cette odieuse doctrine :
tf II n'est pas Kdte £|ux sujets de sonder la con-> duite des rois y ou de chercher les bornes de leur autorité ; ce serait vouloir dévoiler leurs faiblesses , et leur enlever ie respect dû aux représeûtans de la divinité 3ur la terre , i» disait Jacques I^ dans un dis* cours à là chambre étoilée y lorsqu'il y eut évoqué la cause contre le célèbre Bacon ^ .
Aujourd'hui encore, on célèbre , par un jeune solenned, le jour de l'exécution de Charles P^, sous le nom de martyre du bienheureux roi ^ pour implorer la miséricorde divine , afin que le sang innocent de sa majesté sacrée ne retombe pas sur la postérité des Anglais ^.
1 Sanderson» année 1656, pagv 438.
2 Voyez la proclamation de George^ Ul , en date du 7 octobre 1 7 01 .
Vains efforts du peuple.
Cependant le despotisme fait des progrès, et les chaînes de l'esclavage s'appesantissent.
. . Quand la tyrannie ne s'établit que. lentement , plus elle devient dure, moins les peuples lamentent. Il arrive toutefois un terme où ils sont forcés d'ouvrir lés yeux; et c'est toujours lorsque le prince atr taque avec audace des droits sacrés à tous les hommes^; lorsqu'il foule aux pieds quelque objet de vénération publique, ou qu'il répète trop fréquemment quelque scène sanglante. Alors les esprits sont révoltes /les. soupirs se changent en plaintes-, les plaintes en clameurs : la confusion commence à régner, et on n'entend plus que murmures / que cris séditieux.
Alors aussi le gouvernement perd à chaque instant de son autorité ; on méprise ses ordres ; tout semble permis dans ce temps de crise /et le prinpe parait ne plus conserver qu'un vain titre. Mais combien de choses encore en sa faveur?
Poussés au désespoir, les sujets prennent-ils enfin une résolution tragique ? Ils ne font guère que se compromettre.
1 Dans une petite république où le peuple a cooseryé ses mœurs, lei yiolences du prince sont toujours suivies de la perle de son autorité Xiorsque Tarquin attenta à la chasteté de Lucrèce, comme il blessait des droits sacrés à tous les citoyens , chacun fut révolté de cet outrage et la puissance du tyran s'évanouit. Un pareil outrage fait à Virginie mit fin à l'empire des décemvirs.
Qaand les mécontent s'ameutent et demandent justice à grands ciis , le prince crie à son tour à la révolte; ilîfeui* envoie des députés, des magistrats , des satellites /et fait étllever les plus audacieux ^ qu'il traite en perturbateurs 'du repos public, et souvent le désordre «st à|>aisé. Lés efforts que font les peuples pour la cause dé Ja liberté sont presque tous impuissans: Dans ces môinens de fermentation générale y s'il n'y a quelque audacieux qui se mette à la tête des mécontens et les soulève contre l'oppresseur , quelque grand personnage qui subjugue les esprits,' quelque sage qui dirige les mesures d'une multitude effrénée et flottante ; au lieu d'une insurrection , ce n'est plus qu'une sédition toujours facile à étouffer, et toujours sans succès. Or, se faire chef de parti est une entr^rise hasardeuse ; se mettre k la tête d'une faction , c'est attirer sur soi tout Torage ; et l'incertitude de la réussite ou la crainte des revers retient presque toujours les plus déterminés *.
Sou'vent,' que ne faut-il pas pour porter le peuple
^ Dans presque toutes les insurrections ^ c'est toujours la plèbe qui attache le grelot; les citoyens aisés et les riches ne se déclarent qu'à l'extrémité, le torrent les entraîne; or, qu'attendre, des infortunés? Us n'opt jamais un grand intérêt à s'armer contre la tyrannie. Ceux qui la composent ne peuvent d'ailleurs aucunement compter les uns sur les autres. Leurs mesures sont mal concertées , et surtout ils manquent de secret. Dans la chaleur du ressentiment , ou dans les transes du désesiioir, le peuple ménaee , .divulgue ses desseins , et donne à ses ennemis le temps de lefi faire .aTorterl i . .
2 Avec quelle facilité ceux qui étaient maîtres de la république ne firent-ils pas échouer les entreprisffs des Gracques , qui tâchaient d'af-
k agir? Quou se rappelle Mfinlius, lorsqu'il voulut affranchir les Roaiaiiis de l'oppression du sénat. Pleins de zèle et d'aud^c^ filant que le danger é^t encore éloigné]^ iU promettaient fnôrveiUe; tb4i$^dès au'une fois Manlius fut s^isi et enuyiené vem le diotateur^ plus d'aucUce , , plp$ de courage , plus dé ré«solutioxu L'infortuné ay9it;})eau'i9iploreF leurs. se<^ cours ; ni la vue des blessures qu'il avait roçiief pput le salut de la patrie , ni l'aspect du Gapitole qu'il avait délivré de 1^ puissance ds^ eni^ Wis , lii la vénération pour ces temple^ ^n% avait galrantis d'être profanés , ni la piété envers lès dieux , rien ne le^ touche y rien ne les ëmeut , rien ne les ^bi^anle. De gllace à l'approche de quelques licteurs , ils voient trai^quillement leur chef traîné dans un. cachot.
S'il faut toujours beaupoup^ popr soulever le peU:ple , il faut quelquefois bien peu pour l'apsi^^r^
Lorsque les SicUi^i^y^ de; gémir sous l'opptîe^ sion da vice^roiLps Velos', se furent révoltés icpux de Palernie murent un certi^in Alexis à leuf tfte ^ mais y intimidés par les préparatifs de l'Espagne, ces lâches cherchèrent à mériter leur grâce en massacrant leur chef. . .
A la journée des premii««* barricade.., X:omme la plèbe, accourtre eri foule pour irtvéstîr Fhôtel du président Mole , traître à la patrie , se mettait en devoir
franchir les plébéieBS de r<^pre9tk>D?.Et s'il fiit « fiieâr d'aceaUor ces protecteurs da peuple , malgré la puissance trxJHwitieiiiie i combien ne l'est-il pàs^ davantage de perdre des diefs sans âkissâon^ ^*ob paut toujours traiter «n perhirbatears du- repos pnblic?
lies poi*tJes>^ Molélui*mfêâAe les fait ouvrir; etsepi^senteaux £siotiéux.' txùùttéà de sa harcfiétoe, ils se jretirent fi^ns bruits et se ki$seiit tiésarmer \
cEàb^ueUe ipsilPi^tion n'o^ffirit |>as de pai'eib traits dellicbeté ?• F4&ti(>ce 4ms là paix^ tremblant dans la guerre, à peine le peuple 'YoiWl Pennèiiiîy qu'il pKf^eitdèttiaitidè^artiei'^.'Qatod il montrier si peu dé résolution y o^ lui fait foee en dédaignant ses: claipeuifcys , ou plutât ou impose silence à ses plainte^ çn.péursuivaiit lu métle ëbiiduitel qui les à élevées^ et soB i*es$elititiient s^eihàlè en murmures méprisés par la puisB^Uice^
^ Mais que l^ii^virreétipn soit décidée , elle ne sert d» rîen V si elle n'est géitéi^ale. *
. '^.lorsqu'une viUé pnend les armes pour défendi^é ses priTitégeg , ûi cet exemple ii'est ^uivi du reste de la nation y^seis soldats mercenafirès la subjugent; lé prince traite les habitans en rebelles , et ils sentent a^iesantir ieoi^s f^rs H
..Quoique le mécontentement soit général; il est
2 Si à Vépoqae où l'^Étitear exposa cet ouyra^e , le peuple pUait et digmfitdkU^màrtt$ri^o est-là ^emémé^t^ù^ Non. G vous, héros
gàMàmeêieS^Atkt'^Merryy Tcn» Iteslii poarTàttëster. Vous avez disputé le terraitt k*t»e''àt^aiée entière; né comprenant ni votre pensée, ni yHAirt ttiMioii,^iefoasa massacrés; mais si jamais cette armée osait à cette 04MMIÎMI se parer 'dfiih 'latirier, c'est <|u'elle 1* aurait ramassé p«nmT08j«otti! {Nouvel éMteur.)
3 Lorsque <Lo«is XIV eut soumis les Frondeurs, il exila , il emprî- 8cnDia,-il oppiiaM, sans que personne os&t remuet; il rendit même un arrêt que le parlement ne pourrait à Vavenil' , sous peine de désobéis*
rare que tout un peuple, sodt uvii^< Ordiiiidreinent l'état est divisé i et celte âivisiôn est une de» grandes ressources de. la tyr$unie# Alors le i prince contre^ balance la.fovçe ^c^idifféreiîs pairtis; et ne|»*dfitant p^ moins de.leur .f£^ihile3se)quê: de leur>jilousidi^ il les accable Pun parlt^utre;; ' ,: :'. ,
. Si l'état n'est pas .divisé '9 c'est koonsttotefirsitique du. gouvernepient d'y se^er^ la : discorde .éti d'y fomenter des ^s^ensk)n$:* I^qrpque^l^s r^eprésentansidu peuple de Venis^, €^p[:pi:^ç upi;rpé V^Utprité.supréfney comme. cet .attenta ja^Yaitr^volté les plus puissantes familles 9 qui se trouvaient ainsi partagées ;<^ntre la dominatipq et Ig servitude j^pour. aj^q^tir Ips conjurations et' diviser les conjurés, les usurpateur^ i^'oui^ vrirent la.porte^du conseil à plusieurs GitQ3^ens qui en avaient ,é;tjé exclus; ils en, retinrent. plusieurs autres par l'espoir, et firent ^i^suîte facesau ifeste des mécontens. , . .,; ;.; , !
Lorsque les villes de Castille prirent les armes pour venger leurs droits violés par leçirs repré&en-
sance, prendie aucune part aux affaires générales de Tétat, ni entreprendre quoique ce fut contre ceux à qui lie-foi ^'Aurait .confié la direction; et cet odieux iu:rét, il l'y fit eiiiregi^trgr. •'.:>:') ' > *
1 Les puissans, les nobles,, les gei^tilshommes, les pïréUts , le» personnes qui tienn^ leur sovt du prince;, les ambitieux quirregandent la cour comme la source des honneurs ; les prêtres, les académiciens , les pédans et les fripons qui cherchent leur fortune dans les. désordres pur blics, et cette vile partie du p^upJL&j[qui ne subsiste ques.p^^ies vices des grands, s'attachent ordinairement au parti du prince, et suivent sa fortune; tandis que les gens de Tétat mitoyen, lesi hommes sensés, les sages, les âmes élevées, qui ne veulent obéir qu'aux lois, se rangent presque seuls du parti de la liberté.
tans aux Cortès tenues en Galice, et pour tirer sa^ tisfactioh dès outrages commis par les ministres flamands de CharlesHQuint y: ce prince, cherchant à diviser les mécontens, envoya des lettres circulaires à: toutes les villes révoltées, les exhortant à mettre basylça armes ;i il plibUa unj8 amnistie générale , pro^ mit aux villes qui lui étaient demeurées attachées, et à. celles qui rentreraient sous son obéissance , de n'en poiiat exiger les. Subsides accordés dans les dernières asseinUées nationales, ets'engagea à ne plus conférer les emplois.du gouverneml^nt à des étrangers. En même temps il écrivit aux nobles upe lettre qui les sollicitait ^ «n termes très-pressans, de défendre avec vigueur leurs droits e^t ceux de la couronne contre le peuple ^ ...
Dans lôs troubles dé la Fronde , Mazarin ménagea au Toi , pair: son étroite correspondance avec le marécfasd d'Aumont , le parti de la grande armée , et fit députer Je comte de Quincé pour assurer sa majesté , au nom de tous les officiers.4 de leur dévouement à ses, ordres/'.
Et dans lés guerres civiles d'Angleterre, .c'était l'artifice ordinairédes princes de la maison de Stuart, de fomenter la discorde entre les. torys et les wighs, les papistes anglicans et les presbytériens.
Si les intrigues du cabinet ne peuvent diviser les mécontens , les mesures que priennent les mécontens
< Sandoyal , Histoire cUs guerres civiles de CastUle. ^ Histûire du cardinal Mazarin.
eux«mémes pour assurer leur liberté y parviennent presque toujours; car, quoique réunis contre là ty miinîe , ik n'ont pas tous les jnémes vues ; certaines daises du peuple ont 'des prétentions particulières ; les provinces^ et quelquefois les villes de la même province ont la plupart des intérêts divers. Or^ tout cela devient semence de discorde ^.
Les concession^ que faisait Charles-Quint aux villes de la Castille qui avaient pris les armes co»lr^ hii j ne suffisant pas pour les ram^toer^ ^ ses-imen^s pour détourner les nobles du parti au peuple -ayâsit été sans succès, lés habitsbns de ces villes , vains de leurs propres forces , et ne voyant dans l'état aucune puissance capable de leur faire fece ^ présentèi^t au prince des suppliques pour lui demander le re« dresseinent de leurs griefs et différens privilèges propres à consolider la liberté* ^ Mbis^ oomme ices ^sup^^ pliques portaient qpeles prérogatives que lès barbus avaient obtenues au préjudice des comsnunes &ss^t révoquées, que leurs -terres fussent taxées > et quede gouvernement des villes ne fut plus «ntré leurs mains , les nobles, qui avaient favorisé l'entreprise du peuple , tant qu'il ne demandait que le redresse-^ ment des griefs cdmmvns, furent saisis d'indigna^ tion , et se jetèrent dans le parti du prince.
Dans une insurrection générale , chacun est d'accord contre la tyrannie et sur la nécessité d'un <:hef ; mais pour fixer l'objet de son choix , cela est diffé-
^ Sandoyal, pag. 443; P. Mart., Épht, pag. 686.
î«nt. Qui le croirait? €e qui deinraît réunifies es^- ^rits en faveur de tel ou tel individu , sert lé ^us souvent à les diviser. Or, ce manque d'haÊrmbnie entre les mécontent ruine toujours leurs af&irés.
Lorsque les coinmunés de Gastille s'armèrent ^ôur défendre leur liberté , il survînt de vives alter!catioWs au sujet du commandement de l'armée. Padilla ^ i^ait )é seul digne de cet honneur; m^ais, commiei 11 était chéri du peuple et ^s soldats*, lés -liièmbré's^lès "flttti noîaI>les-de la junte/ jaloux de sa réputation et tie son mérite , fi^étM: notlimèr'gëtôl^l en chef doit Pé^ dro de Giron , entièrement dépourvu des qualités requises pour cet emploi : aussi ne tardèrent-Us pas à succomber ^ ' *' ■ '■'
Quoique d^accord sur fe choix , les mécontens sont loin de triompher; que.de re3sources encore contre le peuple! \ ■ -■ ' '' ' • •
Quand ses chefs ne sont pas» d'une Vertu à toute épreuve, on s'applique à leg, corrompre,, et -^qu^ parvient ordinairementé '
Si où ne peut les corroitipre, on travaillé à sèlé^
, •*' t. Il''*'*"'
faire livrer parleurs propres adhérens; et çopabien de fois de lâches perfides ji'xurij-ils.paschecché à.miév
Il '
1 Ce célèl)re espaghôly martyr* de^k liberté , 8edëdà!rapour lë'pariï du peuple, dans les guerres dviles de 1520 à 1 522. Sa femme ^àdmé Maria Pacheco /était daUs fa confidence de tous ses pï^jets , et n*avait pas moins de cc^orage qUe Itii pour les mettre à exécutïôitt. ' l^adiïlk ! tu aimas la liberté , ot Charles-Quint', eriroi conséquent, te fit tràiicher ktéte! ..:•»•
'»' {N^l^eiédimK^ '
2 R Mart. , ijp«/. , pag. 688* ;.:,-..
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riter leur grâce ou à gagner la £aveur, la tête de leur chef à la main \ ,
...Si ces ressour<^e^,iiian(iaent, les priuces en, connaissent 4'âutres : le fejr et, le, po^n ^.
. Npn contens d'exterminer lèsi qhefs, les princes enveloppent quelquefois tout la pai^ti. dans le même mas^cre.' .-r y!' • • ^ . :.
Jjpvp^k fbrçe|4^ :persécutions , .Charles IX.eul poji^jsé 1^ prptestans à riosuirçclion;^, comme leur P^rti grossisss^it chaque Jour^ et faisait peur au monarque, trop làch^.ppup réduire ]^p>^piécontens àJa
» 1 P]iili{){»6» Vy âyAntJtfédtiit ao désespoir et pouftâé à nnturrection les Mauresques de Grenade, qu'il Toulait coDTertir-'par lefer au christ tianismey surpris de leup résolution, il leur proposa une amnistie, à condition qu'ils se soùihcitf raient dans Tespace de vingt jours; et ces lAèhiM âeceptéii^t cette ^ràbe^ là téte-de. leur roi' }l la main. • Désormeaux , Abrégé chronologique de ^histoire d! Espagne.
.2 Dan» les trçi^les de- la Fronde , le ministère chargea quatre cavaliers d assassiner le président Charton , qui ayait exj^ité le peuple à s'opposer àrla tyraiittiiEf tl&'goUTérâ^Àieilt. Èistoîr^du cardinal Mazarin.
Dans l'insurrection de Naples, arrivée en 4^47., levioe-roine.'poU'' Vjdiit p^&'fi^re la loi aux méç^ntensy feignit ^e troiiter avec eux, L'amnistie publiée, Ânziello Amalphi se rend, à la tête du peuple , vers le gouverneur, pour demander la ratification du traité. Témoin du dévouehnaill'd'esîNbpolitidhî^ à'ieuf'dief^le gôuteroeur lui pro(figue le9 caresses , lui confirme le titre de capitaine-général qu'il avait reçu des citoyens ; et comme s'il eût vouli;<cooronner la. victime avant de l'égorger,'il lui met au cou une chaîne d'or, lui .donné dn superbe festin,^ lui sert un breuvage propre à tourner l'esprit^ et le fait ensuite assas* siner sous main. Gianone , UisioircdeNd^Ust Lusmen» Histoire de la révoludon de Naples i Mémoires du duc de Guise*
Tandis que les Hollandais travaillaient à secouer le joug tyranuique de l'Espagne» Philippe II, ne pQuvant réduire ces braves fédérés, fit' assassmer le prince d'Orange, leur ehef.
téte de ses ^rméea^ il endormit leurs chefs par de feintes caresses , et les fit égorger avec soixante mille de leurs partisans* ^^ le jonr de Saint <- Barthélémy.
.rFaut-iHe dire?' les chef$ fiu peuplé ruinent souvent leurs affaires : le ftoin qu'ils prennent deré*primer la licei^Q; ci d'epapecher.le pilbage^ les rend toujours odieux à la plèbe , qui n^. trouvant plus à prpfiter de jla révolte, se lasse hîeAt6t. dfe s'agiter; pour la liberté ^
,Si un.cl^f départi a t;out^4l<i!ajutdi^de.fasévéri il; n'a pas . uff^^g^ ^ craindra de^ ses* maiivvms succès : le peuple^quii Uù obéissait. ^yeq: zèle 9 t^t-que ses efforts éta|lf nt heure;xx>9 l^sùfa^^Qnnek. »dès que la
fovf)ap<ejse tourne pontri^ luijijçtjra^ t^Up sans le rendre 0^ie^x^ ' . . ; . i : < r , i - • j » ' ■ i M^s^qa?^^ eWe \^. fsiirQrisqrait, il :n'a3rièn essore/ s'jil p@6^i|. premier d^éses gvRfi|ilgea^'.et sai^ l'occa-f sion. Le moindre temp^raf<i[eat;;ruihë. une énilre*prisQ i^jjulf^çiei^jdej $i quelque .efaose.pei]tJtt faire réu^Mr>2q'$)§(:i Và^rprppQ&desppératiofis. JMàiu^ le ,mpn)$nt[q4i. doit d^idjsr, de 1^^ vicïotre , .tout est perdu; on laisse à l'ennemi le temps de se reconnaître^ deiâ6\pi^épareit.coi;)tte iés coupr îqu'on^ hii jyorte ; et jusque dàns^ très ' îristâns critiquée , le parti
' .«• '.* I>, \\ .ii-. ■ ' • , , ^.ii<..C. . ..»..'. H (
,1 Pajis Içft Ui9Hblf %dfe:Ja:^^«e^ tH^nn-m^ «h&fuié de^ApapUale par le dop 4e GuU^y Tatûraidapi 9<^)» y#laii4>M!y|i.^ét)$Me ^^ tDaÂter d*ao* commodeiaent, etle 6tjllMl^9ill€F,.'..' . 2 Cela te vit 4anft les tvoi^|e9'de Naples^ l<»r»que le duc de^Guiae s'efloreait de briser le joug espagnol. . ' ( •
de fat pussance- ^cmsefve un grand avantage tur celui 4e la liberté. - * « - i
Quoique • le ^ prince ait' le^é l'^tetidard contre te peuple y s'il ne se trouve pas en état de ratUnluer, pour gagner ' du ; teqips 9 il- lEstit dEes propositions 'de paix;. 'et) tout ^n èe prépâMrant- à le^ éferAder^ il sef plaint d^étre iof^ d'avoir recoure à la^ rigueur j^ansi cesse il à dans là bôdébe c{uHl li'à^eli vue qUé le bied pubUis , il fenhc de s'aplit«»yer sm* le iDalheùr dïa
dissensions civiles ^ V * n .:
Sédtâtsi pat^ oes éâii6à6S'm^qti^'^é4eb^Uté | les
peu!ptes^^|NRyi!rr«tt retour d'attâ<âMâWèn¥t'^^l^ prince; etf semblables à dès ^faù» quî-^rsàgnéntldè lever le 'bràs^<éoâtt<èi!étl^-^;ère^ d6ui^M tes inilnes leur t^imbeto' ideff ^tiiàbi^sl ^tàlidls ^ë", ' dé isbh *édté^ le prince n'a jamais d'enmilUeS'-|)fàterâ«lléi^^'fl''i^ yoît/qoeidès'rebèUes^ datis les siijéis ^kivé^'^^il ne m )sbnê lias' plus '^ttéti -émrà-Bisi^ts^'^ê ^ ^ëjëik'^ qu'iLles accable sans^p^itié. ! ^ * ''^ ^ • -"
iCe tt'iestpfljs Msez qu^ les.insiiiçèMiprùàlteïit desf cirebnslances ^ si^ lés mesures nê| SÔtit édi^t ërtéies eii commun 5 et ies oplérkidnd^ôôïiduitësîâè^ebhcert]
i, '.."-• •' i-> ; il '■-.'«}
: ^1 Aiw «a US». Glodetf 14^ kYêffOÛ de» Aù^^ AtenA^ d9 la tseti^
lant gagner du temps pour faire des préparatifs et grossir son parti , il envoya prier le parlement de nommer des commissaires pour traiter av^c •ses 4éptttés^^ en-rasailiant'qtt^l t«griAit a^èodsie^dul^r «extrême les«iiâhèuit^ildlai«i«<ltnÉdr«s«t l'^état^j ciu««otféOBte ttaVlfédétri^ tesse ne pouvaient recevoir aucuné^^ottséktioû ^'11 bMX tronf^ê }e mo^ntfn de >sousti«ât« là uttion aun* h^ewrs d^e ^^rrè %iViUi ^lÈist.
au Parlement, vol. 41. •' !' ' . ^ « -^ ^*' - '
liorsque Charles-Qiûnt. mpntal sur le trône des Espagnesi comme les p0uple& des divers royaumes de la monarchie conservaient encore les préjugés de leur ancienne rivalité ^ et q^e le souvenik*. de leurs longues hostilités n'était; pas eùtoi^ éteint, leur aversion nationale, ^les empêcha des faii?e corpis et d'agir de concert. Chaque royaume^ ou plutôt les di£férens ordres de chaque royaume formèrent un plan particidier de défense : chaque parti cotnbattit séparément pour sa liberté; et faute d'avoir réuni leurs armes .; et leurs conseils , tous leups; effcnrts fureiit vains
Bien qu'il y ait de l'hàrm^niô danâ le^ opérations , le parti de la liberté ne triomphe pas pour Ce^ constamment. Qui le cfpirait ! si l'expérience ne l'avaijt trop prouvé, que les peuples combattent quel* quefois plus lâchepient pour la patrie, que des mercenaires pour un despote ? .
S'ils combattent souvent avec moins d'audace, ils combattent. pr,esque toujours avec moins de succès : car quel désavautage n'ont pas des citoyens inaguerris sous des chefs inexpérimentés, contre des troupçs disciplinées sous d'habiles officiers ^ !
Dans les dernières guerres civiles de la Castille ^, quoique le soulèvement fut presque généra] , quoique le prince eût entîèremeiït perdu raffectîon de ses sujets par la. scandaleuse administration dé ses
^ De tant de peuples qui ont pris les armes pour secouer le joug , combien peu ont recouvré leur liberté I 2 En 1524:
ministres y quoique les habitans des villes formassent de puissantes ligues , et qu'ils fussent exercés à manier les armes; quoiqu'ils ne manquassent ni d'argent ni de munitions de guerre; quoique le plus vif amour de la liberté leur eût mis les armes à la main^ quoique, sous la conduite du brave Padilla^ ils eussent dépouillé de toute autorité la régence qu'avait laissée Charles- Quint; quoiqu'ils se fussent saisis des sceaux et des archives publiques; quoique le trésor royal fit presque épuisé, et que leurs espérances fussent encore relevées par l'idée de la protection du ciel ; l'armée de la couronne triompha de leur vertu, et les efforts de tant de braves citoyens se brisèrent contre l'art des troupes mercenaires et des siippôts titrés delà tyrannie; image des faibles ressources d'un état qui s'abîme, pour sauver quelques restes de sa liberté expirante.
Mais le prince eût-il le dessus, que de ressources encore ! Rarement conduits par un vif sentiment de leurs droits, les hommes ne combattent guère que pour se soustraire à l'oppression, et jamais ils ne veulent- acheter à haut prix Tavanfage précieux d'être libres ^. Aussi combien de fois^ après de lé-
1 On fit alors courir le bruît ^nè la reine Jeanne avait recouvré la raison : prétendu prodige que les Castillans regardèrent coqnme un effet particulier de la protection du ciel.
2 Lorsque Charles l-^ entreprît d'enchaîner la natîoii, les Anglais se réyoltèreut à l'aspect des scènes de tyrannie cru'il offrait chaque jour à leurs yeux ; mais combien de fois ne vît-on pàê 'expirer leur ressentiment, et c[uelles peines n'eurent pas les vrais patriotes pour soutenir leur courage !
gers efforts, ne les voit-on pas mettre bas les armes! Bientôt las de leurs agitations intestines, ils soupirent après le repos; et dans la tranquille apathie dont on les laisse jouir, ne se rappellent-ils plus de la liberté qu'avec les idées de corvées, de contributions, de carnage; aulieuque le prince, toujours animé du désir de conserver sa puissance, d'augmenter son autorité, combat avec une opiniâtreté à l'épreuve, et se défend jusqu'à la dernière extrémité.
Les efforts que fait le peuple pour assurer sa liberté, lorsqu'ils sont impuissans, ne font que cimenter sa servitude ^
Au lieu que, malgré leurs défaites, souvent les princes ne perdent rien. Vaincus et à la merci de leurs concitoyens, il conservent cette fierté, cette hauteur,*cette arrogance, ce ton impérieux qu'ils ont dans la bonne fortune; ils ne parlent que de leurs prérogatives; ils prétendent encore faire la loi; et presque toujours le peuple se laisse arracher le friiit de la victoire \
Mais, une fois vaincus, quel sort que celui des sujets ! Après d'inutiles tentatives pour secouer une
1 C'est ordinairement à la suite des dissensions intestines que le despotisme fait le plus de progrès. Quand leurs chefs ont péri, les insurgens, las de leurs agitations, ne soupirent qu'après la paix, et laissent usurper an monarque un pouvoir sans bornes. ^ Lorsque Henri VII et Charles II montèrent sur le trône, la nation, fatiguée de ses yains efforts , était prête à se soumettre au joug le plus dur, plutôt que de se Toir replongée dans les horreurs d'une guerre civile.
2 A quoi tint-il qne, de sa prison, Charles I'>r ne remontât sur le srône , et ne fit de nouveau la loi ?
dôminalidQ tj^rannique, ib sont traités en rebelles : le prince, impitoyable leur dicte ses volontés d'un air menaçant^ et toujours les malheureux se laissent charger de fers : combien métne vont au-devant du joug y et s'empressent d'obtenir grâce par une bon* tense aonmission '.
Le tyran fut^il abattu , la liberté n^est pas recouvrée pour cela. Tous étûent d'accord contre la ty« rahnie; mais est-il question de fixer une nouvelle forme de gouvernement , plus d'union; c'est Pimage de la discorde des habitans de Gapoue^ lorsque Pa-^ cuvius Alanus tenait leur sénat prisonnier. Us savent bien €6 qu'ils fuient, non ce qu'ils cherchent : les uns veulent établir l'égalité des rang^ ; les autres veulent conserver leurs prérogatives : ceux-ci veulent une loi, ceUx4à en veulent une autre; et, après Inen des débats, un parti s'empare de la souveraine puissance, ou bien ils sont tous obligés^ de se reposer dans lé gouvernement qu'ils ont proscrit, si déjà il ne sont pas enchaînés par quelque nouveau maître ^
Lorsque nos pères, révoltés contre l'oppression de Charles V^ , eurent enfin brisé leurs fers , on les
1 LoTsqae Mazarin retint friomphuit à la t At« des affaire* , ceux qui s'étaient le plus déchaînés contre Ini, et le plus acharnés à sa perte, mendièrent lâchement sa protection. U fallait les entendre passer des plus horribles exécrations aux plus TÎfs applaudissemens !
2 Ce passage ne saurait trop fixer l'attention des peuple». En effet, à quoi bon renverser un t3rran , si on laisse dans la maifl de son successeur tout ce dont il s'est servi pour opprimer le pajs ? L'histoire du Bas-Empire ne nous en ofire-t-elle pas l'exemple? Nations, pénétrez-
yi% 'ipfîgrteo^ps chçrober la liberté ^smsAfL troarer .: fW • .pluitp|;r <lîvi^é3; en* factions;, ^ehaéqne s'efforça ^'fQppriip^r le9 autres ,iet^es!efQfËrelnclé'l»siipreiM
; Dèa quç la tf^ône i^îii)t:à.yaqucr fiaiil^sup^dûce do Charles P'^ , , je^ . conamoÉieà ^pasaènept : mi> i bil^ pD«9 al^plir. .jl^^/monaçchiè ^n'.Aoglqterre> y.jétablir le gçuT^^BieiQçnttépubliœîi) ;. puia, réufiiasafttr^e pou-vçir^^^outif au pouvoir légistatifv: elles; prîimt^lie titre ide. parleôtent dc/là république "anglaise , et elles fpr meurent un cçQSeil d'él^t pour'i^girjd^jipriBf leuFSji9.stroietion$). : ..:/)ij
J>eY0Di^ de la sorte les: maîtres de l'état^ les lîleni** b^es des oomùiunes s'emparèrent des^'cmploîs kb flluslacrati& danschaque brandscfd^ l^admîniâratîoh-. Or,.ila ti'éurent pas plutôt goèté dç' la puissance auprêmiâ:) qu'ils iie Bos^reht [dus qo'ài La retenir dans leurs* mains, sans: .s'occuper aoeunemont^des vioes d^ gouiaememéM; réforme: néamootns qcA a^aît été \^ sçuL bi^t .de la ^igaetre ^ criiellè que 4a nation ve«iai.ttir'entraprendFe. Enfin ^>croylrat^ leur etotpire :s<^enient ëtàbliy ils disposèrent de la fortuyfé^ publiqiie,'elîlS'setpartagèreiit;lés:dépoiûlles du p>6U^ pie qu'ils accablèrent de nouveaux impôts. Ils ne
vous bien de cette yérité : ayant d'attaquer un tyran à main armée, il faut que le« citoyens aient arrêté la^for^)^ du gouyernement qu'on yéut substi^uet à célu! qu'on yeut détruire; et e|i même temps qu'on se êém 'ih'ijvià:^ ïi labé ^nM lle^ iiistcumisns de lâ tj^raimie. CttHùy'^n est le premier que le peuple doit mettre à exécution, s'il yeut établir la liberté.
traitèrent ]|>as mieux l'armée qui, par sa valeur , son zèle 7 ses exploits, avait rompu le joug sous lequel ils gémissaient : il^ paùrlèrent de la renvoyer istfns avoir satisfait à leur engagement; et, sous prétexte de rébellion , ils refusaient à ces généreux défenseurs delà patrie jusqu'au droit de se^ plaindre.
. Tahdisque le peuple , indigné dé cènouveàu joug, le suppor^tait avec impatience ; taqdis que lès lords regardaient d'un œil jaloux la puissance des communes; tandis «que les tories, maudissant lé trlo'ih^ phe des M^hts, soupiraient après le rétablissement delà monarchie; tandis que quelques ambitieux \ profitant du mécontentement général pour fomenter dds séditions- et soulever, l'armée , Cromwely auda* eieux faypiocritey parvient à se ' rendre maître de l'étatyètà te^ouvemeravecun sceptre de fer ^
Ainsi, toujours d'audacieux intrigans ce disputent entre eux le commandement pour, usurper Fempire, tandis que^rlè gros de la naiion ,' toujours prêt à se soumettre lâcfaem«it au: vain^éur, atitéild ^sans effroi la parti que la fortune coqronneira, pour ooni^aitre le nduveau maitre auqliëL il doit oiffirir son Iipmmage, ses suppliques^' sa sue^r et son sapg.
De la fourbe.
Si, dans un moment de crise, le prince fait quelque concession au peuple^ce n!e$t jamaisqu'une
1 Us étaient au nombre de 90.
^ Skippon Steton ; Fleetwood.
— sni —
cenoe9sioD ' illodoiné : tYop*' ^ jâtôiurx: de sa puisè^afièid
pcmt ne«pas:F€tir€T d'une mafin ce qu-*il accorde de*
autre.- "•'• •*• > :;•,•.•;?•.":'•:') .'«v? -. • , • i i.-
* 1jOFsqu!ao milieu des dîsspnsijcms publiques, les
^ plébéiens eurent obtenu un consul , les patriciehs
ne porl^iit' jaiieune caJusé devant lui, afin de rendre
tainésaitiagistiPauipe. ' > • ;:v; >j.
Pour apaiser le peuple Hmté^ ilarrite bien qufe^qaffoiaique )e piin ce lui isacrific ses ' ministres^ et pkK sôixventquHlles^ fait entrer dan^ quelque pàfï' pendant la tourmente; miAê lé mémc plaft d-opératibn^' subsiite toiijouMr. ' - .7:: i -a
A ces niinist!«es congédiés , il tî'a feit qtte dôrtilér
desî siTbstifuts ; et lai^ationneât sottement satlfefailfef:
rf^LBrgque les ' frondeurs eurent *^foï*cé la régence à*
rénvo^er:Ma2|ititi j - ^cé ' fafvorî , cédant adroitèmenif à l^rqge y fut} bieiitôl/ péné dànis lepôrt par lôr témj«5të. ' IVair^'^ts^, en>^tt£(ntv dés instructions séérètéà peur la cohdtiîte des^ àffaîVes : dé sa retraite tiiémé ;* ^'0âtitinua|t ^ être «râoié du cabinet; Consulté sùV teufr Jes^ oàs^i^ii dirigeait-lés dâîbéi^ations'^ é( ëii^' voyait lé^ oiWree ^néoessafres ; puis, dès que la sédition fut>étôufféé, il reTÎtit^triompliânt reprendi^ëléè? rênéside-rétat;^- ?- '• «'^'-' ■' -^ •' • -î -f''-"^-
- Poussée à bbutV'lWfBtf^éiîilwltitudé n'en pas lÉisipd 'Msé^àrâftf^i^. Qâels.qué Soient les oùtiàlgie^ «fiifellé a âoùfferts^k^^timënt dé()i^elt|^es scélét-àts subalternes, vils instrumens de l'auteur de tous lejurs. maux, suffît pour l'apaisér et Jisi ;réconfliUer __ avec son déplorable sort : expédient infaillible ,^»a«»
— 2;lfc ^
c^4^J^. habiles n^^hfoa^ars , la» «droits «Aipons^^ 1q^ d^^pates exercés ocA ûonstammeiit t eaoïirs* Mai«{ si les citoyens ont obtenu quelque concession réelle^ le pTÏQ^ nef s'oeeufte plus que 'ib-:fioixide|leinr. en
feire perfide l0 fruit. - ...i i.: ^1? j • : t. >• '
Les plébéiens y^nmenfc d'^btesiiriile pftpt»gfrayec les patriciens , l'honneur des Jaisoeaux: .'Home» est alSîg^Q : d' i>ne i&rnib^.; «t, iCor johm » bwvirc ^ en plein sfyk^U. il'a\î& odieui; . 4^, pe^ ^ccmrir; Je^ pmph\f ^w sQvip^ Ifb.cbnditioKï ^^pre$sié qAi>ll.imnonoerak aux, (h*pit& obtenus ai:|F,l0 mPiitiSacréfu m:..' ;:]..,«:.'.•. Lorsque les barons anglais eurent ;'i^(|ni0né:lê' it>t Jejst^ià j^ignp* laigr^de, cfaartrer ce prinoedimnvula sQpi i^sentiijaieolj^ jusbqii'à qe qU'U eut troMhrié une ocqs^ion favorable d'wnul^rr sqs: canae^sîop«< fBdur i^i^Vi?^: eo imposer, il proiSliit, pvibltqtifKmentiqu'À l'ayenir spn admiqistrajii^ 9e^^t imsé^uir.uD >pieâ à ne donner ^ucuo ^u^et, d^ f^l^s^e» àsea peuplesl; et il donna ordre au^:s]berif^ d^ ft^ire pt^tei? sermea»f d'<^)>éiB^»nce ^auxi . vingt^Hnq barons, préposés; * pcMdr mmnt^mr If traMfé^ JEn^(ii|0 il $^*!rel^a^ .dan« f ik^de Wight, oi^ il médita le :f»(>je|;d!Um!4^Tibleiveiii^ geimc^ Die $a ren?aitej i;! envoyé sèctèteiiaentidés agens lever des troupes dans l'étranger^ il btItmOà son service f par l'appât du pUlpge^d^s'avidMt Brabançon; puis il envoya . une; jd^«t«ti<^ au^pape pour l'engager à Qppulei! Ia.g9!aii4e cliantre. Dès tpae
^ ' Tel était reiprit du corps , puisque l'un de ses membres les plu» honnêtes en! était infecté»
lesseGOurëétcauigeiss furent armés^ il ldvaleiiiiafik)uev il reÉraqta /tous /lès fuwilé^s iacaaFelé& .à îses.ifiujetà^ se >nài ^à! tla^ ^téte: d'une troiqk/^de no^oroeif^rreâ^ ravagea. Je» tecf e& . jde la noblesse ^T'rapan^it^iatiU*' sélation par tout le tfoya^nrey et mit tout à féb: etk
sang* ./ - . * ■• • «: • • ' '^ w-j ' ': ::;j-) ;
• Edward I^, de i^tôur de son expédition en Cnsabcé contre» Philippe', étant requis dé 3*atifbr les Chartres qu'il avait consenties, éiuda aussi leing-temps quf i^ le put; oiMf^ de se rendre, il fit insérer^ dans Ja«ta^ tification demandée , een mots : sau/mapréro/^tiùe myale^; clause qui annulait toutes les conoessiom*. Bien mieux, aprè|i tant d'engagemens solennets', pris dans des temps où il ne pouvait donner essora son ambition, et au .moment où ses- sujets se félicitaient d'ay<>ir assuré leur liberté) ik s'adressa ià Rome pour être relevé de ses sermens. -^ ; . • *
Après que Charles r' eut enfin sanetiannéla pétition des droits^ il se rendit en hâte au parlement, et protesta contre qtieltjues articles concen&antil'im»position du tonnàge^et du pesage: U fit pkis : irrité des bornes que ii> i^lemen t avaib ^données à' la puissance royale, 9 cacha son ressentiment^ et tr^^ \ailla à ren verser ces barrières. Après -ce fomeuxi part lémetit qui t^stretgnit $i fort les prérogatives de la couronne, comme les intrigues du: cabinet ^af&ir blissaient chaque jour le parti d<ss défenseuf!s de la liberté; comme le roi s'en était fait un très^fortdans
1 Hamingy toI. 1 , pag. 367.
— fié —
la< çhambl'e deâ coiniaunfis^ ;et comme il avaîbàsà disposition . presque toule iceilç dè& lohkçieiiiTrff des lappoiiisffafvbrahksdese&fl^^ àlfidres
du. temps , ce prince leva te masque Vrôoomn^ remplir de ; ses • créatures ks preiiûèiïes; phces ide l'état j essaya de porter le coup fatal à ses eon^mis à demi yàincûâ; et, pour revenir à la fois sue boittes les concisions qu'il avait: été dSiorcé de faire au. peuple f il (accusa devant le& psdrs du, royaume un lAieaihnediela chxunbKe haute et cinq^delachanâbre^ha^se^ dêxdivees prétendus: crimes d'état ^ surtout df avoir .<»xito^rqué parlai crainte tous le^ actes ^ts pour assurer la libeiité publique^ : ce qiii le^ aurait lious annulé&de drbilf . : ' , w . . '< : '»:
;£6s mesures ayant échoué, Charles ctidrcha à mettre la divkion entre lés Écossais et les Ang^bâsi Dans cette vue , il s'efibrça de l'emporter surilcipart lement en bons ^Mcocédés pour les Écossais.;. il;renchérit sur toutes les motions qui s'y faisaient en leurfayeur^et il accorda tout ce? qu'il demandàrent pour assurer leur liberté. Ensuite îLe^sya de: gagner lèuirsarmées; il traita avec dîslin$iion les principaux officiersi, gagim les commis^res, .nommajson chapelain Henderson, fameux prédicant popùldire; pui^^Ualla en Ecosse, s'y fit des -créatures dans, le parlenieot^ s'efforça <le rendrez l'armée ré&actaîjre, et de porter les ca&oliques d'Iriande à se soulever GQiltre l'Aiigleterite. • -
1 Achenloys, BrUan, Consiit., pag. 41 2. ^
2 ParL ilist., vol. 10, pag. 157, etc. *
£n i663, Charles II ^ sous prétexte que plusieurs particuliers^ croyant le parlement dissous en vertu du bill triennal^ prétendaient s'assembler, non pour choisir de nouveaux membres , mais pour conspirer contre lîii, pria les deux chambres d'annuler ce bill qui mettait sa vie en danger , en déshonorant sa couronne; et elles eurent la bassesse de se rendre à ses désirs.
Mais quelle légère cause suffît à ceux qui gouvernent pour leur fournir occasion de revenir sur le passé? souvent après avoir tout perdu, quelque nouvelle fatale arrive qui remet le pouvoir entre leurs mains*
Tandis que Marcus iEmiliu» et Quintus Fabius ravageaient le pays ennemi, les tribuns Marcus Furi us et Cn. Cornélius, voulant faire passer la loi agraire, refusèrent de lever le tribut et soulevèrent le peuple. Quoique l'armée,; occupée .au dehors, manquât de lout^ et qu'au^edans le sénat craignit une révolte^ le peuple, au milieu. de ces circons* tances qui paraissaient si propres à faire valoir ses droits,: n^ôbtint pas autre chose, stiK)n, qu'on éliitiitd'entre les plébéiens deux tribuns jnilitaires avec puissance consulaire. Flattés de ce petit succès, ses chefs redoublèrent d'efforts^ et parvinrent, aux comices suivantes, à faire choisir d'entre les plébéiens presque tous les tribuns consulaires. Mais, tandis que le peuple se livre, à la JQie et chante sa victoire ^ ,
1 Après quelques vtctoirea , le peuple s'abandoime toujours à.la sécurité; et si jamais il fut nécessaire d'être sur ses gardes, c^est^dans ces
Ifi sénat hunoilié ne & oooape plus (fa"^^ chercher les moyens deJaM arraches. D'abordil choisit d'entre le» patriciens des personnages ilhiatrës pour se présenter en qualité de candidats aux prochaines comices , dans l'espoir que le peuple n'oserait les re» pousser : puis, miettant tout en œuyre pour faire réussir ce projet^ il déclame contre .ies(\comices passées; il crie que les dieux sont irrités dé ce qu'on a profané les honneurs de la magistrature^ en- les rendant vulgiadres; il cite en preuve la rigueur de f hiver qui venait de se &ire sentir , la contagion qui ravageait les champs et la ville. Erappé de l'idée de la colère des dieux , le peuple ne nommé tribuns consulaires que des patriciens , renonce à la souveraine puissance^ et la .remet en tremblant dams les mains du séfsat
Peu après y les eaux du lac de là £3rét AJbana- $^4** tant accrues sans aucune; cause apparente^ on.en^ivoya consulter l&*dess^ l'oracle, de De^he&. Dans ces entrefaites y le sénat c^^ndit adroitement le bruit que les tiieux étaient irrités de. ce qu'pn avait confondi) les rangs de lit république ^ ; il fit ajouter que le selil smoyen de fléebir leur cfolèhe, «était
circonstaxieeA; Quel» coups* tervifclo^ âbi hbAiMes adroiu he p«ttD^atiis pas alors porter à, la Uber|é^'^;i f^o^tip^ ^.'ua peuple qui veat sf mainteuir libre est extrêmement délicate ; ,car, par. une fatalité comme attcicliée à son sort, tout est contre lui. Ses revers le découragent , ses succès TeniTi^iit, ef il n'a^às moins à craindre de la boape que de la mauvaise fortune.
"*• loy el tîem*po para dos* otroi. Histoire du iuc.^Athe, liv, m, chap. 54.
— Bir —
l'abdicatidn des tribuns militaires ; et i} y dut inter règpbe;
Constante pùursuiie des mêmes desseins.
il n'j d point de gouVerni^meiit où f occasion dé recouvrer la liberté ne s'offre quelquefois; le peuple la lais^ presque toujours» échapper, fkute de l'apercevoir î mais pour celle d'appesantir «es chaînes, les princes la saisissent a^sez souvent. Saisir l'occastoiy est leirr • grande ëtudë et leur première maxime en politique/ .. :-.
« Moi et le temps , avait coutume de dire Charles Quint, le donnons à deux autres. »
Le peuplen'a quedei^ôhefe momentanés; dèsqù'on les Im ôte, t^mtes ses folrces soiit paralysées : mais le conseil deî> princes est permanent. Sans besse sur pied cioritre la Kberté, il s'ocicupe à former ^des projeta, à concerter des mesuras , à préparer les moyens d'exécution : et c'est là jjo ^Weii autre avantage;
A fof ce de vigilance on -parvient quelquefois à rendre Vains les attentats dei^ princes; mais èomment parer à des artifices qui naissent sans cesse de la nature des choses ? Toujours lés yeux ouverts sur îe peuple, ceux qui gouvernetît trouvent enfin un moment favorable; or en voilà assez pour faire réussir leurs projets.
Avec un conseil permanent^ il n'y a point de trêve à la guerre sourde que les princes font à la liberté, pas même au commencement de leur règne,
époque à laquelle, accablés de leur grandeur jet na* géant dans la joie, ils ne nourrissent dans leur âme que des sentimens de bienveillance , laissent dormir leurs projets et souffrent que le malheureux respire un instant; même lorsqu'ils se livrent aux plaisirs , ou qu'ils s'abandonnent à. la dissipation ;^ car tandis qu'ils laissent flotter les rênes du gouvernement, ils les remettent k des mi);ii$tres qui, pour partager la puissance de leur maître, ttç, cessent de travailler à étendre son autorité : pas même lor^qa'iL^ n'ont point de dessein^ ambitieux ; car ils ont beau apporter sur le trône des idées de modération , le peuple n'y gagne lien , s'il&ne sont eux^némes au timon de l'Etat.
Lorsque le cabin^dq prince est composéd'hommes puissans, souvent les rivalités^ les jalousies , le dér pit, l'an^bition, les portent à traverser réciproque^ mentle\irs projets, et à les faire. édhouen Quand il est composé de beaucoup de têtes ^ presque toujours la différente tournure des esprits les Eut varWr dans les projets et les moyens d'exécution. Aussi les princes qui veulent marcher à grands pa^ au despotisme ont-ils toujours soin de composer leurs cabinets de peu de têtes, et souvent d'hommes, pouveaux. Telle fut la politique des Ferdinand V , des Philippe II, des Louis ^XI, des Henri VIII, des Charles V^, etc.
Quelques-uns 9 pai* un raffinement de politique, ont même formé un plan constant d'opérations. Ce fut la poursuite des mêmes projets pendant les rè*
gnes de Louis XIII et d^ Lauis XIV qui étendit si fort le pouvoir de la couronne : ear Mazarin suivit ponctuellement les masâmes de Richelieu, et Le TeBîer o^es de Mazarin.
Ce fut la poursuite des mêmes projets qui étendit sî fprt celui de lacouronne d'Espagne depuis Charies- Quint jusqu'à nos jours; car en Espagne le chan* gsment des minxstres n'apporte aucun changanent dans le conseil ^u prince; et, quoique les^mains qui tiennent I les réne& de. l'état viennent à changer, res|)i'it qui les conduit est toujours le même ^
Au contraire c'est à un défaut d'harmonie que l'on doit attribuer la faiblesse du gouvernement pendant les interrègnes et les minorités ^.
C'est aussi à un manque d'harmonie que les Anglais doivent en partie les lepts^ progrès de la puissance royale paroû eux; et ce manque d'harmonie naitdu fond même de ^a constituiioil. Quoique IfMir prince dispose des emplois , comme il ne peut se faire craindre, et qu'il est toujours obligé de ménagier sesimnistres, ceux, qui sont en faveur se trouvent souvent contrariés par ceui^ qui dierehent Bfi y. mettre.
:. Conmieil ne peut à la fois saâs£sdre tous les em-
1 La révolution de Juillet prouve cela très-clairement. Et quoiqu'on puissent .dire les sots juste-milieu, il n*y a pas entre eux et les carlistes une question de principe, mais bien une question de personne : ces deux partis veulent la même chose : l'un avec Louis-Philippe , l'autre avec Charles X ou Henri V. {Nouvel éditeur,)
^ Le cabinet de Madrid et celui de Venise sont peut-être les seuls en Kiirppe ou l'on ait un plan fixe d'opérations.
biti^iili ^ ceuii qjCii sont en place se vûîeat souvent tr9:V^sA$;p€ir.ceux qui cherchent à les supplantdp.
iQqiqqiç^ lea P(8akes du prince ayaneent d'autant moins qu'on attaque plus viveotent son paili^ il se trouye ^uyent :<^>Ug6 de oônfier - Tadinintstration de$^:f((r^¥!eaà^eux qui Font le. plus raéeimterAéy èi de congédier ceiix qui Fopt le mieux seryi.. : * • /
llnfini comme 3a faveur est limitée. et :sah'tt]»&int^ puis^gnte^ lés partis sont toujours ceôaissans. Heii^ reuse discorde, qui leur tient iieu-deivertus: depuis qu'elles sont bannies de leur tla^ et qui^ conune ellBs^ccHiduit à la liberté t^
Corrompre le corps législatifs
Le ooiipde plus latal que les pfinoef portent à la liberté pUbliqae^ c'est d'àsserrir lettre 'Conciloyans au nom iakéi»e.de$ lois ; e( j'un'des tnoyens qu'ils en^loient Je plus vol<;»itiers pdai^<êela> «estceliiiiqui est :1e plus analogue à la bassesse «le iéuii cara^ve, --* la «oi^çti^tion. ;,- • ' •• ) . . . . 1
Regardant le corp& légii^if com'me le contrôleur néjde leur conduite ^ ils ne songent qu'à le- subjn* guer. D'abord ils le consultent^ le louent^ lé flattent^ et . em jilaieiil: pour: le perdre tous ces artifices, dont la vanité ne se défie jamais; mais bientôt ^ brûlant de voir leur esclave dans lé souverain, ils travaillent à se rendre maîtres .de âes,représenlans;et
^ Tant que le prince n'a pas recours à des moyens extraordinaires: ce sont là les beautés du gouvernement anglais ; on en Terra ci-après les défauts. (Marat veut parler du Tableau delà Constitution anglaise (pe nous ne joignons pas aux Chaînes de l'Esclavage^ {Nouvel éditeur,)
cotnme 9 £aiiit gagoer ceux '(^ui is-'c^posent à leurs projets, ils font loùt pour tes conï>mpre. A riin.4ie& cereisses y à Fautré des. pramessesv àfceluUdi '4e i'or^* à <^^luHàuiiiHabftQ^ à cetf autre un poste pourses amis. Ils tentent l'ambitienKi I&^vainVIe <^upkle,lV vare^ chacun selon ses goiîte : quiix)i]c{i]e veut épousev^leuFS intérêts v^tiqu^k dine son prix, tel Èient6t on voit le&,arbitres. de l'état se prostituer aux Tolontés; d^iprinjee, vendre la cause de la liberté pour> sàtis* ^re leurs bas^s passions ,- trahir la patrie- au^ mé*' piisxie leurs engagèmeans ies^^plus sacrësy et devenir de ^flsinstrumens de tyrannie 'fj'- •' ' '
. Aussitôt qU'uvt sénateur venait A'êtreêLwkSparlsèj Agésilaâ>)meniKQyaittin'boÈuf:eii:pré8ent^. -i > ^Pifes^é d*av>g&st^j Chaples-Quiiht déijùànde - aux ç^r|3ès':dQ:X^tiJlIfe .de> nouveaux subsides/ c^ Axà, sdn^tiie&u^és. Mais» bien tôt^ profitant de^ là lasëe jâ^' l(Hisie di3s< Dobles cbntre le peuple '- qui cherchait à assurer sa liberté^ séduisant -les. nîis. par) des; pvcM inedses'9 intimidant les; autres par des mehàe^ v g^^ gnant ceux-ci par des cajoleries , corrompant eeux^^là avncde Yof^ il' s en fait des cféatuTes; pais^; au; mépris des lois fondamentales !de)rr£tat9 il hes' engagea lui aoëorder un secofad subside avant même que -lé lerme de payer le premierfàt é<£u ^
^ Parcoures l'histoire, vous verrez le parlement d'Angleterre fidèle à $e8 deyoirsy dans les temps de crise où la pçkUne ^it içn dai}ger|; piûs, dès que les dangers étaient passée , rech«rçj|^er la favçiup de la coo^, et Tendre la patrie.