CHAPITRE IT
La Chambre de métiers d’Alsace
et de Lorraine
La Chambre de métiers d'Alsace a continué. après la scission de la Chambre d'Alsace et de Lorraine, qui à eu pour conséquence la création de la Chambre de la Mose le, à fonctionner dans les mêmes conditions qu'auparavant, mais avec trois sections seulement (Strasbourg, Colmar et Mulhouse). Sans revenir sur les principes généraux de sa constitution et de son programme, il suffit donc d'exposer quels ont été, en 1923 et 1924, les résultats de son action, dans sa nouvelle circonscription, formée par les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.
Le budget de la Chambre de métiers d'Alsace. pour 1923, s’est réglé par 507.966 fr. 10 de recettes et 934.844 fr. 95 de dépenses, accusant pour la première fois un léger déficit. Les recettes principales consistent dans une subvention de l'Etat de 21.000 fr. et le
(1) Cf. Rapport moral et administratif présenté à la première séance plénière de la Chambre de métiers d'Alsace du 12 juin 1924; Gazette des Métiers, n°° du 6 et du 12 décembre 1924.
produit de la taxe sur la productivité moyenne (286.000 fr.). Le montant de l'unité est passé de 1 fr. 98 en 1922, à 1 fr. 87 en 1923. Les principales dépenses sont constituées par les frais de cours et d'examens (65.366 fr. 35) et par les frais d’ DÉPeEUDr des ateliers (37.195 fr. 60).
Le budget de 1924 se balance avec 370.000 fr. en recettes et en dépenses.
La Chambre de métiers d’Alsace a apporté une attention particulière au problème de l'orientation professionnelle et a étudié notamment la possibilité d'étendre l'orientation professionnelle « à la campagne » Elle s’est montrée favorable au principe du certificat médical obligatoire en cas d'entrée dans les écoles de perfectionnement et en cas de, placement par un office de placement; elle a préconisé l’institution d’offices d'orientation dans tous les chefs-lieux d'arrondissement, avec extension de leur activité aux communes rurales.
En janvier 1923, la Chambre de métiers d'A’sace dirigeait trois offices d'orientation professionnelle à Strasbourg, à Colmar et à Mulhouse. Au mois de mars 1923, le Comité de la Chambre de métiers décida de céder à sa section de Strasbourg son office régional de Strasbourg. Pour des motifs d'économie, la section de Strasbourg préféra le rattacher à l’Office municipal de placement de la ville de Strasbourg.
Ce transfert a été effectué au 1% mai 1993. La Chambre de métiers continue à s'intéresser à cet office. Elle est représentée par son président au sein de la commission de surveillance de l'Office de pla-
cement; elle lui alloue une subvention de 1.000 francs et lui a cédé une partie de son personnel.
Au cours de l’année 1923, l'Office a orienté 698 enfants, dont 504 garçons et 194 filles; il a approuvé le choix de 578 d’entre eux (403 garçons et 175 filles), en a détourné 107 de leur choix (93 garçons et 14 filles), a consei lé 8 garçons et 5 filles qui n'avaient fait aucun choix.
L’affluence demeure trop considérable vers la métallurgie (métiers de mécanicien et d’électricien surtout) et vers les professions commerciales et les emplois de bureau. Le métier de jardinier est le plus délaissé
Le tableau ci-dessous montre les résultats obtenus par l'Office dans l'adaptation des demandes aux besoins des divers groupes professionnels:
Métiers Groupes professionnels ee =
désirés conseillés HR RU 1 | Agriculture 1 14 > 2 | Alimentation 29 56 41 3 | Industries du Livre 13 18 15 4 | Vêtements 15 32 25 5 | Cuirs et peaux 14 22 17 6 | Industries du bois 87 64 45 7 | Métallurgie, travail des métaux 192 156 127 8 | Terrassement 4 21 10 7 | Professions commerciales 141 107 95 10 | Soins pers. (coiffeurs, dentistes) 8 14 10
Total SO D | Mo
Les offices de Colmar et de Mulhouse ont continué à fonctionner sous la direction des sections de la Chambre de métiers. La section de Mulhouse demandait même, contrairement à la section de Strasbourg,
de conserver l'orientation professionnelle et d'y joindre le placement.
En 1923, l'office de Colmar a orienté 233 enfants, contre 106 en 1922. Il a confirmé 108 choix, conseillé un métier similaire dans 20 cas et un métier différent dans 117 cas.
L'office de Mulhouse a conseillé 63 enfants, dont 33 conformément à leur choix, 2 pour un métier similaire et 28 pour un métier différent.
L'organisation et la surveillance de l'apprentissage ont été l'élément principal d'activité de la Chambre de métiers d'Alsace.
Le nombre des apprentis inscrits aux rôles est passé de 9.379, au 1* janvier 1923, à 10.575 au 4x janvier 1924 et à 10.800 au 1* janvier 1925, soit, pour les deux départements du Bas-Rhin et du Haut- Rhin, un chiffre supérieur à celui des apprentis en 1921 pour l’ensemble des trois départements recouvrés. Sur 1.000 âmes, on comptait, en Alsace-Lorraine, en 1921, 22 entreprises d'artisans avec 6 apprentis; en A'sace, en 1923, 21 entreprises avec 9 apprentis.
Les mouvements des divers groupes professionnels sont intéressants à relever:
Le groupe de l'alimentation a augmenté de 133 unités, soit 13 % ;
Le groupe du livre et des arts ppuques de 83 unités, soit 23 %;
Le groupe du vêtement, de 166 unités ou 85 D ;
Le groupe du cuir, de 61 unités ou 16 %;
Le groupe du bois et de l’ameublement, de 362 unités ou 20 % ;
Le groupe du métal, qui avait augmenté « dans une proportion malsaine » (1) depuis la guerre, s’est stabilisé r1utour de 3.100 unités.
L'action en faveur de l'apprentissage a produit d’heureux résultats dans des métiers délaissés:
Le groupe bâtiments s’est accru de 136 unités ou 26 %; | |
Le groupe des coiffeurs, de 20 unités ou 8 %.
Les quatre délégués de la Chambre de métiers ont revisé, en 1923, 6.320 ateliers et dressé 2.797 contraventions, suivies de 46 sanctions pénales.
La Chambre de métiers s’est efforcée de relever le niveau de l'apprentissage, qui avait fléchi pendant et après la guerre. Dans ce but, elle a élaboré de nouveaux programmes pour les examens de compagnon; ils ont été mis en vigueur en 1924. Un exemplaire des programmes est remis à chaque apprenti au moment de la conclusion du contrat d'apprentissage. Cependant la Chambre a repoussé la prolongation de durée de l'apprentissage demandée par certaines corporations.
Les commissions d'examen constatent surtout l’insuffisance de la formation théorique. Les sections de la Chambre de métiers ont fait une enquête auprès des maires sur la création d'écoles de perfectionnement dans toutes les localités importantes et l’institution de cours de perfectionnement ambulants pour les anprentis de ‘a campagne. Les communes consultées ne paraissent pas avoir toutes saisi l'importance du problème.
(14) Rapport précité.
En vue d'assurer l’assiduité aux cours, les sections de la Chambre de métiers transmettent la liste de leurs apprentis aux écoles de perfectionnement, qui, en échange, leur communiquent les listes de présence aux cours.
La Chambre de métiers, sans vouloir s'engager à participer financièrement aux dépenses des écoles de perfectionnement, comme le demandait la ville de Strasbourg, a alloué des primes aux meilleurs élèves,
En 1923, l'équivalence a été prononcée entre le brevet de compagnon et le certificat d'aptitude professionnel e de la loi Astier. La Direction de l’Enseignement technique a décidé de compter pour l’apprentissage le temps passé dans les écoles pratiques d’industrie, mais sans dispenser les élèves sortants de l'examen de compagnon.
Le nombre des candidats à l'examen de compagnon s’est élevé, en 1923, à 3.206, c’est-à-dire, à un chiffre égal au total des apprentis sortant d'apprentissage, bien que l'examen de compagnon soit facultatif. 183 candidats, soit 5 % ont été ajournés. En 1924, 3.692 candidats se sont présentés pour 3.865 apprentis sortants; 315 ont été ajournés, soit 8,5 %.
La Chambre de métiers poursuit le perfectionnement professionnel au-delà de l'apprentissage. En 1923, elle a organisé à l'usage des compagnons, notamment de ceux qui se destinent à la maîtrise, 30 cours, suivis par 1.016 compagnons, soit:
8 cours professionnels avec 174 participants;
13 cours de perfectionnement général (576 participants);
9 cours de comptabilité (266 participants).
En 1924, le nombre des cours a atteint 48, suivis par 1.165 compagnons, dont:
49 cours professionnels (363 participants);
26 cours de perfectionnement général (709 participants); à
3 cours de comptabilité (53 participants);
De 1903 à 1924, la Chambre de métiers a organisé, en collaboration avec les groupements d'artisans, 625 cours suivis par 17.228 compagnons. Elle continue ainsi l’action de l’école de perfectionnement, qui s'adresse aux apprentis.
588 candidats ont passé l’examen de maïtrise en 1923; 555, soit 93 %, ont été reçus; en 1924, sur 569 candidats, 518 ont été admis (91 %).
L'état actuel de l’organisation corporative et coopérative dans l'artisanat alsacien est indiqué par une statistique toute récente, spécialement établie à l’occasion du 25° anniversaire de la fondation de la Chambre de métiers de Strasbourg (7 décembre 1924), et que nous empruntons à la Gazette des Métiers (1).
Il y a aujourd’hui en Alsace (Bas-Rhin et Haut- Rhin), 50 corporations libres avec 2.900 membres, 61 corporations obligatoires avec 2.500 membres, soit 411 corporations avec 8.100 membres.
Le chiffre global des budgets de toutes ces corporations est de 210.000 francs par an. 66 corporations ont créé une caisse de malades pour leur personnel, groupant en tout 2.300 membres auxquels 2.160.000 francs d'allocation ont été payées pour 14.400 cas de maladie pendant 183.000 jours de maladie. 10
(1) Cf Gazette des Métiers, n° du 12 décembre 1924.
corporations entretiennent des caisses mortuaires pour les survivants de leurs membres. 13 corporations ont organisé l'achat en commun de matières premières sans statut coopératif spécial. 6 corporations organisent elles-mêmes le placement de leurs apprentis et ouvriers et 4 possèdent une bibliothèque professionnelle.
A côté des corporations, 46 associations professionnelles ou interprofessionnelles groupent 3.450 membres. Elles ont un chiffre de budget global de 70.000 francs par an. 3 associations possèdent une bibliothèque, 10 organisent régulièrement des cours professionnels, une seule entretient une caisse mortuaire.
La corporation artisanale est représentée par 27 coopératives d’achat et de vente, groupant 2.000 membres avec un capital social total de 3.450.000 francs. Elles ont réalisé un chiffre d’affaires de 55 millions en 1923. Il existe 13 banques populaires, qui sont toutes sans exceptions des créations artisana'es et qui groupent encore en majorité des artisans. Elles accusent un capital social de 7 millions et réalisent un chiffre d’affaires annuel de 4 milliard 500 milions de francs. :
Au-dessus de ces groupements locaux, 20 fédérations professionnelles et mixtes, avec 4 journaux professionnels, 3 caisses mortuaires, et 1 caisse de compensation, constituent le second échelon de l’organisation artisanale alsacienne, qui comprend donc en tout 204 groupements avec 13.500 membres, ce qui revient à dire qu’en Alsace plus de 50 % des artisans sont aujourd’hui organisés contre 5 % en 1899. A cette époque, en effet, les organisations corpora-
tives des trois départements de la Moselle, du Bas- Rhin et du Haut-Rhin ne groupaient encore que 2.000 artisans.
La Chambre de métiers d'Alsace a été appelée à donner son avis notamment sur les questions suivantes: repos hebdomadaire; substitution du Code français du Travail au Code industriel local; futur régime des Chambres de métiers d’Alsace-Lorraine; projets de statuts de corporations, etc.
Elle a formulé des vœux sur le régime des soumissions aux adjudications; sur l'introduction de la main d'œuvre allemande; sur la concurrence déloyale à l'artisanat; sur l’aménagement des rivières; sur l'application des tarifs douaniers, etc.
Elle a participé aux expositions de travaux d’apprentis à Thann, en 1923, avec 1.682 exposants et 1.369 prix alloués; à Bischwiller, en 1924, avec 1.478 exposants et 1.350 prix; aux Expositions nationales des métiers, organisées à Paris par la Confédération générale de l’artisanat, en 1923 (165 exposants) et en 1924 (161 exposants). Elle a organisé la Section alsacienne de l'Exposition des Premiers ouvriers et Artisans de France, organisée à Paris en janvier 1925.
La Chambre de métiers d'Alsace s’est fait en outre représenter aux Congrès de l'Artisanat de Bordeaux (1923) et de Paris (1924), ainsi qu’au Congrès international d'orientation professionnelle de Toulouse (septembre 1924).