THÈSE DE SCIENCES 1933. J. LEBASQUE
rc? Fic. 3; Fig. 1. — Trichophyton disccides: vrilles. Culture sur orge de 34 jours (x 435). Fig. 2. — T. discoides: appareil sporifère du type Acladium et en grappe. En haut, à droite, un mycélium épais et fragile. Cultu-e sur orge de 14 jours (x 300). Fig. 3. — T. ochraceum: à gauche, appareil sporifère du type Acladium et un fuseau
jeune (x 300).
Sur grains de blé, l'aspect du mycélium est le même, mais on trouve parfois de grosses chlamydospores terminales, rondes, de 17 à 25 u de diamètre.
Appareil sporifère. — Sur gélose glycosée, au niveau du duvet mycélien, on observe quelques appareils sporifères du type Acladium, présentant des aleuries de 3 à 4u de longueur et 2u de largeur, portées par un mycélium de 2u à 2u,5 de large.
Sur orge, dans les parties duveteuses de la culture, on trouve en abondance, à partir du 12° au 15° jour, un mycélium qui porte des aleuries de 1u5 à 2u de large et de 3 à 4u de long, fixées perpendiculairement et sans pédicule, par une facette coupée carrément, sur des hyphes simples ou ramifiées. Les hyphes simples rappellent les appareils sporifères du type Acladium ; les hyphes composées sont ramifiées à angle droit et présentent l'aspect en branche de sapin (voir planche VIII, fig. 2).
Ces aleuries sont très caduques, elles se répandent sur la préparation et les branches qui les supportent apparaissent alors avec leurs ramifications en croix.
Fuseaux. — Sur grains d'orge secs, là où le mycélium forme un duvet court, on rencontre, du 25° au 28° jour, de nombreux fuseaux très longs, placés à l’extrémité d’un filament mycélien ou sur son trajet.
Ces fuseaux mesurent de 40 à 75 u de long et de 8 à 10u de large ; ils sont divisés en 7 ou 8 loges, mais peuvent en avoir jusqu'à 10 ou 12 ; le pédicule qui les porte a de 2 u à 2u5 de diamètre (voir fig. 4, A).
On rencontre ces fuseaux disséminés dans la préparation par la dilacération, ou disposés irrégulièrement autour des amas mycéliens non dilacérés. :
Vrilles. — Une culture sur orge de 34 jours a donné des vrilles parfaites qui sont représentées planche VIII, figure 1, au milieu de grappes d’aleuries.
Ces vrilles sont portées sur un mycélium fin de Ou5 à 1u de diamètre, Elles forment des spires unilatérales, c’est-à-dire placées
d’un seul côté du filament qui les porte, régulières, de 15 à 17u de large. Les tours de spire sont en nombre variable, pouvant aller jusqu’à 8 et 9 tours ; ils sont serrés les uns contre les autres.
FIGURE 4 — Fuseaux.
A — T. discoides — Culture sur orge de 28 jours. B — T. ochraceum — Culture sur orge de 30 jours.
TRICHOPHYTON OCHRACEUM
Une souche de T. ochraceum très vigoureuse, provenant de
la ferme de l'Arche, à Chemiré-sur-Sarthe (M.-et-L.), m'a donné des aleuries et des fuseaux.
Mycélium. — En culture sur orge de 20 jours, on observe un
mycélium cylindrique, épais, de 2u,5 à 4u de diamètre, formé de segments de 6 à 20 u de long.
Ce mycélium flexueux, ramifié, n’est pas vacuolaire et ne présente pas de chlamydospores intercalaires ou terminales. Il se fragmente facilement par dilacération.
Appareil Sporifère. — En culture sur orge de 20 et de 30 jours, j ai aussi observé des appareils sporifères du type Acladium et en grappe, portant des aleuries.
Ces aleuries de 2 u à 2 u 5 de large sur 3 à 4 u de long sont tronquées carrément à leur base et attachées perpendiculairement, sans pédicule, sur un mycélium de 3x de diamètre, formé de segments courts de 5 à 10 u de long. Ces aleuries sont très rapprochées les unes des autres. Elles sont caduques et se répandent dans la préparation (voir planche VIII, fig. 3).
Chlamydospores intercalaires ou terminales. — Ces chlamydospores sont abondantes en micro-culture sur lame de 2 mois, sur gélose au bouillon de staphylocoques équin. Elles sont terminales ou intercalaires, le plus souvent en chaînette : rondes, ovales ou parfois légèrement aplaties, elles ont de 7 à 12u de diamètre et présentent une membrane d’enveloppe épaisse de 1 u à 1 u 5.
Cette disposition en chaînette a déjà été signalée par Baudet pour un mégaspore des bovidés (vraisemblablement T. album).
Les formes de résistance ainsi rencontrées n’ont pas tendance à se séparer par gélification de leurs parois ; elles restent constamment réunies dans la préparation et ne peuvent être considérées comme des arthrospores.
Fuseaux. — Des fuseaux ont été obtenus en culture sur orge de 20 jours et de 30 jours, et en micro-culture sur lames, sur gélose aux staphylocoques équins.
Sur orge de 30 jours, j'ai observé un fuseau de 60 x de long, 7 u de large, divisé en 7 loges, avec un pédicule mycélien de 3 u de large. Ce fuseau est représenté, dessiné à la chambre claire, fig. 4, B.
Sur orge de 20 jours, on a pu mettre en évidence une quinzaine
de fuseaux jeunes dont la planche VIII, fig. 3, donne un exemplaire. Ces fuseaux ont en moyenne 25 à 30 x de long, et 6 à 9w de large ; ils sont divisés en 3 à 6 loges et attachés sur un pédicule épais de 3 u de large.
Les fuseaux obtenus en micro-culture, sur gélose au bouillon de staphylocoques, présentent des caractères analogues.
EN RÉSUMÉ, Trichophylon album, T. discoides et T. ochraceum ont de nombreux caractères communs :
1° — un pmycélium mince, ou un mycélium épais se fragmentant facilement par dilacération ; 2° — des appareils sporifères, du type Acladium ou en grappe, présentant des aleuries non pédiculées et très caduques. Ces aleuries ressemblent à des bâtonnets courts, arrondis à leur extrémité libre, coupés carrément, sans étranglement à l'endroit de leur articulation avec le mycélium qui les porte ; 3° — des fuseaux longs, à extrémité tronquée, portés par un pédicule épais et divisés en 5 à 10 loges. Ê
En outre, T. album et T. discoides donnent des vrilles.
Un caractère doit être noté, c’est la grande caducité des aleuries. Or Vuillemin a distingué, par leur mode de formation, les aleuries des conidies : les aleuries ne se détachent pas du sporophore naturellement comme les conidies ; elles sont libérées par rupture ou affaissement du mycélium qui les porte et auquel elles survivent. En d’autres termes, les aleuries se forment aux dépens d’un filament mycélien qui se trouve vidé à leur maturité.
Chez T. album, T. discoides et T. ochraceum, le sporophore, après dilacération, reste fréquemment entier avec ses ramifications perpendiculaires et les aleuries sont répandues en abondance dans la préparation.
Cette caducité des aleuries ne correspond donc pas à la définition de l’aleurie donnée par Vuillemin, ce que Langeron et Milochevitch ont déjà constaté sur Cfenomyces mentagrophytes.
4 Conséquences des détails morphologiques observés sur ces trois espèces
Les considérations qui viennent d'être données sur les cultures duveteuses et la morphologie des trois Trichophyton des bovidés : T. album, T. discoides, T. ochraceum permettent d'apporter une contribution à l'étude de deux questions concernant les teignes animales : les cultures glabres et les gîtes naturels des champignons des teignes.
a) LES CULTURES GLABRES.
Trichophyton album, T. discoides et T. ochraceum donnent sur milieux d’épreuve glycosé et maltosé une culture glabre, c'est-àdire qui ne présente pas de rameaux mycéliens aériens. Cependant, en vieillissant, ces cultures montrent à la périphérie un très court duvet blanc qui leur donne un aspect poudreux.
Sur grains d'orge, ces trois espèces ont fourni une culture duveteuse qui, pour T. album et T. discoides, peut produire un abondant duvet blanc d'aspect ouaté.
Semblable constatation a été faite pour deux espèces nouvelles que j'ai décrites, cependant d'aspect glabre sur gélose maltosée et glycosée, T. bullosum et T. papillosum.
Par conséquent, les Trichophyton faviformes du cheval et des bovidés peuvent, dans certaines conditions de culture, perdre l'aspect de souffrance qu'ils présentent sur les milieux d’épreuve classiques et prendre un développement rapide et abondant. Ils produisent alors, ainsi que je l’ai montré, des organes reproducteurs différenciés (appareils sporifères et fuseaux) et quelquefois des vrilles.
Inversement, un champignon des teignes à culture duveteuse sur les milieux d’épreuve classiques, Trichophylon equinum de Matruchot et Dassonville, a donné une culture glabre sur gélose au bouillon de staphylocoques d’origine équine et présenté, sur ce milieu, un mycélium tortueux, irrégulier, vacuolaire, dépourvu d’aleuries.
Il est en conséquence possible d'affirmer que le caractère glabre des cultures sur gélose maltosée et glycosée des Trichophyton faviformes des bovidés est une réaction de ces champignons vis-àvis d’un milieu peu favorable à leur développement.
L'expression de Trichophyton faviformes des bovidés, qui correspond à un caractère accidentel, doit être abandonnée. Il est préférable de désigner ces espèces sous le nom de « Trichophyton mégasporés des bovidés » en raison de la grosseur des spores qu'elles présentent d’une manière constante dans les lésions pilaires.
D'autre part, la distinction entre les mégasporés faviformes et les mégasporés duveteux n’a plus de raison d’être : en effet, en cultivant les premiers sur milieux favorables ils prennent la forme duveteuse normale et, inversement, un mégaspore duveteux cultivé sur milieu défavorable devient faviforme.
b) GITES NATURELS DES CHAMPIGNONS DES TEIGNES DES BOVIDÉS.
T. album et T. discoides peuvent être cultivés sur grains de blé, grains d’orge et crottin, et donner sur ces milieux des organes reproducteurs différenciés : aleuries et fuseaux. Il en est de même, en ce qui concerne la culture de T. ochraceum sur grains d'orge.
Les aleuries que ces champignons produisent sur milieux naturels sont très caduques ; elles sont, d'autre part, douées d’une grande vitalité puisque, pour T. album et T. discoides, elles fournissent, par repiquage sur gélose maltosée ou glycosée, des cultures très vigoureuses qui ,en 40 jours, atteignent déjà de 12 à 14 mm. de diamètre, alors que le même champignon, en partant d’une souche glabre, ne fait, sur des milieux identiques, que commencer à se développer (voir planche VIT fig. 3).
Ces aleuries ont aussi un pouvoir infectant très accusé que j'ai éprouvé avec T. album en inoculant comparativement, le même JOUE
1°) 2 cobayes avec une culture sur orge de 20 jours, chargée
d’aleuries ;
2°) 2 cobayes avec une souche glabre sur gélose glycosée de 2 mois (1).
Ces cobayes ont été examinés pendant le mois qui a suivi l’inoculation aux fins de relever : l’époque d'apparition des lésions, leurs caractères et leur évolution, et de déterminer le nombre des poils parasités ainsi que le degré d’envahissement du champignon.
Les résultats de cette expérience ont été les suivants.
Les lésions produites par l’inoculation avec les aleuries apparaissent à partir du 7° jour, elles atteignent au 13° jour la dimension d’une pièce de 2 francs et accusent un parasitisme très développé dans les poils. |
Les lésions produites par l’inoculation d'une culture glabre n'apparaissent que du 13° au 16° jour, ne dépassent pas la largeur d’une lentille et n'’occasionnent qu’un moindre parasitisme des poils.
Ce caractère de virulence des aleuries joint à la possibilité pour les champignons des teignes des bovidés de se développer sur des milieux (orge, blé, crottin) qu’on trouve habituellement dans les étables, conduisent à penser que ces parasites peuvent vivre dans la nature à l’état de saprophytes et présenter, dans ces conditions de milieu, des aleuries et des fuseaux, de même qu’en culture pure, en tubes, sur milieux naturels (2).
On sait, en effet, que les teignes des bovidés sont, en France, des affections saisonnières qui apparaissent en hiver, à l’étable, sur des sujets jeunes, et guérissent au printemps, à la prairie.
D'autre part, s’il est établi que la contagion s'effectue facilement d’un sujet atteint de teigne à un sujet sain, on peut aussi
(1) En l'absence de poils récoltés récemment et provenant de bovidés teigneux parasités par T. album, la comparaison n’a pu être faite entre le pouvoir infectant des aleuries et celui des spores mycéliennes des poils parasités.
(2) La démonstration eut été plus complète, si la vitalité et la virulence des cultures de T. album présentant des fuseaux et des aleuries avaient été éprouvées après une ou deux années, comme le fit Ach. Urbain pour un Trichophyton du groupe des gypseum (vraisemblablement Cienomyces asteroides). Faute du temps nécessaire, cette expérience n’a pas été poursuivie.
voir apparaître la teigne, en hiver, dans des étables mal aérées, humides, sans qu'il y ait eu introduction d’un animal teigneux.
Tous ces faits donnent une grande probabilité à l’idée que les Trichophyton mégasporés des bovidés vivent dans les étables, s’y conservent, y végètent sous l'influence de conditions favorables, chaleur et humidité, que réalisent le rassemblement du bétail entassé dans des locaux mal aérés et peuvent infecter les jeunes sujets.
L'existence d’aleuries et de fuseaux sur les Trichophyton mégasporés des bovidés permet, par suite, de préciser l’étiologie des épizooties de teignes observées à l’étable en hiver, sans contamination apparente, et de montrer l'intérêt qui s'attache à l’hygiène de l’habitation pour assurer la prophylaxie de ces maladies.