‹ Les champignons supérieurs du Tarn. Avec 32 planches coloriéesChapitre 84 sur 85 · TRUFFE COMESTIBLE. TRUFFE NOIRE · texte numérisé non relu

TRUFFE COMESTIBLE. TRUFFE NOIRE

Tuber cibarium Bull. Tuber brumale. Yitt.

(Planche 32.)

Réceptacle fructifère sphérique, à verrues arrondies, rudes, plus tard lisses, noir à Texté-

176 LES CHAMPIGNONS DU TAftN.

rieur, noir grisâtre à l'intérieur, à veines blanches et rayonnantes. Spores ellipsoïdes-allongées.

La Truffe comestible fait l'objet d'un grand commerce. Elle est recherchée depuis le mois de novembre jusqu'au premier printemps. Elle croît principalement dans les bois argileux ou calcaires.

TRUFFE PRÉCOCE Tuber œstivum Vitt. Tuber oibarium Sow.

Réceptacle fructifère à verrues pyramidales, blanchâtre à l'intérieur, marqué de veines blanchâtres ou brunâtres, courtes, tordues. Spores sphériques-ellipsoïdes.

Cette Truffe croît depuis le mois d'octobre et pendant tout l'hiver. Comestible.

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Digiti

En terminant ce travail sur les champignons, il ne sera peut-être pas inutile d'examiner par quels moyens on doit combattre les redoutables accidents occasionnés parées végétaux, en attendant l'arrivée d'un homme de l'art.

Nous dirons tout d'abord que le salut des malades dépend le plus souvent de la promptitude avec laquelle on administre les remèdes. Ordinairement, les principes vénéneux contenus dans les champignons ne produisent leur action que trois à cinq heures après l'ingestion. Très souvent, il s'écoule dix, quinze et même vingtquatre heures, selon les espèces ingérées. A l'exception de V Amanite tue-mouche ou Fausse Oronge, qui agit comme narcotique, la plupart des champignons vénéneux agissent comme émétiques violents.

Les premiers symptômes d'empoisonnement s'annoncent par un sentiment d'oppression plus ou moins intense. Bientôt, on ne tarde pas à sentir une chaleur et de violentes douleurs dans l'estomac et le bas-ventre ; le pouls devient petit, l'abdomen se météorise ; puis des tranchées, une soif qu'on ne peut apaiser, des nausées, des

efforts violents pour vomir, des évacuations alvines, des dyssenteries, des assoupissements, des défaillances, des altérations au visage, la dilatation de la pupille, des sueurs froides, Je hoquet, une espèce de sommeil léthargique, la stupeur et le délire. Ensuite on ressent une vive irritation dans le tube digestif, suivie d'une inflammation qui dégénère vite en gangrène; et, trop souvent, la mort vient terminer ce long cortège de souffrances. Parfois, on n'éprouve que quelques-uns de ces symptômes.

Bien des personnes croient qu'il existe des contre-poisons contre les champignons : c'est une erreur. Elle est d'autant plus dangereuse qu'elle est fort commune; car le vinaigre, l'eau salée et les liqueurs spiritueuses, qu'on emploie très souvent, ont la propriété de dissoudre la partie active des champignons, d'en faciliter la transmission aux organes et d'amener bien plus promptement la mort.

Aux premiers symptômes d'empoisonnement, il faut s'occuper de l'évacuation du poison, et provoquer les vomissements, soit en chatouillant le gosier avec une plume, soit en faisant boire de l'eau tiède au malade. Si ces moyens sont insuffisants, il faudra recourir à l'émétique (15 à 20 grammes dans un verre d'eau tiède) ou, ce qui est préférable, administrer un éméticocathartique composé de 12 à 15 grammes d'émétiqueet de 25 à 30 grammes de sulfate de soude

Nota. — Chacun lira facilement, pages 178 et 179 : ... centigrammes... au Heu de : . . grammes d'émétique, rais par inadvertance.

dissous dans un verre d'eau pris en deux ou trois fois, à cinq minutes d'intervalle.

Il faut, avant tout, empêcher les champignons d'arriver aux intestins, car le danger serait beaucoup plus grave.

Après les vomissements, on fera boire au malade de l'eau tiède émétisée (3 à 5 grammes d'émétique par verre). Dans le cas où un commencement de digestion aurait introduit des champignons dans les intestins, on en provoquera l'évacuation par une dose de 30 à 40 grammes d'huile de ricin. Il serait aussi très bon de donner quelques lavements purgatifs.

Lorsque le sommeil ou la prostration gagneront le malade, on lui fera prendre de fortes infusions de thé ou de café; car les principes toniques renfermés dans ces substances produisent souvent d'excellents effets.

Les Amanites, les Russules et les Lactaires sont certainement les trois genres de champignons qui comptent le plus d'espèces vénéneuses.

Parmi les nombreux empoisonnements que les journaux signalent chaque année, l'Amanite bulbeuse ou Oronge-ciguë [Amanita Phalloïdes Bull.) est peut-être l'espèce qui en occasionne le plus. Sa ressemblance avec l'Agaric champêtre ou Pradelet fait qu'on la confond très souvent avec ce dernier.

Pour donner une idée des tristes effets de l'Amanite bulbeuse, nous nous contenterons de

^80 LES CHAMPIGNONS Dt) TARN.

citer un seul article tiré du Journal de chimie médicale et reproduit par le célèbre Orfîla * :

« Madame la baronne Boyer et sa fille, âgées « Tune de quarante ans, l'autre de vingt ans, « qui habitaient depuis quelques jours le village <i de Saintry, près Corbeil, cueillirent impru- <i deniment une espèce de champignon qui res- « semble beaucoup au champignon de couche, <i excepté qu'il est plus grêle, que son chapeau « est recouvert d'une pellicule jaune verdàlre, « et que sa tige, très renflée à la racine, est « garnie d'une volve qui l'enveloppe entièrement « avant qu'il soit épanoui ; c'était l'Agaric bul- « bcux, espèce très dangereuse, redoulée même « des insectes, et qui ne croît que sous l'ombrage « des forêts. Elles en firent presque exclusive- <( ment leur diner. Quelques heures après ce « pernicieux repas. Mademoiselle Boyer éprouva « des vertiges et dit à sa mère qu'elle était com- « me si elle avait pris de l'opium ; on lui donna « du café, et la nuit fut très calme jusqu'à trois « heures du matin, heure à laquelle elle fut « éveillée par des coliques et des vomissements ; « on se contenta de lui faire du thé pour attendre « le jour. Je fus prévenu à sept heures du matin ; « à huit heures, la mère faisait prendre un bain <( à sa fille, qui commençait aussi à éprouver

< Toxicologie générale, 5® édition. Paris, 1852. Tome II, page 671.

<( les mêmes accidents ; leurs évacuations ne « contenaient déjà plus de traces de champi- « gnons. Néanmoins, je prescrivis immédiate- « ment une potion stibiée, dans le but d'expulser « ce qui pourrait encore rester dans le tube <( digestif, en recommandant d'en prendre quel- « ques cuillerées seulement, puis d'étendre le « reste dans une certaine quantité de liquide pour « agir comme lavage. Revenuauprèsdeces dames a quelques heures après, elles étaient couchées « et continuaient de vomir, mais les évacuations « alvines étaient beaucoup plus rares.

^ Jusque-là les symptômes ne présentaient « rien de bien alarmant; la langue n'était ni « sèche ni froide ; la soif n'était pas très intense ; « le ventre n'était ni tendu ni douloureux ; les « extrémités et la peau avaient conservé latempé- « rature ordinaire, la physionomie était à peine « altérée ; la circulation paraissait à peu près « normale ; la mère avait uriné plusieurs fois, « mais chez la demoiselle, cette sécrétion était « complètement nulle depuis l'accident ; l'intel- « ligence était parfaitement intacte; ces dames « conservaient même une certaine gaieté; elles « me parlaient de leurs plaisirs aux bains de mer, « de leurs projets, des avantages et des désagré- « ments de leur nouvelle habitation, etc.; mais <( ces conversations, toutes spontanées de leur H part, étaient momentanément interrompues « par des vomissements. Néanmoins, si je n'avais

« été averti de la gravité de la circonstance, par « les observations de cas analogues que je trou- <i vais dans les auteurs, j'aurais été naturelle- « ment porté à me rassurer, et j'avoue que je ne « m'inquiétai sérieusement que vers les six heu- « res du soir.

« La soif devint plus vive ; il fallait des boissons « plus copieuses et plus froides pour la modérer « quelques instants; les vomissements étaient « plus rares, mais plus fatigants. La quantité « des matières vomies paraissait excéder celle « des boissons ingérées ; chaque effort était suivi « de prostration, quelquefois de défaillance, et <( la tête retombait sur la poitrine.

« La réaction se fit vainement attendre, et c'est « à ce moment que je commençai à désespérer « de leur salut ; en effet, les extrémités se refroi- « dissaient; la sensibilité semblait les abandon- « ner ; une sorte d'engourdissement douloureux « se faisait sentir dans les membres inférieurs et « dans les lombes ; le regard était incertain ; les « lèvres et la langue étaient froides, et l'indiffé- « rence complète de ces deux infortunées l'une « pour l'autre fit place à ces moments d'excita- « tion presque enjouée de la matinée. A onze « heures du soir, le docteur Petit père voulut « bien m'aidcr des conseils de sa longue expé- « rience ; il me proposa d'ajouter à ce que j'avais « fait une application de trente sangsues à l'anus « à chacune, et les boissons glacées, puis l'huile

<( d'amandes douces, pour calmer l'éréthisme « du canal intestinal ; toutes deux parurent plus « calmes pendant l'action des sangsues, mais « aucune amélioration n'en fut suivie. Ce calme « trompeur était interrompu souvent par des « gémissements et le besoin de boire ou de vomir. « Cependant les vomissements cessèrent dans la « matinée chez la mère, c'est-à-dire trente-six « heures après l'ingestion des champignons, mais « elle ne paraissait qu'en souffrir davantage ; elle « demandait qu'on la fit vomir. La demoiselle « était plus calme et continuait de vomir.

« Aucun accident nouveau ne se présenta dans « la journée; mais plusieurs augmentèrent, et « le danger paraissait de plus en plus imminent. « L'indifférence de ces deux infortunées l'une « pour l'autre avait quelque chose de douloureux « pour les assistants. La mère entendait les « gémissements de sa flUe, la fille ceux de sa « mère, sans se préoccuper le moins du monde « l'une de l'autre ; elles ne portaient sur nous « leurs regards affaiblis que pour demander à « boire ; c'est alors seulement que les idées « devinrent incohérentes ; que le faciès com- « mença à devenir hippocratique chez la jeune « fille, qui avait fait preuve d'un courage et « d'une résignation extraordinaires ; les yeux « turgescents se troublèrent, la circulation se « ralentit progressivement sans être irrégulière, « et elle rendit le dernier soupir en murmurant « les noms qui lui étaient chers.

<( M. Piorry, mandé le malin, ne put arriver « que le soir; la demoiselle n'était plus. La « mère, qui ne s'occupait aucunement de sa paua vre enfant, avait les yeux caves, les lèvres et a la langue froides et violacées ; son teint oli- « vâtre rappelait le choléra ; on sentait à peine « les battements de l'artère radiale, ceux de la « brachiale étaient à peine sensibles, et les mou- « vements du cœur s'affaiblissaient sans devenir a irréguliers; l'agonie se prolonge cependant « encore jusqu'à six heures du matin, et cette « malheureuse mère ne s'occupe pas un instant a de sa fille, qu'elle avait vue entourée de soins « quelques heures auparavant, et dont elle de- « vait apercevoir le chevet abandonné, car une <( seule porte séparait les deux chambres.

« Je n'ai pas cru devoir interrompre ce récit « en intercalant les moyens employés, parce « qu'aucun n'a été suivi de la moindre améliore ration. Je vais simplement les énumérer par « ordre.

« D'abord, quelques cuillerées d'une potion « stibiée en lavage pour expulser les débris que « pouvait contenir encore le tube intestinal, <f puis le sirop d'éther, les infusions aromati- « ques, le lait, la solution de blanc d'œuf, furent « vomis immédiatement; les boissons aromati- « ques éthérées, les vins de Bordeaux et de « Frontignan ne furent pas tolérés davantage; les « lavements, les frictions sèches ou humides

« avec l'alcool camphré, l'insolation même et « les sinapismes ne donnèrent lieu à aucune « réaction. La potion antivomitive de Rivière, « additionnée de dix gouttes de laudanum, parut « plus nuisible qu'utile, dés les premières cuille- « rées, et ne fut pas continuée. Les vomisse- « ments persistèrent toujours, excepté chez la « mère, comme nous l'avons dit plus haut, et « elle nous suppliait de la faire vomir. Les « sangsues à l'anus ne produisirent pas un « meilleur effet; deux choses seules parurent « un peu calmer, la glace à l'intérieur et les « fomentations émollientes sur le ventre. Nous <( ne crûmes pas devoir recourir à la saignée, « parce que la réaclion manquait complètement. « Une des bonnes, qui avait goûté quelques n parcelles crues de ces champignons, vomit « huit à dix fois au bout de seize heures seule- « ment, et ne fut pas sérieusement indisposée ; « l'autre, qui en avait goûté après la cuisson et « qui soutint longtemps qu'elle ne croyait pas « en avoir avalé, n'éprouva les premiers acci- « dents qu'au bout de quarante-huit heures, et « donna de vives inquiétudes *.

< Journal de chimie médicale, année 1846.

TABLK DBS PLANCHES

Pages.

Bolet bronzé 26

— comestible : . 26

— pernicieux 28

— chrysenthère 29

— rude, variété orangée 30

Fistuline hépatique 32

Hydne sinué 40

Clavaire jaune 54

Amanite des Césars, Oronge jaune 64

— bulbeuse 64

— vénéneuse 64

— tue-mouche, fausse Oronge 66

— vaginée 70

Lépiote élevée 70

Tricholoma mousseron blanc 80

Collybia en fuseau 90

Mycène pure 96

Pleurote ostracé 104

Entolome soyeux 106

Psalliote champêtre, Pradelet 116

Coprin micacé 128

— en éventail 128

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