HISTORIQUE CHIMIQUE
Basidiomycètes:
La partie chimique de l'étude des champignons est une des plus importantes, et cependant une des moins connues, surtout en ce qui concerne leurs principes vénéneux.
BOUILLON-LAGRANGE (1) le premier (car il ne faut pas compter LEMERY, qui a trouvé dans les champignons comme dans toutes ses analyses végétales, une certaine quantité d'huile, de sel volatil et fixe) publia quelques notes sur les Boletus laricis, igniarius, et sur le Tuber cibarium.
BRACONNOT donna ensuite l'analyse des Agaricus volvaceus acris, stypticus; des Hydnum repandum et hybridum; du Merulius cantharellus; des Boletus juglandis et viscidus et du Peziza nigra.
VAUQUELIN fit connaître peu après la composition des Agarieus campestris, bulbosus, muscarius, theiogalus (3).
LETELLIER, puis LETELLIER et SPENEUX (4), s'entendent ensuite sur le principe âcre des Russules, des Lactaires et le principe vénéneux des Amanites qu'il nomme amanitine. Cet auteur regarde cette substance comme un alcaloïde susceptible de former des sels cristallisables avec les acides.
Après ces travaux on est resté longtemps sans nouvelles recherches, puis sont venues celles de PAYEN sur la cellulose, pendant le cours desquelles ce savant démontra que la fongine n'est que de la cellulose retenant un peu d’albumine. Celles de KNOP et SCHNIEDERMANN, PE- LOUZE, LIEBIG, démontrèrent que le sucre de champignon n'est que de la mannite. Celles de DESSAIGNES firent voir que l'acide fongique n'est que des acides citrique et malique miêlés d'un peu d'acide phosphorique, et que l'acide bolétique est identique à l'acide fumarique, Ce que BOLLEY avait déjà signalé. Puis viennent celles de TROMSDORFF et celles de BOUCHARDAT ur l'Elaphomyces èchinatus Vitt; celies de WIGERS,
(4) BOUILLON-LAGRANGE. Analyse de deux espèces d’agaries, le Boletus laricis et Île Boletus igniarius (Lin.). Ann. de chimie, Paris 4804, t. XLVI, p. 198 et t. LI, 75. Fix
(2) NN ee au de sur # nature des champignons. Ann. de chimie, Paris 481414, t. LXXIX, p. 265 et t. LXXAVI, p. DL os
(3) VAUQUELIN. CH RE sur les champignons (Ann. de chimie, Paris 1818, t. LXXXV, p.95.
(4) LETELLIER, Thèse de Paris, 1827. LETELLIER et SPENEUX, Ann. d'Hyg. publ. et de méd. légale, 1867, p. 11.
BONJEAN, LAGRIPP, sur le seigle ergoté. Enfin citons les travaux de Jules LEFORT et de GOBLEY qui firent l'analyse du champignon de couche et de la truffe. |
Nous passons sous silence l'analyse des principes immédiats signalés par tous ces auteurs.
Retenons cependant ce fait, que quant aux substances vénéneuses, BRACONNOT a trouvé dans l’'Agaricus volvaceus une substance délétère très fugace. VAUQUELIN attribue le poison de l'Amanita bulbosa à une matière grasse et amère. SCHRAEDER a trouvé dans l’Amanita muscaria une substance âcre de couleur rouge, soluble dans l’eau, et à laquelle il a attribué les qualités délétères de l'espèce. CHAUSAREL attribue au contraire l’action vénéneuse à une matière gélatineuse. LETELLIER (1) avant lui (1827), a indiqué l'Amanitine dans les amanites vénéneuses, lui donnant comme caractères, ,de n'être affaiblie ni par la dessiccation, ni par l'ébullition, de n'être point décomposée ni précipitée par les acides, par les alcalis faibles, l’acétate de plomb, l'infusion de noix de galle. Soluble dans l'eau et dans tous les liquides qui en contiennent, insoluble dans l’éther, quoi qu'en aïent dit tous les auteurs, elle ne parait pas susceptible de cristalliser, et par conséquent d'être isolée des matières colorantes et des sels à base de potasse et de soude. Elle ne manifeste sa présence ni par l'odeur ni par la saveur, résiste à une température bien supérieure à celle de l’eau bouillante et forme avec les acides des sels cristallisables“.
BOUDIER reprenant les expériences de LETELLIER, trouve que l’alcaloïde isolé par LETELLIER n'est pas le même pour toutes les amanites. Il en trouve un dans A. bulhosa qui est tout à fait différent par ses caractères de l’Amanitine de LETELLIER. Il a les présomptions les plus fortes qu'il en existe aussi un qui est propre à l’Amanita muscaria quoi qu'il aît été impossible à cet auteur de l'isoler.
BOUDIER (?) isole alors de l'Amanita bulbosa un principe qui lui paraît être un alcaloïde, et auquel il propose le nom de bulbosine. Il n’a pas cru devoir conserver le nom d'Amanitine parce que dans sa pensée, l'Amanita muscaria contien un autre alcaloïde différent de celui-ci, et que ces deux principes étaient évidemment confondus sous ce nom; d’ailleurs l’'Amanitine de LETELLIER doit se rapporter au principe vénéneux de la fausse oronge dont elle ne diffère pas très sensiblement, tandis que ses différences sont au contraire très grandes avec le produit obtenu par BOUDIER.
BOUDIER fait ensuite une série de recherches sur l'Amanita muscaria et croit trouver une substance qu'il ne peut déterminer mais qu'il pense être un alcaloïde.
Il expérimente sur des animaux chacune des substances qu'il trouve dans A. bulbosa et A. muscaria et aucune n'offre de caractères toxiques, si ce n’est la bulbosine et la substance complexe de l’A. muscaria.
PAYEN, et plus récemment KOENIG et PETERMANN publient une série de travaux chimiques sur l’Agaricus campestris.
De 1878 à 1888, SCHMIEDEBERG, SCHLOSSBERGER et DOEPPING, BOEHMER, HOPPE-SEYLER, KOHLBRAUSCH, MÜRNER, PECK, RUB-
(1) LETELLIER. — Thèse Paris, 1827.
(2) BOUDIER. Des champignons au point de vue de leurs caractères usuels, chimiques et toxicologiques, 1866.
NER, SALLET, UFFELMANN se livrent à une série d'expériences chimiques sur la digestibilité des champignons.
En 1869 SCHMIEDEBERG découvre dans la fausse oronge la muscarine entrevue par BOUDIER, de BOEHMER, KOENIG, KOHLBRAUSCH, WOLF, GERARD, BOURQUELOT, etc. C'est à E. BOURQUELOT, professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris que nous devons, en France, les recherches les plus originales, et les notions les plus exactes sur la chimie des champignons.
On remarquera, en consultant les nombreux mémoires des auteurs prôcités, que les recherches des chimistes ont porté sur les alcaloïdes (?) ou glucosides des champignons dans l'espoir d'y trouver le secret de leur toxicité (LETELLIER, BOUDIER. SCHMIEDEBERG. KOPPE). Ceci fut le point de départ de publications très intéressantes de SCHMIDT, BOEHM. HARNACK, NOTHNAGEL, etc. Nous passerons rapidement en revue un peu plus loin les principales matières alcoloïdiques reconnues aujourd'hui dans les champignons et nous en discuterons l'importance toxicologique.
C'est à A. von LOESECKE (1) qu'est due la découverte de l’acide cyanhydrique chez Marasmius oreades. Cet auteur l'a mis en évidence par une série de réactions appropriées (précipité bleu de prusse par le sulfate ferreux et le chlorure ferrique, coloration rouge sang du sulfrocyanure ferrique, réaction de Schônbein, etc. L'acide cyanhydrique suggérant à LOESECKE (?) l’idée de l'amygdaline a cherché plus tard à déceler ce glucoside chez ce Marasmius, mais ses essais ont été négatifs.
OFFNER (3) s’est servi du papier picrosodé de GUIGNARD (4) pour rechercher l'acide cyanhydrique chez plusieurs champignons et 11 n’a obtenu qu’un autre résultat positif. Il a examiné en particulier le CHtocybe infundibuliformis qui amène une coloration rouge brun du papier picrosodé, et comme chez Marasmius oreades, le dégagement de l'acide cyanhydrique se poursuit pendant plusieurs jours.
Dans une étude sur la distribution de l'acide cyanhydrique dans le règne végétal (5), GRESHOFF énumère quatre espèces de champignons. Marasmius oreades, Hygrophorus agathosmus, Pholiota radicosa et Russula foetens dans une liste générale des plantes à acide cyanhydrique, mais il considère ces quatre cas comme douteux Cependant OFFNER déclare que pour Marasmius oreades le fait est certain ainsi que pour Clitocybe infundibuliformis.
En 1891, KOBERT (6) découvre que l'extrait aqueux de l'A. phalloides (échantillons desséchés) contient une substance qui dissout rapidement les globules du sang de divers animaux même en dilution 1 — 125 000, relativement au poids sec de l'A. phalloides desséché que l’on a employé. Il nomme cette substance phalline. Elle est peu stable, elle perd ses pro-
(1) A. VON LÔSECKE. Zur Ghemie und Physiologie des Agaricus oreades. (Arch. des Pharm., 2e sér., t. CXLVII, p. 36, 1871.
(2) A. VON LOSECKE. Beiträge zur Kenniniss essbarer Pilze. Archiv der Pharmacie, 3e sér., t. IX, p. 133, 1876. |
(3) OFFNER. Sur la présence et la recherche de l'acide cyanhydrique chez les champignons. Bul. Soc. Mycol., t. XXVII, p. 342.
(4) L. GUIGNARD. Le Haricot à acide cyanhydrique Phaseolus lunatus. Bull. des Sc, Pharmacol , XII, 1906, p. 129, 193, 337, 401.
(5) Bull. des sc. pharmacol. XII, p. 584, 1906.
(6) KOBERT. La phalline, par le professeur Kobert. Revue Mycologique 1897, p. 121. Voir aussi Revue Mycologique, XI], p. 1. Sur l'extraction de la phalline el sur la présence dans VAmanila phalloides d'un alcaloïde très toxique.
priétés hémolytiques quand on l'expose à une température de 70° c.; elle les perd également sous l'influence de l'alcool, les acides et d’autres substances. Il croit que cette substance est une albumine (une toxalbumine). KOBERT n'a pu l'isoler complètement et la purifier parfaitement.
En 1899, KOBERT (1) a reconnu qu'après avoir précipité de l'extrait aqueux par l'alcool, la phalline, le liquide filtré contient un violent poison qui possède des propriétés différentes et non hémolytiques de la phalline (2).
De son côté, WILLIAM W. FORD, professeur à l'Université John-Hogkins, de Baltimore (Maryland) a étudié ces deux poisons avec un très grand soin: 1° celui qui dissout les globules du sang (phalline de Kobert) qu'il nomme Amanita-hémolysine qu'il considère come un glucoside, et 2° celui qui ne possède aucune propriété hémolytique et qu'il nomme Amanitatoxine. Nous relaterons dans la suite les principaux faits du travail de W. FORD qui ont déjà été si bien résumés dans le travail très consciencieux de R. FERRY (3) (de Saint-Dié) et auquel nous avons eu recours très souvent.
De leur côté, les recherches récentes de RADAIS et SARTORY (4) ont montré que le poison des Amanites et des Volvaires était localisé surtout dans la cuticule, puis dans le chapeau et les lames, un peu moins dans le bulbe, beaucoup moins dans le pied. Autant le glucoside hémolytique nous a paru disparaître facilement par dédoublement diastasique ou sous l’influence de la chaleur, autant au contraire nous avons trouvé l’Amanita toxine de FORD tenace, fixée au tissu fungique résistant à la dessiccation et à l’ébullition.
Nous n'insistons pas davantage pour le moment sur les poisons des champignons. Nous renvoyons le lecteur à l'étude toxicologique (deuxième partie de ce travail).
Ascomycètes:
La partie chimique concernant les Ascomycètes est encore peu avancée. Quelques travaux ont été entrepris dans ce sens, tant pour en découvrir les principes constituants ou utiles à l'alimentation de plusieurs d’entre eux, que pour rechercher la cause de quelques accidents qui se sont produits par leur usage. En 1811. BRACONNOT signale la présence du sucre de champignon (Mannite) dans PEZIZA nigra BULLIARD (Bulgaria inquinans); PAYEN en 1865, dans son Précis sur les substances alimentaires”' indique la Morille comme contenant 44°, de substances azotées; ERRERA, en 1883, étudie l’épiplasme et la matière glycogène, principalement dans Peziza vesiculosa; FERRY, en 1890, signale dans la Re-
(4) Extrait d’une conférence du Prof. Kobert, 21 juillet 1899, à Rostock. die
‘2) Cette qualification de phalline ne fut pas admise par plusieurs auteurs en particulier par HAFFRINGUE. (Voir index bibliographique). Sous prétexte qu’elle n’est pas détruite par la chaleur alors que préciément c’est le contraire. RABE (voir index bibliogr.), a étudié le prétendu alcaloïde de Kobert, solube dans l’eau, insoluble dans l’éther et le chloroforme, et lui trouve des propriétés analogues à la muscarine. C’est fort probablement V’Amanita toxine de Abel et Ford.
{3) R. FERRY. — Etude sur les Amanites. Les Amanites mortelles. A. phalloides, verna, virosa, 1911. L'ouvrage se vend chez l'auteur, avenue de Robache, 7, Saint-Die. (Bibliograpiiie . très complète sur la question (Amanites). L
(4) RADAIS et SARTORY,. — Toxicité comparée de quelques champignons vénéneux parmi les Amanites et les Volvaires. C. R. Ac. Sc., 1912. CLV, p. 180.
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vue mycologique la présence de la Mannite chez Morchella deliciosa. Helvella lacunosa, Geoglossum hirsutum et Peziza splendens.
En 1889 et 1890, BOURQUELOT publie d'importantes recherches sur les sucres contenus dans les champignons. Il constate le même sucre dans Bulgaria inquinans, Pustularia ochracea, Peziza venosa, Acetabula vulgaris, Morchella semi-libera et plus tard ,en 1892, ches Peziza badia, onotica et surtout dans Sclerotinia tuberosa qu'il étudie à ce point de vue à tous les degrés de croissance.
Un peu plus tard ce même savant indique la présence du chlorure de potassium dans Leotia lubrica et Bulgaria inquinans.
D'autres auteurs, tant en France que dans les autres pays, firent des recherches sur les différents principes qui peuvent exister chez ces chamgignons.
Des travaux ont été entrepris pour rechercher les causes des divers accidents qui se sont produits par l'usage des Discomycètes et surtout des Morilles et des Helvelles, accidents déjà signalés par PAULET, avec Morchella pleopus laquelle est certainement Helvella esculenta, récoltée à Fontainebleau et altérée. KROMBHOLZ donne quelques détails sur Helvella esculenta, espèce qui ne peut être séparée de la précédente. PON- FICK de Breslau fait connaître, en 1883, les propriétés vénéneuses que peuvent acquérir les Morilles dues à un poison très violent, soluble dans l'eau bouillante et disparaissant par la chaleur ou la dessiccation, poison qui déterminerait des vomissements, de l'ictère, rendait les urines brunâtres et produirait de l'abattement, de la somnolence, de la paralysie progressive et la mort.
En 1884, BOSTROEM obtient des résultats analogues avec des Hreliveiles. STUDER, de Berne en 1888 avec DEMNE, signale et décrit un autre Cas d'empoisonnement par Helvella esculenta. Ils signalent la présence de la Triméthylamine et de la Névrine dans ce cryptogame.
Mais il faut bien reconnaître que tous ces accidents paraissent nêtre que des exceptions, résultant de la facilité avec laquelle ces espèces s’altèrent, ou dus à une cuisson insuffisante. Comme nous le dirons dans un chapitre qui suivra, il peut se produire des ptomaïnes toxiques, cause probable des accidents éprouvés (Cryptomaïnes de Houdé).
Il sera donc nécessaire dans l’emploi alimentaire des grosses espèces de Discomycètes, de ne s’en servir que dans un bon état de fraîcheur et après avoir pris la précaution de bien les cuire.
Les recherches les plus importantes et les plus nombreuses ont été faites sur le Claviceps purpurea (Ergot de seigle).
VAUQUELIN et PETTENKOFER étudièrent l'ergot dès la fin du XVIIle siècle et la première partie du XIVe mais les premières recherches soigneuses ont été entreprises par WIGGERS en 1851. ND y décela 35°) d'huile, une substance cireuse et cristalline appelée cerine et probablement de composition identique à l'ergostérine de TANRET, un sucre nou; veau que l'on a identifié au tréhalose, et enfin des phosphates. I démontra aussi l'absence d'amidon et d'acide hydrocyanique, puis découvrit une résine soluble dans l'alcool, insoluble dans l’éther et l’eau qu'il appela ergotine; d’après ses expériences sur les coqs il conclut que les propriétés toxiques de l'ergot sont dues à ce produit. Quant à son activité thérapeutique, il crut pouvoir l’attribuer à une substance soluble dans l'eau, se
basant pour cela sur les bons effets produits par l'extrait liquide (aqueux) utilisé en médecine.
En 1842, BONJEAN indique un mode de préparation d'un extrait aqueux qu'il dénomme aussi ergotine.
En 1864, WENZELL obtient deux alcaloïdes confirmés par MANASSE- WITZ, HERRMANN et GANZER: a) ergotine; b) echoline.
En 1874, Buchheim croit à l'activité de l'ergot, non à une substance spécifique, mais ,aux substances putrides et septiques” en bloc.
En 1875, TANRET isole un alcaloïde pur et cristallisé qu'il nomme ergotinine.
En 1877, DRAGENDORFF et PODWYSSOTSKI décrivent la picrosclérotine sans doute identique à l’ergotinine si l'on s'en rapporte aux travaux de BLUMBERG assistant de DRAGENDORFF.
Il estiste d’autres synonymes de l’alcaloïde cristallisé de l'ergot, ce sont: sclérocrystalline (PODWYSSOTSKI, 1883) et sécaline (JACOBY, 1897).
En 1894, KELLER le décrit comme étant identique à la cornutine de ROBERT, mais ensuite abandonne cette théorie.
TANRET regardait alors l’ergotinine comme étant le principe actif, tandis que d’autres chercheurs pensaient devoir isoler la substance active dans un acide soluble dans l’eau: le point de départ de cette série de recherches est l'ergotinum dialysatum de WERNICH (extrait soluble dans l’eau) préparé en 1874.
En 1875, ZWEIFEL avait décrit une préparation nommée plus tard acide ergotinique.
En 1877, DRAGENDORFF et PODWYSSOTSKI nommèrent un principe soluble dans l’eau, analogue à l'acide ergotinique acide sclérotinique.
En 1884, ROBERT prétend qu'il y a dans l'ergot de seigle trois substances actives: deux acides et un alcaloïde; l'un des acides reprend le vieux nom d'acide ergotinique., C’est une substance glucosidique, azotée, soluble dans l’eau, qui serait d’ailleurs le principal composant de l'acide gclérotinique (DRAGENDORFEF et PODWYSSOTSKI).
Cette substance paralyse le système nerveux central, mais n'occasionne pas de gangrène, pas d'action sur l'utérus, pas de vaso-constriction. VOS- WINKEL la regarde comme un hydrate de carbonne (mannane); mais la théorie de ROBERT est soutenue par son élève KRUSKAL. KRAFFT a décrit ce produit comme composé de mannite et d'acide.
Les autres substances insolubles dans l’eau et solubles dans l'alcool sont: l'acide sphacélinique et la cornutine (alcaloïde): qui contractent l'utérus, et agissent sur le ventre vaso-moteur, mais le premier produit la gangrène et le second ne la donne pas.
En 1894, KELLER assure que l’ergotinine et la sécaline sont un seul et même alcaloïde de l’ergot et en 1896 il considère la cornutine comme de l’ergotinine partiellement décomposée.
En 1902, SANTESSON examine physiologiquement la cornutine de KELLER sur le produit préparé par ce dernier; avec des doses relativement fortes il n'obtient sur les Grenouilles, les Lièvres et les Poules que parties des effets attribués par KELLER à l'acide sphacélinique et à la cornutine; il conclut même que cette matière demi-enclavée n’est pas le principe actif important.
En 1906, JACOBY isole une résine qu'il prend pour le principe actif, qu'il nomme sphacélotoxine et qu'il dit être combinée dans l'ergot à deux
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substances inertes: a) avec l’ergochrysine pour former un composé appelé chrysotoxine; b) avec l'alcaloïde sécaline pour former la sécalintoxine. Ces deux composés contractent l'utérus et causent la gangrène de la crête du coq.
En 1907, plusieurs auteurs cherchent à prouver que toutes ces préparations acides doivent leur activité à un alcaloïde amorphe qu'ils appellent ergotoxine et duquel F.-H. CARR isole des sels cristallisés.
En 1907 aussi, KRAFFT décrit le même alcaloïde qu'il appelle hydroergotinine. BARGER et CARR donnent à l'ergeotoxine la formule CHOSN" et à 'ergotinine la formule CHSOSNS.
WAHLEN aprelle eclavine une substance entièrement différente, ni acide ni alcaloïde qu'il découvre dans l'intervalle. k
En 1909, TANRET. (C.R. 149-222) retire du seigle ergoté une base nouvelle renfermant du soufre, l'ergethionçgins; cristallisée dans l’eau, elle à pour formuleC® H!5 N3 O2 SH? O.
En 1910 ,ANDREAS KAZAY fait remarquer principalement que la cornutine provient de l’action des acides sur l’ergotinine et que dans la plupart des préparations d’ergot il a eu la réaction de la cornntine et non de l’ergotinine. Les préparations conservent d’ailleurs la même action. Il passe en revue la liste des corps chimiques actuellement connus: Ace. sphacélique, clavine, etc. et la np. oxyphenvl éthyvlamine de RBARGER et de DALE. Le procédé de dosage est basé sur la méthode de KJELDHAL: 0,083 de sulfate d’ammoniaque correspondant à 0,620 d’ergotine. La même année WENZELL (W. T.) publie dans l'Am. Jour». Pharmac. Philadelphia, LXXXII, p. 410-416 un mémoire où il indique le mode de préparation, les propriétés chimiques et physiologiques de l’ergoxanthéine, nouveau principe actif retiré de l’ergot et fait un rapide historique de la découverte des alcaloïdes de l’ergot de seigle (1).
En 1912, BURMANN (J.), en contrôlant ses expériences par des essais physiologiques, a constaté que les principes utiles de l'ergot se trouvent entièrement contenus dans la partie soluble dans l’eau. Il en a retiré une amine du groupe des ptomaïnes qu’il a caractérisé comme étant la paraoxyphényléthylamine. C'est une base cristallisée, fondant à + 160°, fortement basique, peu soluble dans l’eau et altérable à l'air, dont il a fait la synthèse en partant de la tyrosine. Il a constaté que ce corps possède toutes les propriétés que l’on recherche dans l’ergot: vaso-constriction comparable à celle que produit l’adrénaline, et contractions utérines. En résumé, la paraoxyphényléthylamine et les bases voisines seraient d’après lui, les seuls principes utiles de l’ergot, les autres corps précédemment étudiés, ergotinine, clavine, ac. sphacélotoxique, etc., n'étant que des prin cipes toxiques sans utilité.
La même année, BARGER et DALE dans une communication intitulée ,Remarque sur la communication du docteur BURMANN", revendiquent la priorité sur les recherches de BURMANN et rappellent leurs études sur la paraoxyphényléthylamine, au point de vue chimique et physiologique.
(1) Pour les renseignements chimiques plus complets et pour la bibliographie, consulter la evoe des travaux chimiques sur le principe actif de l’ergot. Voir GRAWFORD (A.-C). Am. Jourrn. Pharmac. Philadelphia, 1911 LXXXIL, p. 147-171.
Nous terminerons ici cet historique chimique car la discussion de ces intéressantes découvertes nous entrainerait trop loin.
Disons encore que les recherches chimiques concernant les champignons inférieurs ne sont pas moins intéressantes. La plupart renferment des ferments ou enzymes (Mucédinées, levures) agents puissants de fermentation. On a reconnu aussi chez quelques champignons supérieurs el inférieurs des enzymes dont l'étude peut éclairer certains points de la biologie ou de la toxicologie de ces végétaux (io
Au cours de ce travail toutes les indications bibliographes recentes seront indiquées, ceci jusqu'en 1921.
Place de l’Odéon. Paris.