Tome dix-septième M. D, CC LXXX
Malgré ces suites funestes, on n’est pas moins avide de ce poison.
Les Koriaques qui n’en ont point chez eux, en font tant de cas, que par économie ou pauvreté, s'ils voient quelqu'un qui en ait bu ou mangé, ils ont soin de recevoir son urine dans un vase et boivent pour s’enivrer à leur tour de cette liqueur enchanteresse. Quatre de ces champignons ne font point de mal, mais ils suffisent pour troubler l'esprit et les sens. Aussi les femmes n’en usent jamais“.
PAULET, dans son traité des champignons (1793) a étudié particulièrement les principes toxiques de certaines espèces et donné le récit d'un grand nombre d'expériences tentées sur les animaux avec les moyens employés à cette époque, pour prévenir les accidents (1) ou y remédier.
Avec lui commence l'étude méthodique et scientifique de la cryptogamie.
Durant la première période du XIXe siècle, PERSOON, ALBERTINI, SCHWEINIZ, LETELLIER, DE CANDOLLE, BULLIARD lui succèdent dans cette vaste tâche.
Puis à partir de 1840, ce sont les travaux micrographiques de BERKE.- LEY, de BARY, CORDA, LEVEILLE, des frères TULASNE, qui révèlent la structure intime des champignons et de leurs organes de reproduction.
D'autres encore, tels que MOUGEO®T père, MONTAGNE, DESMA- ZIERES, BROOME, méritent d'être cités.
ELIAS FRIES, professeur à Upsal, entreprend un classification remarquable des hyménomycètes.
A mesure que l’on se rapproche du XXe siècle, l'étude de la cryptogamie, devenue trop vaste par suite de l'emploi du microscope, oblige les rechercheurs à se spécialiser.
Aussi, depuis Paulet jusqu'à l’époque actuelle, comment parler de toutes les oeuvres remarquables de tant de chercheurs, bien que chacun de leurs travaux, dans des branches différentes; soit comme une pierre nécessaire à l'édifice de la mycologie moderne.
ORFILA, POUCHET, DECHAMBRE (2), GILLET, QUELET, GILLOT LUCAND, BIGEARD et JACQUIN, RICHON, MOYEN, BARLA, VAN TIEGHEM, R. FERRY, RADAIS, PLANCHON, GUEGUEN, VENNIN, R. MAIRE, LAPIQUE, A. SARTORY, BOURDOT, PATOUILLARD, L. MAIRE, etc. en France; CURREY, COOKE, PHILLIPS, en Angleterre; COEMANS, LAMBOTTE, MARCHAL, BOMMER, ROUSSEAU, en Belgique;
OUDEMANS, en Hollande; FUCKEL, DEÉMMBARN RABEN-
(1) D’après PAULET, de 1849 à 1788 une centaine de personnes périrent aux environs de Paris. À Chambourcy (1749), à St-Germain-en-Laye (1750), à Paris (1754), à Chatou (1764), à Paris (1765), à Melun et à Suresne (1775), à Franconville (1778), à Versailles (1787), à Paris (1788).
(2) DECHAMBRE fit un des premiers des expériences pour mesurer la toxicité de certains champignons et notamment sur Amanita rubescens et Amanita (aujourd'hui <Amanitopsis} vaginata.
Les expériences étaient faites sur des lapins, grenouilles, couleuvres, lhmaces en pratiquant des injections sous-cutanées du suc des champignons douteux. (Ces sues étaient obtenus par expression et filtrés. Dechambre fait remarquer que ces expériences ont été faites comparativement avec du suc d’Agaricus campestris et répétés jusqu'à ce qu’elles donnent des résultats identiques.
Sa conclusion est la suivante : Le suc exprimé d’.4. rubescens et d’Am. vaginata, var lutea et grisea, s’est montré toxique tant qu'il n'avait pas subi l’ébullition, mais après ébullition il n'avait plus aucun effet.
DECHAMBRE : Voir Dict. encyclopédique des sciences médicales, p. 185.
Id. Gaz. hebd. de médec. et de chirurgie, n° du 29 janvier 1869.
em HS Le
HORST, REHM, WINTER, BREFELD, SCHROETER, en Allemagne; HOLMSKJOLD, en Danemark; NYLANDER, KARSTEN, SOROKINE, en Russie; SCHULTZER, en Autriche; DE NOTARIS, COMES, CESATI, SACCARDO, MATTIROLO, BRESADOLA, en Italie; ELLIS, PECK, FAR- LOW, SPEGAZINI, W. FORD, LLOYD, BUÜURT,en Amérique; ROMELL, en Suède; et tant d'autres dont ie nom mérite d'être cité.
Il nous est impossible de donner une analyse même succincte des nombreux travaux de ces auteurs. Nous renvoyons le lecteur aux publicatoins et mémoires originaux qui forment les annales de cette science si utile à connaître.
N'intéresse-t-elle pas l'humanité tout entière.
L'histoire äes champignons, c'est un peu son histoire.
Il est assez curieux de remarquer que certaines opinions populaires fondées sur les écrits des auteurs de l’antiquité et de la Renaissance se sont conservées jusqu'à nous, particulièrement dans les campagnes. L'une d'elles est que l’on doit rejeter tout champignon qui se corrompt aussitôt coupé ou qui change de teinte au contact de l'air, passant rapidement par les couleurs rouge, verte, bleu, noire ou violacée.
Combien de personnes sont encore persuadées que la cuiller ou la pièce d'argent brunissant au contact des poisons, les avertira de la bonne ou mauvaise qualité de leur récolte.
Ces moyens erronés d'investigations employés pendant tant de siècles, occasionnèrent des accidents funestes dont nous avons eu l’occasion de citer quelques-uns.
Nous dirons toutefois que les narrateurs ont dû souvent confondre les résultats de l'empoisonnement avec ceux de l'indigestion.
Encore actuellement, bien des gens font difficilement cette distinction.
Ressent-on le moinûäre trouble digestif après avoir savouré un plat de champignons excellents, la terreur qu'inspire ces délicieux cryptogames les font aussitôt incriminer comme toxiques.
Dans ce cas la truffe elle-même serait indigne du rang qu'elle tient dans l’art culinaire, car elle eut aussi ses victimes.
Pourtant que la réfiexion railleuse et pessimiste que GA VARNI a écrite comme légende au-dessous d'un de ses plus spirituels dessins. ,,Les champignons, ma biche, c'est comme les hommes, rien ne ressemble aux bons comme les mauvais“ n'effraye pas les mycophages; mais seulement les engage à se défier d’une trop belle apparence. |
Amateurs de champignons, sachez bien en effet qu'à côté d'une longue liste de champignons comestibles, se dresse celle des champignons vénéneux, ayant eux aussi des parasols élégants et quelquefois des parfums seduisants. Rien pour l'œil profane ne rélève la présence du poison meurtrier qu'ils renferment.
Nous venons de dire que de nos jours encore, à la campagne, on se figure connaître les champignons d'après de légendaires croyances analogues à celles des anciens, sans se préoccuper le moins du monde des plus élémentaires principes de la mycologie.
Mauvais moyen, Une mort affreuse précédée d'une longue agonie (1)
(4) Les champignons vénéneux, dit Orfila, (Toxicol. t. 1, p. 409) ne manifestent leur pernicieuse action qu'un certain temps après qu’ils ont été mangés. Ce n'est le plus souvent que 5 à 7 heures après. Il s’en écoule quelque fois 42, 16, plus rarement 24, sans quon éprouve aucun symptôme.
vient arracher à la vie l'imprudent mycophage, et trop souvent avec lui, des membres de sa famille ou des amis confiants dans son savoir.
Le développement des connaissances mycologiques dans le peuple est une œuvre à laquelle personne ne saurait être indifférent.
Comment ne pas s'intéresser à une telle oeuvre destinée à épargner tant d’existences.
On entendra rarement parler d'empoisonnement le jour où il se trouvera dans chacune des communes de France, un spécialiste- mycologue, capable de se prononcer en toute certitude sur les qualités des champignons qui lui seront présentés.
Qu'il nous soit permis de souhaiter ici la prompte réalisation de ce vœu, afin que dans l'avenir, l'histoire de notre pays relate de moins en moins les catastrophes estivales presque journalières qui ont enlevé et qui enlèvent encore chaque année à la France quelques-uns de ses enfants.