‹ Les Champignons Vénéneux d'AlgérieChapitre 22 sur 29 · ET AE · texte numérisé non relu

ET AE

c'est une simple forme à pigmentation interne moins accentuée que nous ne pouvons séparer spécifiquement. Il en est de même pour l’Agaricus (Pleurotus) superbiens Schulz., bien que celui-ci soit donné comme ayant des spores purement blanches (?) de 3 p ; et pour l’A. auricolor Brig, (cf. Comes, Fung. Nap. 1, p. 17, et Grevillea, 7, p. 112).

Le Clitocybe illudens (Schw.) Sacc., fréquent dant l’Est de ’Amérique du Nord sur les racines et les souches de divers arbres, n’est également qu'une forme de Clitocybe olearia, dont il possède les caractères biologiques : phosphorescence et propriétés éméto-cathartiques. Nous avons pu étudier ce Champignon sur des exemplaires et des photographies qui nous ont été aimablement envoyés par MM. Arkinsox et FarLow, auxquels nous sommes heureux d’adresser ici nos meilleurs remerciements. Les caractères extérieurs du Clitocybe illudens et du C. olearia sont très peu diflérents, et d’ailleurs les uns et les autres assez variables ; le C. illudens est ordinairement de teinte moins foncée et quelquefois son chapeau est mamelonné, (*) mais certains exemplaires ne peuvent être distingués d'exemplaires du C. olearia. Les caractères microscopiques sont identiques ; les spores ont ordinairement 4-6 u chez le C. illudens et 4, 5-6 y. chez le C.olearia, mais on trouve des formes européennes et américaines avec des spores de 3 ; enfin chez Je C. o/earia eomme chez le C. illudens on trouve des cystides fusiformes, prolongées ou non en un appendice filamenteux plus ou moins allongé, nombreuses sur l’arête des lamelles, rares sur les faces.

Habitat et biologie. — Le C. o/earia est un champignon lignicole ; il croît soit sur les vieilles souches, soit sur les racines pourries ; il est probablement assez souvent parasite de blessure sur les racines ou les souches d'arbres vivants. Il est répandu dans toute l’Europe mèridionale et remonte assez haut vers le N. de la France, en Hongrie ; il est fréquent dans l'Amérique du Nord.

Le Clitocybe olearia se développe non seulement sur les racines de l'olivier, mais encore sur celles d’autres arbres. Nous donnons ci-dessous la liste de ses hôtes européens et nord-africains, d’après les auteurs et nos observations personnelles, en faisant suivre d’un ! les indications que nous avons pu vérifier nous-mêmes :

Olea europaea |! Genêt (Sarothamnus scoparius P), Quercus sessiliflora, Capinus betulus, Juniperus communis (QuéLer);, Prunus domestica, Populuspyramidalis (Sonuzzen) ; Arbutus Unedo, Viburnum Tinus,

(*) Le chapeau est parfois aussi mamelonné dans les spécimens européens (ef, Bigeard et Guillemin, figure citée), :

EN

Ailanthus glandulosa (Inzenca) ; Quercus Ilex !, Q. coccifera!, Q.Suber!, Amygdatus communis !, Myrtus communis !, Eucalyptus sp. |, Crataegus monogyna !, Erica arboreal, E. multiflora !, Pinus halepensis ! (Mae) ; Ficus carica, Robinia pseudacacia, Castanea vesca (GizLor).

Répartition dans l’Afrique du Nord. — Le C. olearia est fréquent dans tout le Tell, surtout sous les oliviers. Il fructifie d’octobre à décembre.

Phosphorescence. — Le C, o/earia est fréquemment phosphorescent et cette phosphorescence est ordinairement limitée à l'hyménium ; ; MULASNE et Marrezui seuls l’ont vu s'étendre aux revêtements et à la chair, et Murnizz au mycélium,

La phosphorescence de l’hyménium du C. olearia a été notée dès 1755 par Barrarra, Fung. agri. Arimin. Hist., p. 40: « in sulcis est elegans phosphorus, ut ipse in sexcentis expertus sum ». Elle a été étudiée par Deus (Froriep Notizen, 30, 1853, p. 202), Tucasne (Ann. Sc. Nat. 1848, 9, p. 338), Fagre (/bidem, 1855, 4. p. 106), Lecué (Bull. Soc. Myc. France, 6. p. 101), Marrezzt (Nuov. Giorn. Bot. Ital. 21, 1889), ARCANGELI (Atti R. Acad. Lincei, Roma, 1889, p. 197), Harcay (/bidem, 22, p. 271-294), Murrizz (Mycologia, 7, p. 132). D’après Hancay les plaques photographiques ne seraient pas impressionnées par la lumière du C. olearia. Nous avons obtenu une impression très nette en laissant l’hyménium phosphorescent 15 heures en contact avec le côté verre d’une plaque orthochromatique (sensible au jaune et au vert) dans une boite obscure, et une autre moins intense avec une pose de 12 heures dans les mêmes conditions en employant uné plaque ordinaire.

Ajoutons que la phosphorescence de l'hyménium n’est pas un caractère constant du C. olearia. À Alger nous n’avons jamais trouvé de spécimens phosphorescents dans certaines stations où le champignon abonde sur divers arbres, par exemple dans les ravins du Télemly.

Nous avons trouvé en 1913 des spécimens phosphorescents près du fort des Arcades ; en 1915 les spécimens de la même station ne présentaient aucune phosphorescence. M. GRANGER, préparateur à la Station de Recherches forestières de l'Afrique du Nord, nous a aimablement apporté des spécimens phosphorescents trouvés par lui sur une souche d'Eucalyptus au bois de Boulogne, en novembre 1915. Quelques jours après, désirant faire quelques recherches sur la phosphorescence de ce champignon, nous avons recherché des spécimens phosphorescents dans diverses stations, et sur des centaines de C. olearia examinés, nous n’avons pu observer aucune phosphorescence. M. GranGen nous ayant apporté, sur notre

demance, des spécimens de même provenance que les premiers trouvés par lui. nous n’avons pu en trouver aucun qui fût phosphorescent.

Cette inconstance de la phosphorescence s’expliquerait bien en admettant que la phosphorescence du C. olearia n'est pas due au champignon lui même, mais bien à des colonies bactériennes développées sur lui Cette hypothèse a été émise plusieurs fois (cf Gizcor, Et. Méd. Emp. Champ., p. 33), mais n’a jamais été démontrée pour notre champignon. Nous n'avons d’ailleurs pu observer aucune colonie bactérienne sur des hyméniums phosphorescents de C. olearia.

La phosphorescence du C. olearia, bien qu’anciennement observée, est donc loin d’être bien connue et demande de nouvelles recherches.

Culture. — Nous avons obtenu facilement des cultures pures de C. olearia par semis de spores et par bouturage aseptique de la chair des jeunes carpophores.

Les spores, ensemencées en strie sur gélose ordinaire non neutralisée, germent au bout d’une semaine environ et forment desétoiles mycéliennes blanchâtres à croissance très lente, constituées par un mycélium rameux très fin, sans boucles aux cloisons, ne produisant pas d’oïdies. Ces étoiles repiquées sur gélose s'étendent, brunissent le milieu et finissent par exsudcr un liquide brun bistré ; le développement s'arrête là,

Repiquées sur carotte les étoiles donnent rapidement un duvet blanc qui au bout de 20 jours environ, à la température du laboratoire (environ 16-180) devient orangé au centre, puis se transforme en un duvet orangé à marge blanche laissant exsuder des gouttelettes de liquide brunorangé ; le substratum brunit peu à peu. Le bouturage sur carotte donne une culture de même nature. Dans les vieilles cultures le duvet est grisjaunâtre, entouré d’une zone brune avec exsudat, et extérieurement d’une marge orangée sans exsudat. Sur pomme de terre glycérinée la croissance est plus lente que sur carotte, le duvet ne devient pas aussi épais et se pigmente peu : il se teinte légèrement d’orangé pâle et n’exsude pas de gouttelettes colorées.

Nous n'avons pu obtenir jusqu'ici de fructifications ; il aurait fallu sans doute pour cela cultiver notre champignon sur du bois stérilisé dans un récipient vaste et aéré, ou sur gélose maltosée (*).

() La carotte est cependant un excellent milieu pour la culture de plusieurs Champignons lignicoles : nous y avons obtenu assez régulièrement la fructification dans plusieurs générations successives des Pholiota aegerita (Fr.), Pleuroitus Opuntiae (Lév.), P. Yuccae. n. sp,

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Youxe (Bot. Gaz, 57, p. 524) a été plus heureux avec la forme américaine. Il a obtenu en ensemençant des spores sur gélose maltosée un mycélium qui a danné des fructifications (mais seulement sur gélose un peu brûlée lors de la préparation). Le mycélium était blanchâtre, puis brunâtre. Les spores ont donné sur gélose maltosée un nouveau mycé. lium avec de nouvelles fructifications de forme anormale.

Ni dans nos cultures pures ni dans celles de Yowwe la phosphorescence n’a apparu.

Toxicité, — Le C. olearia est connu depuis longtemps pour causer des empoisonnements parfois assez graves, mais heureusement non mortels. Micuezr dès 1720 avait signalé ses propriétés (cf. Gircor, /. c., p. 223) ; cependant, en 1755, Barrarra (l. c., p. 40), le qualifie d’esculentus. Depuis, les observations montrant la malfaisance du C. olearia ont été nombreuses ; les plus précises sont dues à PLancnon (cf. Gizor L. c. p. 223), à Réeuis (Bull. Soc. Mycol. France, 19, p. 388), à Hanray (ibidem, 22, p.271).

KALCHBRENNER, /. C., P. 10) dit au sujet de l’Agaricus divisus Schulz., qui n’est qu’une forme de C. olearia : « Scauzzer fungum hunc in cibum coqui jussit, quem degustans, emetici optimi effectum expertus est ». La forme américaine est tout aussi malfaisante (cf. Farcow, Rhodora, 1, 1890, p. 43-45 ; Crank et Suira, Mycologia, 5, p. 224-232). Les accidents produits par le C. olearia pourraient toutefois être facilement évités par un « blanchissement » préalable, c'est-à-dire par ébullition dans l’eau salée, que l’on jette avant de préparer le Champignon (Réeuis, Synonymie provençale des champignons de Vaucluse, Marseille, 1886) ; mais d'autre part les expériénces de PLancnon tendraient à prouver que les principes toxiques peuvent ne pas être éliminés complètement par un pareil traitement. -

Les expériences de CLarx et Suirx sur ie suc de la forme américaine ont montré que ce suc agit comme la muscarine pure sur les grenouilles et les tortues, et que l’atropine exerce nettement une action artagoniste. Ces auteurs ont, soit fait agir le suc directement sur le cœur mis à nu, soit injecté ce suc dans les sacs lymphatiques dorsaux. [ls admettent donc que la toxicité du C. olearia est due à la muscarine, ce qui nous paraît pas concorder absolument avec les faits observés dans les empoisonnements par ingestion. |

En pratique les accidents dûs au C. o/earia se réduisent à des vomissements, accompagnés souvent de vertiges, sueurs profuses, de faiblesse, rarement de douleurs abdominales et d'évacuations alvines. Dans beaucoup de cas le Champignon agit comme un simple vomitif,

Ces accidents surviennent généralement de 1 à 2 heures après l’ingestion, et durent ordinairement quelques heures seulement. Le traitement est celui d’une simple indigestion.

Empoisonnements par le C. olearia en Algérie. — Les accidents dûs au C. olearia ne sont certainement pas rares en Algérie, et particulièrement à Alger, où le Champignon est fréquent et peut être confondu avec la Chanterelle ; les journaux relatent presque chaque hiver des accidents qui lui sont imputables ; mais jusqu'ici peu d’entre eux, à notre connaissance, ont été étudiés scientifiquement. Un cas a été signalé brièvement à El-Affroun (*) Aussi sommes-nous heureux de donner ici une observation inédite due à M. le professeur Tranvr.

Les empoisonnements qui se produisent à Alger n’arrivent qu’aux imprudents qui vont eux-mêmes cueillir des Champignons, car les nombreux ramasseurs professionnels de Champignons, indigènes pour la plupart, connaissent parfaitement la nocivité du C. olearia et se gardent de le mettreen vente.

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