Les champs et la mer
iVloN cœur hésite encor lorsque ma main vous livre ^ Strophes qui murmuriei P^^^ ^^^^^ humbles vers^ Tels que les passereaux au fond des rameaux verts. Qui chantiei. loin du hruit^ sans rêver à ce livre.
De votre aile fragile espérej-vous poursuivre^ Sous un ciel orageux votre vol à travers L'inconnu^ sans abri contre un premier revers? Etes-vous bien pourvus de ce qu^ il faut pour vivre?
PREFACE
Mes doigts habitués à tenir les pinceaux.
En vous donnant P essor ^ tremblent frêles oiseaux
Qui désertei le nid pour courir l'aventure.
Vous pardonnera-t-on votre témérité?
Ah! si pour rencontrer V accent de la Nature
Il ne fallait avoir que la Sincérité!
Le bois chantait, — L'hiver , de ses givres blafards^ Ne gravait plus de Jîeurs aux vitres des croisées^ Du fond de nos étangs Jaillissait en fusées U épanouissement tout blanc des nénuphars,
Et^ se croisant dans l'air ^ bourdonnements épars. Mouches et papillons^ abeilles empressées^ Oubliant les jours froids et les neiges passées^ Frémissants et joyeux^ fondaient de toutes parts.
PRÉFACE
Et les prés s^ emplissaient dHneffahle tendresse; Le bois chantait, — 0 Jour d'universelle ivresse! Je sens des pleurs mouiller mon œil longtemps tari :
Car c'était au soleil une fête touchante : Et je surgis de l'herbe et je poussai ce en. Pourquoi rester muet lor s qu' ici-bas tout chante?
ni.
C^UAND la nuit^ lentement^ déroule sur la plaine Son long voile de brume en ténébreux replis^ Le troupeau se resserre, et sa visible haleine Lui trace comme un nimbe aux rayons affaiblis.
Sur les fonds violets^ dans Vombre ensevelis^ Où dorment le chardon^ le thym^ la marjolaine ^ Noir fantôme debout sous le manteau de laine ^ Le berger songe ^ et boit le froid des airs pâlis.
PRÉFACE
Il songe qu'il faudra s'endormir loin de Uâtre;
Et prenant le silex^ comme Vantique pâtre^
A l'heure où Von entend le hurlement des loups^
Il le frappe du fer et la Jlamme ruisselle.
Et je me dis^ poète : — Âh! si de jnes cailloux
Je pouvais voir jaillir une seule étincelle !
A José-Maria de Heredia.
L'ARTOIS
J'aime mon vieil Artois aux plaines infinies^ Champs perdus dans l'espace où s'opposent^ mêlés, Poëmes de fraîcheur et fauves harmonies, Les lins bleus, lacs de fleurs, aux verdures brunies, L'œillette, blanche écume, à l'océan des blés.
Au printemps, les colzas aux gais bouquets de chrome De leur note si vive éblouissent les yeux ; Des mousses de velours émaillent le vieux chaume, Et sur le seuil béni que la verdure embaume On voit s'épanouir de beaux enfants joyeux.
Chérubins de village avec leur tête ronde, Leurs cheveux flambloyants qu'allume le soleil ; De sa poudre dorée un rayon les inonde. Quelle folle clameur pousse leur troupe blonde, Quel rire éblouissant et quel éclat vermeil!
Quand nos ciels argentés et leur douce lumière Ont fait place à Tazur si sombre de Tété ; Quand les ormes sont noirs, qu'à sec est la rivière; Près du chemin blanchi, quand grise de poussière, La fleur se crispe et meurt de soif, d'aridité;
Dans sa fureur l'Été, soufflant sa chaude haleine. Exaspère la vie et l'enivre de feu ; Mais si notre sang bout et brûle notre veine. Bientôt nous rafraîchit la nuit douce et sereine. Où les mondes ardents scintillent dans le bleu.
L'ARTOIS