‹ Les champs et la merChapitre 2 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

Artois aux gais talus où les chardons foisonnent, Entremêlant aux blés leurs têtes de carmin; Je t'aime quand le soir, les moucherons bourdonnent, Quand tes cloches, au loin, pieusement résonnent, Et que j'erre au hasard, tout seul sur le chemin.

J'aime ton grand soleil qui se couche dans Therbe;

Humilité, splendeur, tout est là, c'est le Beau •

Le sol fume ; et c'est l'heure où s^en revient, superbe,

La glaneuse le front couronné de sa gerbe

Et de cheveux plus noirs que l'aile d'un corbeau.

C'est une enfant des champs, âpre, sauvage et fîère ; Et son galbe fait bien sur ce simple décor, Alors que son pied nu soulève la poussière. Qu'agrandie et mêlée au torrent de lumière. Se dressant sur ses reins, elle prend son essor

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C'est elle. Sur son sein tombent des plis de toile; Entre les blonds épis rayonne son œil noir ; Aux franges de la nue ainsi brille une étoile ; Phidias eût rêvé le chef-d'œuvre que voile Cette jupe taillée à grands coups d'ébauchoir.

Laissant à Tair flotter l'humble tissu de laine, Elle passe et gaîment brille la glane d'or ; Et le soleil rougit sur sa face hautaine. Bientôt elle se perd dans un pli de la plaine, Et le regard charmé pense la voir encor.

Voici Tombre qui tombe et Tardente fournaise S'éteint tout doucement dans les flots de la nuit, Au rideau sourd du bois attachant une braise Comme un suprême adieu. Tout se voile et s'apaise Tout devient idéal, forme, couleur et bruit.

L'ARTOIS

Et la lumière avare aux détails se refuse ; Le dessin s'ennoblit et dans le brun puissant, Majestueusement le grand accent s'accuse ; La teinte est plus suave en sa gamme diffuse, Et la sourdine rend le son plus ravissant.

Miracle d'un instant, heure immatérielle, Où l'air est un parfum et le vent un soupir. Au crépuscule ému la laideur même est belle, Car le mystère est l'art : l'éclat ni l'écincelle Ne valent un rayon tout prêt à s'assoupir.

Mais la nuit vient voiler les plaines infinies. Immensité de brume où s'endorment mêlés, Poëmes de fraîcheur et fauves harmonies, Les lins bleus, lacs de fleurs, les verdures brunies L'œillette, blanche écume, et l'océan des blés.

Courrières, 1871.

- A Théodore de Banville.

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