‹ Les champs et la merChapitre 29 sur 49 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

OÙ tournoie et bouillonne une écume de soufre.

Sur un nuage immense, au fond dressant son mur

Comme un fort, flotte encor Toriflamme d'azur ;

Puis aux feux des éclairs, remparts, tour crénelée.

Tout sombre et disparaît dans Thorrible mêlée!

Cela fait comme un long et rauque écrasement ;

Formidable fracas que Técho sourdement

Répète. Alors, après un silence de tombe

Plus affreux que le bruit, tourbillonne la trombe

En spirale d'enfer, irrésistible vol

Arrachant et traînant, déracinés du sol,

Des arbres dont les bras s'entrechoquant, funèbres.

Mêlent aux voix du vent sifflant dans les ténèbres.

Le retentissement de leurs clairs craquements.

Et, comme un damné pris d'indicibles tourments

Se brisant en fureur dans son immense cuve.

Affreusement rugit la mer et son effluve

Tord son blême linceul sous le ciel plein de bruit.

Plus de ciel, plus de mer ; le néant et la nuit!

Tout se tait. — Au milieu des ténèbres muettes, Seule, la plainte aiguë et triste des mouettes. Pleure.

Au réveil, demain resplendira la mer,

De tout le frais éclat de son riche outremer; Le ciel pur sourira dans son miroir sans ride; Au feuillage lustré luira la goutte humide; La plante relevée en son vert savoureux Ecoutera Poiseau chanter son hymne heureux ; Aux roseaux de la mare ou le têtard pullule, Le soleil reviendra dorer la libellule, Et du coteau charmé le torrent émergeant S'élancera joyeux de sa nappe d'argenc.

Courrières, 1873.

A Anatole France.

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