L'ORAGE
OÙ tournoie et bouillonne une écume de soufre.
Sur un nuage immense, au fond dressant son mur
Comme un fort, flotte encor Toriflamme d'azur ;
Puis aux feux des éclairs, remparts, tour crénelée.
Tout sombre et disparaît dans Thorrible mêlée!
Cela fait comme un long et rauque écrasement ;
Formidable fracas que Técho sourdement
Répète. Alors, après un silence de tombe
Plus affreux que le bruit, tourbillonne la trombe
En spirale d'enfer, irrésistible vol
Arrachant et traînant, déracinés du sol,
Des arbres dont les bras s'entrechoquant, funèbres.
Mêlent aux voix du vent sifflant dans les ténèbres.
Le retentissement de leurs clairs craquements.
Et, comme un damné pris d'indicibles tourments
Se brisant en fureur dans son immense cuve.
Affreusement rugit la mer et son effluve
Tord son blême linceul sous le ciel plein de bruit.
Plus de ciel, plus de mer ; le néant et la nuit!
Tout se tait. — Au milieu des ténèbres muettes, Seule, la plainte aiguë et triste des mouettes. Pleure.
Au réveil, demain resplendira la mer,
De tout le frais éclat de son riche outremer; Le ciel pur sourira dans son miroir sans ride; Au feuillage lustré luira la goutte humide; La plante relevée en son vert savoureux Ecoutera Poiseau chanter son hymne heureux ; Aux roseaux de la mare ou le têtard pullule, Le soleil reviendra dorer la libellule, Et du coteau charmé le torrent émergeant S'élancera joyeux de sa nappe d'argenc.
Courrières, 1873.
A Anatole France.