‹ Les champs et la merChapitre 28 sur 49 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

Le Soleil en courroux, empoisonnant ses flèches, Abat toutes les fleurs parmi les herbes sèches : Tout languit, tombe et meurt sur le sol qui se fend, Et le sombre indigo, dans l'éther étouffant, Allume le zénith d'un embrasement terne. La rivière est tarie et la morne citerne Ouvre lugubrement un boueux entonnoir, Refuge humide encore où, sur un limon noir. Rampe la salamandre, éclosion de Tombre. L'espace se remplit d'éphémères sans nombre.

Le malaise est partout et le ciel irrité

Change en mortel fléau les splendeurs de l'été.

Or, dans l'azur sans fin de la coupole immense, Voilà qu'un flocon blanc, arrondi, se condense. Il grandit et se dresse en roide escarpement : On dirait un rocher au front du firmament. Et lentement il nage aux profondeurs du vide; Il transforme bientôt sa masse au flanc livide; Et, démesuré, lourd et froid comme un glacier, Terrible, revêtant des écailles d'acier.

Il se change en dragon monstrueux, aux cent têtes, Hérissant des pics durs sur ses tranchantes crêtes : De sa croupe superbe il coupe le ciel bleu. Tout à coup dans les airs éclate un coup de feu. Signal lugubre. Alors toute une batterie Tonne, tonne, et le vent se déchaîne en furie, Déchire et tord le monstre; et puis de toutes parts S'élèvent lourdement de ténébreux remparts, Hideux et crevassés de noires fondrières, Crénelés, tout percés à jour de meurtrières. De leur faîte, avec rage un long flot rutilant D'innombrables guerriers au casque étincelant Se rue et va se perdre au tourbillon d'un gouff^re

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