‹ Les champs et la merChapitre 44 sur 49 · ET LE BUCHERON · texte numérisé non relu

ET LE BUCHERON

Théodore Rousseau, fuyant les ateliers A la lumière terne et tristement oblique, Vivait dans la forêt, ce temple symbolique Dont les vieux arbres sont les superbes piliers, Entrecoupés d'éclairs, jetant au loin leur ombre. Et sur le ciel ouvrant, en leur majesté sombre. Les étoiles d'azur de leurs graves arceaux Pleins de bonds d'écureuils et de chansons d'oiseaux. Or, de ce temple, un jour, l'infatigable prêtre Priait à sa façon. Ardent, l'œil inspiré,

Rousseau peignait un chêne ; on voyait apparaître Sous ses doigts attendris Tarbre transfiguré, Et, vibrante, tomber sa touche fine et franche. Sa main la modelait, errant de branche en branche Dont chacune, en son cœur, chantait comme un verset Du poëme éternel que son œil embrassait. Il étreignait le Sphinx, redoutable adversaire Qu'il faut serrer de près et toujours épier ; Et, sublime interprète, il était si sincère. Que peut-être il croyait simplement copier.

Tandis qu'il se livrait à son âme envahie

Par les féconds transports de l'admiration.

Il entend comme un bruit de respiration.

Se retourne et rencontre une face ébahie : r

Un rustre écarquillait son gros œil stupéfait ;

Le peintre croit vraiment qu^un vif attrait l'enchaîne.

Alors le paysan : « Pourquoi fais-tu ce chêne,

Puisque ce chêne est là, puisqu'il est déjà fait? »

Et Tartiste partit d'un grand éclat de rire.

Il en avait le droit. Mais on ne saurait dire

La gaîté que ce mot naïf fit éclater

Chez des gens qui feraient mieux de le méditer.

Pourquoi trouvent-ils donc ce propos ridicule,

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