‹ Les champs et la merChapitre 47 sur 49 · L'ABRI · texte numérisé non relu

L'ABRI

Dans le cours de la vie il est un temps d^arrêt; A la loi du déclin tout résiste à se rendre; Telle lancée au ciel, une flèche apparaît Un instant immobile avant que de descendre.

L'homme a gravi le mont plein d'une âpre vigueur; Il a marché toujours le regard sur la cime, Et prés d'atteindre au but il découvre Tabîme Et du sort qui riait l'ironique rigueur.

Vainement le printemps recommençait sa fête, Le printemps attendri qu'adorent les amants ; Il passait sur ses fleurs, car les glaciers du faîte Avec leurs feux trompeurs semblaient des diamants.

Il a lutté, lutté, s'accrochant aux broussailles, Quand il pouvait s'asseoir à Tombre des forêts ; Et funeste conquête, après tant de batailles, Il n'a fait que gagner le plateau des Regrets.

Là, s'essuyant le front où la sueur ruisselle,

Il se laisse tomber sur quelque rocher noir.

Heureux qui se relève à la lueur nouvelle

Que trace un croissant d'or dans la brume du soir !

Les plus nombreux, hélas! roulent au précipice; D'autres, exténués, s'endorment pour toujours. Là, Caton de sa vie ofî're le sacrifice ; Et plus loin Prométhée est en proie aux vautours.

Pourquoi, pourquoi faut-il qu'amants de la chimère, Pauvres fous, nous voulions escalader les cieux } Luttons, luttons, c'est bien, mais un pied sur la terre, Et nous y trouverons l'abri délicieux

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