‹ Les champs et la merChapitre 46 sur 49 · LES DEUX CROIX · texte numérisé non relu

LES DEUX CROIX

Oublié, rancien Christ informe et sans couleur. Et Téternel Souffrant, qui calme la douleur. Rappelle, en cet état, les âpres agonies De tant de nobles cœurs jetés aux gémonies; Et le lépreux qui fuit le jour injurieux, Le mendiant lui-même en détourne les yeux : Et le poëte l'aime... et la foule qui passe N'a de regards que pour celui qui dans l'espace Étend ses bras en croix dans une gloire d'or. Au crucifié même il faut un beau décor; A celui-ci l'encens, les vœux et la prière; L'autre, dans les cailloux^ n'est qu'une vaine pierre. Et cependant quel cœur ne serait pas touché ! Un trou s'ouvrait au mur, et le Christ l'a bouché ! Et l'égout du chemin, de sa fétide haleine, * Baigne ses pieds aimés qu'arrosa Madeleine.

Toi dont le crime fut de répandre l'amour.

Lorsque, pour t'en punir. Ponce et Caïphe, un jour,

Sur ta tête eurent mis la couronne d'épines,

O Christ ! qu'un paysan de ses mains enfantines.

D'un barbare ciseau par l'amour ennobli.

Tailla dans ce bloc dur ; croyais-tu que Foubli

Oserait te jeter dans un trou de muraille,

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