‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 10 sur 132 · III. — Signes de certitude · texte numérisé non relu

III. — Signes de certitude

i. Evolution hâtive, précipitée. (Chancre à son apogée de la deuxième à la troisième semaine, et cela : i° en tant (|ii<: lésion propre; — 2° en tanl que retentissement ganglionnaire.)

i!. Critérium par excellence : Explosion secondaire, à normale échéance.

Presque exclusif à Vttge mûr.

i. Surface inégale, irrégulière, déchiquetée, rongeante : — ou bien, dans une autre forme, surface en champignon végétant, bourgeonnant.

il. Bords élevés, épais, surplombants, éversés.

Parfois, signe de l'ourlet.

m. Saignottement presque caractéristique au moindre contact.

iv. Pas d'adénopathie au début.

— Adénopathie ne se constituant qu'après le quatrième ou le cinquième mois.

v. Signe dit des vermintes.

Evolution lente, torpide: — laps de plusieurs mois nécessaire pour que l'affection soit constituée à l'état de lésion importante et retentisse sur les ganglions.

Y. — Cinquième forme : Chancre ulcéreux. — Celte forme n'est pas rare à la lèvre. Certainement elle est

FORME ULCÉREUSE. j5

plus commune en ce siège, toutes proportions gardées, qu'aux organes génitaux.

On l'observe quelquefois avec des chancres de moyenne étendue, mais bien plus souvent avec de grands chancres, s'étalant sur une large surface de la lèvre ou même envahissant presque toute la lèvre (comme vous en voyez un exemple sur cette photographie1, et comme vous en trouvez un autre spécimen au musée de notre hôpital2).

Ce chancre ulcéreux se présente sous deux aspects : tantôt sous la forme d'une ulcération découverte, « à ciel ouvert », ulcération que je vous décrirai dans un instant; — et tantôt sous la forme croûteuse, qui n'est que la précédente se dissimulant sous une croûte. Celte croule est généralement épaisse, stratifiée, compacte, dense, adhérente, il n'est môme pas très rare qu'elle soit remarquable par une épaisseur tout à fait insolite, considérable, ce qui lui confère la physionomie des syphilides tertiaires à grosses croûtes rupioïdes.

Dans l'un et l'autre cas, la lésion est essentiellement constituée par ceci :

i° Une base ou une assise indurée, néoplasique, faisant toujours un certain relief, parfois même exubérante;

2° Une ulcération de surface, étalée sur ce néoplasme. Celle ulcération offre les caractères usuels du chancre de modalité ulcéreuse, à savoir : des bords quelque peu saillants, se raccordant en pente douce avec le fond de la lésion; — un fond plus ou moins excavé et variable d'aspeel; — le plus souvent, lisse et uni; quelquefois, au contraire, un peu inégal, semé de légères dépressions qui alternent avec de petits mamelons grenus et

i Photographie n" iaa, Collect. particulière, a Pièce n" l'joâ, ColU-ct. générale.

CHANCRES LAniAUX.

végétants; — tantôt rouge et uniformément rouge, avec une belle teinte « chair musculaire » presque distinclive; — tantôt multicolore, par exemple rouge sur certains points, jaunâtre ou grisâtre sur d'autres; — quelquefois encore, mais plus rarement, grisâtre, gris jaunâtre ou d'un blanc sale, diphthéroïde ; — voire, mais exceptionnellement, blanchâtre, pultacé, et rappelant l'aspect de la pourriture d'hôpital, comme sur cette curieuse pièce déposée au musée de notre hôpital par le regretté Dr A. Guérin1.

En même temps qu'ulcéreux, le chancre labial peut être hyperti oph ique. Son ulcération, dans ce cas, prend place sur un gros noyau d'infiltration qui déforme la lèvre et la projette en avant. C'est là une forme mixte où les caractères du type actuel se trouvent associés à ceux du type que nous avons précédemment étudié.

Le chancre ulcéreux a toujours une durée plus ou moins longue (2 à 3 mois), et cela en raison, d'abord, de sa modalité propre, puis de son étendue, et aussi des difficultés inhérentes à sa thérapeutique locale.

Logiquement, il devrait comporter des conséquences cicatricielles en relation avec son importance comme lésion. Cette prévision cependant n'est pas confirmée en général, et c'est là un point qui mérite de nous arrêter quelques instants.

A voir certains chancres labiaux constituer dans les tissus de la lèvre de véritables excavations, on serait autorisé à préjuger que de telles lésions doivent laisser à leur suite des cicatrices équivalentes, c'est-à-dire des cicatrices creuses, irrégulières, bridées, au total difformes. Eh bien, il n'en est pas ainsi pour la grande

1. V. Musée de l'hôp. Saint-Louis, Collect. génér., pièce iv n>,\

FORME PIIAGÉDÉNIQUE. y y

majorité des cas. Presque toujours les choses s'arrangent au mieux, et, après guérison, Ja lèvre se reconstitue clans un état qui, pour ne pas être l'état primitif, est loin de se présenter avec les disgrâces attendues. Si l'ulcération a affecté le département cutané de la région, elle s'y inscrit par une cicatrice réelle et ineffaçable, mais par une cicatrice peu profonde, superficielle même assez souvent, étalée, régulière, et vraiment peu apparente après un certain temps. Mais c'est surtout dans ses localisations muqueuses qu'elle aboutit à une réparation presque intégrale et tout à fait inattendue. Ainsi, il est parfois surprenant de voir certains chancres profondément ulcéreux de la muqueuse labiale ne se traduire après guérison que par une cicatrice non difforme, superficielle, lisse, peu visible, et simplement accusée par une pâleur blanc-rosé du tégument muqueux.

Ce fait curieux, presque paradoxal, n'est pas sans avoir sa raison. Et celte raison, c'est que presque touours le chancre ulcéreux de la lèvre n'est en réalité qu'un chancre auto-ulcéreux ou pseudo-ulcéreux, c'està-dire une lésion qui s'ulcère elle-même sans entamer les tissus normaux. Ce chancre fait son ulcération à ses [rais, si je puis ainsi parler, c'est-à-dire aux dépens de son infiltrât. En sorte qu'après résorption de cet infiltrat morbide les tissus normaux non lésés ou légèrement atteints reprennent une apparence à peu près normale.

VI. — Sixième forme : Chancre phacédéniquk. — f orme extrêmement rare et même, disons mieux, tout à fait exceptionnelle (je n'en ai observé que deux eus dans toute ma pratique de ville); — mais forme esscn tielle à mentionner en raison et de sa haute importance clinique et des erreurs auxquelles elle peut exposer.

Le phagédénisme chancreux n'a pas, sur les lèvres, d'autres riiodalités qu'ailleurs, (l'est dire qu'il procède soit en surface, soit en profondeur.

r. — Le phagédénisme de surface est, je crois, l'espèce la plus rare. En tout cas, c'est de beaucoup la plus bénigne.

Il consiste en une expansion tout à fait anormale du chancre sur une vaste étendue des téguments labiaux et péri-labiaux. On a alors affaire à un chancre dépassant de beaucoup la moyenne usuelle de son développement en surface, empiétant largement sur les tissus de la lèvre et les territoires voisins, voire d'étendue considérable en certains cas; et cependant ce chancre, en dépit de son extension démesurée, n'en reste pas moins, comme processus ulcéreux de surface, un chancre ordinaire, presque superficiel (au moins relativement), sans tendance à creuser, à pénétrer, à détruire les tissus en profondeur.

Un bel exemple du genre nous est fourni par cette pièce de notre musée1.

11. — Tout autre et bien autrement redoutable se présente le phagédénisme térébrant.

Celui-ci ne se borne pas à s'étendre largement en surface. Il est, de plus, entamant, excavant; il détruit, il mutile en profondeur. C'est le phagédénisme avec toutes ses conséquences de mutilations et toutes ses horreurs objectives. C'est le phagédénisme capable d'anéantir un vaste déparlement de la lèvre, voire de dévorer absolument toute une lèvre, comme sur l'un de mes malades dont je vais parler bientôt.

Ici, comme ailleurs, il procède à ses délabrements

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