‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 13 sur 132 · V. Photographie 11° 1 5 3 , Collect. partie · texte numérisé non relu

V. Photographie 11° 1 5 3 , Collect. partie

DIAGNOSTIC. gi

pour donner le change. Tandis que les commémora tifs font immédiatement la lumière. Car on apprend de par eux qu'avant d'aboutir à la forme objective sous laquelle il peut simuler le chancre, le furoncle a passé par toute une série d'étapes qui ne sont pas le fait de l'évolution chancreuse, à savoir : période initiale de tuméfaction inflammatoire et de tuméfaction douloureuse, très douloureuse même le plus souvent, avec tension, élancements, battements, etc.; — puis, ouverture de la tumeur à la façon dont s'ouvre un abcès, et décharge d'une certaine quantité de pus, avec élimination d'un bourbillon; — bientôt après, et seulement alors, formation d'un ulcère cratériforme; — finalement, encroûtement de la lésion, etc. Tout cela, certes, est plus que significatif.

IV. — Des ulcérations d origine dentaire, développées sur la muqueuse postérieure delà lèvre, ont été plus d'une fois prises pour des chancres.

Ces ulcérations, en effet, rappellent parfois assez exactement l'aspect du chancre de même siège, et cela à divers titres : par leurs caractères de lésions bien circonscrites; — par leur fond ou rougeâtre ou plus souvent gris, diphthéroïde, blafard, « de mine mauvaise »; — par leur dureté de base, conséquence de l'irritation chronique entretenue à leur surface; — el même, en certains cas, par leur retentissement possible sur les ganglions, etc.

Mais ici intervient pour redresser le diagnostic un signe spécial qui, une fois constaté, confère à l'ulcération dentaire son brevet d'origine, à savoir : rapport exact de voisinage, rapport de vis-à-vis avec la dent coupable, j'entends avee la dent qui, soit déviée, soit plus souvent ébréchée, acérée, aiguisée en arête, a servi

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d'origine à la phlegmasie, puis à l'ulcération de la muqueuse.

Ce signe est péremptoire, décisif en l'espèce, non moins que des plus simples. Seulement, tout est d'v penser, et de le rechercher. C'est pour « n'y avoir pas pensé » que des médecins se sont laissés aller à diagnostiquer chancres de telles ulcérations d'origine dentaire.

V. — Enfin, deux autres lésions sont encore à mettre en parallèle avec le chancre syphilitique labial, à savoir le chancre simple et l'ulcère tuberculeux.

Pour le chancre simple, quelques mots suffiront. D'abord, il est prodigieusement rare aux lèvres. On dit l'y avoir observé. Je veux le croire; mais toujours est- il que, pendant toute ma carrière déjà longue, je ne l'ai pas rencontré une seule fois. Et cependant ce n'est pas faute de l'avoir cherché.

En tout cas, sans parler de ses caractères objectifs (qui risqueraient fort, en matière aussi controversée, de n'être pas considérés comme suffisants), il pourrait être facilement et dûment reconnu par les résultats positifs d'une auto-inoculation.

Quant à l' ulcère tuberculeux, qui du reste est assez rare sur les lèvres, je vous demanderai d'en réserver l'étude quant à présent, pour la raison que le diagnostic différentiel qui le concerne sera mieux à sa place dans l'un des chapitres qui doivent suivre.

Traitement. — Tout chancre qui peut être pansé doit être pansé, c'est là un axiome déduit de l'expérience. Comme tout autre, le chancre labial est soumis à cette loi. Seulement, c'est un chancre à pansement toujours difficile cl souvent impossible

TRAITEMENT. g3

I. — Quand il est extérieur, c'est-à-dire alors qu'il affecte la peau ou la semi-muqueuse, il doit être pansé, et cela à triple titre : parce qu'il est dangereux en raison de transmission possible par contacts accidentels ou autres; — parce qu'il est compromettant d'aspect pour le malade; — parce qu'il guérit mieux et plus vite sous l'influence d'un pansement que laissé à découvert.

Comment le panser?

A la rigueur, comme tout autre chancre, c'est-à-dire à l'aide de tamponnets de charpie ou d'ouate enduits d'une pommade au calomel ou à l'iodoforme, ou bien même, simplement, de glycérine ou de vaseline boriquée. Mais ce pansement est fort incommode en ce qu'il exige d'être soutenu, immobilisé par un ruban ou un cordon de caoutchouc faisant le tour de la tête. En dépit de tous les artifices possibles, il se déplace, il tombe, et doit être fréquemment renouvelé.

Bien préférable donc est le pansement par bandelettes agglutinatives. Celui-ci se pratique généralement avec une série de petites bandelettes de taffetas de Vigo entrecroisées ou imbriquées suivant la méthode de Chassaignac. 11 est assez stable, pour peu qu'on ait soin de n'employer que des bandelettes étroites (5 à 6 millimètres environ) et de faire usage, d'un taffetas fraîchement préparé, souple, flexible et bien adhésif. Au besoin, d'ailleurs, on peut l'immobiliser par un cordon de caoutchouc.

Parfois cependant il finit par lasser la patience des malades en raison de ses déplacements et de ses chutes.

Aussi bien, dans les chancres de forme superficielle et bénigne qui ne demandent qu'à guérir, peut-on se satisfaire d'un pansement plus élémentaire consistant en ceci : un morceau de baudruche taillé sur le patron

CHANCRES LAIUAUX.

de la plaie, enduit d'un eorps gras sur l'une de ses faces et déposé de la sorte sur le chancre. — La vulgaire « baudruche gommée » répond amplement à cette simple indication. — J'ai même vu certains malades utiliser pour ce mode de pansement le papier de soie, le papier à cigarettes, voire Ja feuille de rose.

Toutefois une occlusion plus sérieuse s'impose dans tous les cas à forme moins anodine, et a fortiori dans les cas où le chancre revêt le type ulcératif.

Contre les formes ulcéreuses, extensives et à tendance phagédénique, le topique d'élection est sans contredit Y iodoformé. On peut l'employer de diverses façons, à savoir : en aspersions pulvérulentes (on saupoudre le chancre d'iodoforme, puis on le recouvre soit d'ouate, soit de bandelettes de sparadrap souple ou de taffetas deVigo); — en pommade, à la dose de r, aà3 grammes pour 10 grammes de vaseline; — et, enfin, sous forme de taffetas emplastique iodoformé. — Dans les cas aigus, inflammatoires, éréthiques, ce qui réussit le mieux, à coup sûr, c'est l'emploi d'une pornmade/r/^/ement iodoformée ( r gramme pour 10 environ). Plus tard, lorsque la tolérance du remède est établie, il y a avantage à recourir à des pommades plus fortes (2 à 3 grammes et au delà pour 10 grammes de vaseline). — C'est à cette époque aussi que l'iodoforme en poudre parmi le plus actif. — Enfin, le taffetas iodoformé trouve son indication dans les phases ultimes de la lésion.

On n'a que trop tendance à user et abuser des cautérisations au crayon de nitrate d'argent dans le traitement du chancre labial. Or, ici comme ailleurs, ces cautérisations sont plus souvent nuisibles qu'utiles. On les a accusées, et non à tort, d'enflammer le chancre, de l'irriter, de le rendre douloureux, de le « durcir », de l'inciter aux

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déviations ulcéreuses et même phagédéniques. De par expérience, elles n'agissent favorablement que dans les deux conditions suivantes: i° comme moyen de modifier le chancre, alors qu'il tarde à se déterger, alors qu'il reste opiniâtrement couenneux, pseudo -membraneux ; — 2° comme moyen d'activer la cicatrisation, lorsqu'à sa période terminale le chancre languit, s'immobilise, ou bien bourgeonne avec exubérance. Encore, dans l'un et l'autre de ces cas, convient-il d'être sobre de ces cautérisations, j'entends de n'y recourir que de temps à autre, tous les trois, quatre ou cinq jours (et non pas quotidiennement, comme on l'a fait plus d'une fois).

Inutile d'ajouter que ce traitement devra être complété par des fomentations émollienles, des lavages boriques avant chaque pansement, etc.; — clue> de plus, l'usage du tabac (quoi que puissent dire les malades qui, bien souvent, s'obstinent à vouloir fumer avec des embouts) devra être sévèrement proscrit.

II. — Le chancre interne ou muqueux ne peut être pansé. Son traitement se trouve donc réduit à ceci : bains de bouche très fréquemment répétés (huit à dix fois par jour pour le moins), avec une décoction émolliente, légèrement boriquée en vue des infections secondaires à prévenir; — attouchements, plusieurs fois par jour, avec un pinceau d'aquarelle trempé dans un collutoire borate (4 grammes de borate de soude pour i5 grammes de glycérine); — hygiène sévère de la bouche et des dents; — proscription du tabac, des alcooliques et de tous aliments susceptibles d'irriter la lésion; — en cas de douleurs, badigeonnages avec une solution de chlorhydrate de cocaïne; — cautérisations au nitrate., d'argent, mais seulement dans les deux conditions précitées, etc.

CHANCRES DE LA LANGUE

On dit s'être bien trouvé de badigeonnages à la teinture d'iode ou à la teinture alcoolo-éthérée d'iodoforme. — En tout cas, de simples attouchements à la vaseline ou à la glycérine neutre ont contribué maintes fois à soulager l'éréthisme local, à la condition d'être fj 'éq u emmen t re n o u velés .

CHANCRES DE LA LANGUE

Ce sont les plus communs de tous les chancres buccaux après ceux de la lèvre. — Toutefois ils sont beaucoup moins communs que ces derniers, et cela dans la proportion de 53 contre 328, c'est-à-dire d'un contre si v à sept environ, d'après ma statistique1.

On les rencontre bien plus souvent chez l'homme que chez la femme.

Nombre. — Le chancre lingual est presque toujours unique (5a fois sur 53 cas, d'après la même statistique).

Une seule fois je l'ai vu double, sur un jeune homme qui présentait à la face supérieure de la langue et tout près de la pointe deux petits chancres lenticulaires. — La pièce du musée de Saint-Louis portant le numéro 1 88 1 fournit un exemple de même genre.

Siège. — Le chancre lingual a un siège de prédilection par excellence, à savoir le tiers antérieur de la

i. De inîrae, dnns ma statistique d'hôpital, les chancres de la langue ne figurent que pour un chiffre de ai, alors que les chancres des lèvres s'y élèvent au chiffre de «3g. — Proportion : i contre 10.

FOU ME EROSIVE. gy

langue. Je L'ai vu fidèle à cette localisation dans 52 cas sur 53.

Précisons davantage. Sur le tiers antérieur de la langue je l'ai rencontré :

i° Pour l'énorme majorité des cas, à la partie supérieure;

2° Pour un petit nombre de cas seulement, au niveau même de la pointe;

3° Bien plus rarement, sur les bords latéraux.

Dans un seul cas, il occupait un point reculé du plateau lingual, à savoir le segment postérieur de l'organe, à un centimètre environ du sommet du V lingual. Schiffers a même décrit un chancre qui siégeait, dit-il, au niveau de la tonsille linguale (quatrième amygdale) l.

On l'a observé encore sur la partie inférieure de la langue. Mais il est très rare, tout à fait exceptionnel en ce point, où je ne l'ai pas encore rencontré pour ma part.

Formes cliniques. — Le chancre lingual est susceptible à coup sûr de formes multiples et diverses. Mais deux formes lui sont particulièrement habituelles, à savoir : la forme érosive et la forme ulcéreuse, que je décrirai tout d'abord.

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