CICATRICE
sion secondaire, tant la lésion à laquelle nous avions affaire était minuscule, insignifiante, et plus semblable à un simple bobo qu'à un chancre. L'adénopathie seule, avec un semblant de rénitence sous-jacente à l'érosion, nous avait inspiré quelques soupçons.
Cicatrice. — D'après mes relevés, le chancre labial, dans ses formes ordinaires, courantes1, ne laisse de cicatrice qu'environ une fois sur quatre ou cinq cas. Encore une distinction est-elle nécessaire, à savoir :
Lorsqu'il siège sur la muqueuse ou la semi-muqueuse labiale, le chancre se répare et s'efface intégralement dans la presque totalité des cas. Tout au plus laisse-t-il parfois une simple tache, laquelle se distingue des tissus normaux par une teinte un peu moins rosée, très légèrement opaline, peu apparente au total et n'attirant pas l'attention.
Sur la peau, au contraire, le chancre est fréquemment suivi d'une cicatrice, mais d'une cicatrice généralement superficielle, lisse, régulière, n'offrant rien de difforme, voire à peine distincte à distance. Dans la plupart des cas il faut, pour la reconnaître, la rechercher de près, quelquefois même s'aider de la loupe.
dépendant, si petite et si insignifiante soit-elle, cette cicatrice n'en reste pas moins indélébile et peut se retrouver encore à très longue échéance. Exemple : line de mes anciennes clientes, que j'ai toujours continué à traiter, a été affectée, il y a plus de vingt ans, d'un chancre cutané de la lèvre inférieure. Or, tout dernièrement, avant eu l'occasion d'examiner la bouche de cette dameà propos d'un abcès dentaire, j'ai retrouve
i. Je me suis expliqué précédemment sur les cicatrices des formes ulcéreuses, profondément ulcéreuses. (V. page 76.)
CHANCRES LAHIAUX.
les vestiges de ce chancre sous forme d'une cicalricule un peu blanchâtre et très légèrement déprimée.
Ade'nopathie satellite. — i. Où se produit exactement le bubon des chancres labiaux?
i° Pour les chancres de la lèvre supérieure, dans les ganglions sous-maxillaires.
2° Pour les chancres de la lèvre inférieure, dans ces mêmes ganglions; et aussi, alors que. le chancre est médian, dans les ganglions rétro-géniens, situés en arrière des apophyses géni.
k signaler comme exception un cas dans lequel, à propos d'un chancre de la lèvre inférieure, j'ai rencontré un ganglion situé dans l'épaisseur de la joue, à deux travers de doigts au-dessus du bord inférieur du maxillaire.
ii. — Quant à ses caractères cliniques, l'adénopathie des chancres labiaux est exactement calquée en général sur celle du chancre syphilitique de tout siège et du chancre génital en particulier.
C'est dire qu'elle est constituée par un bubon aphlegrtiasique, à ganglions souvent multiples et à ganglions remarquables par une dureté toute spéciale; touscaracl< res trop connus pour qu'il y ait lieu d'insister.
En raison de l'aphlegmasie, qui est la note dominante de ce bubon, les ganglions qui le composent sont facilement exploitables par l'observateur, qui en perçoit nettement le nombre, le volume, l'indolence1, et aussi (je reviens à dessein sur ce dernier caractère auquel on n'accorde pas toujours l'attention qu'il mérite) la dureté, dureté significative qui, pour répéter une fois de plus le mot de Ricord, « semble n'être que l'induration chancreuse transportée dans les ganglions».
ADÉNOPATHIE. 8j
Toutefois, de tous les bubons satellites, le bubon du chancre labial est certainement celui qui comporte le plus d'exceptions à la fameuse « loi d'aphlegmasie » des engorgements ganglionnaires symptomatiques du chancre. Ainsi :
i° Il n'est pas très rare que ce bubon se présente avec une certaine « pointe inflammatoire ». On le trouve alors constitué par un ou plusieurs ganglions plus volumineux que d'habitude, empâtés, sensibles, quelque peu douloureux au loucher.
2° Il se peut encore qu'il prenne décidément les allures de ce que Ricord appelait la monaclcnitc aiguë. On le voit alors former une grosse tumeur qui fait relief sous l'arcade maxillaire en la débordant quelque peu; — tumeur unique, résultant delà fusion en une seule masse de tous les ganglions, que réunit une gangue de tissu cellulaire enflammé; — tumeur dure, mais empâtée; — douloureuse spontanément, plus douloureuse encore au toucher; — s'accompagnant d'une certaine suffusion rosée tégumentaire , et rappelant au total la physionomie de l'adéno-phlegmon.
Manifestement cette tumeur tend à la suppuration.
Dans la plupart des cas, la terminaison par abcès peut être conjurée par une médication antiphlogistique, notamment par l'application continue de cataplasmes de fécule, par des fomentations, des bains, une antisepsie rigoureuse de la bouche, etc. Cependant l'abcès se produit quelquefois. Je n'en ai pas observé d'exemple sur mes clients de ville, mais j'en ai vu deux cas à l'hôpital1.
Pour quelle raison le bubon sous-maxillaire fait-il
t. V., comme exemple, un cas relaie dnns les Annales de dermat. et de typhUigr.^ 1889, p. 8<>fi.
CIIANCIUÎS LABIAUX.
exception de la sorte à la règle commune d'après laquelle les adénopathies satellites du chancre sont presque invariablement des adénopatlùes aphlegmasiques, ne subissant que d'une façon rarissime la terminaison par abcès? Je ne saurais le dire. On a avancé que cela pourrait bien tenir aux « mouvements incessants de la mâchoire dans la parole, la mastication, la déglutition ». Je serais plus tenté de croire que la tendance inflammatoire de ce bubon dérive d'infections secondaires issues de la bouche, véritable aquarium où pullulent des microbes de tout genre. Mais cela n'est qu'une hypothèse qui demande à être vérifiée par l'examen bactériologique.
Diagnostic. — Pour avoir eu l'occasion dans ce qui précède de signaler nombre d'erreurs auxquelles peuvent donner lieu les diverses formes du chancre labial, il ne m'en reste pas moins à combler quelques lacunes à ce sujet.
Nous avons vu que les chancres labiaux risquent fréquemment d'être confondus avec des lésions vulgaires; eh bien, réciproquement, des lésions vulgaires peuvent donner le change pour des chancres labiaux. A preuve les quelques exemples suivants, que j'emprunterai à mes notes.
I. — D'abord, le croirait-on? de simples traumatismes ont parfois simulé le chancre, comme dans le cas suivant.
Un jeune lycéen de douze ans m'est amené à propos d'une lésion de la lèvre Inférieure, datant d'environ trois semaines. Avant tout interrogatoire et d'après les seules données de l'examen objectif, celle lésion, en dépit même de l'Age du sujet, me semble bien être un
DIAGNOSTIC. 89
chancre, voire un type de chancre croûleux de la lèvre. Et, en effet, elle consiste en ceci : une croûte rigoureusement circulaire, du diamètre d'une pièce de cinquante centimes, saillante, noirâtre, couronnant une élevure papuleuse des téguments; — puis, au-dessous de cette croûte, une assise résistante, dure, d'une rénitence vraiment comparable à celle d'un noyau d'induration chancreuse; — enfin, un ganglion assez volumineux: existe dans la région sous-maxillaire. Mon impression de premier coup d'œil semblait donc confirmée par de telles données, et, à part moi, j'avais déjà formulé, je le confesse, le diagnostic de chancre. Mais bien me prit de retenir encore ce diagnostic dans mon for intérieur; car, après interrogatoire, les choses changèrent absolument de face. Renseignements pris, en effet, cette lésion si chancriforme d'aspect n'était rien autre que l'épiphénomène d'un traumatisme qui s'était produit dans les conditions suivantes. Trois semaines auparavant, l'enfant s'était battu avec sa petite sœur, laquelle, furieuse d'avoir le dessous, avait saisi sa pantoufle et asséné avec le talon en bois de ladite pantoufle une formidable taloche sur la lèvre de son frère. De là avait résulté une plaie contuse, avec hémorrhagie d'abord, puis avec forte tuméfaction inflammatoire de la lèvre et engorgement ganglionnaire symptoma tique. Puis, la résolution s'était faite, et finalement restaient les vestiges de ce traumatisme sous forme d'une croûte, d'une infiltration sous-jacente et d'un ganglion.
II. — Autre exemple. — Qui de nous ne prendrait pour un chancre la lésion reproduite par celte photographie? Eh bien, ce chancre, ce type de chancre, dirai-je, n'est autre qu'une brûlure, dont voici l'histoire. La malade qui a présenté celle lésion portait a
la lèvre supérieure une petite gerçure linéaire « qui n'en Finissait pas de guérir ». Impatientée, elle eut l'idée de se cautériser avec de l'eau régale, dont elle faisait professionnellement usage. Seulement, elle s'en appliqua une dose excessive, qui détermina une violente brûlure, avec réaction inflammatoire, tuméfaction œdémateuse, induration, adénopathie, etc. Et c'est l'ulcération dérivée de cette brûlure qui simule à un degré vraiment extraordinaire le chancre syphilitique de même localisation1.
III. — En d'autres circonstances, le chancre labial a été simulé par l'ulcération ou par l'encroûtement terminal d'un furoncle. J'ai été mandé en consultation, l'année dernière, pour un jeune homme qui présentait à la lèvre supérieure une croûte assez épaisse et de la dimension d'une amande, croûte reposant sur une base dure et flanquée d'une adénopathie sous-maxillaire. La lésion, je m'en souviens, reproduisait exactement l'aspect d'un chancre. On pouvait véritablement s'y tromper, à ce point que le médecin du malade, praticien des plus instruits, avait fini par « prendre peur », et, bien que croyant à un furoncle, me fit l'honneur de réclamer mon avis sur cette curieuse lésion. L'événement démontra qu'il s'agissait seulement d'un furoncle.
Notons au passage qu'en pareil cas le diagnostic es! bien mieux éclairé par les commémorât ifs que par les signes d'objectivité. Souvent, en eflet, comme signes objectifs, on ne trouve rien qui ne ressemble parfaitement au chancre : circonscription de Lésion,, croûte, dureté de base, voire parfois adénopathie, toul \ es!