‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 15 sur 132 · FORME ÉROSIVE. - — FORME SCLEREUSE · texte numérisé non relu

FORME ÉROSIVE. - — FORME SCLEREUSE

courbe continue, régulière, sans découpures, sans encoches, sans sinuosités.

3° Cette érosion chancreuse est exactement de niveau avec les parties voisines. Elle ne fait ainsi ni saillie, ni méplat, et se continue de plain-pied avec la muqueuse saine périphérique, sans ressaut, sans arêle circonférencielle. De la sorte, elle n'a pas de bords, à proprement parler; elle n'a qu'une ligne de frontière.

Quelquefois cependant elle forme un plateau très légèrement surélevé au-dessus du niveau de la muqueuse.

4° Son fond est lisse, égal, uni, absolument plat.

5° Sa coloration habituelle est ou bien d'un beau rouge brunâtre, d'un rouge « chair musculaire », ou bien d'un rouge tendre, simplement rosé. — Plus rarement elle est grise ou grisâtre.

Quelquefois, comme dans le cas reproduit par cette aquarelle, on la trouve composée de deux zones : Tune, centrale, d'un rouge plus ou moins foncé, et l'autre, extérieure, encadrant la précédente, d'une tonalité grise, opaline \

6° Enfin, l'érosion chancreuse repose toujours sur une assise d'induration spécifique plus ou moins accentuée, que la conformation de l'organe permet de saisir entre deux doigts et de bien apprécier. Dans la grande majorité des cas, cette induration de base se révèle au palper sous la forme d'une lamelle aplatie et résistante, fournissant la sensation connue sous le nom de « carte de visite ». Vous reconnaissez là l'induration parcheminée.

Moins accusée en d'autres cas, la rénitence de base se réduit au degré fruste dit induration foliacée.

i. V. photographie n« 98, Collcct. partie.

CHANCRE DE LA LANGUE

II. — Forme ulcéreuse* . — Celle-ci diffère de la précédente en ce qu'au lieu d'effleurer simplement le derme muqueux, elle l'entame dans une certaine épaisseur, voire (mais cela est rare) en totalité.

Ce chancre ulcéreux est généralement assez large. En moyenne il rappelle comme dimension l'étendue de l'ongle du pouce. Mais, par exception, il peut être beaucoup plus considérable. Ainsi, l'une des pièces du musée de Saint-Louis reproduit un chancre de ce genre qui mesure trois à quatre centimètres dans le sens antéro-postérieur , sur un centimètre environ transversalement.

Sa configuration, comme entamure du tégument muqueux, est celle d'une cupule, d'une cuiller; d'où les noms qu'on lui a parfois donnés de chancre cupuliformc ou de chancre en cuiller. Il représente de la sorte une lésion ulcérative dont les bords, quelquefois relevés en crête marginale, descendent ensuite en pente douce vers le fond de la plaie, sans jamais présenter (contrairement à ce qui se dit partout, voire à ce qui a été imprimé plus d'une fois) la fameuse disposition en entaillure à pic.

Ce chancre offre un fond lisse; — généralement rouge et d'un rouge bien accentué; — quelquefois multicolore, c'est-à-dire semé sur un fond rouge d'îlots de teinte grisâtre, gris jaunâtre, ou d'un brun foncé.

Toujours il est doublé d'une induration notable, parfois épaisse et pénétrante, formant sous l'ulcération un véritable ménisque rénitent.

Variétés. — Chancre érosif et chancre ulcéreux, i. V. Musée de l'hôpital Saint-Louis, pièce n* 1081, Coll. gcn<!r.

CHANCRE FISSURAIRE. I0I

voilà les deux types usuels qu'affecte à la langue l'accident initial de la syphilis. Mais, en d'autres cas infiniment plus rares, il se présente sous diverses modalités différentes qui doivent être signalées ici au titre de variétés.

i° Chancre fissuraire, dit encore chancre en rhagade ou chancre étoile. — - Dans cette forme, le chancre consiste en ceci : une érosion allongée et effilée, suivant le trajet d'un de ces grands sillons antéro-postérieurs qu'il n'est pas rare d'observer sur la face supérieure de la langue, notamment chez les fumeurs.

Exactement Ioeé dans l'un de ces sillons, le chancre se moule en quelque sorte sur lui; il en suit la direction, il en conserve la forme, tout en le débordant quelque peu, et devient alors tout à fait semblable à une crevasse, à une lézarde, à une fissure. On ne le perçoit complètement, dans toute son étendue, qu'en déplissant la langue, c'est-à-dire en ouvrant le sillon où il se dérobe, et alors on le voit constitué par deux segments érosifs qui, delà profondeur à la superficie, divergent à la façon des branches d'un V. L'angle de ce V pénètre quelquefois assez loin dans le parenchyme lingual. — C'est là le type du chancre fissuraire.

Parfois encore, mais bien plus rarement, alors que des sillons secondaires se branchent sur le sillon principal (à la façon des nervures secondaires d'une feuille sur la nervure médiane), le chancre fissuraire envahit deux ou trois de ces sillons, si bien qu'il figure alors comme ensemble une étoile à plusieurs rayons (chancre dit étoile).

Certes, on risquerait fort de méconnaître le chancre sous ces aspects singuliers, n'était son induration de

CHANCRE DE LA LANGUE

base, généralement assez accentuée, qui vient donner l'éveil et diriger le diagnostic dans la droite voie.

•2° Chancre sclereux. — Très curieuse, très originale d'aspect, cette modalité ne s'observe que dans les cas où le chancre est situé soit exactement à la pointe de la langue, soit sur l'extrémité la plus antérieure du plateau lingual.

Elle est constituée par l'association au chancre d'une infiltration en masse de tout le segment antérieur de la langue. Précisons.

Deux éléments composent la lésion, à savoir : le chancre proprement dit, qui n'est autre en l'espèce que ce qu'il est toujours, c'est-à-dire une ulcération ou môme, plus fréquemment, une érosion du derme muqueux; — et une infiltration massive, une infiltration en bloc de tout le segment antérieur de la langue. Celte infiltration n'est pas seulement circonscrite, comme d'usage, à l'aire du chancre; elle "le déborde en tous sens; elle s'étend à toute l'épaisseur de la langue, et cela sur une étendue de plusieurs centimètres, soit transversalement, soit d'avant en arrière. Si bien que toute l'extrémité antérieure de l'organe se présente, d'une part, notablement tuméfiée, hypertrophiée, et, d'autre part, indurée en masse, néoplasiée. On dirait une tumeur linguale, et, étant donnée la rénitence presque ligneuse de cette tumeur, on serait presque tenté de croire à un épithélioma.

Détail qui n'est pas sans ajouter une note pittoresque à la lésion : quelquefois le pourtour de cette sorte de tumeur se présente comme crénelé, c'est-à-dire semé de toute une série alternante de petites crêtes verticales et de cannelures concaves intermédiaires. Cet aspect curieux est simplement dû à ce fait qu'en raison de son

CHANCRE SCLÉREUX.

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