‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 16 sur 132 · SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES

infiltration exubérante la langue pressée contre les dents en a pris et conservé l'empreinte.

J'ajouterai que cette forme scléreuse du chancre est de nature à simuler quelquefois, en raison de la tuméfaction, de la déformation et la dureté qu'elle confère à tout un district de la langue, certains types de glossiles tertiaires que j'ai décrits sous le nom de glossites scléreuses

Symptômes. — Variables suivant la forme du chancre, mais toujours peu importants. Ainsi :

i° Le chancre érosif, généralement petit et bénin, n'a pas de symptômes, pour ainsi dire, en dehors de son objectivité propre. C'est une inoffensive lésion, sans réaction inflammatoire ou nerveuse. Ce qu'il produit se borne à une gêne légère de la langue dans les mouvements, à une certaine sensibilité douloureuse dans la mastication, et rien de plus. Sous cette forme, il n'éveille guère plus l'attention du malade qu'un herpès ou un aphlhe; il est même bien moins « agaçant », bien moins éréthique que ne l'est usuellement l'aphthe ou l'herpès.

2° Au contraire, dans sa forme ulcéreuse et alors surtout qu'il offre une étendue notable, le chancre lingual détermine naturellement divers symptômes locaux. Mais ces symptômes n'ont quoi que ce soit de spécial. A la façon, en effet, de toutes les ulcérations de même siège, ils consistent en ceci : gène plus ou moins accentuée dans les mouvements de la langue; — douleurs dans tous les actes auxquels la langue prend part, parole, déglutition, et surtout mastication; — irradiation pos-

i. V. mes Leçons survies Glossites tertiaires, Paris, 1877.

Iû4 CHANT. HE DE LA I.ANCUE.

sible, mais très rare, de ces douleurs jusque vers l'oreille, du côté correspondant au chancre1; — sensibilité assez vive au contact des aliments, surtout des aliments chauds, acides, épicés ou grenus, et, plus spécialement encore, des boissons alcooliques; — salivation réflexe, toujours peu abondante, etc.

Ces divers symptômes n'atteignent jamais qu'une intensité médiocre. Ainsi, l1endolorissementde la langue, les douleurs passagères au contact des aliments et le ptyalisme sont bien moins accentués qu'à propos d'autres ulcérations équivalentes d'étendue, mais de nature différente, telles que les ulcérations mercurielles, tuberculeuses, et surtout cancéreuses. Le chancre, en effet, conserve toujours et dans toutes ses formes quelque chose de son aphlegmasie spéciale et de son absence usuelle d'éréthisme.

Durée. — Variable également suivant les formes. — - Courte pour le chancre érosif et bénin qui évolue en quatre, cinq à six semaines. — Plus longue pour les chancres étendus, ulcératifs, qui peuvent persister deux à trois mois.

Complications. — Tout à fait exceptionnelles. — Je n'ai observé qu'un seul cas où le chancre lingual ait manifesté une réelle tendance au phagédénisme.

Dans le cas en question, le chancre siégeait exactement au bout de la langue et se trouvait en contact .-ivre des dents ébréchées, irrégulières. Non soigné à l'origine, il s'élargit, envahit toute l'extrémité de la langue, se creusa simultanément, et prit un aspect pultacé, jaune sale, de mauvais augure. Soumis alors à un traitement local et général, il continua quelque temps encore à

i. On a même parlé d'otalgies réflexes douloureuses, très douloureuses. Je n'ai pas encore observé pareil symptôme.

nUIlON SATELLITE. I (>5

s'étendre, puis resta stationna ire, se modifia d'aspect assez lentement, et finit par aboutir à cicatrisation.

M. le Dr Mauriac a observe un cas plus grave, dans lequel un chancre lingual devint réellement phagédénique, résista longtemps à diverses médications et ne fut enrayé dans sa marche que par le thermo-cautère.

Cicatrice. — Pour la très grande majorité des cas, le chancre lingual n'est suivi d'aucune cicatrice, d'aucun stigmate.

C'est seulement le chancre ulcéreux et notablement ulcéreux qui laisse après lui une surface lisse, dépapillée, rosâtre, faisant surtout contraste avec les parties saines par son aspect glabre et uni.

Dans la forme fissuraire, quelquefois un enfoncement, un sillon fibroïde succède au chancre d'une façon indélébile.

A la pointe ou sur les bords de l'organe, la cicatrice du chancre se traduit parfois par une très légère encoche, par une irrégularité de contour, le plus souvent inappréciable pour un observateur non prévenu, mais possible à retrouver sur les indications du malade.

Bubon satellite. — Ce bubon se fait dans les ganglions antéro-latéraux de la région cervicale, ganglions situés au voisinage de la grande corne de l'os hyoïde et sur les côtés du cartilage thyroïde.

A noter cependant qu'en certains cas on l'a rencontré dans les ganglions sous-maxillaires.

Deux remarques, dont l'une assez inattendue, doivent trouver place ici.

TLe bubon satellite du chancre lingual est quelquefois double, bilatéral, alors même que le chancre n'occupe qu'un des côtés de la langue. C'est là le pendant de ce

CHANCRE DR LA LANGUE

qui s'observe à la verge, où très habituellement un chancre unilatéral détermine une pléiade dans chacune des aines. Et, très certainement aussi, celte bilatéralité dérive d'une cause identique, à savoir : l'anastomose et l'entre-croisement des lymphatiques sur la ligne médiane.

2° Ce qui est bien plus étonnant, c'est qu'à la langue, comme à la verge, ce bubon peut être croisé et exclusivement croisé. Cela est très exceptionnel, je l'accorde, mais dûment authentique. Ainsi, deux fois, avec un chancre unilatéral de la langue, j'ai rencontré un bubon satellite alterne, c'est-à-dire avec un chancre droit une adénopathie gauche, et avec un chancre gauche une adénopalhie droite. — Bizarrerie que seul peut expliquer l'entre-croisement des lymphatiques.

Inutile d'ajouter, enfin, que le bubon du chancre lingual est absolument conforme comme caractères cliniques au type classique du bubon satellite. Comme celui-ci, il est aphlegmasique, indolent, dur, le plus souvent multiple, etc.

En quelques cas seulement, à l'instar des bubons de tous les chancres buccaux et sans nul doute pour des raisons de même ordre sus- énoncées1, il présente un certain degré de tendance phlegmasique.

Diagnostic. — Le diagnostic est ici la question majeure et mérite toute notre attention.

Les erreurs auxquelles on peut être conduit à propos du chancre lingual varient nécessairement suivant la forme affectée par ce chancre. Donc, la question diagnostique ne saurait être ici envisagée d'une façon

i. V. pnge 88.

DIAGNOSTIC . FORME EROSIVE. IOJ

générale; elle doit être, au contraire, scindée, particularisée, en un mot appropriée à chacune des formes principales dont est susceptible l'accident en question.

i° Chancre de forme érosive. — En raison même de sa superficialité, en raison aussi de sa petite étendue et de son allure bénigne, le chancre de cette première forme se prête à des confusions faciles, quant à ses caractères objectifs, avec nombre de lésions buccales, telles que : herpès, aphlhe, hydroa, érosions leucoplasiques, etc. Mais, à un examen attentif, il s'en distingue nettement par deux caractères fondamentaux, à savoir : induration de base et adênopathie.

En outre, ces diverses lésions se différencieront le plus souvent du chancre par divers caractères qui leur sont propres, à savoir :

Pour l'herpès : multiplicité habituelle d'érosions et d'érosions la plupart petites, miliaires; — graphique de contour sinueux, géographique, tourmenté, et surtout microcyclique (caractère distinctif par excellence, sur lequel j'ai assez longuement insisté dans ce qui précède pour n'avoir plus à y revenir) ;

Pour l'aphthe : excavation en cupule; — configuration régulièrement orbiculaire; — et, bien mieux encore, coloration jaune de fond, coloration d'un jaune serin quelquefois absolument spéciale;

Pour l'hydroa : coexistence très habituelle de lésions hydroïques cutanées, facilement reconnaissables à leurs caractères dermatologiques propres et à leurs localisations si particulières sur la face dorsale des mains, des poignets, etc. 1 ;

Pour la len.coplasie : maculatures blanches, laiteuses,

I. V. au musée de l'hôpital Saint-Louis toute une série de pièces relative» à l'hydroa cutané et surtout à l'hydroa des muqueuses huccales.

H>8 CHANCRE DE LA LANGUE. '

répandues sur la face dorsale de la langue; — macula* tures semblables sur la muqueuse des joues, et cela en un véritable siège d'élection, à savoir au voisinage des commissures labiales; — antécédents de tabagisme chronique, etc.

Une dernière erreur des plus faciles à commettre est relative aux syphilides linguales secondaires. Objectivement, en effet, certaines plaques muqueuses de la langue sont presque absolument identiques au chancre érosif de même siège. Il n'est pas rare d'ailleurs qu'elles coexistent avec des engorgements ganglionnaires péribuccaux, ce qui constitue une difficulté de plus pour le diagnostic différentiel. Deux considérations cependant suffisent en général à distinguer le chancre de la plaque muqueuse, à savoir : i° dureté de base, constante avec le chancre, absente avec la plaque muqueuse; — 20 évolution morbide. Chronologiquement, le chancre est l'exorde, le premier accident de la série syphilitique. La plaque muqueuse, au contraire, n'est qu'un accident consécutif, de second rang.

Au surplus, une méprise entre le chancre et la plaque muqueuse ne tirerait pas à conséquence, pratiquement du moins, puisque ces deux lésions attestent la même maladie et que de l'une ou de l'autre dérivent les mêmes indications thérapeutiques.

20 Chancre de forme ulcéreuse. — Bien autrement intéressante est cette seconde forme au point de vue diagnostique. C'est qu'en effet plusieurs affections importantes de la langue présentent avec le chancre ulcéreux de réelles similitudes objectives, d'où peuvent résulter de regrettables confusions.

1. — Je ne parlerai que pour mention de Y ulcère sublingual de la coqueluche, quelquefois véritablement

DIAGNOSTIC. FORME ULCEREUSE. 109

chancriforme d'aspect. Car cet ulcère a pour élément diagnostique la coqueluche même, laquelle n'est pas une maladie susceptible de passer inaperçue non plus que d'être méconnue comme nature.

J'ai vu cependant — mais une seule fois — la coexistence d'une roséole avec un ulcère de cet ordre susciter dans une famille de réelles alarmes, au point que le père de l'enfant, un de nos plus honorables confrères, me fit l'honneur de requérir mon avis à ce propos. Après mûr examen, il ne fut pas difficile de dissocier cette combinaison insidieuse dérivant d'une simple coïncidence. Il ne s'agissait, en effet, que d'un éry thème vulgaire, éventuellement survenu sur un enfant qui, affecté de coqueluche, présentait, du fait de sa coqueluche, une ulcération sub-linguale.

11. — Je ne ferai que citer également pour mémoire les syphilides ulcéreuses, secondaires ou tertiaires. Celles-ci, à la vérité, peuvent bien simuler le chancre, alors surtout qu'elles sont circonscrites et d'étendue restreinte. Mais, sauf exceptions rares, il sera facile de les en distinguer d'après les quelques considérations suivantes :

Avec les syphilides ulcéreuses : i° pas de dureté de base, tout au moins pas de dureté équivalente à la véritable induration chancreuse; — 20 pas d'adénopalhie, tout au moins pas d'adénopathie comparable à ce qu'est un bubon satellite; — 3° antécédents de syphilis, attestés ou par les commémoratifs ou pur quelques stigmates inscrits sur lu peau du malade; — Zj° quelquefois même coexistence d'accidents spécifiques contemporains; etc. — De sorte que la qualité secondaire ou tertiaire de ces lésions chancrifermes ne sera guère

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