VARIÉTÉS DE SIÈGE
de loilette venant de servir à un sujet syphilitique (Neumann), etc. , etc.
N'oublions pas enfin le rôle qu'ont joué plus d'une fois les instruments de chirurgie dans les contaminations de cet ordre : stylets explorateurs, spéculums, cathéters, sonde d'Itard.
Dans la célèbre épidémie de syphilis par cathétérisme de la trompe d'Eustache qui sévit à Paris il y a une trentaine d'années, comme dans tous les cas de même genre, des inoculations ont dû nécessairement être portées par le cathéter soit dans les fosses nasales, soit dans le naso-pharynx1. Seulement, les chancres dérivant de telles inoculations n'ont pas été constatés, et pour cause; on n'en a vu que les bubons symptomatiques et les accidents ultérieurs.
Siège. — D'après le siège on distingue ici tout naturellement :
i° Des chancres vestibulaires, occupant soit la souscloison, soit le segment externe de la narine, soit l'une ou l'autre des commissures narinaires.
On a vu certains chancres décrire une couronne complète ou (plus souvent) incomplète sur le pourtour de l'orifice nasal.
2° Des chancres de la pituitaire, affectant soit la face interne de l'aile du nez, soit, bien plus fréquemment, la cloison.
Ces chancres ne sont jamais profondément situés; ou plutôt, disons mieux, on n'en a pas reconnu jusqu'à ce jour de profondément situés, sans doute parce qu'on ne sait pas encore éclairer d'une façon suffisante les
i. V. la bibliographie des syphilis dérivées de cette contagion spéciale dans le livre si souvent cité de Duncan Bulldey (Syphilis in the innocent), p. a34.
Foubniek. — Chancres extra-genit. ia
178 CHANCRE DIÎ LA PITUITAIHE.
départements un peu reculés des fosses nasales. Tous ceux que l'on a distingués et décrits quant a présent sont des chancres de localisation antérieure, résidant au seuil même des cavilés nasales.
Notre distingué collègue le Dr Gémv a vu un chancre siéger exactement à la réunion de la portion cartilagineuse avec la portion osseuse de la cloison.
Sur l'un de mes clients, j'ai cru apercevoir (et non sans peine) le segment inférieur d'un chancre très haut placé, qui siégeait dans la partie antérieure du nez, un peu au-dessous du bord 'inférieur des os propres.
Nombre. — A une seule exception près, l'unicité a été jusqu'ici la règle pour tous ces chancres.
Formes cliniques. — A son début et dans ses premiers temps le chancre intra-nasal passe toujours inaperçu du médecin, et cela pour la bonne raison qu'a cette époque il n'éveille pas d'inquiétudes et n'est pas fait pour en éveiller. C'est alors « un bobo », auquel l'attention ne s'arrête pas.
D'après le témoignage des malades, il ne consisterait — et ne doit en effet consister — à ce moment qu'en une petite éraillure, une « gerçure » de la muqueuse, ou bien en un « bouton » granuleux, rouge, ne tardant pas à s'encroûter. En tout cas, c'est une lésion minime, presque insignifiante, indolore, sensible seulement au toucher et aux égralignures qui ne lui font pas défaut.
Plus tard et dans son stade adulte, ce chancre se présente sous trois formes objectives, qui peuvent être décrites sous les noms suivants : forme érosive ; — forme néoplasique; — forme croùteuse ou impétigineuse.
i° Forme érosive. — Celle-ci répond exactement au type classique de l'érosion chancreuse, par exemple1 de l'érosion chancreuse génitale.
FORME ÉllOSIVE. FORME NÈOPLASIQUE. I <jg
Wec ou sans le secours d'un dilatateur, d'un spéculum nasi, on la voit constituée par une surface érosive et même parfois superficiellement érosive; — d'étendue variable entre les dimensions d'une grande lentille et celles de l'ongle du petit doigt ou de l'index; — arrondie ou, plus souvent, ovalaire; — plane; — sans bords; — d'un rouge carminé soit uniforme, soit semé de points grisâtres, ou bien, inversement, grisâtre avec pointillé rouge; — à base naturellement inexplorable.
Cette lésion est indolente ou ne détermine que de légères cuissons alors qu'on la déterge ou surtout alors qu'elle est excitée, irritée par le grattage. — Elle saigne légèrement quelquefois, mais jamais spontanément, toujours à la suite de provocations, dégratignures déterminées par les ongles.
C'est là par excellence la forme bénigne du chancre intra-nasal, celle dont les malades ne s'inquiètent pas et qui, conséquemment, a toutes chances pour rester méconnue1.
2° Forme nèoplasique. — Très différente de la première comme objectivité. — Constituée, en effet, par un chancre en saillie, formant sur la cloison (son siège presque exclusif) un mamelon, une tubérosité bourgeonnante, parfois même une véritable petite tumeur nèoplasique.
Suivant le degré de développement de cette saillie, on peut distinguer ici un chancre papuleux et un chancre papulo-hypertrophique.
Le chancre papuleux est représenté par une papule assez exactement comparable comme forme et comme proportions à la vulgaire pastille de menthe ou de
i. V., comme exemple, un oas publié par le Dr Morel-Lavallée (Juna/c. de dermat. et de syplùl,\ 1888.).
CHANCRE Dli LA P1TUITAIR.E.
chocolat. On dirait une pastille rouge déposée sur la cloison.
Celte papule est érosive de surface; — convexe, et quelquefois convexe avec plateau central; en tout cas, faisant à son centre un relief de deux à trois millimètres; — uniformément rouge ou semée d'enduits grisâtres; — rénitente et presque dure au toucher.
Le chancre papulo-hypertrophique ne diffère du type précédent que par les proportions du néoplasme, lequel devient comparable au tiers ou à la moitié d'une noisette, voire, en certains cas tout à fait rares 'comme celui du Dr Marfan1), à une noisette.
Implantée sur la cloison, cette production morbide constitue alors, réellement, une petite tumeur, irrégulièrement hémisphérique ou semi-ovoïde; — mesurant environ un à deux centimètres de diamètre, avec un relief de quatre, cinq, six millimètres; — et rappelant assez bien comme forme, ainsi qu'on l'a dit, « le chapeau d'un tout petit champignon2 ».
Rouge de surface, exulcérée ou véritablement ulcéreuse, parfois même d'aspect fongueux, elle peut donner l'impression d'un néoplasme malin.
Toujours elle fournit au doigt introduit dans les fosses nasales une sensation de rénitence, de dureté nette et sèche, voire, a-t-on dit, de dureté cartilagineuse.
Enfin, en raison de son volume, elle peut, alors qu'elle devient tout à fait exubérante, oblitérer partiellement ou complètement la fosse nasale correspondante3.