‹ Les chancres extra-génitaux [electronic resource]Chapitre 78 sur 132 · CONTAGIONS MÉDIAT-US · texte numérisé non relu

CONTAGIONS MÉDIAT-US

la récuser en principe, ne la considèrent en fait qu'au titre d'une « échappatoire », d'une « excuse commode à la décharge de gens désireux de masquer une faute ». Certains même la tournent absolument en dérision, ou plutôt tournent en dérision « les naïfs, les crédules » qui l'acceptent. D'autres inversement — et de ce nombre sont spécialement les gens du métier, les syphiliographes — l'agréent absolument comme un mode de contagion non pas seulement possible et admissible en théorie, mais authentique, irrécusable de par l'observation clinique.

Eh bien, je vous l'affirme avec pleine conviction, la vérité n'est pas ici du côté des sceptiques et des rieurs.

Sans doute, nous le savons de reste, la contagion par les latrines a pu être exploitée soit par des femmes infidèles, trop heureuses de dissimuler ainsi une contamination d'un autre ordre, soit même (ce qui est moins croyable, mais je parle preuves en mains) par des hommes, par des puritains hypocrites, en vue de laisser intacte, même vis-à-vis du médecin, leur « respectabilité ». Quel est le praticien qui n'a pas entendu invoquer une telle étiologie, alors qu'elle était le moins acceptable? Et même que de fois n'est-il pas arrivé à tel ou tel d'entre nous de feindre d'y croire, voire d'y prêter les mains, ne serait-ce que dans le but, par exemple, de sauvegarder ce qu'on appelle « la paix des ménages »?

Mais le mensonge des uns n'exclut pas la sincérité des autres. Si tel altère à son profit la vérité, il ne suit pas de là que tel autre, en alléguant le même fait, n'exprime pas un fait vrai, de pleine authenticité.

Eh bien, je le répète, je suis ici du nombre des « croyants ». J'accepte absolument la possibilité d'une

Fouhnier. — Chancres extra-gcnit. ao

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CHANCRES DU TRONC ET DES MEMBRES

contamination spécifique par les latrines; et je vais même plus loin, en disant avec W. Taylor : « Ce qui m'étonne, ce n'est pas que les latrines puissent être l'intermédiaire de contaminations syphilitiques, mais bien qu'elles n'en produisent pas plus qu'elles n'en semblent produire ».

Je vous dois les preuves de cette conviction, qui, croyez-le, n'a rien de théorique. Or, ces preuves, je les trouve d'abord dans les deux arguments que voici.

I. — A supposer quelesiègede latrines où l'on s'assied soit souillé par des sécrétions syphilitiques (pus de chancre ou pus de plaques muqueuses, par exemple), est-il possible, oui ou non, que ces sécrétions, éminemment virulentes ou microbiques (à votre choix), déterminent une inoculation sur les téguments de sujets sains venant à s'asseoir sur ces latrines ?

Réponse formelle : Oui, incontestablement oui, et cela au nom des analogies, au nom du bon sens.

En l'espèce même, dirai-je (en vous priant de m'excuser pour de tels détails), l'inoculation a d'autant plus de chances de s'exercer qu'elle a pour s'exercer un contact non pas seulement direct et plus ou moins prolongé, mais un contact pesant, un contact de tout le poids du tronc entre le siège des latrines et les téguments.

II. — D'autre part, le siège des latrines et tout particulièrement des latrines publiques, des « chalets de nécessité », comme on les appelé vulgairement, est-il exposé, oui ou non, à être souillé par des sécrétions syphilitiques?

Certainement, oui encore, et cela pour des raisons multiples. A savoir :

i° Est-ce que les sujets syphilitiques affectés, par

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exemple, de plaques muqueuses anales, périanales, périnéales, vulvaires, etc., ou bien de syphilides suppura tives des fesses ou des cuisses, s'abstiennent de fréquenter les latrines et les latrines publiques? — Non.

2° Est-ce que, les fréquentant et, comme conséquence, pouvant les infecter, ils prennent de suffisantes précautions pour les purifier et les asepsier, c'est-à-dire pour les rendre non dangereuses alors qu'ils les ont rendues dangereuses? — Réponse inutile, n'est-ce pas?

3° Est-ce que même du pus en nature ne peut pas s'écouler ou de la verge ou de la vulve sur le siège des latrines? — Certes oui.

4° Puis, encore, il est une chose à savoir, qu'ignorent peut-être les médecins « encyclopédistes », mais que nous n'ignorons pas, nous « spécialistes », et cela parce que nos clients se chargent de faire notre éducation sur ce point. C'est que nombre de sujets syphilitiques, ayant besoin de se panser au cours de la journée, vont se panser précisément dans les latrines, soit dans des latrines particulières (celles de leur patron, celles de la maison de commerce à laquelle ils sont attachés, etc.), soit dans les latrines publiques.

Journellement, par exemple, j'entends des malades me dire : « Mais, docteur, vous me prescrivez trois ou quatre pansements par jour sur mon chancre ou sur mes plaques muqueuses. Impossible! Je ne suis chez

moi que le matin et le soir Enfin, puisque que cela

est nécessaire, je m'arrangerai ». Et ils s'arrangent, en effet. Comment? En allant renouveler leur pansement dans les lieux d'aisances. C'est-à-dire que, là, ils déposent sur le siège et précisément à l'endroit où l'on s'assied tout leur petit arsenal de pansement, ce qui est inoffensif, mais aussi, ce qui est grave, toutes les pièces

CHANCRES DU TRONC ET DES MEMBRES

de leur pansement antérieur, à savoir bandes, compresses, plumasseaux de charpie imbibés de pus, etc. — Pas plus tard que ces derniers jours, un de mes clients affecté d'un large chancre syphilitique du fourreau me racontait que, par économie de temps, il allait faire son pansement du milieu du jour « dans un kiosque de nécessité voisin de ses bureaux ».

Allez donc soutenir après cela que les latrines ne sont pas capables de transmettre des contaminations syphilitiques !

Pour ma seule part, j'ai observé dans ma clientèle plusieurs contaminations de ce genre, et cela sur des malades en qui j'ai toute confiance pour des motifs divers, soit parce que ce sont des hommes, des célibataires, des jeunes gens, qui n'ont rien à cacher, soit parce que plusieurs d'entre eux, que je connais personnellement, me semblent au-dessus de toute suspicion de mensonge. — D'ailleurs, des faits de même ordre se sont produits également sur déjeunes mariées1, sur des jeunes filles, voire sur des enfants. Fitzgibbon, par exemple, a relaté le cas d'une jeune fille de quatorze ans qui fut infectée par les latrines dans une gare de chemin de fer. — Inutile donc, je crois, d'insister davantage sur un mode de contagion dont l'authenticité n'est vraiment pas contestable.

i. J'ai observe, il y a deux ans, avec mon collègue et ami le Dr Seveslre, un cas de cet ordre sur une jeune femme qui, suivant toute vraisemblance, contracta la syphilis de cette façon quelques jours après son mariage et dans son voyage de noces. Il va sans dire qu'une enquête des plus scrupuleuses et des plus approfondies fut établie sur les causes possibles d'une telle contagion. De cette enquête il finit par résulter que la seule cause acceptable, probable, possible, était une contamination par des latrines d'hôtel. Le mari, qui protestait énergiquement de son innocence, voulut être examiné, fut examiné par nous à diverses reprises et toujours trouvé indemne de syphilis.

CONTAGIONS MÉDIATES, INSTRUMENTALES, MEDICALES. 3oÇ)

7° Contagions instrumentales , contagions médicales. — En principe, tous Jes instruments, tous les ustensiles, tous les objets utilisés dans un but thérapeutique, peuvent servir d'intermédiaires à des contagions médiates et porter de la sorte la syphilis sur le corps ou les membres. En fait, nombre d'entre eux ont été déjà signalés comme ayant servi d'origine au moins vraisemblable à des contaminations de cet ordre.

Citons comme tels : bistouris, lancettes, stylets, scarificateurs, ciseaux, canules, bassins, verres à ventouses, serres-fines, aiguilles de seringue à injections hypodermiques, diachylon, caoutchouc, emplâtres, porte-caustiques, crayons de nitrate d'argent, pinceaux, tous objets de pansements, tels que charpie, compresses, éponges, voire, a-t-on dit, brosse électrique, etc., etc.

Les exemples, ici, seraient innombrables à citer. J'en produirai seulement quelques-uns à titre de spécimens.

Rôbner a relaté un cas dans lequel on vit un chancre syphilitique succéder à l'incision d'un abcès de l'aisselle.

Dans un autre cas, ce fut un furoncle de la fesse qui, incisé à la lancette, se transforma, quelques semaines plus tard, en un chancre syphilitique. — De même Lan g (je cite ce fait, bien qu'il ait trait à une région autre que celles dont nous parlons actuellement, mais n'imporle) a vu un chancre syphilitique succéder à l'ouverture d'un furoncle du front.

Je tiens d'un médecin qui occupe une très haute situation dans la science (mais qui m'a prié de ne pas le citer) qu'il est « malheureusement certain d'avoir transmis la syphilis à l'un de ses malades par une seringue de Pravaz qui avait servi récemment à plusieurs sujets syphilitiques ».

3ïO ClIANCItES DU TRONC ET DES MEMBRES.

La saignée a été plusieurs fois l'origine de contaminations spécifiques, surtout à l'époque où cette opération était confiée à de simples barbiers, coutume qui, parait-il, se conserve encore en certains pays, à en juger par le cas suivant :

« En j 876, un barbier d'Autriche saigne trois malades, deux sur ordonnance de médecin et le troisième de son chef. Sur les trois opérés des signes locaux de syphilis se manifestent au siège même de la saignée et sont suivis, à normale échéance, d'accidents généraux. — Le barbier est poursuivi, jugé, et condamné à quatorze jours de prison avec amende1. »

Bonorden a relaté de même un cas dans lequel un large chancre se produisit au niveau de la piqûre d'une saignée.

Mais, chose curieuse et sans doute inattendue de vous, c'est la pratique des ventouses qui a fourni le plus fort contingent à l'ordre des contaminations qui nous occupent pour l'instant.

C'est ainsi que, sans parler des cas isolés, le ventousage a déterminé de véritables épidémies de syphilis. Si peu croyable que cela soit, cela est. Ainsi Duncan Bulkley, avec l'admirable érudition qui lui est familière, n'a pas collectionné moins de treize épidémies de syphilis résultant de contaminations par les ventouses, à savoir : sept dans les siècles qui ont précédé le nôtre, et six dans le dix-neuvième siècle, celles-ci toutes en Russie.

Et ce n'est pas sans raison qu'il les a qualifiées du nom d'épidémies; car le nombre des victimes, dans les

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