V. Britiih médical Journal
CONTAGIONS MÉDIATES. VENTOUSES. ôll
cas où il a pu être fixé, s'est élevé, paraît-il, aux chiffres exorbitants que voici : n; — i'4; — >4j — 17; — 20 à 3o; — 70 à Nuremberg, en r 5q9 ; — 70 à Windsheim (Bavière), en 1624; — 80 à 90 à Topparla (Finlande); — 180 à Brunn (Moravie); — çt enfin 200 à Hakola (Finlande)!
De telles monstruosités ont leur explication cependant. D'une part, en effet, le ventousage comporte une instrumentation complexe et des dangers d'infection multiples dérivant des verres, des rasoirs, des scarificateurs, des éponges, des linges, du sang des opérés antérieurs, des eaux de lavage, sans parler des doigts de l'opérateur. — D'autre part, les ventouses constituaient autrefois, comme encore aujourd'hui dans les basses classes, une médication très populaire, très accréditée, mise en œuvre à tout propos (non moins d'ailleurs que hors de propos) contre une foule de maladies. — Puis, enfin et surtout, à qui était confiée jadis, à qui est confiée encore aujourd'hui dans certains pays à civilisation attardée, la pratique opératoire du ventousage? Non pas aux médecins, non pas aux chirurgiens, mais aux barbiers, aux garçons barbiers, parfois même à des « barbiers ambulants », à de véritables empiriques promenant de village en village leur baraque de saltimbanques. Je laisse à penser si de telles gens étaient toujours de bien rigoureux observateurs — je ne dirai pas de l'antisepsie, ce serait leur faire trop d'honneur — mais de la plus élémentaire propreté. C'est ainsi que la célèbre épidémie de Brunn (Moravie) dériva d'un barbier ventouseur, lequel n'eut rien de plus pressé, au premier soupçon formulé conlre lui, que de déguerpir avec une précipitation significative. De même l'épidémie d'Uakola, qui ne fit pas moins de 200 victimes
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en 1858, procéda d'une femme syphilitique qui exerçait le métier de venlouseuse et qui avait pour habitude de « laver ses verres avec sa salive! »
J'arrive enfin dans cette revue à un mode de contamination médiate qui n'est généralement pas connu et sur lequel en conséquence je me ferai un devoir d'insister tout particulièrement.
Je crois, je suis persuadé que des infections syphilitiques peuvent résulter des cautérisations avec le crayon de nitrate d'argent, telles qu'on les fait usuellement, c'est-à-dire avec un crayon banal, servant à tout le monde, et continuant à servir de la sorte tant qu'il n'est pas absolument usé. Si ce crayon a touché une plaie syphilitique, je le tiens pour suspect, pour dangereux, et m'est avis qu'il peut transmettre la syphilis.
Cette conviction, je la dois à un certain nombre de cas que j'ai observés en ville (car c est surtout dans la clientèle de ville qu'on est en situation de surprendre et de suivre des faits de ce genre) et dont voici le résumé.
D'abord, j'ai vu plusieurs fois des plaies simples de la verge se transformer en chancres syphilitiques après des cautérisations au nitrate d'argent, et cela dans des conditions où cette transformation n'était explicable par aucune cause, par quoi que ce soit d'autre que l'attouchement de la plaie par le crayon. Spécimen du genre :
Un jeune homme est affecté d'un herpès typique du prépuce qu'il vient me montrer. Je lui prescris un traitement topique des plus simples. Mais, ne guérissant pas assez vite à sa guise, il croit hâter sa délivrance en allant se faire cautériser plusieurs fois dans l'une de ces
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odicines qui se flattent, à la quatrième page des journaux, de guérir les maladies vénériennes à brève échéance. Cinq semaines plus tard, il me revient, mais celte fois avec un chancre induré non moins typique que l'herpès primitif, chancre qui s'est développé exactement sur l'emplacement de cet herpès. Or, d'où pouvait provenir ce chancre? D'abord, il y avait six mois que le malade n'avait touché de femme quand s'est produit l'herpès. D'autre part, depuis les cautérisations, aucun rapport, aucun contact suspect, de n'importe quelle nature. De même, enquête restant absolument négative sur toute cause ayant pu servir d'intermédiaire à une contagion. Une seule source d'infection restait donc possible à incriminer rationnellement, à savoir l'attouchement de l'herpès par le crayon de nitrate d'argent.
En second lieu, j'ai dans mes notes plusieurs cas de chancres anaux et périanaux qui se sont produits clans des circonstances telles qu'ils ne pouvaient guère être expliqués que par une contamination accidentelle dérivant de cautérisations au crayon de nitrate d'argent. D'une part, en effet, les chancres en question s'étaient produits sur des sujets à propos desquels une contagion directe n'était guère admissible, par exemple sur une bonne vieille dame veuve et des plus respectables. D'autre part, ces chancres s'étaient invariablement produits dans les mêmes circonstances, à savoir : toujours sur d'anciennes lésions anales ou périanales (eczéma, fissure, fistule, hémorrhoïdes, érosions hémorrhoïdaires, etc.); — toujours à la suite de cautérisations au ci ayon; — et toujours (notez ce point) avec l'incubation usuelle à la syphilis. — Donc, dans ces divers cas, tout un ensemble de considérations semblait bien, comme pour
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les cas précédents, incriminer le crayon argentique et le dénoncer comme auteur de la contagion.
Mais enfin, je l'avoue, tous ces cas — auraient-ils même été plus nombreux — prêtaient le flanc à des objections diverses et ne contenaient pas les éléments d'une démonstration véritable, lorsque enfin s'offrirent à moi deux observations bien autrement probantes qui fixèrent mes convictions. Les voici.
Un de nos confrères, célibataire, n'avait eu depuis plus de six mois « aucun rapport sexuel, aucun contact vénérien de n'importe quel genre », lorsqu'il lui arriva d'être affecté à la verge, dans la rainure glando-préputiale, de deux minuscules érosions de balano-posthite, consécutives à une absence forcée de soins d'hygiène pendant un très long voyage en chemin de fer. 11 eut alors la malheureuse idée, pour hâter la cicatrisation de ces deux petites plaies, de les cautériser, et il les cautérisa. Les plaies se fermèrent presque aussitôt. Mais, quelques semaines plus tard (et cela en l'absence de tout rapport, de tout contact vénérien), il se produisit sur leur emplacement deux lésions nouvelles, lesquelles devinrent des chancres syphilitiques indéniables, d'ailleurs suivis, dans les délais classiques, de symptômes d'infection générale. Or, notre confrère s'était servi, pour cautériser les plaies en question, de son crayon de nitrate d'argent, crayon avec lequel il avait eu l'occasion « quelques semaines et quelques jours auparavant, de cautériser plusieurs lésions syphilitiques de forme érosive ou ulcéreuse ».
Second cas. Un jeune homme se fait une brûlure au doigt médius, le 8 août (notez bien les dates, c'est essentiel en l'espèce). — Peu après il est appelé à faire ses vingt-huit jours de service militaire. La plaie- tardant a se
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cicatriser, on la cautérise dans un hôpital militaire, le 27 août, et on la cautérise (le malade est très formel et très affirmatif sur ce point, qu'il dit avoir positivement remarqué) avec un crayon de nitrate d'argent « qui venait de servir à cautériser la bouche de plusieurs soldats syphilitiques et affectés à la bouche de lésions syphilitiques ». — La plaie cependant s'améliore et paraît tendre à se cicatriser; puis, tout à coup, elle se modifie, se transforme. Bref, le malade nous arrive ici en octobre avec un chancre du doigt, chancre syphilitique des mieux caractérisés et bientôt suivi d'accidents généraux1.
Dans ce cas, donc, nul doute possible. C'était bien d'une cautérisation au nitrate d'argent que dérivait la contagion. Mon éminent collègue le Dr Besnier, à qui je fis part de ce fait en lui montrant le malade, partagea absolument mon avis, d'après la chronologie morbide, sur l'origine de la contagion.
Un cas de même ordre a été observé par le Dr W. Taylor2.
Donc, le fait paraît hors de contestation. Positivement, Vinfection syphilitique peut dériver d'un crayon infecté de syphilis. Enregistrons bien cela en nos souvenirs, messieurs, car de là découlent pour la pratique des indications majeures dont nous parlerons dans un instant.
Mais, avant d'aller plus loin, une question se présente à discuter : Dans une cautérisation infectieuse de ce genre, d'où procède l'infection? Car le crayon se compose de deux pièces : i° le nitrate d'argent, la pierre