V. Annales de dermat. et de sypl;., 1 880, p
CIIAIVCIUCS DU TltONC ICT DI5S MEMBRES.
2° Pour les chancres de la partie supérieure du tronc, dans les ganglions axiliaires;
3° Pour les chancres de la partie inférieure du tronc, dans les ganglions inguinaux;
4° Pour les chancres du membre supérieur, dans les ganglions épitrochléens et axiliaires;
5° Pour les chancres du membre inférieur, dans les ganglions poplilés et cruraux.
Rien à dire relativement à la symptomatologie de ces diverses adénopathies, qui se présentent toutes avec les caractères classiques du bubon satellite.
A noter, seulement, deux particularités assez curieuses d'ordre anatomique :
i° Les chancres situés à peu près à mi-hauteur du tronc se traduisent ou peuvent se traduire à la fois par des bubons axiliaires et inguinaux. Cela, en raison des anastomoses extrêmement nombreuses du réseau lymphatique de la région, lesquelles permettent au virus (ou au microbe, n'importe) d'irradier à la fois vers l'aine et l'aisselle.
2° Les chancres qui, situés à ce dernier niveau (mihauteur du tronc), occupent de plus la région médiane du tronc, peuvent donc, de ce fait, avoir quatre bubons, à savoir un pour chaque aine et un pour chaque aisselle.
Tel est le chancre de V ombilic, célèbre par ses quatre bubons. Nous avons eu ici deux cas de cet ordre avec quadruple adénopathie dont l'un a été relaté par M. Veslin. Toutefois, en deux autres cas je n'ai constaté que des adénopathies inguinales, les ganglions axiliaires restant indemnes.
i. V. Ami. de dermat, et de syph., 1890, p. 3i8.
Traitement. — La thérapeutique locale des chancres que nous venons d'étudier ne prêle à aucune considération particulière. Elle est celle de tous les chancres cutanés, n'importe le siège. Il me suffira donc de la résumer en deux mots.
A coup sûr, X occlusion constitue ce qu'il y a de mieux, de plus commode, de plus pratique et de plus actif.
Un pansement occlusif sera donc appliqué sur le chancre, et renouvelé matin et soir, trois fois par jour au plus, dans le cas (ce qui est rare) de suppuration un peu abondante.
Ce pansement sera fait « à la Chassaignac » (suivant l'expression consacrée), c'est-à-dire avec une série de petites bandelettes entre-croisées et imbriquées îi la façon des tuiles d'un toit, et non, comme on y procède souvent par négligence, avec un seul placard de toile emplastique. Un seul placard, en effet, s'applique mal, « gode », et ne réalise pas l'occlusion.
Le pansement devra recouvrir toute l'étendue du chancre, en le débordant tout au plus d'un à deux millimètres. — Il sera immobilisé par une compresse et, suivant la situation du chancre, soit par quelques tours de bande, soit par un bandage de corps.
Le topique qui m'a paru préférable en l'espèce est encore le taffetas de Vigo, mais le taffetas de Vigo moderne, où l'emplâtre est étalé en très mince couche sur une étoffe de soie line, souple, flexible. — Il importe que ce taffetas soit de préparation récente pour conserver intactes ses propriétés adhésives.
Parfois, cependant, le taffetas de Vigo paraît être quelque peu irritant. On le remplacera alors par le taffetas à l'todoforme, par le taffetas à l'oxyde de zinc
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ou au salol, ou même par le sparadrap simple ; car, en l'espèce, c'est l'occlusion surtout qui agit, je crois, plutôt que le topique.
Ajoutons, comme complément : des lotions, à chaque pansement, avec une décoction émolliente ou avec quelques antiseptiques (eau'boriquée, par exemple, bien préférable, soit dit au passage, aux lotions phéniquées, qui sont toujours irritantes et souvent même tout à fait nuisibles); — et surtout, ce qui fait toujours bien, des bains tempérants (un bain d'une demi-heure à trois quarts d'heure, voire une heure, tous les deux ou trois jours).
Telle est la thérapeutique qui convient le mieux au chancre pendant ses périodes d'augment et d'état.
Mais cette thérapeutique doit être modifiée à l'époque où le chancre commence à se réparer, et alors surtout qu'une zone cicatricielle s'inaugure à sa périphérie. Prolonger l'occlusion aux bandelettes de Vigo ne constituerait plus dorénavant qu'une mauvaise pratique. L'occlusion, en effet, à cette époque, semble ramollir les tissus etalanguir le processus cicatriciel; en tout cas, elle n'agit plus favorablement, et il y a avantage véritable à lui substituer une médication topique différente.
Ce qui m'a paru le mieux réussir, dans les périodes tout à fait avancées du chancre cutané, consiste dans les topiques pulvérulents, appliqués comme il suit :
Deux pansements par jour, seulement. — Matin et soir, avant le pansement, lotions avec eau boriquée, ou bien liqueur de Labarraque coupée d'eau (au cinquième environ), ou bien encore vin aromatique étendu d'eau, etc.; — assécher la plaie; — puis la saupoudrer d'une poudre porphyrisée (oxyde de zinc, sous-nitrate de bismuth, calomel, talc, peu importe); — et, finale-
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ment, la recouvrir d'une couche d'ouate, en ayant soin d'assurer une complète immobilisation du pansement.
Si la cicatrisation paraît languir, on peut l'activer soit par un pansement à la poudre d'iodoforme, soit par quelques cautérisations légères au nitrate d'argent.
Il va sans dire que nombre d'autres traitements ont été expérimentés en l'espèce, à savoir: des pansements au vin aromatique, avec les corps gras, avec des pommades de tout genre (notamment pommade au calomel, à un gramme pour vingt), avec toutes sortes de poudres, avec la teinture d'iode, avec l'iodofbrme, etc., etc. Tous ces topiques, assure-t-on, comptent des succès. Je le crois sans peine. Le propre du chancre syphilitique, en effet, n'est-il pas de guérir alors qu'on ne l'empêche pas de guérir, c'est-à-dire qu'on ne fait rien pour l'irriter, l'exciter, l'enflammer?
En l'espèce, tout est de ne pas nuire. Or, il est plus facile, certes, de nuire au chancre que de lui être secourable. Et fréquemment il arrive qu'on lui devienne préjudiciable avec les meilleures intentions du monde, cela surtout de par les deux: pratiques suivantes que je ne perdrai pas l'occasion de condamner une fois (le plus, à savoir :
i° Pansement du chancre avec de prétendus « modificateurs locaux », lesquels ne le modifient que défavorablement en raison de leurs qualités irritantes. Tels sont l'alun, le sulfate de cuivre, l'acide pyrogallique, le perchlorure de fer, le sublimé, etc., etc.
2° Cautérisations au nitrate d'argent. C'est un usage banal, c'est une « mode » de cautériser le chancre. La preuve en est qu'il nous arrive assez, rarement, à nos consultations, de rencontrer des chancres qui n'aient pas été soumis à une ou plusieurs cautérisations au nitrate
CHANCHES 1)1! TIIOM: ET DES MEMBRES.
d'argent dans l'arrière-boutique de quelque pharmacie. Eh bien, je n'hésite pas à dire que ces cautérisations à tout propos sont huit ou neuf fois sur dix absolument nuisibles, parce qu'elles sont faites hors de propos.
Pour le nitrate d'argent comme pour tout remède il est des indications et des contre-indications auxquelles il importe de satisfaire, sous peine de nuire. Or, tout compte fait, je ne trouve guère, de parla clinique, que deux conditions où des cautérisations argentiques soient capables, ici comme ailleurs, de réaliser quelque effet utile, à savoir :
i° Un état torpide du chancre à sa dernière période. Très souvent, au sortir de sa période d'état, le chancre « languit », comme on dit vulgairement, en ce sens qu'il reste ce qu'il est, qu'il subsiste immobile, qu'il ne finit pas de se cicatriser. Ah! alors, oui, une ou quelques cautérisations (pratiquées tous les trois ou quatre jours, et non pas tous les jours, comme on le fait quelquefois) ont vraiment une influence pour activer le processus réparateur et favoriser la cicatrisation.
2° De même (mais ceci n'est plus que de l'empirisme), les cautérisations ne sont pas dépourvues de quelque action utile contre les gros chancres à néoplasme exubérant. Il n'est pas rare que de tels chancres restent pendant quelques semaines absolument stationnaires, immobilisés comme évolution, avec une ulcération « de mauvaise mine », n'offrant aucune tendance à la réparation. Dans ces conditions, le nitrate d'argenl peut être utile. Comment agit-il alors? Je ne sais; mais toujours est-il que quelques cautérisations, pratiquées en temps opportun, réussissent parfois à tirer de tels chancres de leur torpeur, à les modifier comme surface et à déterminer un processus de réparation cicatricielle.
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CHANCRES DU SEIN
Fréquence. — La fréquence du chancre du sein estextrêmement variable suivant les milieux où l'on observe. Dans les milieux hospitaliers, elle s'élève au second rang parmi les chancres extra-génitaux de tout siège1. Tout au contraire elle décline jusqu'au cinquième rang dans les statistiques de ville 2. Et il est à cela une raison toute simple; c'est que l'énorme majorité des chancres mammaires s'observe sur les nourrices, lesquelles ne fréquentent guère que les consultations d'hôpital.
Les chancres du sein s'observent dans les deux sexes, mais, bien entendu, avec un degré de fréquence extrêmement inégal. Tandis qu'ils sont assez communs chez la femme, ils ne se rencontrent au contraire chez l'homme qu'au titre de rarissimes exceptions. Je n'en ai vu chez l'homme que trois cas dans toute ma pratique, contre des centaines chez la femme.
Inutile d'ajouter qu'ils sont encore plus exceptionnels chez l'enfant. Je ne connais guère comme spécimen du genre qu'un cas de Cooper, relatif à un chancre du mamelon observé sur un enfant de deux ans et demi3.
Tout l'intérêt du sujet que nous allons étudier se concentre en conséquence sur le chancre mammaire de