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CHANCRE MAMMAI11E CHEZ LHOMME

ne pouvait faire erreur sur l'origine de sa contagion, n'ayant pas eu de rapports depuis fort longtemps, il m'amena la femme qui s'était livrée sur lui aux caresses en question. J'examinai cette femme et la trouvai en pleine évolution de syphilis secondaire, avec des plaques muqueuses sur les amygdales.

II. — La symptomatologie du chancre mammaire masculin ne paraît jusqu'ici se différencier en rien de ce qu'elle est chez la femme. J'en renvoie donc l'étude au chapitre qui va suivre.

Un seul détail mérite ici d'être relevé, et il a trait au diagnostic de la lésion. C'est la possibilité — très inattendue sans doute, mais authentique — d'une confusion avec l'herpès de même siège et de même origine.

L'herpès mammaire, on le sait, est d'une prodigieuse rareté. Cependant — et ce sont mes clients qui ont fait mon éducation sur ce point — il peut résulter d'une excitation déterminée in situ par la bouche féminine. On voit parfois des succions prolongées sur le sein avoir pour résultat l'explosion au pourtour du mamelon d'un bouquet d'herpès confluent, et d'un herpès à grosses vésicules, je dirai même, pour certains cas, à véritables bulles. De cela j'ai déjà eu la preuve plusieurs fois, entre autres dans le cas suivant.

A la suite d'une excitation de ce genre, laquelle, paraît-il, « n'avait pas duré moins d'un quart d'heure », un vieux monsieur (toujours un vieux monsieur, notez ce point) vint me trouver avec un énorme bouquet d'herpès qui couvrait toute une région mammaire. Il y avait là environ une quinzaine de grosses vésicules, d'un volume variable entre une tête d'épingle et un petit pois, turgescentes, tendues, gorgées d'une sérosité transparente. Quatre de ces lésions représentaient de véri-

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tables bulles, comparables à de belles noisettes. Inutile de dire si le patient était épouvanté d'une telle lésion; aussi bien s'empressa-t-il de me raconter dans les moindres détails la particularité étiologique à laquelle, non sans raison, il croyait devoir la rapporter. Or, de deux choses l'une, en pareil cas : Ou bien le malade vient se présenter au médecin alors que l'éruption herpétique bat son plein, c'esl-adire se trouve en pleine efflorescence vésiculeuse ou huileuse; — et, alors, nul embarras; le diagnostic se trouve écrit sur la peau, l'herpès est formel.

Ou bien le malade n'arrive que plus tard, à une époque où les vésicules crevées ont dégénéré en incrustations cutanées. Or, des croûtelles, des croûtes de ce siège, succédant à des lésions aussi larges que celles dont je viens de parler, peuvent facilement en imposer pour des chancres croùteux. Cela n'est pas une supposition, car j'ai vu cette erreur faite dans un cas de cet ordre, où vraiment il y avait plus que matière à hésitation.

En général, toutefois, le diagnostic sera facilement établi sur les données suivantes : d'abord, de par le bouquet herpétique, composé de lésions multiples, trop multiples pour ne pas exclure la possibilité de lésions chancreuses; — puis, de par l'absence d'induration; — et, enfin, de par l'absence d'adénopathie axillaire. — Ajoutons aussi que la poussée d'herpès suit à brèvç échéance (quelques jours en moyenne) l'excitation mammaire, tandis que le chancre ne se produit jamais qu'après une incubation de quelques semaines.

ÉTIOLOGIi:.

If. — Chancre mammaire chez la femme.

Chez la femme, le chancre mammaire s'observe dans deux conditions très différentes, à savoir : au cours de l'allaitement, et en dehors de l'allaitement.

Ces deux ordres de cas sont extrêmement inégaux comme fréquence. Le chancre mammaire est rare en dehors de l'allaitement. Il est commun, au contraire, extrêmement commun comme conséquence de l'allaitement. Faut-il parler en chiffres, pour mieux préciser? Je trouve dans mes statistiques la proportion suivante : un cas de chancre mammaire développé en dehors de l'allaitement contre quinze cas de chancre mammaire sur des femmes qui nourrissaient.

Étiologie. — I. L'étiologie du chancre mammaire, chez la femme qui ne nourrit pas, se réduit presque à une cause unique : contagion portée au sein par la bouche de l'homme. C'est là ce que Ricord appelait plaisamment « la contagion par nourrisson adulte ».

Quelques exemples :

Nous avons eu ici, il y a quelques années, une toute jeune fille, âgée de i6 à 17 ans, qui présentait un chancre typique, situé en dehors de l'aréole, chancre qui a été suivi de la poussée secondaire classique. Or, cette malade, qui était vierge, disait tenir et ne pouvoir tenir la contagion que de a son prétendu, qui, une seule fois, lui avait embrassé le sein ». Ledit prétendu fut examiné par nous et trouvé en pleine évolution de s\-

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philis secondaire, avec de nombreuses plaques muqueuses labiales, linguales el amygdaliennes.

Aulre cas, dans lequel j'ai pu de même instituer une confrontation démonstrative. — Un jeune homme du grand monde, que je traitais pour des plaques muqueuses buccales incessamment récidivantes (entretenues qu'elles étaient par un abus formidable de la cigarette), a l'imprudence de courtiser une jolie veuve, de ses parentes. Se sachant contagieux, il croit suspendre à temps ses entreprises amoureuses après avoir embrassé les seins de sa parente au sortir d'un bal. Résultat : six semaines plus tard, il m'amène cette jeune femme, sur laquelle je découvre quatre chancres mammaires, deux sur chaque sein, et tous situés au pied du mamelon, c'est-à-dire sur le sillon virtuel qui sépare le mamelon de l'aréole.

Ce fut de même par l'intermédiaire du baiser qu'une malade de nos salles reçut de son amant (qui était syphilitique) i° un chancre delà lèvre inférieure, et 2° un chancre du sein gauche.

Il va sans dire que la morsure peut faire ce que fait le baiser. Mon distingué collègue et ami le Dr Balzer a relaté l'observation d'un chancre induré mammaire consécutif à la morsure d'un sujet aflècté de syphilis.

Tel serait l'unique mode de contamination mammaire en dehors de l'allaitement, si je n'avais à citer ici une turpitude, relative à la contagion possible du sein par les organes génitaux.

Ricord a relaté un cas de cet ordre. J'en ai observé un tout semblable sur une prostituée qui, affectée d'un chancre du globe mammaire, ne faisait aucune difficulté pour avouer qu'elle avail dû vraisemblablement être contaminée par un contact inlermammaire.

ÉTIOLOGIE. 33^

[I. — Chez les femmes qui allaitent, le chancre mammaire dérive : ou bien de l'allaitement lai-même, c'esl-à-dire d'une contamination transmise par un enfant syphilitique; — ou bien de diverses pratiques afférentes à l'allaitement.

1° Parlons d'abord des contaminations dérivant de l'allaitement.

L'infection des nourrices par les enfants syphilitiques est un fait d'observation si fréquent et si manifeste qu'il ne pouvait manquer de frapper les cliniciens non aveuglés par des préoccupations doctrinales. Aussi ce fait a-t-il été signalé presque dès les premiers temps du Mal français. Dès i4°»7> Par exemple, Gaspard Torrella écrivait ceci, en propres termes : « ... Sœpius vidi infantem infectum hoc morbo multas nutrices infe cisse »\ De même, en i554, Amatus Lusitanus produisait une curieuse histoire de ce qu'on eût appelé de nos jours une vérole à ricochets, issue d'un enfant syphilitique, histoire se résumant en ceci : Une femme syphilitique met au monde un enfant syphilitique, lequel transmet la syphilis à sa nourrice; — celle-ci la transmet à son mari; — puis, elle la transmet encore à deux autres enfants; — puis, chacun de ces enfants infecte sa mère, etc.

Ici encore doit trouver place la fameuse observation d'A. Paré, tant de fois et si justement citée. Une nourrice syphilitique arrive dans une maison, où naturellement elle infecte l'enfant qu'on lui confie. Celui-ci, qui tétait également sa mère, infecte sa mère, laquelle à son tour « baille » le mal à son mari, lequel le « baille » à ses deux autres petits enfants qu'il faisait ordinairement

I. Gasparis Torrcllrc, De do/orein Piidendajrd Dialogus. — Aphrodhtaciis, p. 5o4.

FoiJRNlER. — Chancres cxtra-génit. il

CUAKCRES DU SlilN.

boire et manger, voire coucher avec lui. Paré est mandé pour soigner toute celte maisonnée. « Lors, dit-il, déclaray au père et mère qu'ils estoyent tous entachés de la vérolle, ce qui estoit provenu par la nourrice; lesquels j'ay traicté, et furent tous guaris, reste le petit enfant qui mourut; et la nourrice eut le fouet sous la custode, et l'eust eu par les quarrefours, n'eust esté la crainte de déshonnorer la maison1 ».

Que de victimes, depuis quatre siècles, a dû faire de la sorte l'allaitement!

Et, en effet, l'allaitement est pour la femme une source active et puissante de contamination syphilitique. Cela pour des raisons multiples et diverses : parce que, d'abord, la syphilis infantile est fréquente, bien plus fréquente certes qu'on ne le croit généralement, et parce qu'on ne s'en défie pas comme il conviendrait de s'en défier; — en second lieu, parce que cette syphilis infantile compte au nombre de ses manifestations les plus communes et presque essentielles le jetage nasal et les ulcérations de la bouche, deux ordres d'accidents des plus contagieux ; — parce qu'enfin la contagion trouve en l'espèce, pour s'exercer, tout un ensemble de conditions éminemment favorables, à savoir : contact répété et prolongé des lèvres de l'enfant avec le sein; humeclation des parties par la salive; structure érectile et délicate du mamelon; prédisposition de cet organe aux fissures, aux excoriations, aux gerçures, toutes portes d'entrée ouvertes au contage, etc. A tel point que les risques d'inoculation sont certes bien mieux réalisés par l'allaitement que par le coït, pris comme terme de comparaison. On échappe fréquem-

I. Dix luuflesme livre, traictant de la grosse Vcrollc, ch. II*

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ment, comme le démontre l'expérience, à la contagion du commerce sexuel; je n'ai vu que bien peu de nour rices échapper à l'infection après avoir allaité un certain temps un nourrisson syphilitique.

Aussi rencontre-t-on en pratique quantité de femme infectées par le fait de l'allaitement. Et c'est pitié, véritablement, que de voir tant de malheureuses nourrices contracter une détestable maladie dans l'exercice de la plus honnête et la plus utile des fonctions, dans une fonction de maternité ! — Mais poursuivons.

Quelle est, pour les nourrices, l'origine de cette contamination mammaire?

Réponse précise, déduite d'innombrables observations : La syphilis mammaire des nourrices procède — mais avec une énorme inégalité de fréquence relative — soit de Xcnfant hére'do-syphilitique, soit de Y enfant à syphilis acquise après la naissance.

Pour l'énorme majorité des cas, elle procède d'enfants nés avec la syphilis et tenant cette syphilis de leurs ascendants (père et mère syphilitiques, père ou mère syphilitique).

Pour un très petit nombre de cas, au contraire, elle est le résultat d'une syphilis acquise par l'enfant, syphilis dérivant, par exemple, d'une contamination par l'allaitement, ou par le vaccin, ou par une cause accidentelle quelconque.

Et cette inégalité de fréquence n'a rien que de très naturel. Car, forcément, la syphilis acquise n'est qu'une éventualité d'exception pour l'enfant, tandis que la syphilis héréditaire est des plus communes.

Corollaire : De quel ordre d'accidents dérivent les

ciianchks DU SEIN.

contaminations mammaires des nourrices? — Pour l'énorme majorité des cas, d'accidents de forme secondaire (plaques muqueuses buccales, sécrétions nasales, etc.); — pour quelques cas seulement, du chancre, c'est-à-dire de l'accident initial inaugurant chez l'enfant une syphilis acquise.

Donc, pour les nourrices, le danger vrai, le danger par excellence, c est ïhèrédo-syphilis.

C'est de l'hérédo-syphilis que dérivent les contaminations de nourrices qui sont si prodigieusement communes et dont nous avons ici en permanence de si lamentables exemples.

C'est l'hérédo-syphilis qui, en particulier, constitue un fléau pour ces malheureuses nourrices auxquelles l'Administration de l'Assistance publique est forcée de confier les enfants abandonnés dont la protection lui incombe et dont elle a charge vis-à-vis de la société. Or, on a tout fait, certes, on s'est ingénié de toutes façons en vue de conjurer les dangers qui menacent ces nourrices de la part d'enfants à père et mère inconnus. A Paris, nos collègues examinent soigneusement ces enfants, les mettent en observation un certain temps, établissent entre eux une sélection scrupuleuse, et retiennent à l'hôpital non pas seulement les « malades » avérés, mais les « suspects » (c'est-a-dire ceux qui donnent lieu à la moindre suspicion de syphilis), qu'ils font nourrir ou par des ânesses ou par le biberon au lait stérilisé. Les « valides », les « non suspects » seuls sont envoyés en province pour être allaités au sein. De plus, en province, ces enfants sont soumis à une nouvelle cl assidue surveillance de la part de médecins choisis et délégués ad hoc. Eh

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