ÉTIOLOGJE. DÉGORGEMENT DES SEINS
bien, en dépit de tout cela, en dépit de toutes ces précautions accumulées, des hérédo-syphilitiques parviennent encore à échapper, à passer (si je puis ainsi dire) à travers les mailles de tous ces filets de surveillance, et à contaminer les nourrices auxquelles ils sont confiés. Si bien (c'est à n'y pas croire, mais je parle chiffres en mains, je parle avec des chiffres officiels), si bien qu'en cinq ans et quelques mois cent trente-six de ces enfants expédiés en province après examen (notez bien cela, Messieurs, après examen) ont été reconnus syphilitiques et ont contaminé quatre-vingt-six nourrices! Oui, quatre-vingt-six nourrices, à ne parler même que de celles dont l'infection a été constatée officiellement, de par les trop justes revendications qu'elles ont exercées contre l'Assistance publique.
2° D'autres fois — mais avec une fréquence qui n'a plus rien de comparable à celle des cas précédents — la contagion mammaire a dérivé de pratiques diverses afférentes à l'allaitement, à savoir : soit du dégorgement des seins par succion, soit du « façonnement des bouts de sein ».
Quelques mots à ce double propos:
i. — Une pratique très répandue dans le monde des nourrices consiste dans le dégorgement du sein par la bouche d'un adulte, alors que, pour une raison ou pour une autre, le sein vient à être distendu par un excès de lait. Une nourrice a-t-elle un enfant qui tette d'une façon insuffisante, ou vient-elle à perdre son nourrisson, ou bien même croit-elle à tort ou à raison avoir « trop de lait », elle ne manque guère, si elle n'a pas un autre enfant sous la main, d'avoir recours « pour se débarrasser » à la bouche d'une amie, d'une
CHANCRES DU SEIN
camarade, d'une voisine, voire d'un homme quelquelois. Or, si la bouche qui pratique la succion est contaminée, inutile de dire ce qui ne manque guère d'arriver.
Exemple : Une de nos malades actuelles, qui était nourrice, avait un nourrisson qui « tétait mal ». Un jour, ayant les seins gonflés, elle se fit téter par une femme de ses amies, laquelle, affectée à ce moment de plaques muqueuses labiales, la contagionna naturellement au sein.
11. — C'est exactement le même mode de contagion qui s'exerce dans la pratique dite « façonnement du bout de sein ».
Nombre de femmes qui ont le bout du sein mal formé ou non formé, voire certaines femmes qui s'imaginent l'avoir tel, se prêtent, avant l'accouchement ou peu après, à des manœuvres de succion ayant pour visée de rendre le mamelon apte à l'allaitement. Que l'opérateur ait quelque lésion contagieuse à la bouche, vous préjugez le résultat.
C'est ainsi qu'a été infectée l'une de nos malades actuelles, jeune villageoise qui, peu de temps avant ses couches, se désolait « de n'avoir pas de bouts de sein » pour nourrir son enfant. Voyant son chagrin, son beau-père lui proposa de lui « faire ses bouts de sein, comme il les avait faits autrefois à sa femme ». Malheureusement, cet homme, qui venait de contracter la syphilis, portait des plaques muqueuses a la bouche. Il contamina sa belle-fille aux deux seins.
M. le Dr Feulard vient de relater récemment un fait calqué sur celui-ci. Il s'agit de même, dans le cas de notre confrère et ami, d'un beau-père qui, voulant façonner les seins de sa bru, lui inocula, de par des