Chancres mous du tronc et de l'abdomen
Les chancres mous du tronc e& de l’abdomen sont parmi les plus rares, des chancres mous extra-génitaux.
Ce sont en général des chancres secondaires, c’est-à-dire qui coïncident avec des ulcérations chancrelleuses génitales.
Nous n’avons pu recueillir qu’un cas de chancre primitif siégeant à la partie supérieure du pubis. Bien que faisant plutôt partie d’un siège péri-génital, qu’extra-génital, nous publierons tout de même ce cas, étant donné son extrême rareté.
Des quelques observations que nous avons pu étudier, rien de bien particulier ne peut être relevé, en ce qui concerne les signes : En effet ce sont ceux des chancres mous en général.
Toutefois, il ressort de ces quelques cas, que les ulcérations ont une tendance à occuper des dimensions beaucoup plus considérables que n’en présentent celles des charcres génitaux,
Evidemment nous ne saurions généraliser, en présence d’un aussi petit nombre d'observations, d'autant plus que lon est en droit de penser, que cela est peut-être le résultat d’une thérapeutique mal appropriée. On n’observe pas, en général, d’adénopathies.
Les bubons, consécutifs aux chancres du tronc, n’existent vraisemblablement pas. Nous basons cette affirmation non pas sur les observations qui sont rares, mais sur une méthode tombée dans l’oubli, et qui a pourtant joui d’une certaine vogue vers 1850.
C’est la théorie de la syphilisation d’Auzias-Turenne
Ce médecin inoculait et réinoculait au malade, des chancres qu'il croyait syphilitiques, jusqu'à ce que cette inoculation ne donne plus qu’un résultat négatif. Il considérait alors le sujet comme n'étant plus apte à subir l’évolution syphilitique, par suite d’une sorte de saturation. En réalité, il inoculait des chancres simples. C’est un convaincu qui essaya sa méthode sur lui-même. On put constater lors de son autopsie, de très nombreuses cicatrices sur la partie antérieure de la poitrine, sur la partie latérale gauche du thorax. On n’a pas constaté de cicatrices de bubons.
Cette doctrine eut des adeptes, notamment Spérino en Italie, et Bocek de Christiania. La durée de la cure, d’après les observations de Bocek, variait entre cinq et huit mois. Le nombre des chancres inoculés au malade durant cette période était de 350 à 700. La région d’élection était surtout la partie latérale du thorax et de l'abdomen. Malgré le chiffre incalculable d’inoculations ainsi faites, il n’est pas mentionné de bubons venant compliquer cette pratique.
On ne doit donc rejeter par crainte de cette complication la pratique de l’auos-inoculation parfois si utile au point de vue diagnostique.
OBSERVATIONS
Observation I
Chancres de l’épaule (Puche : Union Médicale, 1853.)
M..., âgé de 19 ans, menuisier, est admis dans mon service le 13 avril 1840.
I! était affecté de Lrois chancres, qui avaient pour siège le frein, le gland, et l’impasse du prépuce. L'invasion de ces chancres remontait à 68 jours, incubation comprise. Sur l'épaule gauche de ce malade, presque au centre de l’omoplate, existait une ulcération ayant la forme d’un ecthyma; elle était large comme une pièce de 0 fr. 50 et datait de douze jours.
M... qui en était à sa première affection vénérienne, ne pouvait assigner aucune cause déterminante à cette lésion. Le 14 avril les chancres sont pansés avec de la charpie sèche, la propreté des parties malades entretenue par des lotions d’eau chlorurée. Pour traitement interne je prescris 25 gr. de solution chloro-mercurique, à prendre tous les matins. Le même jour, le pus sécrété par l’ulcère de l'épaule est inoculé à la cuisse droite. La piqûre s’enflamme, détermine une large pustule, qui bientôt s’ulcère ct prend la forme ecthymateuse. Le 25, le frottement des vêtements irritant les plaies de l’épaule et de la cuisse, je les fais recouvrir avec une bande de sparadrap de Vigo au mercure.
Le 20 mai les ulcérations artificielles qui sont devenues proéminentes passent à la période de réparation. Une adénite, peu volumineuse, se développe dans la région inguinale gauche. Malgré le repos au lit et les cataplasmes, elle marche rapidement vers la suppuration.
Le 26 l'épaule et la cuisse sont guéries.
Le 19 juin, M... part complètement guéri.
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Observation II
Chancre du tronc.
(Roussaia Medicina Isalschik, 1894, n 31.)
Malade de 26 ans, vient à la consultation pour douleurs du côté gauche du thorax.
A l'examen on constate, à la partie inférieure de la moitié gauche, un ulcère mesurant 8 cm. de largeur sur 4 cm. de hauteur, à bords décollés, entourés d’une zone inflammatoire.
Quelques ulcérations sur la verge au voisinage du gland.
Les ulcérations du gland se sont montrées trois jours après un coït et datent de 15 jours.
Quatre jours après l'apparition des premières ulcérations, survint l’ulcère de la paroi thoracique, dû probablement au transport du virus chancreux, par le malade lui-même; mais il ne peut donner aucune explication complémentaire, e£ ne sait comment l'infection s’est produite.
Observation assez incomplète. Gependant Isatschik conclut formellement à l'existence d’une chancrelle thoracique.
| Observation III
Chancres du tronc el du mamelon
(Pospelow, in Atlas inlernalional des maladies de la peau, 1889.)
M. P.., 25 ans, domestique, mariée, malade depuis six semaines, entre le 10 janvier 1884 à l'hôpital Mjasmitzki.
A la face interne de la petite lèvre droite, et aussi au niveau de l’orifice de l’urèthre, et au niveau de la fourchette, se trouvent des ulcérations à bords rougis, décollés, assez profondément creusés et à fond recouvert d’une matière gangréneuse et grisâtre. Le resté du tégument externe, et des muqueuses, ne présente rien d’anormal.
Les ganglions lymphatiques du côté gauche sont augmentés de volume, cependant ils sont indolents à la pression.
Les autres ganglions sont normaux. On prescrit une pommade à l'acide carbonique et à l’axonge. Au bout d’une semaine, les ulcérations se sont détergées et ont commencé à Se cicatriser.
La cicatrisaton est terminée le 27 Janvier.
Mais le 29 janvier apparait sur le mamelon droit, une ulcération chancrelleuse semi-lunaire. Acide carbonique. L’ulcération du mamelon augmente alors que celles des organes génitaux guérissent : e9 janvier.
Vers le 17 février, après une augmentation progressive, lulcération du mamelon commence à se déterger. Il se produit une suppuration autour d’une escharre produite par une cautérisation provocatrice.
Gonflement notable autour de celle-ci.
Le 27 février l’ulcération du mamelon se cicatrise.
Le 1e mars, se produit un gonflement au niveau de la partie postérieure du pharynx, résistant, indolent, à peine fluctuant.
Le 3 mars, fluctuation nette; température 370 3.
On prescrit tous Les jours 1 g. d'I K.
Le 13 mars le gonflement diminue.
On pourrait confondre avec une ulcération gommeuse. La lésion pharyngée de nature douteuse plaiderait en ce sens. Cependant, les signes observés et le manque total de syphilis dans l’anamnèse
plaident en faveur du chancre mou.
Observation IV
Chancre mou géant de la paroi abdominale et de laine. (Ravaut-Celice-Vibert, Bullelin de Dermalo, 1927.)
R... E. âgé de 37 ans, nous est adressé le 26 janvier 1927 pour une ulcération géante de la région inguino-crurale droite, dont le début remonte à 19 mois.
Le 7 juillet 1925, présence au niveau de la région inguinale droite, d’une mässe ganglionnaire peu douloureuse, qui serait passée inaperçue, n’était l'existence d’une petite ulcération banale sur la verge, apparue 3 semaines avant.
On fait alors le diagnostic de hernie ancienne, et le port d’un bandage exagère la tuméfaction qui devient douloureuse.
Une première réaction de B. W. est ncgative.
Trois semaines après, la masse grossit, devient violacée, grosse
comme un poing #t l’incision laisse coulér un liquide sanglant. Les
ÉATRRE
jours suivants Ja fistule s’élargit, la suppuration commence. On la traite par un vaccin, puis par une pommade au collargol, sans résultats. En mars 1926, la plaie a les dimensuons de la paume de la main. Dans les mois qui suivent, traitement par curettage; poudres; pommades; vaccins divers. Six séances de rayons ultra-violets n’ont donné aucun résultat. L'extension périphérique continue.
En août 1926, hospitalisation deux mois, à lhôpital Péan : pansements à linnotyol; synthol dilué; oxyde de zinc. Pas de changement.
La suppuration est profuse, d'octobre à janvier 1927. Les douleurs sont devenues très vives, gênant la marche et déterminant l’insomnie.
Dans les 17 mois précédents, les B. W. se sont montrés négatifs. Cependant, en décembre 1926, il reçoit quatre injections intra-veineuses de 12, 14,36,48 centigrammes de sulfarsenol. En janvier 1927, il entre à lhôpital St-Louis. On constate une ulcération géante, oblongue de la surface des deux mains juxtaposées, à grand diamètre suivant l’arcade crurale droite. Cette plaie est occupée, à sa partie centrale par une bande large de deux doigts de tissu épidermique cicatriciel répondant à la zone ganglionnaire primitivement atteinte. Le reste de la plaie est occupé par des bourgeons d’où sort une suppuration abondante et fétide.
L’ulcération est douloureuse spontanément et au moindre attouchement.
Pas de stigmates de syphilis; pas d’antécédents. Pas de bacilles de Ducrey; pas de tréponèmes. Une biopsie montre des lésions d’inflammation chronique. Une intradermo-réaction au Dmelcos donne le lendemain un nodule dur et douloureux.
Au bout de huit jours la pression fait sourdre un pus dans lequel on ne décèle aucun bacille.
Une deuxième intra-dermo-réaction, le 18 février, donne lieu aux mêmes réactions érythémato-nodulaires. Un repiquage fait le 28 avec du pus de la plaie, détermine, en 48 h. un chancre mou typique.
Les résultats positifs de l’intra-dermo et du chancre de repiquage
font poser le diagnostic de chancre mou géant. On pratique alors
un traitement au Dmelcos : l’ulcération se cicatrise, les douleurs disparaissent, le malade peut marcher.
Par contre l’évolution du chancre de repiquage est toute différente. Réalisée le 28 janvier, il est typique en 48 h. Le traitement est commencé le 2 février. Après la première injection, apparition d’une croûte, qui tombe au bout de trois jours laissant une ulcération profonde à bords taillés à pic. On doit le cautériser le 23 février et le panser à l’iodoforme.
Cette observation montre
19 Chancre géant non diagnostiqué pendant 19 mois.
2° Identification par repiquage alors que la recherche du bacille s’est montrée négative ;
30 Le succès de Dmelcos : l’insuccès pour le chancre de repiquage.
Observation V.
Chancre mou phagédénique de la paroi abdominale, qualifié de lymphogranulomalose datant de 27 mois.
(G. Milian et Lenormand, Bulletin de dermalologie, février 1927).
Malade âgé de 48 ans, entré salle St-Louis pour une vaste ulcération de la paroi abdominale.
En novembre 1924, ce malade est hospitalisé pour chancre mou et bubon fistulisé. On incise l’abcès ganglionnaire et malgré les divers traitements locaux la cicatrisation ne se produit pas. Le malade a contracté à l’âge de 20 ans, la syphilis, le B. W. dans le liquide céphalo-rachidien est positif. Deux séries de 10 piqûres de Quimbry n’amènent aucune amélioration.
En mars 1925, on enlève la masse ganglionnaire inguinale. Quelques jours après, la plaie s'ouvre et s’ensemence sur la paroi abdominale.
Thérapeutique par les ultra-violets qui se montre inefficace. En août 1925, le malade est envoyé à Berck avec le diagnostic de lymphogranulomatose.
Ni la cure marine ni le curettage des ulcérations n'auront d’action appréciable.
Seules les trois séries de 914 sembleront apporter quelque amélioration à l’état local.
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Le 17 janvier le malade est envoyé de Berck avec le diagnostic de lympho-granulomatose et en nous demandant d'instaurer un traitement radium-thérapique. On constate dans les régions inguinale et sus-pubienne, une cicatrice opératoire irrégulière, adhérente aux plans musculaires.
Au-dessous, et à gauche de lombilic dans une large zone infiltrée recouverte d'une peau rouge, violacée, se creuse une ulcération de la dimension d’une petite paume de main el profonde en certains points de un centimètre, l’ulcération irrégulière vaguement polycyclique, à bords décollés et friables, à fond irrégulier, recouvert de pus et de sérosilés. Au-dessus du pubis, il y a une ulcération plus petite. A la verge, on trouve près du frein, une petite cicatrice.
L’auto-inoculation est positive : on y trouve du B. de Ducrey; il est rare dans la sérosité de l’ulcération abdominale.
Le B. W. est en ce moment négatif : on fait tout de même du cyanure de mercure.
Cette médication associée aux pansements humides va amener une cicatrisation rapide de l’ulcération abdominale.
Le 8 février la guérison est presque complète.
De cette observation, on peut comme conclusion, dire que le chancre mou ne devait pas exister à l’état pur, et qu'il y a possibilité d'association syphilitique.
Observation VI
Double chancrelle du pubis avec bubon sans lésion des organes génilaux (Bullelin de dermatologie, décembre 1920, Gatè et Giraud).
Il s’agit d’un malade qui est entré dans le service de syphiligraphie, pour deux ulcérations siégeant à la partie la plus élevée du pubis. Les bacilles de Ducrey s’y rencontrent en grand nombre et l’intradermo-réaction au Dmelcos est fortement positive.
En outre le malade présente un bubon droit. L'examen ne montre aucun autre chancre de la région génitale ni anale.
Comme nous Pavons fait remarquer précédemment, l'intérêt de cette observation réside dans la situation peu fréquente de ces chancrelles, avec intégrité de la zone génitale,
De 4. Chancres mous du membre inférieur.
Les chancres mousŸdu membre inférieur, quoique rares, sont malgré tout beaucoup plus fréquents que ceux du tronc. Comme le fait justement remarquer Chatin dans sa thèse, cela est dû au voisinage que présentent les parties supérieures des cuisses, avec la verge et le scrotum.
Ce sont presque toujours des chancres d’inoculation soit par les vêtements, les objets de pansements, soit par la verge couronnée de chancres.
Les mains jouent ici un rôle capital au point de vue de la contamination : dans une observation de Fournier, nous voyons un malade contracter un vaste chancre du mollet en grattant avec ses mains souillées de pus, une petite égratignure qui s’y trouvait.
Le diagnostic est généralement facile, étant donné la coexistence des chancres génitaux qui est généralement la règle.
On observe ici, les mêmes facteurs de gravité que dans les autres régions, en particulier l’état de moindre résistance de l’organisme.
I] nous faut noter la tendance aux phagédénisme des chancres mous du membre inférieur.
Les complications lymphatiques sont excessivement rares.
OBSERVATIONS
Observation I Chancre de la malléole (Sorel, Arch. médic. de Toulouse, 1897).
Chancre simple du prépuce chez un homme de 26 ans, remontant à 25 jours; quelques jours après le début de ce chancre est apparue au-dessus de la malléole externe droite, une rougeur avec une tuméfaction d’origine indéterminée, sur laquelle se produisit peu après une ulcération recouverte de croûtes. À l’entrée, cette ulcération longue de 25 millimètres et large de 10 millimètres avait des bords déchiquetés, taillés à pic, non décollés, un fond grisâtre, recouvert d’un exsudat purulent; l’inoculation donna des pustules caracté-
ristiques dans l’exsudat desquels on trouva du Ducrey.
Observation II
Chancre mou phagédénique du mollel (Fournier et Lœper, Annales, 1898).
Malade qui entre dans le service du professeur Fournier pour une ulcération de la face postérieure de la jambe droite ayant tous les caractères d’une lésion syphilitique tertiaire. Les Iymphatiques de la partie interne de la jambe n'étaient pas engorgés et les ganglions de laine, répondant aux vaisseaux du membre inférieur, n'étaient point perceptibles.
Le malade affirmait n'avoir jamais eu de chancre induré et ne présentait aucune tare de syphilis héréditaire, mais il était porteur depuis deux mois, au niveau du limbe préputial, d’une couronne de chancres mous typiques. La lésion de la jambe avait suivi de 15 jours environ, celle de la verge, et qu'il s'était sans doute inoculé le pus chancreux au niveau d’une petite érosion, soit par grat-
tage. soit par frottement de son pantalon souillé, Îl s’aperçut, en effet,
mr
qu'une petite écorchure prurigineuse qu’il portait à la jambe, avait un jour complètement changé de forme et d’aspect, qu’elle était devenue cratériforme, jaunâtre, puis avait atteint en deux semaines les dimensions qu’elle présente actuellement.
Les produits de raclage de l’ulcère furent colorés et montrèrent la présence des bacilles de Ducrey. On n’osa tenter l’inoculation au bras, vu le phagédénisme de l’ulcération.
Observation III
Chancres mous de la jambe (Vedel et Baumel, Montpellier médical, 1912).
Cultivateur de 38 ans entre à l’hôpital le 4 septembre 1912, porteur d’un chancre mou au niveau du frein et de trois ulcérations au niveau de la face antéro-interne de la jamabe droite.
La lésion du frein remontait à un mois et demi et avait été constatée cinq jours après le coït; tandis que les ulcérations de la jambe dataient de 28 jours et s'étaient montrées peu à peu simultanément, 48 heures après un double traumatisme.
Au niveau du frein, on se trouvait en présence d’un chancre mou qui commençait à se cicatriser, mais qui avait encore conservé tous ses caractères essentiels. Au niveau de la jambe, s’étageaient trois ulcérations nettement arrondies, du volume d’une pièce de 2 francs, taillées à l’'emporte-pièce avec des bords décollés et légèrement surélevés sur une cavité à fond anfractueux baigné de pus roussâtre. Ces ulcérations s'étaient constituées progressivement en profondeur et en surface, ne manifestaient aucune tendance cicatricielle et se montraient douloureuses à l'exploration. L'interrogatoire apprend que cet homme
19 avait fait une chute sur le genou droit ayant déterminé une érosion de la peau.
290 avait reçu sur la face antéro-interne de la jambe du même côté, une motte de terre ayant entrainé à son tour deux petites érosions.
Or c’est exactement au niveau de chacune de ces érosions que s’était développé un même processus d’inflammation ulcéro-nécratique.
rs
On eut la pensée que cet homme, soignant à la fois son chancre mou de la verge et ses plaies de jambes, avait dû inoculer ces dernières avec du bacille de Ducrev. Ce dernier ne put être décelé dans le pus d’une des ulcérations de la jambe. Le pus prélevé sur ces mêmes ulcérations et inoculé à la base du thorax du côté droit se développa un chancre d’inoculation Eypique.
Le chancre de la verge guérit par un traitement local. Les chancres de la jambe sont cautérisés le 14 el 17 septembre au thermocautère e& quand le malade sort ie 29 septembre, il ne persiste plus que deux érosions superficielles de l’étendue d’une pièce de 50 cm. en voie d’épidermisation. B. W. négatif.
Un fait à retenir : on n’a pas noté de retentissement ganglionnaire sur les ganglions de l’aine, et d’autre part, le chancre d’inoculation expérunentale sus-mammaire n’a donné lieu qu'à une insignifianté
réaction ganglionnaire à laisselle Observation {IV Chancre du mollel (Vedel et Baumel, Montpellier Médical, 1912).
C. Joseph, 25 ans, entre à l’hôpital le 30 juin 1919, porteur de quatre chancres de la verge, ayant débuté successivement le 25 mars, b à 6 jours après le coït. Il n'existait aucun stigmate de syphilis chez cet homme qui s’observait de près, inquiet de la longueur peu habituelle de son affection, sans cessèr de mener du reste, une vie fort agitée et de fumer beaucoup. À notre examen, les chancres déjà anciens de la verge avaient perdu les caractères essentiels de la chancrelle, mais il n’existait ni induration, ni adénopathie inguinale de caractère spécifique. D'autre part, on trouvait au niveau du mollet droit, un chancre de la dimension de 1 fr. qui présentait tous les caractères chancrelleux et ce chancre s'était développé il ÿ a un mois environ à la suite d’une piqüre d’insecte à une époque où la suppuration des chancres multiples de la verge battait son plein.
Traitement iodoformé et thermocautère.
he Observation V
Chancre mou géant de la cuisse trailé avec succès par un aulo-vacein à anligène non spécifique
Maurisson et Jausion, Maroc Médical, 1922.
Arabe qui vit débuter son affection il y à 17 mois : il apparut alors à la face antéro-interne de la cuisse gauche, une ulcération chancriforme, à bords décollés qui prit une rapide extension, en dépit des traitements pratiqués.
60 injections de biiodure de mercure, et 15 intra veineuses de néosalvarsan constituèrent le fond de la thérapeutique causale cependant que localement divers antiseptiques ne mettaient aucune entrave au développement de l’ulcère.
Evacué à l’hôpital de Fez, on constate à l’arrivée : une vaste ulcération de 15 cm. de diamètre à bords festonnés, décollés, fond sanieux et grisâtre.
La réaction de B. W. fut négative.
Tous les essais de cultures furent vains; la recherche directe du tréponème resta sans succès,
Toutefois un ncuveau traitement de contrôle au novarsénobenzol et au brodure fut provisoirement établi. Même insuccès que ses devanciers. En présence de tous ces échecs thérapeutiques, l'hypothèse fut émise d’un ulcère phagédénique des pays chauds.
L'action de l'air chaud semble entraîner un léger processus eicatriciel, mais il fut de courte durée.
On pratique alors au thermocautère, l’excision large de toute la bordure de la plaie. La ponction profonde à la pipette des tissus excisés fut le point de départ d’une série d’ensemencements sur les milieux les plus divers.
On ne put obtenir qu'une seule souche qui fut identifiée, Golibacille typique.
Un auto-vaccin iodé, dosé à 500 millions de germes fut injecté au malade, cependant que la plaie subissail un traitement local à l’'ambrine. Une amélioration manifeste se produisit alors. La menace d’une tendance légère à la récidive fit abandonner l’ambrine pour
l'irrigation locale au Dakin.
Dubroca.
La vaccinothérapie fut intensifiée.
A partir de ce moment le processus cicatriciel s'établit très fran-
chement.
Chancres mous de la jambe.
Riou (Bullelin dela Sociélé de palh. exotique, 1933).
Observation VII
Femme sérère présentant depuis deux mois un ulcère de la jambe gauche en arrière à l’union des tiers moyen el inférieur.
C'est un ulcère de forme ovoiïde de 5 cm. sur 3 cm., d'apparence banale, à fond régulier, purulent, à bords bien limités mais non décollés; peu de douleur à la palpation, sans réaction ganglionnaire. Cette femme n'avait aucune lésion génitale au moment de l’examen eb il a été impossible de lui faire préciser si elle en avait présenté antérieurement.
L'examen du pus montre de nombreux bacilles de Ducrey.
L'intra dermo-réaction au Dmelcos a été positive.
Observation VIII
Jeune homme de 20 ans, race Mandiago, a contracté 1l y a deux mois un chancre mou du gland avec bubon suppuré et chancrellisé. Un ulcère arrondi de la dimension d’une pièce de 5 fr., à bords réguliers mais taillés à pic, décollés, à fond sale, avec douleur vive à la pression, siégeant sur face interne du genou droit. Un autre ulcère à peu près semblable mais plus petit (pièce de 1 fr.) était situé un peu plus bas en arrière sur le mollet. Ces deux lésions avaient débuté avec l’apparence de furoncles 25 à 40 jours après l’apparition du chancre,
La recherche du B. de Ducrey; Pauto-inoculation; l’intra dermo-
réaction ont été positives.
af Re Observation IX Phagédénisme chancrelleu de la cuisse.
Touraine, Lortat-Tacob, (Bullelin de Dermalo, 1932).
L... âgé de 45 ans, entre le 28 octobre 1932, pour ulcération de la cuisse- gauche, traitée depuis deux ans sans résultat.
La maladie à débuté, vers le 10 février 1930, par une adénite inguinale gauche douloureuse, survenue peu après une ulcération de la verge qui s’est cicatrisée spontanément en une dizaine de jours. L'adénite s’est ouverte, s’est fistulisée et a suppuré pendant quelques semaines pour guérir après cautérisation au chlorure de zinc et à l’iodoforme. En même temps apparut, sur la face gauche du scrotum, une petite ulcération douloureuse el suppurante qui guérit en un mois par le même traitement. Mais, dit le malade, « en me grattant, j'ai infecté la cuisse ».
Depuis cette époque, sur la face antéro-interne de la cuisse s’est développée lentement une vaste ulcération qui à résisté depuis deux ans aux divers traitements : pansements antiseptiques, iodoforme, trente injections de Dmelcos.
A l’entrée du malade on constate : ulcération arrondie, de la grandeur d’une paume de main siégeant sur le triangle de Scarpa et débordant sur le bord interne de la cuisse.
Le centre présente un vaste ilot épidermisé, cicatriciel. Le pourtour de la plaie reste ulcéré, formant dans son ensemble, un vaste demi-cercle. Le bord extérieur présente un certain polyeycelisme ; il est taillé à pic et très décollé.
Par endroit, surtout dans le segment supérieur, les bords sont très déchiquetés, en ligne de crêtes. La plaie elle-même est occupée par de nombreux bourgeons charnus baignant dans une suppuration abondante, verdâtre non fétide. Les douleurs spontanées sont assez intenses pour gêner la marche et empêcher le sommeil; l’examen est fort douloureux.
Sur le scrotum, en raison de la lésion crurale, existent deux plaies aliongées, profondes et fistuleuses; dans lesquelles le stylet pénètre
de plusieurs centimètres.
Dans laine pas d’adénopathie accuelle.
Pas de lésion sur la verge; examen du gland rendu impossible par phimosis très serré.
Une première recherche du B. de Ducrey s’est montrée négative,
Intradermo-réaction au Dmelcos, franchement négative.
Renouvelée 14 jours après, elle est légèrement papuleuse sans que l’on puisse la qualifier de nettement positive.
Une auto-inoculation au bras forme en 48 heures une petite pustule superficielle.
Dans le pus, quelques bacilles rappelant de loin le B. de Ducrey. Nouvelle auto-inoculation le 15 novembre, même pustule, dans laquelle on ne peut mettre en évidence le B. de Ducrey net, après coloration à la thionine phéniquée, au bleu de méthylène.
A noter que diverses recherches de laboratoires pour dépister les mycoses, syphilis, infections diverses se sont montrées négatives. De plus le traitement d’épreuve de la syphilis est resté sans succès.
Une objection peut être faite : il peut s’agir d’un chancre mixte. En effet la syphilis est possible, mais sans arguments nets, tant au
point de vue clinique que sérologique.
Observation X
Chancre mou du genou Milada Bezecua (Cesla dermatologie, avril 1932)
Blanchisscuse, âgée de 24 ans, partageant la chambre de huit prostituées, dort dans leur lit. Elle montre une ulcération typique avec des bacilles de Ducrey sur la peau du genou.
On ne trouve d’ailleurs en aucune autre région de trace de chancre mou.
L'infection directe par le linge est donc très vraisemblable.
Chancre mou phagédénique de la fesse.
(W. Dubreuilh et Broustet : Bullelin de Dermalo, 1925).
; CR QAR RC 3 ’ qe j are Rag.…., Yos., 31 ans, est suivi pour ulcération phagédénique des
fesses consécutive à un bubon chancrellisé de l’aine droite.
te es
Un chancre mou apparu sur la verge en juillet 1920 fut suivi d’un bubon inguinal droit dont un Fontan n’empêcha pas la chancrellisation, Bien vite lPulcération prit une allure phagédérique, s’étendit à toute la région pubienne, au sillon génito-crural, au périnée (déc. 1920). Des injections de cacodylate (intravein.)' arrêtent l'extension de la plaie. Elles provoquent même sa cicatrisation à tel point que le malade semble guéri et quitte l'hôpital en mars 1921.
Guérison certainement incomplète. Sur les bords de lulcération se forment des clapiers. Ces clapiers persistent maigré la cicatrisation de l’ulcération. Is forment des abcès sous la peau saine et finissent en s'ouvrant par former des ulcéralions nouvelles. Rag…. revint à l'hôpital en septembre 1921, avec une large plaie de la face interne de la cuisse droite qui avait débuté dans le voisinage immédiat de la cicatrice première. Malgré des traitements variés, elle prit une allure phagédénique, gagna le périnée, la marge de lanus, les fesses.
En août 1993, l’ulcération a envahi la face interne des cuisses, le périnée, la partie interne des deux fesses. Deux autres, plus petites, séparées de la première par une large bande de peau saine, occupent la région trochantérienne droite. Leur aspect est celui des ulcéra- Lions chancrelleuses les plus typiques. L'extension continue en 1993. Mais tandis qu’elle progresse par ses bords, son centre, peu à peu se cicatrise, et en 1924, l’ulcération forme autour d’une zone centrale faite de tissu cicatrisé une couronne large de 6 à 10 cm. qui occupe la partie interne de la fesse gauche et s'étend davantage sur la fesse droite atteignant le grand trochanter et la face postérieure de la cuisse. Par contre la marge de l’anus, la région génito-crurale, Île périnée sont guéris.
Au cours de 1923-1924, les traitements les plus divers ne peuvent arrêter l'extension des lésions.
En décembre 1924, après avoir trouvé du bacille de Ducrey dans le pus, et que la cuti-réaction fut fortement positive, on essaye le traitement vaceinal préconisé par M. Nicolle.
6 janvier, première injection : (1 /2 cm). Réaction violente : temp 4006, malade reste fatigué pendant 8 jours.
Mais l’amélioration locale est si manifeste que les 15 et 22 janvier
on fait deux injections de em. Les troubles sont moins violents, et moins prolongés.
Très vite on voit se rétrécir la couronne ulcéreuse, la suppura- Lion diminue, les bords deviennent adhérents; les clapiers se comblent des plages d’épidermisation apparaissent. Le 51 janvier, le 5 février, nouvelles injections de 1 cm à la suite desquelles il ne reste que quelques peliles plaies isolées.
On interrompt la vaccination. Mais le 17 février 11 y à de nouveaux clapiers et de nouvelles plaies. On reprend alors le vaccin et des injections de 2 cm bien supportées sont faites les 21 et 26 juin, 8, 6, 9, 10, 20, 23 mars.
Seules persistent à ce moment quatre petites ulcérations larges comme une pièce de Î france situées sur les bords de la cicatrice. La guérison ne peut être obtenue.
Le malade quitte le service le 1er avril, pour quelques Jours ayant reçu 16 injections.
Il revient le 12 avril. Son cas ne s’est pas aggravé. Le 15 avril, reprise de la vaccinothérapie, et quatre injections sont pratiquées les 15 et 28 avril, 2 et 5 mai. L'action est beaucoup moins appréciable qu'elle ne le fut lors des premières injections. Un certain nombre d'ulcéralion disparaissent, d’autres au contraire se forment. Elles sont peu profondes, el l’évolution rapide vers la guérison de la plupart d’entre elles, est la preuve de leur bénignité. À ce moment on est
obligé de renvoyer le malade par mesure disciplinaire.
Chancre mou phagédénique chronique des fesses.
Observation (résumée) due à l’obligeance de M. le professeur Petges.
B...., Louis, 36 ans, présente en novembre 1931 un furonele interfessier douloureux traité par l’auto-hémothérapie.
Du 21 février au 14 mars 1932 hospitalisation à Brazzaville pour vaste plaie anthracoïde de la fesse gauche empiétant sur le pli interfessier. La lésion date de plusieurs jours et offre une surface cruentée grosse comme une paume de main. Coexistence d’un mauvais élat général avec hyperthermie et vomissements, Un frottis montre
la présence d’hématozoaires, La plaie est traitée par la poudre et
vies
par pommades antiseptiques. L'amélioration est rapide. Néanmoins la plaie paraissant suspecte on fait faire un B.-W. qui se montre légèrement positif. La syphilis remonterait à 1919.
On commence un traitement général au sulfarsenol et bivatol conjugués, et un traitement local par pansements vaselinés et pulvérisations à l’eau oxygénée pure.
Le 17 mai 1932 le malade arrive en France avec de vastes plaies ulcéreuses de la région fessière gauche et du pli interfessier. Ulcérations à bords circinés, à pic, saignant abondamment, au moindre contact. Divers examens microscopiques ne permettent pas de trouver de strepto-bacilles de Ducrey. L'intradermo-réaction au Dmelcos n’a pas été faite.
Reçoit une série d’injections de bismuth oléosolubles : pas d’amélioration nette. On reprend le novarsénobenzol, et très rapidement les lésions regressent et se cicatrisent incomplètement. Localement on fait des pansements banaux pour éviter toute cause d’erreur et du 12 juin au ?8 juillet 1932, il reçoit une série de Novar. Pas de bacilles de Ducrey. Le 27 octobre l’ulcération de la fesse gaucheest en forme de croissant à concavité inférieure, à bords taillés à pic, anfractueux, à contours découpés, polycycliques entourés d’une zone rougeâtre et dure. Le fond jaune verdâtre est irrégulier et bourgeonnant, les points culminants sont en voie d’épidermisation.
Vers le sillon interfessier la partie de l’ulcération maintenant guérie laisse une large plaque dure, cicatricielle, rose pâle. À 3 cm: en arrière de l’anus on note un orifice par lequel sourd du pus. Une sonde introduite conduit vers le coccyx.
A 7 cms au-dessus de l'anus légèrement à gauche du sillon interfessier, siège une ulcération musculaire de la grandeur d’une pièce de 5 francs à bords irréguliers et dont le centre est presque complètement cicatrisé.
Le 4 novembre, intradermo-réaction au Dmoelcos positive Île troisième jour. Le traitement local du chancre mou, iodoforme, enfumage iodé, etc. est mis en œuvre. Il sera appliqué pendant des mois. Le 30 novembre 1932, les ulcérations sont rendues multiples par l'accroissement de la cicatrice. Elles ne sont presque plus infectées. Le malade se plaint toujours de son coccyx. La radiogra-
phie montre un point d’ostéite,
Le 7 janvier 1933, les lésions restent stationnaires. On décide une biopsie puis une injection de Dmelcos (9 janvier).
Le 11 janvier, deuxième injection de Dmelcos.
Le 17 janvier, amélioration notable. La suppuration a disparu, les lésions se comblent.
Le 6 mars, on a déjà fait 7 injections de Dmelcos. La lésion s’améliore de plue en plus. On note à la partie supérieure du sillon interfessier une fistule : vue à la radio après injection de lipiodol elle a un trajet de bas en haut et semble s'arrêter à la pointe du COCCYX.
Le 17 mars, les lésions n’ont pas changé.
Le 1er avril 1933. B.-W. + + +.
Le 15 avril. Depuis trois semaines le malade reçoit du sulfar, mais sa plaie n’a pas changé sous l'influence du traitement. (Présence de B. de Ducrey dans les lésions). En bordure au niveau de la zone d’accroissement.
Le 1.7 mai : enfumage iodé et injection de Dmelcos que l’on continuera de façon régulière.
Juillet 1933. Sous l'influence des injections locales de Dmelcos les deux lésions inférieures sont très améliorées. Les Ièvres de l’ulcération sont rapprochées et le fond sec ne présente plus aucun point de suppuration.
La guérison est ensuite obtenue peu à peu par des injections locales cutanées el hypodermiques de bactériophage et le traitement local, enfumage iodé, applications de produits iodoformés.