BRAS ET DOIGTS
Dans la Semaine Médicale de 1893, M. le professeur Fournier fait connaître d’après son observation personnelle et les travaux d’autres syphiliographes les formes étranges que revêt le chancre syphilitique des doigts, chancre très souvent méconnu du médecin et à plus forte raison du malade, confondu avec des affections toutes différentes, soumis à un traitement sans action sur la maladie dont il est la première manifestation, quelquefois même à un traitement chirurgical nuisible et douloureux,
Comme le chancre syphylitique le chancre mou peut être méconnu lorsqu'il se développe sur les doigts surtout. Il y simule toutes sortes de lésions banales, plaies simples, brûlures, tourniole, panaris, etc.
Le chancre accidentel du bras est excessivement rare, nous n’en avons retrouvé aucune observation dans la littérature médicale et dans les registres de l’hôpital Saint- Louis, service de M. le professeur Fournier, en commençant nos recherches, à l’année 1878 nous n’en relevons
qu’un seul case
— ÀS —
OBSERVATION XX VIII (Inédite)
(Gommuniquée par M. le D° Edmond Fournier).
C. G.., Journalier 21 ans, entre à l'hôpital, salle St-Louis, lit n° 28, dans le service de M. le professeur Fournier.
Le malade présente à la verge une ulcération de la taille d’une pièce de 20 centimes, à bords à pic, qui est diagnostiquée chancre simple.
Au bras gauche, au tiers Supérieur du bras environ, ïl porte également une seconde ulcération, à bords décollés à pic, de forme légèrement ovale et ressemblant à s’y méprendre à celle qu’il porte aux parties génitales.
Le malade ne peut expliquer la genèse de la plaie au bras.
Pour trancher le diagnostic, l’inoculation expérimentale est faite au bras droit.
Le lendemain résultat positif qui vient confirmer le dia-
gnostic.
Si les observations de chancres simples du bras et de l’avant-bras sont très rares, par contre celles relatives à des chancres du doigt sont beaucoup plus fréquentes et par là bien plus importantes.
Après le chancre céphalique dont nous avons pu réunir environ une trentaine d'observations, le chancre des doigts est le plus fréquent. *
Dans sa thèse de Paris 1896, Groleau en a recueilli 18 cas, les seuls d’après lui existant à cette époque dans la
science. Nous en avons trouvé un certain nombre, publiés
dans ces dernières années, nous croyons intéressant de les reproduire ici.
Plusieurs observations sont étrangères et n’ont pas été traduites dans notre langue.
Des cas reproduits par Groleau et de ceux que nous ajoutons nous tâcherons de tirer des conclusions intéressantes.
Différents auteurs ont recherché le bacille de Ducrey- Unna et fait le diagnostic de chancre moudes doigts dans les cas suivants : |
Cheinisse (J. des maladies cutanées et syph. 1894, p. 17) a fait le diagnostic de chancre, basé sur la constatation du bacille de Ducrey-Unna chez un jeune boulanger affecté à l’auriculaire gauche et à lindex droit d’une ulcération présentant l’aspect chancrelleux.
Kufling (Æosh. mag. f. Lœger, 1896, p. 15) dans un chancre du doigt qu’on avait pris pour un panaris.
Seillag rapporte 4 observations fort intéressantes que
nous reproduisons ici :
OBSERVATION XXIX (Traduite).
(J. Seillag. Hôpital St-Etienne. Section des maladies cutanées et vénériennes. Budapest. Service du D: S. Rona. In Arch. für Dermalologie und Syphilis. XLVII. Wien. et Leipzig. 1899, p.365).
M. J..., 40 ans, célibataire, journalier, admis le 14 novembre 1895 avec chancres multiples du pénis et du scrotum.
En même temps, il porte à l'annulaire gauche une plaie contuse à base nette, produite par un morceau de charbon
qu'il avait reçu sur la main,