INTRODUCTION
L'influence du change sur le commerce extérieur n’est pas le moins difficile des problèmes, si amples et complexes, qu’a soulevés, depuis plusieurs années, la révolution monétaire du monde.
Si positive que veuille être une étude de cette question, elle ne peut faire abstraction de la théorie classique de l'équilibre automatique dont une affirmation essentielle est que la disparité entre les deux valeurs, intérieure et extérieure, de la monnaie, entraine une augmentation des exportations. Il existerait une tendance naturelle à l’équilibre des échanges extérieurs, qui réduirait à un minimum les moyens de règlement nécessaires pour compenser un solde passif, et qui préviendrait tout déséquilibre prolongé de la balance des comptes.
Cette conception a tendu à montrer, d’une part, que les métaux précieux, produits dans un petit nombre de pays, se répartissent opportunément parmi les grandes nations commerçantes. D’après Ricardo (High price of bullion) les métaux précieux, faisant monter les prix, par suite de leur
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surabondance, dans les pays producteurs, la balance commerciale de ces pays est en perpétuel déséquilibre; les métaux précieux s’écoulent ainsi vers les autres nations.
Réfutant sur ce point le thèse ricardienne, M. Nogaro (1) s'exprime ainsi : € Nous avons pu constater, au cours d’une enquête sur place effectuée peu après la mise en exploitation des mines d’or de l’Australie occidentale, que la hausse des prix locale, du début, était due aux difficultés des transports et aux facilités d’accaparement et qu’elle ne se répercutait nullement sur le reste du pays; les prix de l'Australie occidentale étant au contraire déterminés par ceux de Sydney. Il convient d’ajouter que l'Australie, grosse productrice d’or, et ayant une abondante circulation monétaire (plus forte, en 1913, par tête d’habitant, que la circulation française) avait conservé à la fin du x1x° siècle un niveau de prix beaucoup plus bas que celui des pays d'Europe. Il est donc bien avéré que le mécanisme conçu par Ricardo n’est pour rien dans la distribution de l'or australien. Le reflux de l’or vers l'Europe paraît surtout résulter de la nécessité de payer les dividendes des capitaux européens et de la difficulté qu’il y a, pour un pays neuf, qui consacre une bonne partie de ses forces productives à l’exploitation des mines d’or ou d’argent, à développer assez ses autres industries d'exportation pour équilibrer sa balance commerciale autrement que par des exportations de métaux précieux. »
La même théorie de Ricardo prétend, d’autre part, expliquer comment et pourquoi le commerce international tend naturellement vers un point d'équilibre. Un excédent momentané d’importations, en provoquant une exportation de monnaie métallique, réduit le stock monétaire, fait ainsi baisser les prix, et, stimulant les exportations,
(1) La monnaie et les phénomènas monétaires contemporains, 1924, p. 294, note 1. V. aussi, du même auteur : Contribution à une théorie réaliste de la monnaie, dans la Revue d'Economie politique de 1906.
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rétablit l'équilibre. Cette conception ne s'applique qu’à la balance commerciale et elle attribue à de faibles variations du stock métallique une action sur l’ensemble de la circulation monétaire et sur Les prix, qui n’est, dit M. Nogaro (1), ni démontrable à priori, ni vérifiable.
Mais la théorie ricardienne a été rajeunie et a fait place à une conception qui évoque le rôle joué dans les échanges internationaux par les fluctuations du change. Dans cette conception, les variations du change tendent à équilibrer la balance commerciale, celle-ci d’ailleurs pouvant, en se redressant, contribuer à redresser le change à son tour. Le point de départ de ce système, c’est que la perte au change est plus forte que la diminution du pouvoir d'achat intérieur de la monnaie, autrement dit qu’il existe, à la suite de la crise de change, une certaine disparité du pouvoir d'achat en faveur du pays à monnaie dépréciée, dès lors le gain au change, que les exportateurs retiraient de la vente de leurs traites sur l'étranger n’est pas tout d’abord annulé par la hausse de leurs prix de revient, et ce bénéfice supplémentaire stimule l’exportation, tendant ainsi à équilibrer la balance des comptes. D'autre part, ce retour à l’équilibre ne peut que favoriser le redressement du change, jusqu’au moment où son redressement même, en faisant disparaître la prime à l'exportation, le laisse retomber à son niveau normal.
Nous touchons ici à la théorie du change, basée sur la parité du pouvoir d'achat, qui a été développée par M. Gustave Cassel, professeur d'Économie Politique et de Finances à l’Université de Stockholm, dans son livre sur : La Monnaie et le Change depuis 1914 (2).
(1) La monnaie et les phénomènes monétaires contemporains, p. 295. V. aussi : Le rôle de la monnaie dans le Commerce international et la théorie quantitative, Thèse, Paris, 1904.
(2) Traduction française par Lachapelle, 1923.
HITS
Prétendant avoir découvert la norme qui détermine les cours du change, lorsqu'ils ont franchi les gold points, cette théorie paraît en même temps avoir révélé une force d'équilibre qui redresserait automatiquement les changes instables et permettrait finalement de les régulariser. D'après ce système, la courbe du change serait déterminée, les gold points une fois franchis, par la relation existant entre les pouvoirs d'achat respectifs des monnaies à convertir l’une dans l’autre, et le cours devrait être tel que chacune d'elles, après avoir été transformée en monnaie étrangère, conserve un pouvoir d'achat sensiblement égal à celui qu'elle a à l’intérieur. Si, par exemple, il est admis que les prix ont doublé en Grande-Bretagne — ce qui atteste que la livre sterling a perdu la moitié de son pouvoir d'achat — et qu'ils ont quadruplé en France — ce qui signifie que le franc n’a plus que le quart de son pouvoir d'achat d’avant-guerre — le change de la livre en francs devra être aux environs de 50 francs, contre 25 en temps normal. En effet, pour Cassel, le Français qui paie 50 francs une livre sterling, mais qui obtient, pour chaque livre sterling, deux fois plus de marchandises qu’il n’en obtiendrait en France pour 25 francs, peut continuer sans désavantage à acheter en Angleterre ; réciproquement l'Anglais qui, pour 25 francs, obtient deux fois moins de marchandises en France qu'il n’en recevrait en Angleterre pour une livre, peut néanmoins continuer à acheter en France, parce qu'on lui donne désormais 50 francs au lieu de 25 pour chaque livre sterling. Par contre, au-dessous du cours de 50 francs, l'Anglais aurait peine à acheter en France, et, au-dessus, le Français trouverait onéreux de faire ses achats en Angleterre. Aussi, la parité des pouvoirs d’achat déterminerait le taux de change auquel les échanges internationaux restent possibles, sur des bases égales pour les deux parties. Cassel estime même que le cours du change ne saurait guère s’en éloigner, car l’importateur refuserait