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Le relèvement de notre commerce extérieur a colncidé avec la baisse généralement continue du franc. Ce parallélisme d'ensemble des deux phénomènes considérés n’est pas fortuit. Car il est dans la nature des choses que la dépréciation de la monnaie nationale développe les exportations. Supposons que le dollar soit coté 15 francs à Paris et que le niveau général des prix se soit élevé en France de 300 0/0, alors qu'il n’a haussé que de 100 0/0 aux États-Unis. Pour acheter en France une marchandise estimée 4.000 francs (au lieu de 1.000 francs avant la guerre), un Américain aura à débourser 266,6 dollars. Même si cette marchandise identique valant 133,6 dollars avant la guerre, vaut le double, c’est-à-dire 266,6 dollars, l'Amérique aura un intérêt évident à ne pas l’acheter en France, puisqu'elle la payerait le même prix augmenté des frais de transport et des droits de douane. Par contre, si le dollar monte à 17 francs, sans que le niveau général des prix se soit élevé dans les deux pays, l'Américain n'aura plus à débourser que 235,2 dollars pour acheter une marchandise française de 4.000 francs et il aura avantage à l’importer au lieu de l'acheter dans son pays.
Supposons, au contraire, que le cours du dollar soit de 5,45 et que le niveau général des prix accuse en France une augmentation de 250 0/0, alors qu'il ne s’est élevé que de 95 0/0 aux États-Unis: il va en résulter que l’importateur français pourra acheter au prix de 195 dollars, soit 1.057 francs, une même marchandise qui lui coûterait 3.500 francs chez lui. Il importera donc toutes les marchandises américaines qu'il pourra se faire livrer.
Notre devise ne cessa de baisser lorsque furent épuisés les crédits qui nous avaient été consentis par les trésoreries américaine et anglaise. La prime à l'importation disparut ; néanmoins, les importations furent considérables en 1919 et en 1920 en raison de notre besoin de matières premières. Notre franc se dépréciant plus qu'il n’aurait dû
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l'être par rapport à son pouvoir intérieur d'achat, il n’y eut plus de prime à l'importation, mais une prime à l'exportation, et cette prime, alors du reste que les besoins de matières premières diminuèrent, s’accrut progressivement à mesure que la spéculation étrangère fit baisser le cours du franc. Déjà, en 1921, notre balance commerciale s’améliora. Dans les années suivantes, elle tendit, grâce au développement des exportations, à l'équilibre qui fut obtenu en 1924.
La surestimation ou la sous-estimation du franc a donc exercé une influence certaine sur notre commerce extérieur. Mais cette influence, nous l’avons noté, est d'aspect global; d’autres facteurs jouent, à côté du change, pour conditionner le commerce extérieur, qui, lui-même, agit sur le change. Le change et les exportations ont été en parallélisme général, mais non en parallélisme absolu et cnostant.
On ne peut se dispenser de rattacher les observations concernant la France à la théorie du change fondée sur la parité du pouvoir d'achat. Théoriquement la valeur d’une monnaie de papier devrait s’apprécier par son pouvoir d'achats dans le pays qui l’émet. Si, par exemple, avec un billet de banque de mille francs ou avec un crédit en banque de pareille somme, on peut acheter en France une marchandise qui vaudra cent dollars aux États-Unis, on en tirera cette conclusion logique que mille francs valent cent dollars et qu'un dollar vaut par conséquent 10 francs.
Si, en France, le prix de cette marchandise s’élève à 1.500 francs, alors qu'il est toujours de cent dollars aux États-Unis, on en conclura que le dollar vaut 15 francs, au lieu de 10. Mais d’autres facteurs exercent une influence plus rapide et plus importante sur le cours du change. Le vendeur d’une monnaie anglaise ou américaine, dont l'acheteur français a besoin pour acquitter sa dette en Amérique ou en Angleterre, voudra tout naturellement
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ne s’exposer à aucun risque et cherchera même à réaliser le bénéfice le plus élevé possible sur son opération de change. S'il craint que la monnaie française se déprécie dans un certain délai, par suite d’une nouvelle inflation, il voudra vendre sa devise à un taux qui dépassera plus ou moins sensiblement le pouvoir d’achat de la monnaie qu’on lui remettra en échange. Par contre, s’il prévoit que la valeur du franc est susceptible d'augmenter, parce que la situation économique et financière de la France s’améliore et que sa circulation monétaire ne peut s’accroître, il n’hésitera pas à spéculer à la hausse du franc, c’est-à-dire à vendre ses dollars ou ses livres à des cours plus bas que ceux que semblait indiquer la parité du pouvoir d'achat des deux monnaies échangées. Enfin l'élément psychologique jouera parfois un rôle prépondérant dans la vente d’une monnaie étrangère qui est nécessairement une spéculation, ou, en d’autres termes, une prévision anticipée de la valeur de telle ou telle monnaie.
Ainsi, les vendeurs anglais de livres sterlings, escomptant, après l’occupation de la Ruhr, des complications extérieures pour la France, des charges nouvelles de l'inflation, jouèrent à la baisse du franc et vendirent leurs livres de plus en plus cher. Les étrangers qui avaient des francs en dépôt dans les banques parisiennes craignirent à leur tour une dépréciation nouvelle de notre monnaie et rapatrièrent leurs capitaux; ils vendirent leurs francs pour acheter des livres ou des dollars, ce qui accentua encore la baisse du franc. Il est difficile de connaître, même approximativement, le montant des dépôts étrangers à Paris ou des valeurs du Trésor à court terme qu'ils détiennent; mais, si l’on réfléchit que, pendant les années 1919 et 1920, le déficit de notre balance commerciale a été considérable, et que nous avons dû, par suite, acheter une quantité importante de monnaies étrangères, pour payer nos importations, on peut se rendre compte