‹ Les Changes et les ExportationsChapitre 17 sur 29 · L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

L'ALLEMAGNE

L'étude de l’Allemagne, très intéressante dans l’ordre d'idées qui nous occupe, présente une difficulté particulière.

S'il est, en effet, facile de mesurer la dépréciation continue, et catastrophique, du mark, il n’est pas aussi simple d'établir la balance commerciale du Reich dans les années qui ont suivi la guerre. Pourtant il est indispensable de préciser cet élément du problème, si l’on veut aboutir à des constatations et à des conclusions utiles.

La balance commerciale allemande a-t-elle été active ou passive? Les statistiques du Reich sont contredites par les statistiques des États avec lesquels l'Allemagne a fait du commerce. Il faut choisir entre les unes et les autres.

Lorsqu'on aura pris parti sur ce point, on envisagera le change et les exportations, de 1949 à la fin de 1921, période où la crise allemande s’est affirmée; puis de 1921 à l’automne 1923, période où la crise s’est accentuée jusqu’à la catastrophe, prélude de la réforme monétaire.

En réalité, la balance commerciale de l'Allemagne a été active. Il semble donc que, malgré toutes les difficultés consécutives à la guerre, la dépréciation de la monnaie nationale ait favorisé en ce pays les exportations. Mais nous raisonnerons aussi dans l'hypothèse où les statistiques du Reich auraient été, contrairement à ce que nous croyons, exactes, et nous nous demanderons comment s’expliquerait alors l'excédent des importations sur les exportations, nonobstant l’écart entre le pouvoir d'achat du mark à l’intérieur et son pouvoir d'achat à l'extérieur.

D: Lu SECTION Î

La balance commerciale de l’Allemagne.

D’après les dirigeants allemands, la balance commerciale du Reich aurait été nettement déficitaire dans les années postérieures à la guerre.

Au contraire, la statistique des États avec lesquels l'Allemagne a commercé, montre que la balance commerciale de cette dernière a été fortement active, au moins en 1921 et 1922. M. Wernlé (1) a fourni à cet égard une lumineuse démonstration qui doit retenir toute notre attention.

Pendant la guerre, l'Allemagne a, pour des raisons faciles à comprendre, cessé de faire connaître les chiffres de ses importations et de ses exportations. Quand elle a, par la suite, recommencé la publication de ses statistiques commerciales, elle n’a communiqué que des données incomplètes ne permettant pas de se faire une idée même approximative de sa balance commerciale. Ce n’est qu’en octobre 1923 qu'elle s’est décidée à publier la valeur de ses importations et de ses exportations d’après une méthode objective. Pour les années qui ont précédé, on ne possède que des chiffres trop sujets à caution pour que l’on en puisse tirer des conclusions sérieuses.

En ce qui concerne les quantités elles-mêmes, des sondages opérés au hasard permettent de constater des divergences assez sérieuses entre les chiffres publiés par l'Office allemand et ceux que donnent les administrations douanières des autres États. Par exemple, en 4922, le tonnage des importations allemandes en provenance de la Hongrie aurait atteint, d’après la statistique allemande,

(4) Wernlé. La Balance commerciale et la politique économique de l'Allemagne, 1924, p. 83 et suiv. (Bibliothèque de la Société d'Études et d'Informations économiques).

ts)

692.000 quintaux et d’après la statistique hongroise, 542.000 quintaux, tandis que celui des exportations allemandes à destination de la Hongrie aurait été de 3.128.000 quintaux d’après la statistique allemande et de 3.525.000 quintaux d’après la statistique hongroise. La balance des quantités en faveur de l'Allemagne s'élève d’après la statistique du Reich, à 2.436.000 quintaux et d’après celle de la Hongrie à 2.983.000 quintaux. Cette différence est assez importante puisqu'elle n'atteint pas moins de 550.000 quintaux.

Par suite de la différence des règles et des méthodes de calcul appliquées par les administrations des douanes, il est assez difficile de déterminer les causes de ces divergences. Tous les pays n'ont pas la même conception du pays d'origine ou de destination. L'un tient compte des poids bruts et l’autre des poids nets. En ce qui concerne les valeurs, la dévaluation de certaines monnaies est un grand élément de complication et d'incertitude. D'autre part, les mêmes rubriques ne désignent pas toujours exactement les mêmes articles.

Les chiffres auxquels on se réfère ici sont ceux des Rapports mensuels du Bureau de Statistique du Reich, fascicule de décembre 1923. La statistique allemande donne les valeurs en marks-or et les quantités en quintaux. Pour rendre les chiffres plus lisibles, nous les avons traduits en tonnes métriques.

Comme on l’a dit, la statistique allemande ne calcule objectivement les valeurs que depuis octobre 1923. La valeur des importations est obtenue jusqu'à concurrence de 80 0/0 du total importé par estimation des marchandises en monnaie étrangère. Des enquêtes mensuelles sont faites auprès des experts, par exemple les membres du Beirat économique ou les grandes maisons d'importation. Pour l’autre fraction, on multiplie la valeur d’avant-guerre par un certain coefficient.

Page 1