‹ Les Changes et les ExportationsChapitre 27 sur 29 · RAT · texte numérisé non relu

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Le commerce extérieur d’un pays ne varie pas uniquement en fonction des prix. Une prime de change ne permet pas de développer indéfiniment l'exportation si les moyens de production sont insuffisants. D'autre part l’action du change sur le commerce extérieur ne s'exerce qu'autant que la hausse des prix intérieurs ne compense pas le bénéfice de change des exportateurs et la perte au change des importateurs

La prime trouvée par les exportateurs dans l’écart entre leurs prix de revient etles prix auxquels ils vendent en monnaie nationale leurs traites payables sur l'étranger risque d’être partagée avec les importateurs étrangers. Dès lors, sans doute, l'exportation n’en sera pas moins stimulée, mais la marchandise sera vendue moins cher en monnaie extérieure qu’elle n’eût été vendue avec un change normal, et la valeur de l’exportation ne s’accroîtra pas en proportion des quantités exportées; or, comme l'équilibre de la balance des comptes dépend de l'accroissement de l’exportation en valeur, et non en poids ou en tonnage, on peut conclure que dans cette hypothèse, souvent conforme à la réalité, la chute du change ne suffit pas à redresser la balance des comptes. Le mécanisme d'équilibre automatique peut donc fort bien ne pas fonctionner.

Quant à la thèse de Cassel, elle suppose implicitement .que l’acquéreur d’une marchandise étrangère peut opter, à son gré, entre le marché étranger et le marché national, et que, dès lors, il n’acceptera pas de payer les traites nécessaires aux règlements à effectuer à un prix tel que la marchandise achetée au dehors lui reviendrait plus cha que sur le marché intérieur.

« Cette conception, écrit M. Nogaro (1), nous paraît doublement inexacte.

(1) La monnaîie et les phénomènes monétaires contemporains, p. 208.

« En premier lieu, il est sans doute plus sage d'admettre que l’on achète à l'étranger surtout les marchandises que l'on ne peut se procurer, ou du moins se procurer en quantité suffisante, sur place; dès lors, on ne saurait s'appuyer sur le prix du marché intérieur pour refuser de payer l'instrument de paiement lui-même, à un cours qui majorerait à l'excès le prix de revient de la marchandise acquise à l'extérieur. Ainsi, lorsque notre récolte de blé est déficitaire, il nous faut subir le cours extérieur, et le cours du change du pays où nous nous approvisionnons, sauf à faire, par là-même, monter le prix du blé sur le marché français : nous ne pouvons objecter que nous trouvons du blé en France à meilleur compte puisque nous sommes contraints de compléter le produit de notre récolte.

€ D'autre part, c’est peut-être attribuer à l'acheteur d’une traite sur l’étranger un pouvoir de discussion et une action sur le cours bien excessif que de supposer qu'il pourra ainsi retuser de payer les traites sur l'étranger à un taux supérieur à la parité des pouvoirs d'achat. Bien souvent, l’importateur, ayant déjà fait ses achats, et ayant un certain délai pour payer, se couvre ensuite — en achetant les devises nécessaires — à un cours qui dépendra plus ou moins d’une relation quantitative entre l'offre et la demande plutôt que des dispositions, et surtout des évaluations personnelles de ceux qui achètent et vendent. D'ailleurs, dans l'hypothèse, que nous croyons normale, où l’on achète à l'étranger ce que l’on ne trouve pas chez soi, il faut bien subir le cours du change, comme on subit Île prix du vendeur étranger, sauf à opter, si on en a le choix, pour le marché étranger le plus favorable.

« Aussi pensons-nous finalement, conclut M. Nogaro, que la théorie de M. Cassel ne saurait être admise dans sa rigueur et qu’on en put seulement retenir ceci : les échanges, entre la France et l’Angleterre, par exemple, se développeront normalement si le cours du change correspond

à la parité des pouvoirs d'achat respectifs des deux monnaies si, au contraire, le cours est, par exemple, inférieur à cette parité (disons 60 francs la livre au lieu de 50), les achats français en Angleterre tendront à se restreindre, ce qui tendra à faire monter le rapport du franc à la livre; dans le cas contraire, ce sont les achats anglais en France qui se réduiront, et, par ces variations de la balance des comptes, le change tendra, plus ou moins — et dans la mesure où il est exact qu'un change déréglé dépend de la balance des comptes — à se fixer aux alentours de la parité des pouvoirs d'achat. Encore ne peut-on admettre les propositions qui précèdent que sous réserve de l’action que les variations du change exercent sur les prix intérieurs et partant sur la parité des pouvoirs d'achat elle-même. »

Il nous sera permis, en terminant ce travail, de jeter un coup d'œil sur la situation dela France. On pourraitse réjouir à bon droit du développement des exportations, mais consécutif à la dépréciation de notre devise nationale.

Mais la spéculation à la baisse exagérée du france, qui s’exerçait sur les marchés internationaux, était loin de constituer en elle-même un avantage. Elle créait au contraire un trouble profond dans toutes les relations commerciales, aussi bien à l’intérieur qu’à l'extérieur. L'instabilité incessante des cours du change suscitait des changements constants du niveau général des prix; elle était nuisible aux producteurs qui ne pouvaient plus se rendre un compte exact de leur prix de revient; elle était fatale aux consommateurs que la hausse des prix des marchandises importées mettait à la merci des intermédiaires.

Il convient d'admirer le chemin récemment parcouru vers l’assainissement monétaire. On ne dépasse probablement pas la vérité en disant que l’évolution s’est produite surtout dans les dispositions profondes de l'esprit public. L'opinion française a nourri des illusions tenaces au sujet

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de ce que les publicistes ont appelé les conséquences politiques et les conséquences économiques financières de la guerre et de la paix qui l’a terminée. Au contact des événements, ces illusions se sont peu à peu dissipées. Sans doute la multiplicité des systèmes et des projets, les discussions interminables auxquelles se sont livrés les techniciens n’ont-elles pas toujours été sans faire perdre quelque peu de vue, aux économistes et aux politiciens, les données exactes et la simplicité relative du problème à résoudre. Désireuse surtout de retour à la stabilité des monnaies, des prix et des valeurs, la majorité de la nation semble s'être résignée plus vite à l'ennui des nouveaux impôts que la majorité des parlementaires au désagrément de les voter.

Le facteur psychologique a probablement joué le rôle essentiel dans la crise des finances françaises, en 1925 et 1926, survenue au moment précis où, la situation, financière commençait à se présenter sous un jour plus rassurant. En ce sens la maladie de notre monnaie a été surtout une maladie nerveuse. Mais on n'explique pas tout en parlant de la disparition de la confiance et du retour de la confiance. Dans la convalescence qui a suivi, par le retour à l'équilibre et à la possession de soi-même; la résignation à l'effort fiscal, l'acceptation de charges qui auraient paru intolérables quelques années auparavant, ont été aussi des sentiments et des éléments décisifs du progrès. Souhaitons que, par la continuité d’application des sages méthodes, ce progrès soit mené jusqu'à son terme.

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