‹ Les Changes et les ExportationsChapitre 6 sur 29 · BRE · texte numérisé non relu

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M. Rueff (1) a poursuivi une semblable étude sur un grand nombre de nations et constate des résultats identiques.

L'étude de la période 1912-1913, donc en régime-or, donne les mêmes conclusions. La disparité n’a jamais dépassé 4 0/0.

Pour la vérification du second principe, qui nous intéresse directement, il suffit d'observer la similitude de formes que prennent les deux courbes de la disparité du franc et du commerce international (2).

À tout maximum de la courbe de disparité correspond un maximum de la courbe du commerce international, à tout minimum de l’une, un minimum de l’autre.

Ce phénomène apparaît nettement en avril 1920, en décembre 1920, janvier 1921, en novembre-décembre 1921, en novembre 1922, et en décembre 1923 (Tableau A). Lorsque la disparité augmente, rendant de plus en plus favorables les exportations de la France, le déficit de la balance commerciale diminue ; quand la disparité diminue, rendant de plus en plus avantageuses les importations de l'Angleterre vers la France, on voit presque immédiatement le déficit de notre commerce extérieur s’accroître et l’on a remarqué (3) à cette occasion, que l'intervalle séparant deux minima ou deux maxima ne dépasse jamais un mois et demi, rendant ainsi frappante la concordance observée entre les deux courbes. Enfin, à deux reprises, au début de 1921 et de 1922, la balance commerciale apparente nous est favorable; l'effet ne se fait pas attendre et explique la diminution de la disparité d’avril-mai 1921, et de janvier, mars, avril 1922, où la sous-évaluation extérieure constante depuis 1920 se mue pour la première et

(1) Le change, phénomène naturel, Revue des Sciences, 30 novembre 1922. (2) V. Carpentier-Gonse, op. cit., p. 155 et suiv. (3) V. Carpentier-Gonse, op. cit., p. 155.

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seule fois en une sous-évaluation intérieure, diminuant ainsi nos exportations en Angleterre. Aussi se relève immédiatement le chiffre du déficit de notre balance pour atteindre son maximum en juillet 1922.

La courbe de la variation de disparité du franc aux États- Unis (Tableau B) corrobore les conclusions tirées de la lecture du graphique A.

Et la généralité de ces conclusions demeure aussi assurée en période d’avant-guerre, où l'or circulait librement; les courbes, quoique affectées d’oscillations moins amples, conduisent aux mêmes constatations (1).

La comparaison de la courbe des disparités et de celle de la balance commerciale parait donc, en confirmant la théorie de l'équilibre automatique, prouver que le change déprécié est une prime à l'exportation.

Mais ces résultats d'ensemble des graphiques ne doivent pas être acceptés aveuglément. Ils appellent une interprétation.

Il n’est pas possible de connaître tous les éléments de la balance des paiements. Les mouvements de marchandises sont assez clairement révélés et avec une suffisante approximation par les statistiques douanières. Mais il est absolument impossible d'évaluer les services rendus ou achetés à des étrangers et tout ce qu’on appelle importations et exportations invisibles. On peut observer toutefois avec M. Rueff (2) « que la différence entre la valeur des créances et des dettes extérieures qui résultent des échanges de services est faible, relativement à la balance commerciale, et que la balance de ces dettes et créances varie dans le même sens que la balance du commerce; l’ensemble de ces services suit vraisemblablement l’activité du commerce international ». Aucun chiffre précis ne saurait non plus être

(1) V. Rueff. Le change, phénomène naturel, dans Revue générale des Sciences du 30 novembre 1922, p. 654 et suiv. (2) Op. cit., p. 652.

donné pour les mouvements de monnaie métallique et de métaux précieux; et encore moins pour les ventes de papier-monnaie effectuées directement dans un but spéculatif.

De plus il convient de faire des réserves sur la valeur des indices de statistiques qui varient selon leur origine et la nature des marchandises qui servent à la calculer. Sans en modifier le sens, elles peuvent affecter la valeur absolue de la disparité. Enfin, les prix des marchandises douanières évaluées une fois pour toutes peuvent à cause des variations rapides survenues en 1920, 1921 et 1922, ne plus correspondre exactement aux prix de la Commission des valeurs en douane de 1919.

Aussi faut-il bien se souvenir qu'il existe des actions réciproques du change sur le commerce extérieur et du commerce extérieur sur le change. Il n’est pas douteux, par exemple, que l'accroissement considérable des importations en France en 1919 et en 1920 a été l’une des causes profondes de la chute ultérieure du franc, puisqu'il a eu pour effet d'augmenter les dépôts étrangers dans nos banques. La chute du france a, de son côté, poussé à l’exportation. Si l’on ajoute aux consideratioas précédentes celle de l’incertitude des délais dans lesquels se manifestent ces réactions réciproques, on conclura qu'il n’est guère possible de ürer des conclusions scientifiques d’une comparaison suivie des courbes.

L'étude des relations des changes et du commerce extérieur au point de vue général, appelle d’ailleurs d’autres observations qui poussent à la prudence des corclusions en cette matière.

Le document suivant semble bien prouver que la dépréciation du change agit comme prime à l'exportation.

TABLEAU

indiquant le pourcentage des exportations par rapport aux importations dans les principaux stats.

(Extrait du Mémorandum sur les Balances de paiement et sur les Balances des Commerces extérieurs. — Société des Nations, Genève 1924.)

176,5 119,6 112,6 142,5 97,6 11776 Pologne T4 Nouvelle-Zélande 1927 Russie cas) Serbo-Croates . 57,3 Etats-Unis. . . 112,6 Allemagne. . . 64 Finlande. .. 112,6 Lithuanie 102,7 France 89,2 120,1 104,4 Dañebiark ss. Lu 80,8 ROYSUMDS-UNT 0 82,3

Belgique Hollande

Norvège Autriche

Bulgarie.

Roumanie

Argentine Chili

Colombie . , . Equateur Mexique Le Uruguay Venezuela

(1) En 1921 : 138,9.

(2) En 1921 : 139,8.

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En Europe, on le voit, ce sont surtout les États à change déprécié, Pologne, Serbie, Tchéco-Slovaquie, qui exportent plus qu’ils n’importent.

Mais, si l’on s’attache particulièrement à la Tchéco- Slovaquie, on n’aperçoit pas l'influence des variations du change sur le commerce extérieur.

Cours à Zurich de 100 couronnes tchéco-slovaques de 1919 à Septembre 1923.

Pour 1919 et le premier trimestre 1920, d’après le Bulletin Mensuel de la Société de Banque Suisse de juillet août 1922 (consacré à la Tchéco-Slovaquie).

Depuis mai 1920, d’après la cote régulièrement publiée dans les Berichte aus den neuen Staaten. Les cours sont les plus rapprochés de la fin du mois parmi ceux qui ont été publiés.

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La balance du commerce extérieur tchéco-slovaque n'a cessé d’être favorable aussi bien pendant la baisse que pendant la période de hausse du change. Les années 1920, 1921, 1922 accusent toutes un excédent notable d’exportations, comme le montre le tableau suivant (1) :

En millions En millions Excédent Excédent de quintaux de couronnes É RE ANNÉES Dar re IMPOR- EXPOR- en millions en millions TATIONS | TATIONS À TATIONS | TATIONS de couronnes de francs suisses |

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des exportations | des exportations

La balance commerciale n'ayant, à aucun moment, cessé d'être créditrice, le renversement du cours du change survenu à partir de 1922 ne saurait s'expliquer par une modification de cette balance. Il faut donc admettre un changement dans les autres éléments de la balance des comptes, ceux qui ne consistent pas en marchandises. Le

(4) V. Rist : La déflation en pratique, p. 102. (2) Calculé sur le cours de 12 francs suisses pour l’année.

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principal d’entre eux est constitué par les placements de capitaux à court et à long terme.

D'ailleurs « la hausse continue du change tchécoslovaque au cours de l’année 1922, n’a pas suffi, dit M. Rist (1) contrairement à une opinion très répandue qui attribue à la hausse du change le pouvoir de suspendre les exportations — à renverser le sens de la balance commerciale. L’excédent des exportations, malgré la grande diminution de celles-ci, reste encore considérable en 1922, plus considérable même que les années précédentes; c'est que les importations ont diminué plus encore (la crise industrielle explique suffisamment ce phénomène) et la différence entre les deux est restée de même signe. Le fait mérite d’être relevé en face des théories nombreuses qui craignent de voir la hausse du change renverser la balance favorable du commerce qui en est la source, et ainsi s’annihiler elle-même ».

En définitive, les faits et considérations qui précèdent, paraissent aboutir à ces deux conclusions :

1° Certaines comparaisons d'ensemble des graphiques tendent à prouver que le change déprécié est une prime à l'exportation. Mais il ne s’agit que de résultats globaux, qui demandent à être interprétés, et de cette interprétation même il résulte qu'il n’est guère possible de tirer des conclusions scientifiques d’une comparaison rigoureuse et suivie des courbes.

2° Certains faits, tels que ceux relatifs à la Tchéco- Slovaquie, tendraient plutôt à montrer qu'il n’existe pas de relation entre le change et le commerce extérieur. Peut-être est-il plus exact de dire que les circonstances économiques ont alors empêché de jouer l'influence globale dont il s’agit.

(4) Op. cit., p. 105.

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