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LA FRANCE

L'histoire de la France contemporaine, envisagée sous l’aspect qui nous intéresse ici (4), montre un redressement de notre commerce extérieur après 1920, à la suite de l’'accentuation, continue dans sa ligne générale, de la chute de notre change. Cette constatation tend à confirmer la théorie suivant laquelle la dépréciation du change agit comme prime à l’exportation. Mais, s’il y a lieu de retenir et de mettre en lumière ce résultat global, il ne faut pas croire à un parallélisme absolu et constant du change et du commerce extérieur et il convient de tenir compte des autres facteurs qui jouent à côté du change.

Nous allons examiner, année par année, la période immédiatement consécutive au traité de paix (1919-1920), puis la période de relèvement du commerce extérieur (1921- 1924) (2).

SECTION Î Les lendemains immédiats de la paix

Le franc français ne tarde pas à atteindre un taux de dépréciation inconnu pendant toute la durée de la guerre. Au début de 1919, il se cotait avec plus de 50 0/0 de perte

(1) On consultera, outre les statistiques du présent chapitre, les graphiques insérés dans le chapitre précédent.

(2) Statistiques puisées dans l’Économiste Français et dans la France Économique: (Extrait de la Revue d'Économie potitique). Années 1919 à 1926.

En, |

à Genève, et il se tint encore entre 50 et 60 0/0 de perte au cours de toute cette année.

Cours moyen du dollar à Paris

trimestre 491972: 000 01105 2° — A NN NU GR 3° — SPA ee Pl 4:

4e — US te mar l0 20

La baisse du franc aurait été plus accentuée si nous n'avions pas bénéficié de crédits en Angleterre et aux États-Unis. Durant les années de guerre, nous avons payé les produits importés, en majeure partie, au moyen des crédits qui nous étaient consentis par nos alliés et par certains pays neutres. Les dépenses faites sur notre territoire par les armées alliées nous ont fourni, d'autre part, d'importants moyens de change. Nous n'avons donc acheté qu’une quantité de monnaies étrangères bien moindre que celle qui nous aurait été nécessaire pour payer nos achats au dehors, si nous n’avions pas obtenu ces crédits et contracté des emprunts extérieurs qui nous procuraient du change.

Dans le cas contraire, nous aurions dû acheter du change avec nos propres moyens, procéder à des émissions nouvelles et sans cesse croissantes de monnaie de papier dont la valeur aurait diminué au fur et à mesure que son pouvoir d'achat se serait aflaibli par l’accroissement de la circulation. Il aurait fallu imprimer une quantité de plus en plus grande de billets de banque jusqu’au jour où, s'étant progressivement dépréciés, ils n'auraient plus eu qu’une valeur minime et n’auraient plus été acceptés en paiement des monnaies étrangères.

En nous procurant des crédits extérieurs partout où il nous était possible d’en trouver, nous avons donc réussi à acheter au dehors les produits nécessaires pour pouvoir

nous alimenter et continuer la guerre, sans diminuer trop sensiblement la valeur de notre monnaie. Par ce procédé exceptionnel, nous pouvions contenir la circulation fiduciaire et la hausse des prix.

Or, en 1919 les cours du change étaient influencés — faussés — par les disponibilités en dollars et en livres que nous possédions grâce au reliquat des crédits qui nous avaient été consentis par les trésoreries américaine et anglaise. Ces disponibilités ralentissaient la chute du franc. D'autre part, la spéculation s’exerçait dans un sens favorable à notre monnaie; elle jouait à la hausse du franc et nous fournissait encore à bon compte les dollars et les livres dont nous avions besoin pour payer nos importations.

Lorsque les crédits américains et anglais furent épuisés, la baisse de notre devise s’accéléra. Dès la fin de décembre 1919, le dollar atteignit son plus haut cours de 11,885 et la livre 45,15.

Quelle fut, maintenant, en 1919 la physionomie de notre commerce extérieur ?

Rapport de l'exportation à l'importation.

Décémbre Mois TRES 2 de CHE Janvier 10 NDES RTE Péviiete 2 M EURE ER ASC Mars. Libé it nc hé CAE Nr PSE ET ESS ANT S. Nenie te OST SU RES NRESE NUE Mate PET ER ELEC en te > 5 AS JUS ANS RTS RS TUNER ER 0 ee RE TS NOR DEMI NS Es nt SO ETS Octobre desde en cn ES Novenibre ss se nt CELL ES

Débemhrou es 2 dés nu es Dre 51 EDR

io

Importations en quintaux métriques :

Année 1919 Année 1913 Objets d'alimentation. . . 69.604.036 55.119.320 Matières premières. , . . 295.541.772 371.607.350 Objets fabriqués . . . . . 18.199.886 15.477.190 Totaux. , . 383.345.694 442.203 .860

Exportations en quintaux métriques :

Année 1919 Année 1913 Objets d'alimentation. . . 5.280.892 14.566.760 Matières premières . . . 41.209.368 182.991.630 Objets fabriqués . . . . 8.542.874 22.833.241 Cols postaux 2; 169.055 353.499 Totaux : . . .,55.202:189 220.745 .130

Par rapport à 1918, la situation en 1919 s'établit comme suit :

Importations en milliers de francs :

1919 1918 Différence sur 1918

Exportations en milliers de francs :

1919 1918 Différence sur 1918

On constate que, pour l’année 1919, l'importation (29.778.519.000 fr.) dépasse l'exportation (8.713.168.000 fr.) de la somme énorme de 21.065.351.000 francs, alors que, pour l'année 1918, l'excédent n'était que de 17.578.690.000 francs. En prenant les chiffres dans leur valeur absolue, la balance commerciale se serait donc aggravée de 3.486.661.000 francs.

” Il convient toutefois de remarquer que, proportionnellement, l'augmentation réalisée à l'importation (7.477.135.000 francs sur 22.301.384.000 francs) ne

représente que 33 0/0, alors qu'à l'exportation l’augmentation (3.990.474.000 francs sur 4.722.694.000 francs) ressort à 84 0/0. Ce fait se traduit sur la situation d'ensemble de la manière suivante : en 1918, l’exportation (4.722.694.000 francs) ne représentait que 21 0/0 de l'importation (22.301.384.000 francs), or, en 1919, lexportation (8.713.168.000 francs) comparée à l'importation (29.778.519.000 francs) atteint 29 0/0.

Dans le tableau précédent du rapport de l'exportation à l'importation, le mois d'août manque, parce que les changements des taux de valoration, appliqués à cette époque de l’année par l'Administration des douanes, n'ont pas permis de dégager la part du mois d’août.

Ce qui apparaît, dans tous les cas, avec évidence, c’est que l'exportation, qui, en décembre 1918, n'était que de 10 0/0 de l'importation, s'élevait graduellement jusqu'à 31 0/0 en novembre et même à 56 0/0 en décembre 1919. Après une période d’hésitation pendant les quatre premiers mois de l’année, le mouvement ascensionnel s’est déclanché, et, depuis le mois de juin, s’est poursuivi sans arrêt.

Le mois de décembre montre un bond énorme de l’exportation : 56 0/0 de l'importation, alors que, pour le mois de novembre, la proportion n’était encore que de 31 0/0. Le mois de décembre est aussi celui où, par suite de l’épuisement des crédits anglais et américains dont nous avons parlé, notre devise atteignit son maximum de dépréciation.

La comparaison des phénomènes du change et des phénomènes du commerce extérieur nous amène ainsi aux constatations suivantes :

1° L’imporlation dépasse énormément l'exportation ;

2° L’exportation, toutefois, augmente graduellement ;

3° Le pourcentage le plus élevé de l’exportation coïncide avec le maximum de dépréciation de notre devise.

L'’ampleur des importations s'explique par ce fait que les prix plus élevés du marché français offraient aux impor-

tateurs une marge bénéficiaire. Si l’on considère que le cours du dollar est de 5,45 (comme au cours du premier trimestre 1919) et que le niveau général des prix accuse en France une augmentation triple de celle des États-Unis, il va en résulter que l’importateur français pourra acheter beaucoup moins cher aux États-Unis qu'en France une même marchandise. Il n’hésitera donc pas à importer toutes les marchandises américaines qu’il pourra se faire livrer.

Le chiffre considérable des importations s’explique aussi, au lendemain de la guerre, par un gros accroissement des achats de matières premières nécessaires à l’industrie.

Ainsi se rend-on compte de la faiblesse des exportations, cependant celles-ci grandissent à mesure que baisse le change.

L'année 1920 frappe encore par le chiffre élevé des importations. Celles-ci font qu'il nous est de plus en plus difficile et coûteux de nous procurer des monnaies étrangères nécessaires à nos payements extérieurs, alors surtout que nos crédits aux États-Unis et en Angleterre sont épuisés. Il est donc normal qu'une hausse de la monnaie étrangère s’accuse et que la baisse du franc s’accentue.

Mais la spéculation nous vend alors ses livres et ses dollars beaucoup plus cher que ne l'exigerait la dépréciation intérieure du franc; si les prix ont considérablement haussé chez nous, ils ont également monté sans cesse au dehors; les monnaies américaine et anglaise se sont aussi dépréciées.

La prime à l'importation n'existe plus; mais comme nos besoins de matières premières, de vivres, restent considérables, et que, d'autre part, l’accroissement de notre circulation fiduciaire permet de payer des prix élevés, les importations continuent à augmenter.

Mais ici, 1l convient de noter le ralentissement des importations et l'accroissement des exportations qui se sont produits dans le second semestre de 1920. Alors notre franc a été sous-estimé par la spéculation étrangère, c’est-à-dire a possédé un pouvoir d'achat plus grand à l’intérieur qu à

l'extérieur.

Cours des Changes à Paris (moyennes mensuelles)

LONDRES NEW-YORK au pair au pair 182 ,257219 1 # — 5,1826

1920 Janvier EN, 43,05 11,69 FÉVTIeL RS MAT UE 48,17 14,27 Nana mia. ee 51,90 14,04 AND. fée 63,86 16,21

Mélissa ins 06,47 14,68 G SENS PEN TEERS D 49,92 12,63 CL 47,52 12,21 ASE 50,55 13,99 SéDIeMEre.N. - 52,21 14,84 Octobre. 24. + 53,24 15,32 Novembre . . . . 07,38 16,71 Décembre », : 59,01 15,90

Rapport de l'exportation à l'importation :

Janvier 1920. . . . . 360), Juillet 1920. . . . . 7Oo/ Février alter 2 50 0Jo Aoûtabee= Etui Ste Mars tenant Pas Septembre 1920 . . . 810/o Ari Les Nhhes crabe tas ee M Lo Octobre CR Mai OP LUE Novembre — . , . 700)

Juin ee ee «dURU)S Décembre — ... 560/,

Importations en milliers de francs

Différence

1920 1919 sur 1919

Objets d'alimentation .| 8.618.155 |10.704.485 |— 2.086.33 Matières premières . .116.800.548 |14.753.215 |+ 2.047.333 Objets fabriqués . . .| 9.986.248 |10.341.567 |[— 355.319

Totaux . . .[35.404.951 |35.799.267 |— 394.316

Exportations en milliers de francs Objets d'alimentation .| 2.211.328 | 1.190.411 | 1.020.912 Matières premières . .| 4.772.124 | 2.444.293 | 2.327.831 Objets fabriqués . . .114.252.907 | 7.387.562 |+ 6.865.345 Colis postaux . . . .| 1.198.403 857.334 |+ 341.069

Toraux . . .[22.484.757 |11.879.600 |+10 555.157

IMPORTATION

QUANTITÉS VALEURS en tonnes en milliers de francs

PE NR. - ee Différence Différence 1920 en °/o en °/:

sur 1913 sur 1913

Objets d'alimentation. | 6.164.573] + 12 0j, || 8.618.155! + 3740/0 Matières premières. .142.321.629| + 13 0/, 116.800 .548| L 2390), Objets fabriqués . .| 2 453.417] + 58 0/, || 9.986.248] + 5020/o

Toraux. .150.939.619| + 15 0, |85.404.951| + 320 0/0

Objets d'alimentation. | 1.262.568] — 14 0/, || 2.211.323] + 1630 Matières premières. .| 9.324.672] — 49 0/6 || 4.772.124] + 156 0/0 Objets fabriqués . .| 1.856.926] — 19 0/0 |14.252.907! + 2940/, Colis postaux . . . 23.180] — 34 0/0 || 1.198.403] + 111 0)

Totaux. .|[12.467.346 22 434.757| + 226 ‘|

Indices comparés du change, des prix et des salaires (moyenne).

(On a pris comme base, égale à 100, la valeur dans le dernier trimestre de 1923).

Change, cours du dollar. . . . . 80 Prix de gros :

Albnentalion ee. NCA ET

Industrie RON Ti

Ensemble, SRE E HE Prix de détail (13 denrées) :

Villes autres que Paris. . . . . . 103

PAS 0... CE RAR ARE TUE Coût de la vie à Paris :

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