SAINT NAPOLÉON
A UN BARON UE L'iiMPIRE
Air : Tendreg échos errants dans ces vallons
Vous, fier baron, qui rampiez dans un temps Fécond en lois, en travaux, en batailles. Combien d'honneurs vous devez aux trente ans Qui de Tempire ont vu les funérailles ! L'aigle a légué la France aux élourneaux : Pour un Gérard que de J nots ! (5)
Un homme né pour s'élever aux cieux
Se montre-t-il, tous les nains qui l'approchent
Sur ce géant se guindent de leur mieux,
A ses habits, à ses bottes s'accrochent.
A peine il vnil ces avortons, qu'il rend
Fiers de sa taille et qu'il porte en courant.
Heureux baron, un jour il vous parla.
(( Sers-moi », dit-il. Et d'un signe il ajoute : « Tiens » ; vous venez. « Va là »; vous allez là. Mais il penlit sceptre et valets en route. Tout de]iuis lors vous fut prospère au point Qu'un roi, sans vcms, régnerait mal ou point.
De vos débuts ne rougissez pas trop ; Chacun en cour passe à cette filière.
Xotre empereur, créateur au galop, Quand son crachat fécondait la poussière. Fit pour un saint, dans le ciel pris d'assaut, Ce qu'ici-bas, il fil pour plus d'un sot.
Oui, son patron, vieux défunt peu connu.
Au paradis végétait sans prébende.
De tout rayon lui voyant le front nu,
Les saints criaient au saint de contrebande :
« D'oii nous vienl-il ? Qui l'a canonisé?
« Xous pariricins qu'il n'est pas baptisé. »
« Un pape intrus, disaient de bons voisins, (c L'aura tiré des carrières de Rome, (c De faux martyrs éternels magasins.
«Chassons ce gueux 1 » Ktcoiitn'lcpauvre lionimc Monsieur saint Roch court exciter son chien, Tant les heureux ont le cœur peu chrétien.
(1) Pendant tout le règne do Napoléon, son patron fut substitué, sur le calendrier, ;\ saint Rocti, qui, depuis la restauration, a repri- sa place au 10 aoiil.
Les pnHres composfrent à grand'peinc une courte légende au saint impérial, d(int \o nom infnie n'avait jusque-là paru que dans les vieilles chroniques italiennes.
(2) Plusieurs de nos ),'énérau)t ont illustré le nom de Gérard, mais aucun autant ipn' le inaréclial, dont les vertus, le p.atriotisme cl les talents peuvent se passer d'éloges, tant son nom éveille d'honorables sympathies.
LES CHANSONS DE BÉ;RANGER
Mais jusqu'au ciel, d"Austorlil/., d'Iéna, Montent les bruits et les ordres du pape. Vite on accorde au saint que l'on berna Fleurs, auréole et triple part d'agape.
Tout lui sourit; par une bulh; ad hoc. De l'alnianach son nom bannit saint Rocli
« Plus que Louis il a des airs de roi », Dit le public, public de saints et d'anges Qui tient de nous : la fortune y fait loi. Et le bon saint, qui se gonfle aux louanges, Perdant bientôt le peu qu'il a de sens, Voudrait à Dieu voler sa [lart d'encens.
Barons ou ducs, c'est votre histoire à tous.
Napoléon d'un saint de pacotille
Fait un grand saint, fait des rois, fait des fous,
Gave des sots qu'il prend à la coquille.
Et tombe enfin. — Messieurs, sur son rocher,
C'est vous d'abord qu'il dut se reprocher.
LES CHANSONS DE BÉHANGER